Imaginez un observateur impartial qui n’aurait jamais entendu parler ni de l’Eglise, ni des Evangiles. On le prie, sans établir aucun lien entre ces deux activités, de bien vouloir se familiariser avec l’Une et de lire attentivement les Autres. Et puis on lui demande s’il voit des rapports évidents et des points communs entre les deux. Ayant survolé les "Livres saints" d’assez haut pour ne pas s’être empêtré dans les innombrables controverses qu’ils suscitent, il sera sans doute parvenu à la conclusion raisonnable que Jésus vivait et prêchait l’amour des autres et, en particulier, des plus déshérités et des plus méprisés, la liberté vis-à-vis des institutions traditionnelles (comme la famille) et des pouvoirs civils et religieux, enfin la simplicité, à la fois dans son mode d’existence et dans ses relations avec autrui.
S’il projette ensuite la lumière de ces observations sur l’Eglise catholique pour voir s’il en reçoit le même éclairage, il sera bien obligé de constater que, en dehors de références rituelles aux Evangiles devenues purement théoriques et routinières, il n’existe strictement aucune ressemblance entre les enseignements et les comportements du Christ, d’une part, et, d’autre part, ceux d’une vieille machine sclérosée, experte en prudence diplomatique et en arrangements opportunistes, complice, en dépit de quelques protestations, des pouvoirs et du désordre établis, protectrice des traditions et des institutions les plus archaïques et les plus malfaisantes, coiffée par une hiérarchie autoritaire et paternaliste, imbue de sa supériorité et d’un certain decorum, qui fait régner un cléricalisme, un dogmatisme et un moralisme complètement dépassés.
Le rôle critique et prophétique, permanent et rigoureux, que devrait jouer l’Eglise à son profit comme à celui du monde qui l’entoure a disparu pour faire place aux convenances, aux conformismes et aux compromissions. L’épiscopat français, atone et moutonnier, en offre une magnifique illustration. Mais il est vrai que le sort réservé à un "prélat" aussi inoffensif et respectueux de la foi et des moeurs que J. Gaillot ne peut encourager ses confrères à sortir du rang et à exprimer des idées personnelles et originales. Je plains les catholiques lucides qui souffrent de cet état de choses sans pouvoir aucunement le modifier.

