jospin et le totalitarisme d’Etat

1/2 Le gouvernement jospin n’a rien fait

L’analyse des actions, et non-actions, du gouvernement jospin montre que ce gouvernement vise le totalitarisme d’Etat, un totalitarisme de plus en plus policier, sécuritaire et hygiéniste.
jospin est un personnage redoutable, qui trouvera sa place dans l’histoire aux côtés des dictateurs (présents ou passés) adeptes de méthodes plus voyantes.
jospin a corrompu l’esprit public, dévoyé et dépravé la société civile en déclenchant une montée d’intolérance totalitaire, qui risque de se transformer en un nouveau fascisme.

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Petit mémorandum à l’usage des âmes égarées qui songeraient encore à voter jospin

Sans entrer dans le détail, je voudrais rappeler quelques vérités évidentes. Pendant 5 ans, jospin a pratiquement disposé des pleins pouvoirs. Qu’en a-t-il fait ?

1° Comme l’a noté le député socialiste A. Montebourg et comme le déplore aussi le non moins socialiste président de la commission des lois de l’assemblée nationale, B. Roman, bien placé pour en parler, aucune réforme institutionnelle de quelque importance n’a vraiment abouti. On s’est contenté de broutilles comme le quinquennat. Même la loi sur le cumul des mandats (à laquelle était hostile la majorité du personnel politique) est restée en rade : les députés-maires de grandes villes continuent à fleurir ! On a voté le principe de la parité, mais dans la pratique, on s’arrange pour empêcher l’élection de la plupart des femmes en leur confiant des “missions impossibles” et en leur réservant des sièges inaccessibles. Le conseil supérieur de la magistrature n’a été modifié ni dans sa composition, ni dans ses attributions. Certes, le sénat a souvent fait obstacle, mais on pouvait le contourner en recourant au référendum.

L’ennui -et j’insiste beaucoup sur ce point parce qu’il est en contradiction flagrante avec “l’idéal” socialiste- c’est que le premier ministre semble se méfier de la démocratie directe et participative comme de la peste. Aucune avancée dans ce domaine. J’imagine sa réaction face à l’évocation d’un référendum d’initiative populaire, lui qui se garde bien d’utiliser cette arme dont il n’a pourtant rien à craindre puisqu’il peut en disposer à son gré, sans aucune contrainte. Il aurait pu employer le même moyen pour permettre aux juges et même aux justiciables de soulever, au cours des procès, une exception d’inconstitutionnalité visant des lois promulguées. A plus forte raison n’est-il pas question de créer une véritable Cour constitutionnelle qui pratiquerait un contrôle systématique. Dans l’ouvrage intitulé “Justice pour tous” édité à “La Découverte”, Anne Crenier nous dit, p.173, que “ parmi les principales démocraties européennes, la France est le seul pays à n’admettre qu’un contrôle préventif...”. Et encore faut-il s’empresser de rappeler que cette vérification n’est nullement obligatoire et n’a lieu que si l’un des quatre premiers personnages de l’Etat, ou encore soixante députés ou sénateurs le jugent bon et le réclament. C’est ainsi, par exemple, qu’un texte aussi controversé que celui de la loi anti-sectes est passé entre les mailles du filet. Dommage : en le déférant devant le conseil constitutionnel et en faisant mine de donner ainsi des garanties à ses détracteurs, jospin aurait pu essayer de faire croire à sa bonne foi et à son impartialité ! De nombreux juristes estiment que beaucoup de lois en vigueur sont contraires, en tout ou en partie, à la Constitution et, de ce fait, bafouent les droits élémentaires de l’homme. Mais, apparemment, ça ne trouble pas le sommeil des politiciens. Pour en “finir” (c’est le cas d’employer ce mot !) avec la démocratie participative, jospin n’a même pas été fichu (et ce “détail” en dit plus long que tout le reste sur ses véritables dispositions) d’accorder aux étrangers non-ressortissants de l’Union européenne le droit de voter aux élections locales. C’était pourtant élémentaire !

Depuis un demi-siècle, d’innombrables spécialistes ...et usagers s’accordent pour exiger la refonte complète d’une législation fiscale essentiellement injuste et inégalitaire et la suppression des abus inquisitoriaux, arbitraires et inhumains commis par les Services (curieux mot en l’occurrence !) des impôts et encouragés par l’impunité dont ils jouissent dans la pratique et qui les conduisent à accumuler ruines et suicides au détriment de gens peut-être “coupables” d’erreurs vénielles, mais honnêtes et de bonne volonté. C’est d’ailleurs tout le système administratif (comment peut-on encore feindre de l’ignorer après des affaires comme celle de l’amiante ou du sang contaminé) qui devrait être revu et corrigé jusque dans ses profondeurs, afin d’éliminer les négligences, les graves “dysfonctionnements” (comme on dit par euphémisme !), les incroyables gaspillages (dont certains sont pourtant épinglés, mais en pure perte, par les cours des comptes) qui le gangrènent, qui témoignent de son incurie, de son imprévoyance, de son arrogance à l’égard du pouvoir politique... auxquels s’ajoutent naturellement quantité de malversations connues ou ignorées, réprimées ou non.

Il ne faut pas compter sur jospin pour s’attaquer à l’hydre administrative pas plus qu’au bastion judiciaire où règne la même irresponsabilité. Celle des magistrats du siège qui ne subissent évidemment pas les conséquences de leurs décisions, même iniques ou absurdes, celle des jurys “populaires” qui, fortement influencés par les trois juges participant aux délibérations et par les débordements passionnels de l’opinion publique et des médias, doivent statuer sur la base de « convictions intimes » parfois totalement fantaisistes puisqu’elles s’appuient sur des enquêtes plus ou moins bâclées, unilatérales et tendancieuses, sur des témoignages souvent suspects ainsi que sur les déclarations contradictoires de prétendus experts qui pérorent au nom d’un savoir plus qu’incertain, en particulier dans le domaine psychiatrique, celle des parquets (dont la réforme a été enterrée...une de plus !) qui “enfoncent” les prévenus et les accusés de manière quasi automatique, engagent des poursuites ou y renoncent selon des critères insaisissables, celle des juges d’instruction (peut-être les plus redoutables de tous) qui, malgré des mesures récentes, continuent à manifester une fâcheuse tendance à instruire plus à charge qu’à décharge, refusent des enquêtes ou des expertises qui ne vont pas dans le sens qu’ils ont décidé, privilégient, pour la même raison, certaines pistes au détriment d’autres qui sont exclues, bref exercent toujours leur traditionnelle omnipotence, nullement menacée par les nouveaux juges des libertés ou par les chambres de l’instruction puisque les uns et les autres se plient presque toujours à leurs avis. C’est également toute la procédure, trop souvent insensée, qui devrait être reprise : comment se fait-il, par exemple, qu’un tribunal s’autorise à ne pas examiner une affaire au fond (absolvant peut-être ainsi un coupable) sous le seul prétexte d’un vice de forme, même léger. Qu’on annule, de ce fait, la procédure, ça peut très bien se comprendre, mais à condition de la recommencer sur des bases plus rigoureuses et non d’y renoncer au risque de donner l’impression d’une magouille. Je le reconnais volontiers, ce sont là des problèmes extrêmement difficiles à prendre en compte. Encore faut-il consentir à les aborder dans toutes leurs dimensions et ne pas se contenter de mesures en trompe l’oeil terriblement limitées, partielles et superficielles, qui n’apportent aucune solution. Comme la fameuse loi sur la présomption d’innocence qui, sous couleur d’aménagements techniques, a été vidée de son peu de substance pour complaire à une opinion publique fanatiquement sécuritaire.

Dans le domaine policier, non plus, jospin s’est bien gardé d’intervenir : il ne lui fallait surtout pas se mettre à dos des corporations dont on peut tout craindre et dont il avait le plus grand besoin pour mener une solide politique répressive. Lorsque leurs membres se plaignent de subir des attaques et des atteintes physiques parfois mortelles, on ne peut que partager leur indignation et leur peine. A condition d’être équitable et de reconnaître qu’ils provoquent souvent cette violence, non seulement parce qu’ils représentent officiellement une “société” impitoyable pour ceux qui les attaquent, mais parce qu’eux-mêmes, faisant fi de la loi qu’ils sont censés faire respecter par les autres, se livrent à des provocations ou commettent des “bavures” insupportables allant jusqu’à l’assassinat, pour lesquelles ils ne sont pratiquement jamais condamnés par les tribunaux (sauf à des peines purement symboliques, dans l’immense majorité des cas, même lorsque l’extrême gravité des faits est établie sans conteste). Forts d’un sentiment d’impunité encore renforcé par l’obsession sécuritaire de la population, les syndicats policiers relèvent la tête et, avec une morgue et une insolence jusqu’ici inconnues, formulent exigences et menaces à l’adresse d’un pouvoir politique qui file doux et se soumet.

La même démission ou la même complicité gouvernementales s’observent face à la télévision d’Etat qui abrutit et avilit les masses sous un déluge d’émissions de “variétés” ou de jeux débiles et qui les intoxique grâce à des bulletins de désinformation permanente leur donnant de la réalité une vision complètement tronquée et truquée, grâce à de faux débats où les questions de fond sont toujours éludées et certaines opinions malséantes toujours exclues, grâce à des pilonnages très ciblés et fort tendancieux (antisectiques et antipédophiles, par exemple) qui sont destinés à créer des hantises irraisonnées éventuellement très dangereuses par les réactions qu’elles peuvent susciter.

La situation à l’Ecole résume très bien une attitude générale. Les soi-disant réformes se succèdent sans interruption, mais les maux endémiques qui y sévissent demeurent et s’aggravent : absentéisme, ennui, violences et dégradations, drogue, inefficacité de l’enseignement, énormes pertes de temps et d’énergie, oeillères laïcistes et bourrage de crâne etc.. Tout se métamorphoserait si l’on s’attaquait aux racines du mal en permettant à l’Ecole de respirer, en l’ouvrant à tous les courants d’idées, à toutes les convictions religieuses et philosophiques, à toutes les opinions, y compris les plus scandaleuses, sur tous sujets, à tous les auteurs et, en particulier, à ceux qui sont victimes d’une véritable censure, à tous les intervenants extérieurs de bonne volonté... et si l’on modifiait la nature des rapports entre élèves et professeurs au lieu de les maintenir dans des corsets convenus et contraignants. La première tâche des adultes devrait être d’organiser en permanence un forum de discussions librement alimenté par les points de vue les plus différents, les plus opposés et même par les plus “extrémistes” qui s’exposeraient et se confronteraient librement et iréniquement. Car ces débats perpétuels n’apporteraient pas seulement la richesse de leur contenu, ils fourniraient aussi l’occasion de créer une atmosphère de tolérance et d’ouverture d’esprit rendant possibles et fructueuses des discussions paisibles et respectueuses d’autrui. Alors, pour le coup, l’ambiance dans les établissements scolaires se transformerait du tout au tout. Devenue “passionnante” grâce à l’abondance impartiale de l’information et des échanges, et humaine grâce à la formation de liens beaucoup plus étroits entre jeunes et enseignants, elle favoriserait le retour spontané à un certain goût pour l’auto-discipline, le travail et l’acquisition des connaissances, en même temps qu’elle stimulerait toutes les formes d’expression de la créativité. Bien sûr, j’ai navigué en pleine chimère. L’école que nous connaissons ne risque pas de s’amender, puisqu’elle ne fait que refléter une “société” bien ancrée dans des tares et des vices effroyables auxquels elle entend bien ne pas renoncer et que les gouvernements successifs, y compris l’actuel, ont pour mission d’entretenir tout en faisant semblant de les éliminer.

C’est ainsi que, dans tous les domaines, on a assisté, depuis cinq ans, à un saupoudrage continu de demi-mesures et de réformettes qui devaient faire illusion par leur multitude et leur diversité. On a voulu donner l’impression d’un zèle universel et persévérant. On a légiféré à tour de bras, et multiplié les décrets d’application. Tout est réglementé, contrôlé, surveillé, on fait la chasse aux vides juridiques, on ne cesse de créer de nouvelles infractions, d’aggraver les peines encourues, d’inciter les tribunaux à se montrer plus sévères. La délinquance appelle la répression qui, à son tour, exacerbe la délinquance. jospin n’est pas sorti de ce cercle infernal. Ce qu’il propose en fait de “prévention” est dérisoire, non seulement parce que les moyens” quantitatifs” n’y sont pas, mais surtout parce qu’il s’agit d’une philosophie à courte vue qui ne dépasse pas le stade des apparences et refuse de prendre les choses à la racine. C’est donc cautère sur jambe de bois. Il est beaucoup plus facile et beaucoup plus populaire de ressusciter les maisons de correction, quitte à les baptiser d’euphémismes convenables. Jospin pratique à fond la surenchère sécuritaire, électoralement indispensable. Il a profité de la merveilleuse aubaine fournie par les événements américains pour continuer à serrer la vis, par exemple en faisant voter la loi sur la sécurité quotidienne, qui est passée inaperçue du grand public tout en étant fortement contestée par les défenseurs des droits de l’homme. Bref, on s’agite et on se démène beaucoup en surface pour satisfaire des instincts massiques que l’on se plaît à flatter et à exciter, mais rien ne bouge en profondeur...et c’est le but visé. Jospin lui-même nous a avertis il y a quelques années -trahison caractéristique- qu’il n’était plus question de “changer de société”, mais seulement de “changer la société”. En fait, il ne le cherche même pas et, comme les chevaux de bois des manèges, ne galope que pour faire du sur place.

C’est évident dans quantité de domaines, en particulier quand on courrait le risque de se mettre à dos l’électeur moyen ou des catégories de “citoyens” nombreuses et influentes. Alors la belle détermination répressive s’efface pour donner lieu à des positions floues, incertaines, ambiguës, attentistes. On laisse courir les choses en matière bioéthique, afin de ne pas trop heurter certains laboratoires de recherches ou les trusts pharmaceutiques. On fait preuve d’un incroyable laxisme à l’égard des chasseurs. On se refuse à ouvrir un vrai débat sur la dépénalisation des drogues douces et l’on préfère -c’est tellement plus gratifiant- agir brutalement et sans concertation contre les rave parties. En se limitant à la nomination de ministres alibis et potiches, on ne prend pas les mesures écologiques vraiment efficaces et de portée générale qui s’imposeraient pour lutter contre la pollution automobile, agricole et industrielle, non seulement parce que, là encore, on s’attaquerait à de puissants intérêts qu’on est bien obligé de respecter ou au culte insensé de la voiture pratiqué par des millions de fidèles, mais parce que ça provoquerait des bouleversements trop dérangeants dont personne ne veut, comme ceux qu’entraînerait, sinon une interdiction totale, du moins une forte limitation de la circulation automobile en ville. Evidemment, il est plus “payant” (c’est le cas de le dire !) de créer de nouveaux parkings pour attirer de nouveaux véhicules à moteur. Et de quoi se plaindrait-on puisqu’il existe désormais une journée annuelle sans voitures dans les principales agglomérations urbaines...et que les ministres se précipitent fort opportunément à Porto Alegre ?!

Partout s’observe le même manque de courage, de lucidité et d’engagement, la même lâcheté, la même veulerie de la part des gouvernants, en particulier lorsqu’ils devraient affronter le mécontentement des innombrables lobbies qui “font la loi” en France comme ailleurs. C’est encore le cas pour l’Europe. Aucune impulsion exaltante, aucune initiative originale en vue d’une édification politique qui lui permettrait de parler d’égal à égal avec les Etats-Unis et de jouer un rôle important dans le monde. C’est le socialiste Hintermann qui reproche à Jospin d’en être resté à “un souverainisme attardé” qui “rompt avec l’idéal fédéraliste du socialisme français”. Vous avez dit : “idéal” ? C’est quoi, ça ? Allons, soyons plutôt réaliste, par exemple en s’acoquinant, par calcul et par intérêt (vente d’armes et néo-colonialisme obligent !) avec la plupart des potentats les plus ignobles qui dominent cette malheureuse planète (cf. la Realpolitik de védrine qui est un modèle du genre cynique, immoral et hypocrite). Pour tout exploit européen, jospin et son ennemi intime fabius nous ont proposé, ou plutôt imposé, l’introduction de l’euro, en la présentant comme un remarquable “succès”. C’est là où l’on voit à quel point on nous prend pour des idiots. Evidemment, le 18 février, ne circulait plus dans le pays aucun franc. S’agissait-il pour autant d’une prouesse, et cette disparition signifiait-elle une adhésion enthousiaste à la nouvelle monnaie de la part de gens qui étaient bien obligés de l’utiliser, parfois avec difficultés, et qui se rendaient compte que les seuls bénéficiaires de l’opération étaient un certain nombre de commerçants, qui en ont profité pour hausser leurs prix, et l’Etat, qui fera des économies considérables sur les francs non échangés. Petite réflexion non dénuée d’intérêt, parce qu’elle nous rappelle le bourrage de crâne dont nous sommes les victimes en permanence, les effets d’annonce trompeurs, les mensonges éhontés dont on nous abreuve, comme celui touchant à la CMU, si peu “universelle” que des personnes gagnant moins de 4.000 f par mois n’y ont même pas droit !

Je ne prétends certes pas que toutes les mesures de détail prises par le gouvernement jospin soient inutiles, en matière sociale notamment. Il lui faut tout de même justifier un petit peu son existence et se faire bien voir de certaines catégories de la population. Mais dès que l’on examine les choses par le menu, on s’aperçoit qu’elles sont terriblement insuffisantes, de portée très réduite et octroyées par un personnage distant, hautain, très peu apte et disposé au dialogue. Les énormes carences et l’immobilisme qui se dissimulent derrière une gesticulation volontairement spectaculaire et un activisme fallacieux se traduisent par deux autres conséquences générales.

D’abord, le pourrissement des situations. Au lieu de prendre les devants et de procéder à des interventions énergiques, on laisse se dégrader indéfiniment les services de santé jusqu’à ce qu’éclate une crise sans précédent. De la même manière, on admet sans rien faire que subsistent et s’aggravent les abominables tares de toutes sortes qui ravagent les prisons, devenues des lieux de non-droit et de sévices, dont l’organisation et l’équipement sont tellement archaïques que même les gardiens ne peuvent plus le supporter. Il a fallu le pavé dans la mare lancé par Madame Vasseur pour qu’on fasse semblant de se mouvoir et de s’émouvoir en haut lieu. Et encore me suis-je laissé dire que la principale conséquence de ce remue-ménage avait consisté en de nouvelles dispositions adoptées en catimini (autre spécialité de jospin) rendant impossible à l’avenir, sous peine de sanction grave, d’autres initiatives de ce genre. Les horreurs qui se déroulent dans le milieu carcéral doivent “bénéficier” du secret le plus absolu ! La négligence du gouvernement est telle que même les gendarmes, qui devraient pourtant compter parmi ses chouchous, ont été contraints, ce qui ne s’était jamais vu, de manifester dans la rue.

Ensuite, et ceci est spécialement abject de la part d’un gouvernement de gauche, l’indifférence ou la répression à l’égard des “laissés pour compte”, des exclus, traités comme des gêneurs, des intrus ou même des ennemis : prisonniers, jeunes des banlieues, sans papiers et sans domicile fixe, étrangers dont l’épiscopat vient de critiquer sévèrement “les conditions d’accueil” qui leur sont réservées, pauvres, demandeurs d’asile éventuellement maltraités dans les centres de rétention, expulsés manu militari vers des pays où ils peuvent s’attendre au pire, victimes du régime odieux de la double peine, et beaucoup d’ouvriers et d’employés entièrement livrés au bon vouloir des patrons qui s’en débarrassent sans scrupules et sans que l’Etat s’entremette pour empêcher les licenciements abusifs.

Finalement, doit-on s’étonner de ces constats, aussi décevants et aussi scandaleux soient-ils ? Mais non ! Tous les gouvernements veulent s’accrocher au pouvoir et aux avantages qu’il procure (fric, titres, sinécures, influence et médiatisation, honneurs, médailles etc..) et, pour y parvenir, ils n’ont pas le choix de leur politique ou, plus exactement, ils sont bien obligés, quels que soient leurs étiquettes et leurs programmes annoncés, de faire la même, que l’on peut résumer en quatre points.

-  1° Obéir aux pouvoirs supérieurs dont ils dépendent (qui, eux, ne sont pas élus, ce qui montre bien la vanité du suffrage universel !) et, en particulier, à trois d’entre eux, le pouvoir économique, le pouvoir médiatique et le pouvoir administratif, sans compter d’innombrables groupes de pression qui imposent aussi leurs volontés.

-  2° Bien “soigner” la caste dirigeante dont eux-mêmes, ne l’oublions pas, font partie. Ils n’ont aucun intérêt personnel, bien au contraire, à s’occuper des défavorisés, dont ils ont vaguement entendu parler, mais sans les avoir jamais côtoyés et, à plus forte raison, sans avoir partagé leur misère et leur détresse. De sorte qu’à l’absence d’intérêt s’ajoute le défaut de compétence. Ils ignorent totalement ce qu’est l’extrême pauvreté : ils s’imaginent qu’elle consiste uniquement en un manque de moyens matériels, alors qu’elle empoisonne et détruit tous les aspects de la personnalité et de l’existence. Un Noël Mamère, qui, je le suppose, ne roule pas sur l’or, reconnaît honnêtement appartenir aux “classes privilégiées”. Alors que dire de certains ploutocrates “socialistes” qui se donnent des allures de dames patronesses ! Au-dessus d’un certain niveau de revenu, on devrait s’interdire d’adhérer à un parti de “gauche”...ne serait-ce que par décence ! Il est facile de se représenter l’impatience et l’avidité des “socialistes” en 1981. C’est comme si, placés derrière une vitrine, ils avaient été condamnés pendant vingt-trois ans à regarder la droite se goberger au banquet du pouvoir en n’ayant droit eux-mêmes qu’à de misérables reliefs (quelques sièges de députés, de sénateurs, de maires etc.. où ils végétaient, oubliés par le gouvernement et mortifiés par les préfets). Ils se sont bien rattrapés depuis, mais leurs frustrations étaient telles qu’ils ne sont toujours pas rassasiés. Et leur appétit s’est même développé en bâfrant...

-  3° Faire des cadeaux aux classes moyennes pour se les attacher, tout en veillant à ce que leurs ambitions et leurs exigences ne s’accroissent pas au point de menacer la prépondérance des grands nantis. La satisfaction, présentée comme vitale pour le confort et l’amour-propre, de besoins matériels, culturels, affectif toujours renouvelés et artificiellement multipliés doit, en principe, les occuper suffisamment pour leur épargner les mauvaises idées : une réflexion trop critique et trop approfondie, une volonté réelle de contrôle, pire encore, le dessein de s’introduire dans les sphères verrouillées et les chasses gardées qui règnent au sommet. Orwell, dans “1984”, a montré qu’il s’agissait d’un exercice de haute voltige délicat et périlleux, puisqu’il faut renforcer l’importance et les moyens d’une catégorie de gens pour s’en faire un rempart contre le “peuple” tout en la maintenant dans la sujétion et dans l’impuissance, afin d’éviter qu’elle ne devienne une concurrente dangereuse, puis victorieuse, comme cela s’est produit, au détriment de l’aristocratie, sous la Révolution française et sous les régimes bourgeois qui lui ont succédé.

-  4° Jeter aux basses couches de la population quelques miettes, quelques os à ronger, afin d’empêcher la machine d’exploser tout en la gardant sous tension, afin de provoquer la reconnaissance, la soumission et la dépendance des “bénéficiaires” (remerciements éternels pour le RMI !) et, surtout, afin de perpétuer l’ordre établi qui veut que la misère ou la pauvreté d’un grand nombre soit méthodiquement et structurellement cultivée pour assurer l’hégémonie, le bonheur et les profits de l’élite ( !?). Dès lors que les plus ou moins malheureux se comptent par millions, ils sont aptes, même si leurs “cotisations” individuelles sont réduites et pourvu qu’ils subissent, de la part de managers compétents, une “traite” efficace, à remplir collectivement leur vocation historique, qui est d’enrichir toujours plus les riches, jusqu’à ce que s’ensuive la fin du monde

jospin et ses affidés ont naturellement adopté les bonnes recettes de cette cuisine traditionnelle et il est même possible que, plus “partageux” que le droite, ils aient attribué à cette dernière des lots de consolation non négligeables. Difficiles de leur reprocher cette attitude si l’on considère ce qui se passe lorsqu’à la suite d’une “anomalie” et d’un “dysfonctionnement” tout à fait regrettables...et heureusement exceptionnels, des purs , comme L Blum ou P.Mendès-France, accèdent au pouvoir . On a vite fait de les en éjecter, mésaventure qui ne risque pas d’affecter les pseudo-socialistes actuels qui, intégrant les enseignements de leurs adversaires au point de les dépasser en savoir-faire politique, ont compris - et je pèse mes mots- que tout est affaire de démagogie, de complaisance et de copinage. Mais, dira-t-on, pourquoi s’en prendre exclusivement à eux, dès lors que leurs collègues, à de rarissimes exceptions près, pataugent dans le même magot-marigot et y font régner la même Loi pour se livrer aux mêmes grasses repaissances ? Tout simplement parce que ma naïveté et ma ringardise d’ancien militant de gauche qui “y croyait” ne parviennent pas à accepter l’incroyable forfaiture, la criminelle imposture d’usurpateurs qui abusent de ma bonne foi en continuant à arborer des étiquettes trompeuses et des convictions bidon au service de pratiques totalement opposées...mais qui m’ont toujours semblé parfaitement “normales” et “naturelles” et comme allant de soi chez la droite.

Faut-il donc, en définitive, assimiler jospin à n’importe quel politicien de plus ou moins bas étage. Eh bien non ! Son cas est beaucoup plus grave et présente même une singularité qui le :rend extraordinaire. Car il a su, avec une habileté indéniable, allier la démagogie et sa “souplesse” (pour ne pas dire sa mollesse) avec l’idéologie et sa dureté. J’ouvre là un chapitre dont on ne parle jamais et qu’on n’ouvrira sans doute pas au cours de la campagne présidentielle. Et pourtant son contenu fait de l’actuel premier ministre un personnage potentiellement très dangereux. Oui, j’affirme , en me référant à ses comportements, que, sous des airs calmes, mesurés, sérieux, raisonnables, pondérés, derrière un personnage plein d’une “onction et d’une componction” (comme dirait Musset) toutes ecclésiastiques, auxquels il ne faut surtout pas se fier, se dissimule chez jospin-janus...

Bien sûr, il serait injuste de tout concentrer sur sa personne. On sait bien (ça se vérifie, par exemple, à propos des génies de la philosophie) que l’entourage et les descendants des “grands” hommes simplifient, défigurent et durcissent leur pensée et se révèlent même, à l’occasion, comme de redoutables exécutants ou exécuteurs. C’est ainsi que grouille autour de lui une tourbe de flagorneurs , de suiveurs et de suceurs (attention ! pas d’équivoque graveleuse : j’emprunte ici au vocabulaire du cycliste qui “suce” la roue de celui qui le précède) qui s’empressent dans son sillage pour satisfaire leurs ambitions et faire avancer leurs pions, qu’ils fassent partie des grands feudataires du P.S. ou des petits hobereaux de province. Et il faut également souligner (on ne le fera jamais assez) le rôle déterminant et délétère joué par les médias publics et par une grande majorité des privés qui, faisant preuve d’une incroyable servilité et d’un manque volontaire d’esprit critique et d’impartialité, se contentent d’écouter la voix de leurs Maîtres pour la retransmettre, l’amplifier, faire caisse de résonance et contribuer ainsi à une véritable infestation de la société civile. Quels sont les buts, les résultats et les moyens de cette intoxication générale ?

-  « jospin et le totalitarisme d’Etat », suite du dossier

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Christian Singer
jeudi 14 mars 2002
Mise à jour : 16 août 2004
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