Le totalitarisme déteste l’autonomie et la liberté individuelle, il préfère la docilité et des libertés réduites, canalisées dans des voies déterminées qui ne peuvent pas lui nuire. C’est la liberté de choisir la couleur de votre voiture, pourvu qu’elle soit noire.
Un régime totalitaire s’accommode fort bien d’une façade démocratique. Ses possibilités d’expansion et de durer dans le temps sont d’ailleurs bien plus grandes dans une démocrature comme la France que dans une franche dictature.
Le totalitarisme abouti n’a généralement pas besoin d’utiliser la force brute. Il va miser plutôt sur l’esclavage volontaire, les contraintes de la dictature économique mondialisée, la force de la propagande diffusée en permanence par les médias, l’école, les hommes politiques, les gens eux-mêmes... Les totalitarismes modernes préfèrent les immenses capacités d’autopersuasion de la majorité des gens et le bourrage de crâne exercé par les adultes sur les enfants que les exécutions sommaires et les camps de rééducation.
Les régimes totalitaires peuvent s’asseoir dans n’importe quel régime politique préhumain : pseudo-démocratie (démocrature), dictature, fascisme, monarchie... Mais ses terrains de prédilection sont les démocratures et les régimes fascistes.
Du fait que tous les Etats sont de toute façon totalitaires de manière sous-jacente, on peut parler, à l’heure de la mondialisation accélérée du capitalisme, de l’apparition d’une sorte de totalitarisme mondial. Il est désormais impossible d’échapper au filet des Etats, de leurs réglementations kafkaïennes et de leurs systèmes de surveillance démultipliés et sophistiqués, impossible de ne pas se faire écraser par le capitalisme et ses mafias transnationales.
Le totalitarisme tolère très bien les militants qui font de l’humanitaire ou qui luttent contre une ou plusieurs injustices. Ca l’amuse et ça occupe les personnes révoltées par certaines injustices criantes. Tant que les contestataires ne remettent pas en cause en profondeur Big Brother et ne se rendent pas capables de construire autre chose, les régimes totalitaires sont POUR les revendications sociales, ils sont même prêts à lâcher généreusement quelques miettes (surtout qu’ils savent qu’ils les reprendront ailleurs ou plus tard). Quelques tyrans sont ennuyés temporairement, mais le système reste intact.
Le totalitarisme adore les manifestations, les défilés, les luttes partielles... Tant que les "rebelles" ne savent pas se passer de lui, ça entretient sa forme et son moral. Les quelques défoulations sporadiques, violentes ou pas, permettent de maintenir en forme ses polices, elles permettent aux révoltés d’avoir l’impression de faire quelque chose et d’avoir l’illusion de remporter parfois des petites batailles. Tout le monde est content. Ce n’est pas ça qui va affecter les marchés et changer les structures profondémement inégalitaires. Un totalitarisme intelligent va même laisser la possibilité aux gens de manifester "librement", ainsi il évite des déflagrations trop importantes qui pourraient amener le changement des oligarchies au pouvoir (c’est l’image de la cocotte minute, il faut relâcher un peu la pression pour qu’elle n’explose pas) et faire baisser temporairement la courbe de l’enrichissement des riches.
Les gauchistes standards semblent oublier que leurs révoltes (telles qu’ils les concoivent), même celles de grande ampleur, n’ont jamais rien changé au système. Les avancées sociales parfois obtenues localement n’ont rien modifié de la donne, surtout si on se place au niveau planétaire. Ce n’est pas étonnant, il faudrait que les révoltés soient capable de construire autre-chose, qu’ils aient révolutionnné leurs mentalités... En refusant Dieu et la vie spirituelle, la gauche radicale se rend incapable de changer le monde.
Les totalitarismes aiment régner sur des gens pauvres, infériorisés, mutilés affectivement, spirituellement, intellectuellement..., il est plus facile de les manipuler et ils se préoccuppent davantage de leur survie quotidienne que de changer le monde. La misère, le chômage, l’illettrisme, les médias débiles, la famille et la séparation des sexes ont donc encore de beaux jours à vivre, surtout que tout ça convient très bien aussi à l’exploitation capitaliste. Pour bloquer les possibilités de révolte à la base, le maintien dans un état de précarité, d’insécurité, de violence... sont d’excellents moyens, grâces soient rendues au capitalisme, aux ghettos, aux guerres, aux terrorismes...
Normalement, le mot idéologie désigne simplement un système de pensée construit et plus ou moins global. Après le nazisme et le stalinisme, il a pris un sens négatif, et idéologie a dévié vers "système global et qui tend à s’imposer à autrui par la force ou la manipulation sournoise".
Plus grave, de plus en plus de gens considèrent que tout système de pensée construit et global est de nature totalitaire. Ils considèrent alors que toute idéologie (prise dans son sens initial) est forcément totalitaire, dangereuse. Ce qui est idiot, il peut y avoir des idéologies totalitaires et d’autres qui ne le sont pas. Il peut aussi arriver que des groupes de gens déforment des idéologies pour les transformer en instruments de pouvoir et d’asservissement. Les adversaires de toute idéologie récusent à la base toute possibilité d’un système de pensée universel et construit qui pourrait décrire et éclairer l’humanité. Pour eux, aucune vérité universelle n’est possible, et le simple fait d’affirmer des opinions idéologiques est une preuve flagrante d’intolérance et de totalitarisme latent. Seules compteraient alors des vérités relatives à un instant et à un lieu donné, pour un individu donné. Le reste serait du despotisme dangereux ou de la rêverie à peine moins dangereuse.
En préhumanité, vu que les gens sont incapables de construire autre chose, une idéologie dérivera forcément vers le totalitarisme, mais ce n’est pas forcément l’idéologie qui est en cause... Quand on voit l’histoire, on comprend qu’on soit tenté de fuir toute idéologie en se réfugiant dans le relativisme. Mais de là à renoncer définitivement à une utopie collective...
Le Projet que nous exposons sur ce site est une sorte d’idéologie (en prenant le sens initial, non péjoratif), mais elle n’a rien de totalitaire, elle permettrait au contraire de concilier la libération individuelle et les transformations collectives. Sans idéologie cohérente, les mouvements de libération n’arriveront jamais à rien, si ce n’est à renforcer indirectement et malgré eux le totalitarisme mondial. Sans Dieu, sans vie mystique, ils n’arriveront jamais à bâtir une idéologie cohérente, et ils ne pourront jamais se transformer à l’intérieur.
Des tas de mots sont détournés de leur sens, il ne s’agit pas seulement de dérives normales du langage, on assiste à l’avènement d’une espèce de Novlangue qui évacue certaines notions jugées indésirables. Quelques exemples :
De plus, on n’arrête pas de parler de démocratie alors qu’il n’y en a pas. On se gargarise de liberté et d’égalité alors que ses droits ne sont que virtuels et très contrôlés. On fait croire que les "sociétés" préhumaines ont évolué alors que c’est faux. Il faudrait aussi parler des modes de dialogues simplifiés et portant sur des futilités, si prisés par les jeunes. Les Textos, les Chat sur le net, les forums au style télégraphique...
Cette politique de redéfinition des mots a deux avantages :
Le totalitarisme, c’est quand tout le monde adhère au système sans s’en rendre compte, quand il n’est plus envisagé autre chose que de corriger quelques excès trop voyants, quand on s’imagine que les "sociétés" préhumaines sont civilisées et évoluent vers le "bien".
Le totalitarisme, c’est la préhumanité dans toute son horreur. C’est quand elle s’est incrustée pour de bon dans les consciences, quand chacun la justifie et la perpétue tout "naturellement", quand les systèmes d’oppression qu’elle a créés tournent tout seuls et aggravent la situation de ses sujets, quand il n’y a plus de grands tyrans identifiables, mais des multitudes de tyranneaux et des mécanismes automatiques, quand les gens s’imaginent être libres alors qu’ils sont esclaves de la préhumanité et d’eux-mêmes.