Entendu l’autre jour une réflexion de quelqu’un d’intelligent et de lucide sur la situation globale du monde. Au mot de révolution (et avant même d’avoir eu le temps de préciser ce que j’entendais par là), mon interlocuteur m’interrompt et me dit : « oui mais… mais alors il ne pourra s’agir que de la main mise d’une élite nouvelle, parce que les masses (les citoyens lambda) ne se rendent pas (plus) compte de la domination et de l’aliénation qu’ils vivent et subissent ». En un mot, comment et pourquoi « faire le bonheur » des gens sans qu’ils le veuillent eux-mêmes ! Eternel problème qui ne se pose, il faut le dire avec force, que dans la perspective des révolutions « politiques » classiques, où l’on prétend « prendre le pouvoir » pour le rendre plus humain, plus démocratique, plus, plus, plus…, etc. Dans ce contexte, évidemment, mon interlocuteur a parfaitement raison, et l’Histoire s’est chargée de le démontrer.
Alors, faut-il accepter les choses et renoncer à tout changement fondamental ?
La "solution" est toute simple, et parce qu’elle est simple, personne n’en veut, et ce ne sont pas les habitus, les conditionnements sociaux, l’enfermement sociétal, les champs, l’aliénation, l’exploitation, qui en sont responsables. Tout ceci n’est que la conséquence de quelque chose d’infiniment simple, simple parce que fondamental. Un homme « de gauche » semble l’avoir compris : Jean Jaurès, qui écrivit : « Les vrais croyants sont ceux qui veulent abolir l’exploitation de l’homme par l’homme, et, par suite, les haines d’homme à homme, les haines aussi de race à race, de nation à nation, toutes les haines, et créer vraiment l’humanité qui n’est pas encore. Mais créer l’humanité, c’est créer la raison, la douceur, l’amour, et qui sait si Dieu n’est pas au fond de ces choses ? » Là est le cœur de la « révolution » qui s’impose et qui refuse tout Pouvoir et qui n’a donc pas pour objectif de « prendre le pouvoir » et donc qui ne craint pas d’imposer quoi que ce soit à ceux qui n’en veulent pas. Parce que pour « faire la révolution », il suffit effectivement d’aimer et de se laisser aimer, mais aimer vraiment. Et pour cela pas besoin d’avoir fait des études de sociologie ou de « marxologie ». Il est totalement faux de prétendre que pour accéder à la compréhension du monde tel qu’il est, il nous faut des « sciences sociales » et que seules celles-ci nous le permettent. Le monde tel qu’il est est en nous, et il suffit de nous observer un peu pour les comprendre tous les deux ! Bien sûr les conditionnements existent, et ils sont puissants : famille, école, médias, pouvoirs politiques, langage… Tout nous détourne de l’essentiel en nous fournissant d’excellentes raisons de le faire. Cela s’appelle de la légitimation-justification. Mais au fond, bien au fond, nous pouvons décider quasiment instantanément de dire non, de refuser de jouer le jeu, et d’aller progressivement là où l’espérance commence à transparaître. Mais sortir n’est pas encore rentrer. Et c’est là où notre rôle commence. Nous vous disons qu’il y a quelque chose à trouver. Quelque chose ou plutôt Quelqu’un. Le même qui semble avoir suggéré à Jean Jaurès un texte parmi les plus beaux à avoir été écrit par un « gens de gauche » et qui mériterait d’avoir été mentionné dans les Évangiles, qui l’a peut-être été, mais a été effacé par le « Grand Inquisiteur », celui dépeint par Dostoïevski. Car le drame, et nous ne le dirons jamais assez, c’est précisément les Églises qui ont enfermé Dieu à double tour pour l’empêcher de donner envie à des « vrais croyants » d’aller au bout d’un chemin, ce bout où l’on trouve ce Dieu qui nous permet (et lui seul !) de vivre et de créer enfin l’humanité qui n’est pas encore, qui n’a jamais été, parce qu’elle n’est jamais sortie de la préhistoire.

