Les opinions sont un leurre et une impasse

Liberté d’opinion ou liberté d’opiner à l’idéologie dominante ?

Pour la singularité et la liberté au sein d’un Projet commun, et contre l’idéologie totalitaire de la diversité des opinions. La diversité de surface cache une uniformité et un conformisme de fond.

Le marché de l’opinion

Chacun a son opinion sur tout, sur la mode, sur la politique, sur la société, sur la science, sur les religions, sur l’amour, sur la paix, sur la guerre, sur la façon de faire le gâteau au chocolat vegan, sur les humains et les animaux, sur la largeur des routes et des trottoirs, sur ce qui circule dessus...
Par l’information, la réflexion, l’expérience personnelle, chacun essaie de se forger des opinions, sur les sujets importants comme sur les plus futiles. Les personnes capables de changer d’opinion si le besoin s’en fait sentir sont partout considérées comme ouvertes et sages, les autres comme des prosélytes intolérants. Sur le grand marché aux opinions, chacun fait son choix, compose un menu à sa convenance, mélange des ingrédients, reprend à sa sauce des idées anciennes, rajoute de nouvelles épices, invente de nouveaux plats, gobe sans broncher les opinions formatées qu’on lui sert sur un plateau (télé ou meeting)... Au final, quel que soit le processus de fabrication, chacun s’est constitué un capital d’opinions personnelles, et y tient comme à la prunelle de ses yeux. La plupart des gens sont capables de défendre leurs opinions, de les justifier, d’argumenter, et même de défendre une opinion contraire plus tard ou en même temps.

Il y en a qui considèrent que leurs opinions sont tout à fait conjoncturelles et personnelles, relatives, d’autres qui croient que tout le monde devrait penser comme eux et que leurs opinions sont la vérité commune.

On assiste à de grands débats d’opinion, des campagnes pour convaincre que telle opinion est la meilleure, chacun fait sa « com ». C’est la guerre des opinions, les idées s’affrontent, se comparent, certaines veulent s’imposer aux autres, c’est à qui parlera le plus fort pour vendre sa camelote sur la criée, les opinions minoritaires sont écartées, voire pourchassées. Les opinions communes dictent les règles de vie ensemble. Il arrive même que des opinions s’érigent en dictature et mettent tout le monde d’accord par la force. Mais la plupart du temps, on se trouve devant des systèmes où les opinions majoritaires gouvernent sans entraves sérieuses ni violences dictatoriales, elles se contentent de s’imposer par leur poids, en se reproduisant tranquillement grâce aux appareils de pouvoir et aux grandes institutions de fabrique d’opinions à la chaîne, comme les médias, les familles et l’école. Les faiseurs d’opinion sont nombreux et se disputent la scène. Chacun défend sa niche d’opinion et « l’ordre » social est bien gardé par les chaînes entrecroisées.

Dans les pays qui se disent démocratiques, on a compris qu’on pouvait tolérer sans risques toutes les opinions, qu’il fallait même les valoriser. On leur offre des tribunes pour s’exprimer, des émissions à la télé, des pseudo-débats, des sondages d’opinions... Tout peut se dire, à part les opinions trop contestataires ou qui choquent trop le pélerin et ses opinions communes consensuelles. Il ne faut quand même pas troubler le sommeil médicamenteux de l’ordre public avec de mauvais mélanges. Quelques trublions, des clowns convenables, quelques idées choquantes, OK, ça augmente l’audience en donnant des petits frissons aux comateux, mais il ne faut pas aller trop loin et réveiller les morts, ça deviendrait ingérable si tout le monde se mettait à réclamer des droits et des opinions trop personnelles et disparates, mieux vaut la même gamme de somnifères pour toustes ! Pas de mauvais trip, sécurité avant tout. Si tout le monde se shoote aux opinions extrémistes, sales, incompréhensibles..., il ne sera plus possible de maintenir dans la camisole le désordre social, et la machine à cloner ne pourra plus fonctionner.

Des tas d’opinions divergentes à l’intérieur d’un cercle « convenable », OK, donnez-en, multipliez-les, fabriquez-les sur mesure pour la scène médiatique s’il le faut, étalez-les sur les écrans, mais le système ne peut pas pousser au bout cette logique, sinon il se désagrégerait en multiples chapelles en guerre perpétuelle. Il lui faut donc contrôler les opinions, les filtrer, les fabriquer et les canaliser, protéger les gens contre leur propre bêtise et la disparité ingérable de leurs multiples opinions changeantes et contradictoires, qui, si elles étaient développées et appliquées mèneraient à un chaos total.

L’étalage des opinions fait bien dans le tableau, tout le monde est content de donner son coup de pinceau. On reprend les mêmes couleurs et on brode sans fin sur les mêmes motifs préfabriqués, comme dans les livres de coloriage pour enfants. On s’imagine être dans un pays libre et pluraliste, chacun peut s’exprimer et peut avoir l’impression d’être écouté. Les pouvoirs sont ravis, tant que leur sujets passent leur temps à se quereller sur les opinions, ils peuvent gouverner tranquilles. Les braves citoyens sont ravis, ils peuvent débattre à l’infini, 24H/24, à la télé, en famille, avec les amis, entre militantEs, sur les forums ou listes internet, à la radio, dans les journaux... Ils peuvent lire les opinions des autres, voter pour telle marque de lessive ou de politique, envoyer des SMS payants à la pelle, parfois ils peuvent même exprimer leur opinion devant le grand public, le pied ! Tour à tour consommateur ou acteur, chacun participe avec enthousiasme aux « débats ». Le débat parfait et sans fin devient l’idéal à atteindre, tant pis s’il n’en sort jamais rien de révolutionnaire.

Dans cette foire aux opinions, les pouvoirs en place pourraient très bien inviter les opinions les plus contestataires au 20H, elles seraient diluées et absorbées comme le reste de la soupe médiatique, sans résultats autres qu’un pet et quelques rots. Ils n’ont même pas ce courage, ils n’ont pas compris qu’il n’y avait aucun danger. Ils appliquent leurs réflexes et principes de censures ancestraux, peu importe.

Le marché de l’opinion est donc florissant, on y trouve tous les articles, pour toutes les têtes.

La prolifération des opinions est le cancer de l’âme

L’opinionite aiguë est une maladie, une affirmation désaxée et boursoufflée du moi, une tentative désespérée et vouée à l’échec d’exister dans un monde totalitaire et déshumanisé.
On a rejeté, avec raison, les idéologies totalitaires ou autoritaires traditionnelles, et chacun s’efforce de se bâtir des idées, des idéaux, en puisant là où ça l’arrange. Tant que les humains refusent de voir l’existence d’un Projet commun, de se transformer intérieurement dans la conversion spirituelle, il n’y a effectivement pas d’autres alternatives. Nous y reviendrons.

Déjà, il faut remarquer que la plupart des opinions considérées comme personnelles ne sont en fait qu’une copie conforme de la panoplie d’opinions consensuelles en vogue. Beaucoup s’imaginent penser par eux-mêmes alors qu’ils ne font que rabâcher des conditionnements ou une ressucée d’opinions anciennes. Il ne suffit pas de changer l’emballage ou sa couleur ! La pensée unique est multiforme, elle est l’addition de toutes ces opinions sans lendemain qui changent au gré des courants. Les individus baignent depuis leur naissance dans cette pensée unique, ils sont conditionnés jusqu’à la moelle par les familles, l’école, l’entourage et les médias. La plupart laissent faire et ne se rebellent pas, ils suivent sans broncher le troupeau, avec éventuellement quelques petites crises d’affirmation superficielle. D’autres vont réagir en suivant des opinions inverses, différentes, en adhérant à un courant minoritaire ou un autre courant majoritaire. Certaines, beaucoup plus rares, vont tenter de rejeter conditionnements et courants d’opinions pour essayer de découvrir leurs propres opinions, ce vers quoi irait spontanément leur être en dehors des influences extérieures.
Mais au total, on reste toujours dans le domaine des opinions, c’est à dire dans le relatif, le conjoncturel. Et la diversité des opinions traduit l’universalité et l’uniformité du renoncement à la libération individuelle et collective.

Toutes ces opinions ne pourront jamais construire un monde de paix, de justice et de fraternité. Elles vont se faire la guerre, se séduire mutuellement, se tolérer ou se détruire dans la confusion la plus complète. Il y a des idées très bonnes, très justes, mêlées, à l’intérieur du même individu ou de la collectivité, à des idées complètement foireuses, criminelles. Vous avez des gens qui pensent que toutes les idées se valent, d’autres qui croient au consensus, d’autres qui espèrent la cohabitation pacifique d’opinions diverses et affirmées, d’autres qui veulent imposer leurs opinions à tout le monde, d’autres qui disent que les humains seront toujours comme ça et qu’il n’y a pas à s’en soucier.
Au total, il régnera toujours un grand capharnaüm rendant impossible la transformation et l’évolution du monde, une foire d’empoigne, qui en vient parfois aux mains, où l’action commune et sereine est impossible. Ce qui contribue à faire de ce monde une barbarie gérée dans l’urgence et le n’importe quoi, au profit de cliques et de clans qui accaparent les richesses, tandis que le reste se dispute âprement les miettes.

Choisissez votre marque de politique : PS, UMP, FN, LCR, Les Verts... L’UDF lave plus blanc, Chirac a une meilleure gueule que Raffarin, le PS parle mieux de la cause des femmes... etc... Composez votre « religion » à la carte : un fond de christianisme, avec un zeste d’islam et une pointe de bouddhisme, une nouvelle spiritualité à la sauce new-age ?
Vous trouverez tout et son contraire, c’est bien le diable si vous ne dégottez pas l’opinion qui sied à votre cerveau, inventez-là s’il le faut ! La défense des prostituées et des sans-papiers est très tendance cette année. Vous vous devez de signer cette pétition contre les abominables exploitations d’enfants en Asie, le massacre des bébés tortues ou la démolition du théâtre municipal. Des opinions fluctuantes, contradictoires, partielles et conjoncturelles, on passe aux multiples engagements et militantismes du même tabac (zut, qu’est-ce que je dis, il faut absolument être contre toutes les formes de tabac).

Les opinions et les luttes ne s’ajoutent pas pour composer une véritable société en évolution. Par leurs oppositions, contradictions et partialités, elles s’annulent et se détruisent en nourrissant malgré elles un système barbare et figé qui écrase tout ce qui dépasse trop. Le problème n’est pas de tenter d’ajouter des luttes partielles portées par des individus différents qui ne s’occupent que de quelques domaines, mais que chaque individu fasse une révolution intérieure qui l’amène de fait à porter toutes les luttes justes et à être capable de vivre autrement.
La sincérité et la critique avisée ne changent rien hélas. Des idées et luttes justes ne peuvent compenser un système globalement barbare et ne peuvent rien changer si les individuEs ne changent pas en profondeur en s’ouvrant à la globalité. Vous pouvez toujours essayer de construire une oasis de paix au milieu d’un désert en proie à la guerre perpétuelle, si vous avez de la chance vous serez épargnés quelques temps, et un jour, surtout si votre oasis tend à grossir, vous serez liquidés au napalm. Les changements individuels et collectifs ne peuvent être que globaux.
Le monde n’évolue pas par petites touches du fait de l’addition de bonnes volontés qui oeuvrent chacune dans leur secteur délimité. Il faut absolument démolir cette illusion rassurante si répandue. Ces personnes de bonne volonté ne vivent qu’une révolte partielle, souvent liée à une expérience personnelle et à leurs traits psychologiques, elles ne sont toujours pas capables de vivre autrement. Seule une révolution intérieure globale le permet. De plus, même si les petites touches sont très nombreuses, elles ne changent toujours pas la noirceur du tableau, elles sont toujours recouvertes par une large couche de sang et les individus responsables d’une avancée dans un secteur effacent automatiquement les touches du secteur voisin auquel ils n’entendent rien.

Souvent, la mise en valeur et l’affirmation d’opinions personnelles n’est qu’une manière d’augmenter l’espace du moi, du repli sur soi et de la fermeture. On s’imagine gagner en originalité et personnalité en développant des opinions sur tout, en les faisant connaître et en les mettant parfois en application.
Mais la liberté d’opinion est un leurre puissant. En s’ingéniant à développer des opinions, libres ou conditionnées, on est toujours prisonnier de soi-même et de la « société ». On tourne en rond dans les idées communes ou des émanations personnelles transformées en dogmes, en philosophie, en « religion ». Les multiples diversités relatives veulent toutes s’ériger en absolus, en vérités définitives ou conjoncturelles, quoi qu’elles en disent. Celles et ceux qui relativisent tout sont très rares, et expriment là un autre dogme personnel. Débattez, discutez, affrontez-vous, pendant ce temps Big Brother rigole comme un fou avec ses millions de petites bouches pleines de dents pointues.

En sortant des conditionnements sociaux, on peut effectivement se découvrir des opinions personnelles liées à notre psychologie, nos choix et notre histoire. L’ennui, c’est que personne ne veut dépasser ça en l’intégrant à autre chose, nous y reviendrons au chapitre suivant. Ca nous fait une belle jambe de préférer la vanille ou le chocolat, l’anarchie ou le communisme, l’hétérosexualité ou l’homosexualité, le couple à deux ou à trois. S’il ne s’agit que d’opinions et si on s’arrête aux opinions, finalement assimilables aux goûts et aux couleurs, on ne peut pas aller plus loin et changer le monde.

Certaines personnes essaient de dépasser leurs opinions pour atteindre des réalités essentielles. Je ne parle pas de la science, qui ne s’occupe que des faits de surface, mais de la théologie ou de la philosophie (qui est déjà « handicapée » par l’exercice de la raison sans liens à la transcendance). Elles s’efforcent d’aller vers l’universel et l’intemporel. Peu y parviennent, la plupart en reste à certains domaines précis. Qui saura reconnaître la part de réalité profonde de celle brouillée par des opinions ou les « idées » de l’époque ? Qui saura distinguer entre un philosophe apportant des idées « vraies » et un poseur qui jargonne ou répète des opinions ? Ces personnes sont trop peu nombreuses et ne vont pas encore assez loin. Et si elles restent coupées de l’Absolu, elles risquent fort de s’enliser et d’en rester à des considérations trop générales qui ne se traduiront pas en actes.

Les humains actuels, pétris d’opinions contradictoires, ne peuvent créer que deux types de systèmes collectifs :

Dans le totalitarisme soft, les conditionnements se font en douce, l’esclavage est volontaire, les sujets endossent volontiers n’importe quel prêt à penser en l’agrémentant de quelques notes personnelles (elles aussi proposées sur les marché) pour se croire originaux.

Certaines personnes rêvent d’un système utopique où les opinions seraient libres et non conditionnées, où chacun pourrait penser et expérimenter ce qu’il veut tant qua ça ne nuit pas aux autres, éventuellement avec l’espoir qu’à force d’expérimentation libre les humains arrivent un jour à découvrir un projet de société commun. C’est généreux, mais impossible. On aurait quasiment autant de systèmes sociaux que d’individus, et surtout les humains sont incapables de cohabiter librement et pacifiquement. Les guerres, violences, exploitations et dominations seraient toujours là et il faudrait un système policier mondial pour qu’ils se tiennent tranquilles, et donc on en reviendrait au même point. Qui jugerait de ce qui est bien ou mal, au nom de quoi, que faire des pollueurs ou de ceux qui veulent ce terrain ou cette ressource pour eux seuls ?
Les (pré)humains ne pourraient pas supporter un tel système pluraliste sans changer complètement de mentalités, en devenant très ouverts, tolérants et non-violents. Et comme ce changement radical de mentalité ne peut se faire qu’en s’ouvrant à Dieu et au Projet...
Pour être capable de vivre dans un cadre utopique contenant des multitudes de sociétés très différentes, ils faudrait que les humains découvrent un projet commun, ce qui rend absurde et dépassée l’idée de cadre utopique permettant une pluralité d’expérimentations.
Et puis, plus profondément, des sociétés fondées sur des opinions risquent fort d’être sans intérêt et de tourner en rond et à vide. Nous avons des missions plus profondes et plus exaltantes.

L’hégémonie des opinions étouffe l’âme en la ramenant à des préoccupations relatives et frivoles qui interdisent la fraternité planétaire.

Singularité et Projet commun : les opinions remises à leur place

Les opinions, des plus personnelles aux plus communes, sont, au niveau de la pensée, du même ordre que les goûts et les couleurs au niveau alimentaire et vestimentaire.

Faut-il s’interdire de penser et interdire la liberté d’opinion ? Bien sûr que non. Il faut absolument que tout le monde puisse exprimer ses opinions, ne serait-ce que pour se rendre compte que tout ça tourne en rond. Et puis la liberté est fondamentale, il faut l’exercer pour la découvrir, pour se découvrir, tant pis si on en use mal, si on s’égare parfois.

La pensée et la conscience devraient être canalisées dans une autre direction et les opinions remises à leur place, ou plutôt transformées en vue d’un objectif supérieur. Ainsi, la pensée personnelle prendrait de l’ampleur et de l’altitude au lieu de tourner en rond et à vide dans des obsessions, des peurs et des habitudes. Il est possible de penser plus loin que le bout de son nez.

Tout d’abord, il faut vouloir se libérer des conditionnements inculqués par la « société » pour commencer à découvrir qui on est vraiment. Ensuite, c’est à chacun de vivre la révolution intérieure induite par la conversion à Dieu. Nos opinions conjoncturelles, nos prêts à penser fragmentés apparaissent alors comme dérisoires face à la cohérence abominable du monde actuel. On aperçoit partout les mêmes problèmes de fond qui génèrent des tas de conséquences dans tous les domaines. Nos opinions sont ballottées comme des poussières. On découvre aussi l’unité et la globalité qui existent en filigrane et qui pourraient se construire concrètement avec tous les êtres. On voit alors le Projet commun qui pourrait guider tous les humains vers la fraternité, au-delà des différences et des diversités, et avec elles.

- ATTENTION !
Il ne s’agit en aucune manière de dissolution des individuEs, de soumission à quoi que ce soit ou d’uniformisation.

On reste soi-même avec toutes nos particularités et capacités individuelles et uniques. Seulement, on passe en quelque sorte à une autre « dimension ». Les différences et singularités participent à la cohésion commune au lieu d’y faire obstacle et en étant magnifiées au lieu d’être étouffées ou édulcorées. Il y a paradoxalement renforcement des singularités individuelles et renforcement de la capacité à vivre et agir ensemble, sans contraintes ni uniformité pour autant.

Les particularismes individuels, au lieu de se murer en opinions et systèmes de pensée incompatibles et conflictuels, se mettent au service de quelque chose de plus vaste et deviennent une des briques nécessaires à la construction évolutive du monde.
On ne peut pas changer le monde avec des opinions, des clones, des esclaves serviles décérébrés, ou de pauvres hères maintenus dans une fausse unité par la peur et la coercition.
Un monde réellement humain (juste, fraternel, évolutif, libre) ne peut se construire que par l’union volontaire d’individualités libres et autonomes qui convergent parce qu’elles reconnaissent en elles et autour d’elles le même Projet commun.
On est libre de se rendre compte de qui noous sommes et de ce qu’est le monde, et de faire des choix en conséquence. On peut aussi choisir de s’aliéner dans des opinions sans fin et dans ce que nous appelons la préhumanité. Pour s’émanciper pleinement, il vaut mieux se libérer des opinions, pas pour sombrer dans le totalitarisme, mais pour être plus libre en devenant nous-mêmes au lieu de n’être que l’ombre de nos personnes, une ombre qui change de couleur et de forme suivant la météo des courants d’opinion.

Nos psychologies différentes, nos singularités et goûts dans tous les domaines ne doivent plus faire obstacles en se murant dans des forteresses d’opinions, elles ne doivent pas non plus s’éteindre ou être « dressées » par des pouvoirs autoritaires. Elles sont une des facettes de la globalité, une des infinies manières d’appréhender le même monde, et sont toutes essentielles.
Elles ne doivent pas boursoufler et se fabriquer un petit monde à soi coupé du reste, qui ramène tout à sa mesure et veut se faire son petit bonheur illusoire. Elles doivent au contraire s’ouvrir et se nourrir du reste pour développer et s’approprier une vision « personnelle » du même ensemble, pour affirmer des idées et actions novatrices dans des domaines précis qui nourrissent tout le monde et participent à la transformation générale.
La vraie personnalisation enrichit l’ensemble du monde d’une nouvelle facette, d’un nouvel éclairage. Chaque personne travaille à sa manière à la même sculpture. Chacune devient un projecteur unique qui éclaire l’œuvre. L’ensemble des projecteurs révèle l’ampleur, la complexité et la beauté de la sculpture commune.

Si j’appelle au dépassement des opinions, ce n’est pas pour uniformiser et contraindre à autre chose, mais au contraire pour libérer totalement et viser une véritable unicité dans l’unité.
Seule la remise à leur place des opinions et l’ouverture au Projet permettent de vivre pleinement nos personnalités, de développer nos singularités librement et sans nuire à autrui. Nous sommes toustes uniques, il faut paradoxalement s’ouvrir à l’universel pour le vivre pleinement.

L’idéologie de la diversité des opinions est donc une impasse qui favorise un nouveau totalitarisme, le totalitarisme de la diversité de surface fondé par l’uniformité et le vide du fond.
Un système totalitaire qui se prétend libéral alors qu’il impose une certaine gamme d’opinions, rejette les opinions minoritaires et pourchasse ceux qui veulent se passer de lui.
Dans le Projet, on trouve une profonde diversité des individus intimement liée à un riche fond commun, au plein de la relation d’amour avec Dieu et toute la création.

L’idéologie de la diversité des opinions se présente comme étant le summum de la liberté et de la tolérance, alors qu’en fait les individus sont esclaves et intolérants dès qu’on gratte le vernis.
Continuez à échanger des opinions, à polémiquer, à discutailler sur des détails, à vous affronter entre celles qui ont raison chacune sur un point précis mais qui ont tort ailleurs, dans 1000 ans vous en serez toujours au même point, avec les mêmes problèmes, qui se seront aggravés depuis.

Les humains refusent un Projet commun global (peur du totalitarisme, de l’effort, de la liberté ??...), ils préfèrent s’enliser dans des marécages d’opinions. Pourtant la réalité est toujours là et Dieu attend qu’on lui ouvre, il est patient.

- Réponses aux critiques qui vont pleuvoir :

Bien sûr, vous allez dire que tout ce que je dis n’est qu’une opinion parmi d’autres, ou que je suis une folle, ou un illuminé prétentieux, ou quelqu’un qui veut en fait fourguer une idéologie foireuse de plus sous prétexte de libération pour nourrir une nouvelle religion aliénante. Vous avez le droit de le penser, c’est votre opinion ! J’essaye pour ma part de ne pas parler de mes opinions, mais de faits, de réalités (intérieures et extérieures).

Certains vont dire que je me pose en grand détenteur de la Vérité mégalo qui veut imposer ses délires. Je ne détiens rien, je n’enferme rien, j’observe, ce que tout le monde pourrait faire. Et je ne vois pas ce que je pourrais imposer avec quelques textes ! Mais je vous comprends, il est logique de dire ça, à votre place je ferais pareil.

Autre pseudo-argument souvent entendu : « vous parlez de libération alors qu’en fait il s’agit de se soumettre à un être supérieur : Dieu ! ». Dieu n’est pas un grand barbu assis dans les nuages qui veut nous dicter sa loi à coup de pieds au cul ou de su-sucre !! Dieu nous a fait libres, ce n’est pas pour souhaiter nous faire esclaves de sa personne ! Vivre une conversion spirituelle et adhérer à un Projet commun ne fait pas de nous un esclave. C’est dans la préhumanité que l’adhésion à des projets communs implique la soumission et le renoncement d’une part de soi-même. Le Projet a au contraire « besoin » de toutes les singularités individuelles et d’une adhésion totalement libre, sans ça il est absurde et irréalisable.
L’idée obsessionnelle de soumission à un être dit supérieur est due à l’influence néfaste des Eglises, qui ont déformé les choses. Et puis il ne faut pas raisonner envers Dieu comme envers les humains actuels. De toute façon, tout ça ne peut être le fruit que d’une expérience personnelle. Il faudrait aussi regarder l’histoire. Est-ce que Dieu a contraint les humains à faire le bien ? Vu le nombre de massacres qui se succèdent, il semble bien que non. D’autres personnes disent que le fait que Dieu a laissé faire les génocides et autres guerres mondiales est la preuve qu’il n’existe pas, ces personnes ont l’idée d’un Dieu totalitaire qui ne respecte pas la liberté des êtres. Les humains sont libres, de s’entretuer, de s’aimer, de s’illusionner dans des opinions, de suivre des dogmes de manière moutonnière, ou de se libérer...

Je vous laisse vous débattre avec vos opinions, la mienne je la jette au panier.

 

Thèmes   * Sociologie - Liberté d’expression
> par Zora - 11 janvier 2004 | Màj : 27 juillet 2004
 
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