Il y a au moins quatre raisons à cet échec :
1. elle ne remet jamais en cause la totalité des institutions, des mentalités et des comportements qui forment les bases du monde effectivement criminel, barbare et absurde dans lequel nous croupissons : la Famille, en particulier, avec le couple exclusif et l’appropriation des enfants, reposant sur les liens du sang, est rarement l’objet d’une critique radicale et d’un rejet, sauf (théoriquement !) de la part des anarchistes ; le comportement à l’égard de la Terre et des autres êtres vivants est lui aussi rarement intégré à la critique ; le rationalisme et le scientisme sont en dehors de toutes les préoccupations des mouvements "radicaux", alors que les ravages causés, dans tous les domaines, par ces fléaux sont considérables, etc.
2. les gens sur qui elle croit pouvoir s’appuyer, les exclus, les pauvres, les exploités ne rêvent que d’une chose : devenir riches, exploiteurs et s’intégrer dans le monde tel qu’il est ;
3. elle ne propose pas un changement collectif s’appuyant sur un changement fondamental de chaque individu ; au contraire, elle croit que les changements de structures amèneront un changement des individus...
4. elle écarte Dieu, et donc la seule source possible d’un changement radical de chaque individu et des collectivités. Ce refus entraîne en particulier l’impossibilité de parvenir à une unité et à une action commune et réellement solidaire.
Les maux dont souffrent les collectivités et les individus, tous les crimes dont ils sont coupables (pas au sens du droit pénal !) ont à leur base des comportements et des mentalités qui ont leur source dans une déviation fondamentale de l’Homme par rapport à ses origines, à sa nature et à sa vocation. La gauche radicale nie l’existence d’une telle vocation et préfère s’en remettre au rationalisme professant la contingence et l’absurdité de la vie et de l’Homme. Selon le rationalisme, l’Homme existe par hasard et n’a pas de sens ni de raison d’être préexistant à lui. Venu du néant, il retourne au néant.
Toutes les analyses de la gauche radicale et des écologistes radicaux font l’impasse sur l’origine des horreurs qu’ils dénoncent, origine qui se trouve à l’intérieur de chaque individu qui est le support et le responsable, à son niveau, de l’ensemble de la société, dans la mesure où il y participe, la fait tourner et la cautionne et où, en retour, il est, avec son consentement, conditionné par elle.
Il faut insister sur ce point. La gauche radicale (qui pour nous inclut les écologistes "radicaux") a le mérite immense de voir la réalité (même si ce n’est que partiel, quelquefois), mais ne peut pas conduire à un réel changement de la société. Elle ne le peut pas, même si bon nombre de ses partisans le souhaitent sincèrement.
Et elle ne le peut pas, même si ses partisans devenaient majoritaires, même s’ils représentaient les 2/3 de la population. Cette impossibilité ne tient donc pas à l’absence d’audience ou au fait qu’elle ait toujours été minoritaire.
L’affirmation a de quoi surprendre, mais si la gauche radicale devenait majoritaire et essayait de mettre en oeuvre son "programme", elle ne pourrait pas faire autrement que retomber très rapidement dans la situation d’aujourd’hui.
Le refus de Dieu est en effet à l’origine même du gigantesque camp de concentration planétaire que les Hommes ont créé. Tout dérive de ce refus : installation, quête du bonheur, volonté de puissance, domination, compétition, appropriation des choses, des gens, de la Terre, guerre, rationalisme, etc.. Ces constantes émergent dès la fin du paléolithique et s’épanouissent au néolithique qui a vu apparaître toutes les tares et les institutions que nous connaissons aujourd’hui : la propriété privée, l’Etat, la guerre, la Famille, la division entre riches et pauvres, des castes de prêtres et de magistrats, l’exploitation et la destruction de la Terre, etc..
Le refus de l’existence de Dieu est pourtant aujourd’hui une constante de la plupart des composantes de la gauche radicale qui refuse viscéralement, instinctivement, instinctuellement tout lien, toute dépendance, toute filiation avec Dieu. Réaction d’orgueil ? Mystère de la liberté !
Pour la gauche, une théorie de l’aliénation vient compléter (justifier !) ce refus. Dieu, s’il existait, limiterait la liberté parce qu’il s’agirait d’une réalité extérieure et supérieure, envahissante et contraignante. Ils voient Dieu comme un despote tyrannique. Il serait de surcroît cruel, en plus, car il ne fait rien pour empêcher le mal et la souffrance. Or, c’est précisément parce que Dieu respecte la liberté des hommes qu’il n’intervient pas pour corriger les conséquences de leur barbarie, de leurs crimes et de leurs erreurs. Il y a là d’ailleurs un curieux paradoxe dans le fait de dénier à Dieu le privilège de l’existence en raison de son indifférence à la présence du mal ou de la souffrance, tout en craignant une atteinte à la liberté de l’homme si Dieu existait ! Dieu n’intervient pas parce que c’est à l’Homme de changer et de remettre en cause le monde abominable que l’Homme a lui-même construit. Dieu n’a pas à faire le travail de l’Homme. S’il le faisait, il obligerait l’Homme à être "bon", "gentil", alors que ce dernier n’en a aucune envie ! L’existence de Dieu n’est pas un obstacle à la liberté, la preuve : l’Homme en fait un usage immodéré et particulièrement nocif ! L’existence de Dieu n’est pas un obstacle à la liberté, puisque l’Homme peut tout à fait refuser Dieu !
Mais on dira que ce n’est pas ainsi que raisonnent les athées. Ils excluent Dieu de l’existence. Ils ne peuvent donc raisonner sur la liberté du refus de Dieu ! Ce "refus" lui-même n’a pas de sens pour eux. On ne refuse que ce qui existe ! Pour eux Dieu est tout simplement inutile. Mais dès lors, si Dieu n’existe pas, que reste-t-il ? La vie n’a aucun sens, aucune finalité. L’Homme est une moisissure parfaitement contingente, soumise aux caprices de la physique et de la chimie, des conditionnements sociaux et des déterminismes psycho-éducatifs. Dans ce contexte, la liberté disparaît totalement. Et avec elle disparaît également toute raison valable et essentielle de se battre pour changer les choses ! Si les athées étaient logiques avec eux-mêmes, ils ne bougeraient pas le petit doigt pour mettre en oeuvre des idées "révolutionnaires". A quoi bon en effet, puisque les choses sont déterminées par des facteurs sur lesquels on n’a aucune prise. A quoi bon, puisque l’Homme doit retourner au néant d’où il vient.
Dans ce contexte, la seule attitude conséquente est soit de profiter pleinement des faveurs du destin, soit d’accepter stoïquement les misères de la vie. Se battre pour des idées témoigne bien au contraire d’une croyance profonde (bien que niée) en la valeur de la vie et en l’existence d’un sens ; témoigne enfin du refus de cette conception désespérée de l’absurdité de l’Homme et du monde, conception qui, répétons-le, est indissociable de l’athéisme.
Ainsi, alors que le refus de l’existence de Dieu est prétendument fondé sur la crainte de voir disparaître à la fois la liberté et la possibilité de changer le monde, ce refus aboutit inexorablement à la disparition de la liberté et à l’absurdité de tout engagement militant !
Pour justifier son attitude envers Dieu, la gauche radicale se sert également de l’Eglise (des Eglises). Elle confond Dieu et l’Eglise. Elle se persuade que Dieu est nécessairement ce qu’en ont fait les Eglises. Et c’est vrai qu’il y a de quoi être dégoûté !
Depuis que le christianisme (ou ce qui prétend être le christianisme) est devenu la religion officielle de l’Empire Romain, l’Eglise catholique a toujours consolidé la barbarie de l’Etat et des pouvoirs privés. Elle s’est faite l’alliée de l’Etat et des pouvoirs dans l’exploitation, la domination et l’asservissement des individus. Nous reprenons volontiers à notre compte toutes les pages "abominables" et admirables écrites tout au long des siècles et plus particulièrement au 19° et au début du 20° pour décrire le rôle joué par l’Eglise. Mais nous voudrions aller plus loin en disant que le plus grave est d’avoir totalement trahi Dieu et de l’avoir annexé. Cette trahison est le pire des blasphèmes.
Nous avons l’ambition d’essayer de faire sentir, percevoir, entrevoir toute la différence, le gouffre, la distance qui séparent Dieu de l’Eglise qui l’a annexé, exploité, récupéré, trahi, crucifié, avec une bonne conscience et une bonne foi apparente qui resteront, en dépit des analyses de surface, un mystère.