Parmi les crimes contre l’humanité commis par les monothéismes figure en bonne place leur attitude extrêmement méfiante et restrictive à l’égard de la sexualité. Plus ou moins corrompus par des relents platoniciens, ils déprécient le corps en tant que siège de toutes les concupiscences et de tous les dévoiements. Cette ligne de pensée traverse les siècles et relie des personnages comme Paul, Jérôme, Augustin, les Cathares, les doctrinaires du calvinisme et du jansénisme. Certes, des théologiens comme Thomas d’Aquin et des papes comme Pie XI ont plus ou moins réagi contre cette tendance désastreuse, mais ne l’ont nullement supprimée. Elle demeure profondément inscrite dans l’inconscient collectif religieux et même, à un moindre degré, laïque. La preuve en est que les religions confinent la sexualité dans le cadre très étroit et contraignant de l’institution matrimoniale. On dirait un virus terriblement dangereux que l’on enferme dans l’enceinte infranchissable de la forteresse conjugale. La sexualité est subordonnée à la procréation et ne se justifie que par rapport à elle qui, à son tour, ne doit s’accomplir que dans le contexte de "justes noces".. Il a fallu attendre le XXème siècle pour que l’Eglise catholique admette officiellement que le plaisir et l’épanouissement qu’il entraîne puissent être considérés comme une "fin seconde" du mariage, mais jamais détachée de sa "fin première", d’où le rejet des méthodes contraceptives. Quant à reconnaître la légitimité et la valeur d’autres formes de sexualité, il n’en est évidemment pas question.
En fait, parce qu’elle s’assimile à l’amour qu’elle prouve et qu’elle construit, la sexualité a une vocation universelle. On peut dire que toute relation entre êtres humains devrait, parce qu’ils sont tous incarnés, comporter une composante sensuelle et (ou) sexuelle sans laquelle elle demeure inachevée et insatisfaisante. Le cas de "l’amitié" est particulièrement probant. Depuis l’Antiquité, on l’exalte sans mesure du fait de sa "pureté" et de son essence "spirituelle", puisque libérée de la chair et de la passion, mais l’on cache hypocritement le fait que beaucoup d’amis souffrent, même inconsciemment, d’une très douloureuse frustration qu’ils n’osent pas s’avouer et qui peut créer entre eux un climat très malsain. Finalement, la sexualité, qui devrait s’affranchir de règles (concernant, par exemple, la procréation, la filiation etc..) qui lui sont étrangères et imposées de l’extérieur, aurait tout intérêt à n’obéir qu’à ses propres lois que l’on peut limiter à deux, mais qui sont absolument capitales.
D’abord, elle exclut toute forme de contrainte et de violence morale, idéologique, physique etc.. Ensuite, elle implique toujours trois éléments essentiels, le respect, la tendresse et celui qu’on oublie trop souvent, les buts communs qui doivent cimenter et aimanter la relation, sans quoi elle risque de tourner en rond très rapidement et de se déliter. Ces principes fondamentaux étant scrupuleusement observés, on est tenté de dire que toute espèce de rapport, quelles que soient les différences d’âge ou les liens de parenté des partenaires en présence, devrait être autorisée. Plutôt que d’opposer une fin de non-recevoir immédiate, complète et définitive à ceux qui l’affirment, plutôt que de leur jeter à la figure un refus de discussion horrifié éventuellement assorti d’injures et de menaces, plutôt que de leur prêter des propos qu’ils n’ont jamais tenus, il serait peut-être préférable et plus honnête de les écouter.
Ils soutiennent que la sensualité existe dès le départ chez l’enfant, comme ses autres facultés, et qu’à leur instar, elle ne demande qu’à se développer et à s’épanouir progressivement, sans rien forcer ni devancer, grâce à l’accompagnement avisé et aimant d’adultes délicats. Ils ne voient pas pourquoi on solliciterait constamment l’assistance des grandes personnes pour favoriser la maturation de l’intelligence, de la sensibilité, de l’imagination, du sens esthétique etc.. de l’enfant, mais qu’on devrait l’abandonner à lui-même dès qu’il s’agirait de sa sensualité (appelée à devenir petit à petit sexualité, puis génitalité), comme s’il s’agissait d’une chose honteuse et comme s’il était capable de "se débrouiller très bien tout seul", alors qu’en fait il se débrouille très mal, livré à lui-même dans une ambiance plus ou moins délétère et voué, pour toute initiation, au touche-pipi entre copains. Le laisser ainsi patauger, c’est, disent-ils, se rendre coupable de non-assistance à personne en danger, compromettre son avenir et se comporter de façon aussi absurde que si l’on prétendait que l’enfant pût apprendre à écrire, lire et compter sans le concours d’aucun adulte. Ils estiment que la question du "consentement", toujours invoquée, n’a aucun sens : demande-t-on à un enfant s’il consent à manger, boire et dormir ?
Car il faudrait en revenir, selon eux, à une notion et à une pratique saines, naturelles, spontanées, innocentes et "saintes" de la sexualité, complètement occultées et calomniées par le puritanisme et la pudibonderie des religions, acharnées à la diffamer et à la pervertir. Ils se disent épouvantés par le regard sale de tant d’adultes profondément vicieux et hypocrites qui, sous prétexte de sauvegarder la "pureté" des enfants, souillent et corrompent une de leurs facultés les plus précieuses, déforment et blessent pour toujours la vision qu’ils en garderont et l’usage "estropié" qu’ils en feront, en la leur présentant comme une triste réalité plus ou moins sordide et dangereuse dont il faut limiter et encadrer au maximum les risques et les méfaits. Les mêmes professeurs de vertu ne manqueront pas de dénigrer faussement et de détruire au passage les rarissimes "inconscients" qui oseront s’exposer à leurs haines en s’opposant à leurs théories. On a l’impression que certains "croyants" en voudraient presque au bon Dieu de les avoir humiliés au point de les obliger à faire des choses aussi peu convenables pour avoir des enfants !
Certains de ces "dégénérés" qui n’hésitent pas à s’aventurer sur un terrain particulièrement miné poussent même leur délire jusqu’à s’attaquer à l’ultime tabou en déclarant que l’existence de liens charnels entre parents et enfants ou entre les membres d’une fratrie serait exhaussée et transfigurée par la création de nouveaux liens charnels qui confirmeraient et magnifieraient les précédents. "Comme ce serait merveilleux, me disait l’un de ces francs tireurs "égarés", de voir, par exemple, un père initier sa fille et (ou) son fils aux plaisirs et aux joies de l’amour !". Si on lui faisait remarquer que "l’inceste" (un vilain mot qui porte en lui-même sa propre condamnation) faisait l’objet d’une interdiction générale, il rétorquait que ce n’était pas entièrement vrai ni dans la passé ni à l’époque contemporaine. Et surtout il ajoutait que ce rejet s’expliquait par la crainte d’un brouillage des filiations et par celle de malformations physiques, ce qui n’était pas à redouter dans l’hypothèse où il se plaçait, celle de l’amour et non de la procréation. Il concluait en affirmant qu’une tradition n’est pas sacrée uniquement parce qu’elle en est une : certaines, qui remontent à la nuit des temps, n’en sont pas moins détestables, comme l’excision ! L’argument de l’ancienneté et de l’unanimité est sans valeur. Il est facile de montrer comment se forme une tradition et pourquoi les pires d’entre elles peuvent se transmettre de génération en génération sans jamais être remises en cause. Et pourtant, le fait pour une connerie d’être indéfiniment répétée et reproduite ne l’empêche pas d’en rester une et de conserver intacte sa nocivité tout au long de son parcours. Naturellement, vous pensez ce que vous voulez de ces théories et je ne conseille à personne de les mettre en pratique, sauf à se jeter dans la gueule du loup et à s’exposer aux plus graves ennuis. Le seul fait de les évoquer, comme je le fais ici, vous met en danger. Il ne faut pas oublier que la France, comme le disait le patron de "Reporters sans frontières" est une "vieille terre d’intolérance".
Bref, il existe des utopistes subversifs préconisant l’instauration d’une COMMUNION AMOUREUSE UNIVERSELLE
- qui serait débarrassée des interdits et des cloisonnements intolérables l’empêchant de s’établir
- qui se situerait aux antipodes de la frivolité et de la débauche parce que lestée des plus hautes exigences morales, humaines et spirituelles
- qui impliquerait une sorte de "pansexualité" permettant de réduire énormément les risques de frustrations, de possessivité et de jalousie
- qui, de ce fait, contribuerait de la manière la plus efficace à la cessation des innombrables violences qui affectent et détruisent les individus comme les collectivités puisqu’elles ne sont , pour une large part, que le fruit par défoulement d’insatisfactions, de blocages et d’interdits tout à fait illégitimes
- qui aboutirait à la constitution d’une EROSPHERE dans laquelle baignerait une humanité assoiffée de paix et d’amour, et désormais en mesure de les vivre dans leur plénitude.
J’imagine aisément les réactions indignées et horrifiées des faux pasteurs et de leurs troupeaux devant le monceau d’aberrations et de divagations qui viennent d’être rapportées ! Et, en même temps, je lis le jugement porté sur meditationfrance.com : "La condamnation du sexe est peut-être le plus grand mal qu’a fait l’Eglise catholique tout au long de l’histoire...". Je ne suis pas loin de partager ce jugement, tout en sachant qu’il est excessif. Condamnation à mort ? Non tout de même : ce serait fâcheux, même pour le recrutement des Eglises ! Disons plutôt, tellement elle est encadrée, brimée, enfermée, cadenassée, verrouillée..., condamnation à la réclusion perpétuelle, d’où il nous faut essayer de l’arracher !

