Un totalitarisme néo-fasciste

Un système totalitaire néo-fasciste fondé sur un « humanisme » citoyen débordant de bonne conscience

L’humanisme dévoyé devient la bonne conscience du néo-fascisme moral. Le totalitarisme à visage démocratique propage une nouvelle propreté morale, à coup de propagande, d’amalgames et de double pensée.

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En ces temps où le totalitarisme se durcit considérablement, de plus en plus de gens considèrent que certaines opinions devraient être interdites et pourchassées. La censure, qui auparavant se pratiquait dans l’ombre de manière honteuse, est maintenant revendiquée en plein jour avec fierté. La délation, jadis honnie, est assumée et encouragée à tous les niveaux.

Censures, discriminations et amalgames deviennent des armes morales et recommandées quand il s’agit de déviants au désordre établi. Excités par les médias et le gouvernement, les gens ordinaires ont à présent une mentalité plus répressive et rétrograde que les polices officielles. Le peuple presse les pouvoirs d’être sans pitié et sans nuance envers les récalcitrants à la pensée unique et à la double pensée. Certains menacent même de faire « justice » eux mêmes si les tribunaux ne sont pas assez sévères !
Big Brother règne à présent sans partage et le roman d’Orwell (1984) est largement confirmé par les événements.

Les braves citoyens sont désormais perméables à tous les conditionnements et prêts à toutes les dérives répressives. Ils ont renoncé à toute analyse et pensée personnelles. Tolérance zéro dans tous les domaines et pour tous les trouble-fête. Chaque préhomme est investi d’une mission de salubrité publique et milite pour la propreté absolue. Tout doit être nickel, pas de taches, pas d’affichage libre, pas d’opinions inconvenantes, pas d’espaces de liberté.... : LSQ, loi anti-terrorisme et anti-sectes pour tous. C’est ça l’égalité, tous suspects et tous coupables d’avance ! Il faut tout nettoyer : les crottes de chien et les affiches militantes qui tentent encore de s’accrocher aux murs, c’est tout la même merde, des sauvageons et de la chienlit qu’il faudrait placer en centre surveillé et fermé dès la naissance, à titre préventif.
Plus que les polices, ce sont les individus de base, pressés il est vrai par les pouvoirs, qui veulent se redonner une nouvelle moralité en nivelant tout ce qui dépasse. Dans un monde complètement pourri et qui court à son autodestruction, gangrené jusqu’au code génétique de l’os par l’argent et la marchandise, il n’est pas étonnant qu’on tente de se recoudre une virginité en exterminant les asociaux et autres délinquants (réels et supposés). On essaie toujours de se détourner des vrais problèmes et de diriger sa rage contre des victimes expiatoires et faciles au lieu de s’en prendre aux connards cyniques et haut-placés qui tirent les ficelles des marchés et des champs de bataille. C’est plus facile de hurler avec les loups que de dire merde aux chefs de meutes, à l’Etat et aux entreprises, et surtout que de remettre en cause sa propre vie, ses choix et ses conditionnements.

En France particulièrement, mais aussi aux USA, en Grande-Bretagne, en Australie et au Canada, on passe d’un totalitarisme soft à un régime totalitaire de plus en plus dur, qui se transforme en un nouveau genre de fascisme.
Les choses se sont accélérées depuis le 11 septembre 2001, et ce fascisme prendra toute son ampleur dans les prochaines années. Au rythme où vont les choses, en 2005, les résistants n’auront plus qu’à se terrer en Papouasie ou au fin fond de l’Antarctique pour espérer échapper aux polices de la pensée. Ce régime totalitaire n’attendra pas 2038 pour s’affirmer au grand jour.

Ce nouveau fascisme exercera (et exerce déjà) sa répression au nom de la démocratie, de la défense des droits de l’homme et de la liberté. Par une inversion formidable et un double langage généralisé, il se fait passer pour une vraie démocratie au service du bien commun ! Les militants citoyens s’acharneront sur les « déviants » au nom de la propreté morale, du respect des valeurs humanistes, de l’impossibilité des certitudes et d’un projet global révolutionnaire, du rejet de toute foi tenace en Dieu, et tout simplement au nom des dogmes de l’époque.
Je refuse d’être citoyen. Etre citoyen, dans le contexte actuel, c’est accepter l’existence despotique d’un Etat qui impose ses droits, qui vous laisse le devoir de lui obéir aveuglément et qui vous jette quelques su-sucres quand vous êtes bien sage. On enrobe la notion de citoyenneté de concepts vagues et sirupeux pour masquer le fait qu’il s’agit d’une allégeance complète aux systèmes de pensée en place. Ce ne sont pas les revendications dites citoyennes, ridicules et de toute façon irréalisables dans cette « société », qui risquent de changer quoi que ce soit aux structures de l’inégalité et de la guerre permanente. Au contraire, les réformettes n’ont finalement pour effet que de renforcer le système, et le « citoyennisme », guidé par des mentalités finalement inchangées, risque fort de créer des intolérances nouvelles, éprises de bonne conscience et de positivisme déplacé. Au lieu de développer les idées et actions citoyennes, il faudrait au contraire en sortir pour tout reprendre à la base, inventer une société sans Etat ni entreprises, sans capitalisme ni fanatisme, fondée par des personnes libres et autonomes.

Grâce à l’informatique et à la biologie, le joug sera plus feutré, mais il sera plus féroce et plus absolu que les totalitarismes d’Hitler ou de Staline, qui eux usaient encore de moyens grossiers et inefficaces (comparativement à ce qu’on fait à présent), comme les exécutions et les camps.
Sous le règne de ce totalitarisme néofasciste, l’esclavage sera encore plus absolu, les échappatoires inexistants et la bonne conscience (reposant en fait sur une absence de conscience) inébranlable. Vu qu’il n’aura plus besoin de violences sanglantes et répulsives pour s’exercer, vu qu’il avancera des justifications en béton et hautement « morales », il deviendra impossible à détrôner. Hélas, c’est ce que veulent pour l’instant la majorité des préhommes, pour s’enfermer dans leurs choix désastreux et s’interdire tout retour en arrière.

Au cas où vous voudriez voir le cauchemar de « 1984 », il vous suffit d’ouvrir les yeux.
Au lieu de vous laisser hypnotiser par les sirènes de Porto Alegre ou les élections, réveillez-vous avant qu’il ne soit trop tard et que Big Brother ne ferme vos paupières au fond des tombes que vous creusez pour vous perdre.

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Zora
mars 2002
Mise à jour : 20 juin 2004
 
 
Totalitarisme néo-fasciste et citoyen
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