Les deux seuls arguments avancés pour refuser l’abstention sont :
Piètres arguments, ultra-rabâchés sans y réfléchir sérieusement.
Examinons le premier
Si la majorité des électeurs souhaitent malheureusement un régime ouvertement d’extrême droite, ce n’est pas le vote qui l’empêchera.
Si le scrutin est plus tangent, une abstention ou des votes blancs massifs pourraient avoir un impact très fort. Vous imaginez un scrutin avec 60 ou 70 % d’abstention ou de votes blancs ! Le candidat d’extrême droite n’aurait aucune légitimité et l’élection serait ridicule.
De toute façon, le risque n’existe pas pour l’instant vu que l’extrême droite ne pourrait, dans tous les cas, pas dépasser les 20 ou 30 %. Et ce n’est pas parce qu’on s’abstient ou qu’on vote blanc qu’il y aura plus de votants pour l’extrême droite !
Plus profondément, la hantise de l’extrême droite (savamment entretenue d’ailleurs par les médias) présuppose qu’elle est bien pire que les autres candidats et qu’elle ferait beaucoup plus de dégâts si elle était au pouvoir. Rien n’est moins sûr, pour deux raisons :
Mais quand on voit les mesures ultra-sécuritaires prônées par la plupart des candidats, on se demande qui est à l’extrême droite, Jean-Marie se fait doubler de tous les côtés ! Quand on voit un maire de Lyon, qui se prétend socialiste, entériner la vidéo surveillance généralisée et réprimer férocement l’affichage libre, on renvoie tout le monde dos à dos.
Examinons le deuxième
En reprenant ce qui précède, on voit bien que le droit de vote n’a été accordé et reconduit que parce qu’il est finalement maîtrisé et sans danger pour l’ordre établi.
Dans le contexte actuel, ce n’est pas en votant (pour qui que ce soit d’ailleurs) qu’on risque de faire changer quoi que ce soit d’important, au contraire. Et pour rendre hommage à celles et ceux qui se sont battus pour le droit de vote et la vraie démocratie, il vaut mieux ne pas se rendre complice des pastiches en cours et rejeter une illusion de participation à la politique du pays.
Si un jour, à la place du mastodonte despotique appelé France, les dissidents parviennent à bâtir des entités de taille réduite fondées sur le partage, la démocratie directe et l’égalité, il sera toujours temps d’aller voter. On en est loin.
Ce n’est donc pas l’idée de vote ou de démocratie que l’on rejette, mais leur caricature criminelle qui veut nous arracher un signe d’allégeance et nous inciter à rester bien tranquilles.
"Vous avez le droit de voter aux élections et de faire quelques manifs bon enfant, le reste du temps, fermez-la et participez avec zèle à votre exploitation et au pillage de la planète. Votez et consommez béatement, on s’occupe du reste pour vous." Telle est la réalité. Le pire est que la plupart des gens en sont conscients, même s’ils n’osent pas se le dire clairement. Ils préfèrent encore jouer le jeu plutôt que de s’engager dans une voie qui pourrait s’avérer trop contestataire.
On entend dire partout que la démocratie est menacée. Sinistre mensonge, pour que la démocratie soit menacée, il faudrait d’abord qu’elle existe ! La démocratie a été mise au tombeau depuis longtemps, et en votant aux prochaines élections, vous rajouterez une pelletée de terre bien lourde sur son cadavre, qui aura alors encore plus de peine à ressusciter un jour.
Ca fait lucide et militant modéré de dire que la démocratie est menacée. On se pose en vaillant défenseur de la démocratie et on invite les braves citoyens à participer. On va alors parler de vote civique, de l’action citoyenne responsable, de contestataires sérieux... Toutes choses qui ne font que renforcer l’emprise du totalitarisme ambiant tout en se donnant bonne conscience grâce à une illusion d’action constructive. Les bons citoyens voteurs sont donc les alliés objectifs du totalitarisme qui les oppresse. En précisant que ceux qui votent blanc ont déjà fait un pas hors de la mêlée.
Ce n’est pas tant l’absence d’idées des candidats (l’extrême gauche ou les Verts peuvent dire parfois des choses intelligentes) que l’on fustige, mais l’absence de démocratie, le despotisme de l’Etat et du capitalisme, et le totalitarisme général qui englobe tout ça.
Voter supposerait que le système en place est perfectible et réformable, or il n’en est rien.
Le courage, la lucidité, la défense de l’idéal démocratique, la réhabilitation de la politique... exigent de nous un minimum de dignité. En refusant de voter, on réalise un acte hautement civique, qui plus est facile à commettre ! Pourquoi s’en priver ?!
Et si vous avez peur d’être trop extrémiste ou si vous croyez encore qu’il existe une démocratie, vous pouvez alors voter blanc, ce qui serait déjà très bien.
Sinon, il faut encourager les indécis à rester dans l’indécision et à rester chez eux. Ce n’est pas la peine de se forcer à choisir un candidat. Pour une fois : que les indécis rendent l’élection ridicule en restant chez eux au lieu de faire basculer le succès vers tel ou tel.
Le chemin menant à des démocraties effectives est long et difficile. Si on veut en voir le bout, il faut commencer par prendre conscience des impostures actuelles. Si on conforte les despotismes et si on croit en eux, ils ne risquent pas de disparaître. Si on croit, ou fait semblant de croire, aux mensonges officiels, on ne risque pas d’avoir l’idée d’inventer autre chose.
Les ruptures et prises de conscience précèdent forcément l’utopie. L’abstention est un modeste premier pas facile à effectuer. Les suivants seront plus difficiles. Mais si on ne fait pas un effort pour sortir de l’ornière, on continuera de s’enliser, et les sinistres guignols comme Jospin ou Chirac seront toujours chargés de nous faire rire au larmes depuis le haut du pavé.