Rapport des RG : commentaire de Christian Singer

Commentaire sur le rapport des R.G. de l’Isère

La communauté de la Thébaïde a obtenu l’original du rapport des R.G. de l’Isère la concernant. Des preuves accablantes... contre les R.G. et les parlementaires.

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Voici tout d’abord la lettre jointe aux dossiers que nous envoyons par la poste.


Madame ou Monsieur,

Vous trouverez ci-joint les commentaires d’un document des R.G. relatif à notre communauté...qui a été "officiellement" classée parmi les sectes (cf. rapport parlementaire). Nous vous les adressons parce qu’au-delà de notre cas particulier qui présente un intérêt limité, ils soulèvent des questions fondamentales qui touchent aux droits élémentaires de l’homme et qui concernent donc tout le monde au premier chef. Nous voudrions bien alerter l’opinion publique, mais nous disposons de très faibles moyens. Vous pourriez y contribuer plus efficacement. C’en vaudrait la peine. Il va de soi que nous ne vous demandons en aucune manière de cautionner nos façons de penser et de vivre. La question n’est pas là.

Trois autres remarques préliminaires s’imposent :

1. Il nous a fallu 2 ans et 5 mois de procédure pour obtenir communication de ce document, alors que la loi nous y autorisait clairement. Le préfet a rejeté notre demande et nous a renvoyés à la CADA (Commission d’accès aux documents administratifs) qui a émis un avis négatif en prétendant que ce document se rattachait à "la fonction législative" ( ?). Nous avons saisi le tribunal administratif qui a ordonné de nous donner satisfaction. Mais nous nous sommes heurtés à de nouvelles difficultés et nous avons dû prendre à nouveau contact avec la juridiction administrative pour lui demander de faire exécuter son jugement. C’est alors seulement que la préfecture a cédé. Pourquoi cette évidente mauvaise volonté qui frise le mépris de la loi pratiqué par des fonctionnaires chargés de la faire appliquer ? La réponse est fournie par la nullité mensongère d’un texte qu’on ne tenait certainement pas à divulguer.

2. Chacun de nous a rédigé de son côté ses propres observations et nous n’avons pas cherché à les harmoniser. D’où quelques redites dont nous vous prions de nous excuser. Nous sommes conscients que l’ensemble de ces textes vous paraîtra bien "rasoir" ! Mais pour étayer nos conclusions, il nous fallait en passer par une analyse concrète, serrée et détaillée qui se révèle, croyons-nous, bien plus probante et significative que des envolées imprécatoires vagues et générales. Merci de nous consentir un effort pénible justifié par ses enjeux.

3. Au sujet des "sectes", une véritable folie s’est emparée des pouvoirs publics, des médias...et d’une opinion chauffée à blanc par eux et par les associations "spécialisées". Elle risque de mener à de très graves dérives. Il est temps que des gens de bonne volonté se dressent pour manifester un peu de retenue, de sang-froid, de bon sens, de discernement et d’objectivité. Nous comptons sur vous pour amorcer ce revirement.

Veuillez croire, Madame ou Monsieur, en nos sentiments respectueux.


Mesdames et Messieurs des R.G. (parce que nous sommes des détritus, vous nous privez des appellations de “Madame” ou de “Monsieur”, mais je suis bon prince et vous les octroie donc royalement, sans rancune),

Le rapport qui a été adressé à Ph. Pérollier concerne évidemment tous les membres de la communauté de la Thébaïde et, en particulier, votre humble serviteur, que vous y désignez sous les noms de “maître à penser”, “leader”, “fondateur” etc.. Vous souffrirez donc que j’intervienne pour vous donner mon sentiment sur cet écrit. Reprenant mes anciennes habitudes professorales, je vais procéder à la “correction”, y compris grammaticale et orthographique, de votre copie, que je conclurai par une appréciation générale et par l’attribution d’une note. J’ai toujours le souci de polir mon style, mais exceptionnellement, je ne le ferai pas ici : vous n’en valez pas la peine. J’écrirai tout à trac, au fil de la plume : ce sera toujours assez bon pour vous. Mais ça ne m’empêchera de m’exprimer en un français correct ( à la différence de certains), même si j’utilise volontairement des locutions familières ou triviales, et ça ne m’empêchera pas non plus de bien me faire comprendre...

Dès le début, vous annoncez la couleur et vous n’y allez pas avec le dos de la cuiller. Votre “résumé” initial est un condensé de bêtise, d’intolérance, d’arbitraire et de mensonge. Six remarques à ce sujet :

“Sous couvert de liberté d’opinion...”.Voilà une formule étrange. Que voulez-vous dire ? Ne confondez-vous pas liberté d’opinion et liberté d’expression ? S’il ne s’agit que de se forger un avis, une conviction intime, nous avons la liberté d’opiner comme celle de digérer. Il suffit que l’organisme fonctionne à peu près bien. Mais si vous faites allusion à la possibilité réelle de se faire entendre, il en va différemment. Tous les médias nous sont fermés et nous sommes contraints au silence. Cette situation confirme ce que nous disons depuis toujours, à savoir que les fameuses libertés dont vous faites tout un plat sont purement formelles et se réduisent à de simples non-interdictions théoriques. Leur exercice effectif est réservé à une toute petite minorité, car tout le monde n’a pas les moyens de se le payer ( argent, relations...) et ne présente pas les critères consensuels pour y avoir droit. Je dis ça pour répondre à la menace voilée que l’on sent poindre derrière vos propos. Grâce à une application tordue de la célèbre phrase :” Pas de liberté pour les ennemis de la liberté”, vous confisqueriez volontiers le peu qui nous en resterait. Rassurez-vous : c’est déjà fait, en particulier dans le domaine de la parole, qui nous est entièrement refusée.

“ce groupe sectaire...”. Voilà un jugement bien téméraire. Ce n’est que le premier !

“seule détentrice de la vérité...”. Voilà une expression stupide que nous n’employons jamais, mais qui fait partie du stock des poncifs que vous utilisez invariablement pour discréditer à bon compte vos adversaires. La vérité ne se laisse pas incarcérer. Notre démarche serait plutôt inverse : nous essayons de nous laisser “posséder” par elle, mais hélas !, nous sommes bien récalcitrants. Et vous ?
4° “refuse la société...”. Pour refuser une société, il faut d’abord qu’elle existe. Et nous ne vous croyons pas assez débiles et assez aveugles pour appliquer ce terme noble aux collectivités monstrueuses, au monde abject et atroce dans lequel nous croupissons. C’est à partir des années 60 que j’ai commencé à promener un regard implacable sur ce cloaque ; en même temps, j’ai collectionné d’innombrables extraits provenant d’auteurs illustres. Mes pauvres agneaux, si vous saviez tout le mal que Valéry, Malraux, Guéhenno, B. Clavel et tant d’autres ( dont vous n’avez peut-être jamais entendu parler) ont pu dire de votre “société”, vous seriez épouvantés et vous auriez vite fait de classer dans les sectes tous ces gaillards qui font du mauvais esprit. Néanmoins, avant de publier de nouvelles listes et de les désigner à la vindicte publique, faites attention. Plusieurs d’entre eux sont morts...ou étaient académiciens ! Ca ferait mauvais effet et ça risquerait de vous ridiculiser. Nous nous bornons à rejoindre par nos pauvres moyens leur critique radicale et leur rejet global. Mais l’ennui avec eux, c’est qu’ils se sont adaptés à la situation et qu’ils en ont même profité au lieu de mettre leurs actes en accord avec leurs discours. Ah ! ces intellectuels. Heureusement que vous n’en faites pas partie. Tant mieux pour vous : ça simplifie les choses. S’il arrive un jour que se constitue une société digne de ce nom, nous apporterons à son fonctionnement et à son perfectionnement une contribution enthousiaste. Pour l’instant, nous travaillons à son avènement.

“ne ferait pas l’intérêt du groupe.” C’est du jargon. Retournez sur les bancs de l’école. Je vous propose : “tout ce qui ne servirait pas les intérêts du groupe”.

“des relations étroites...avec les milieux d’extrême-gauche”. Pur mensonge ! Certes, il nous est arrivé, dans un lointain passé, de prendre contact avec ces milieux, comme avec beaucoup d’autres. Mais ce que vous avez l’air d’ignorer -et vous ne semblez pas savoir grand-chose- c’est que ces gens n’aiment pas beaucoup qu’on leur parle de Dieu sur Qui repose entièrement ce que nous appelons le Projet ! C’est d’autant plus fâcheux que nos divergences fondamentales ne s’arrêtent pas là. La conséquence en est que nous avons depuis bien longtemps cessé toute relation avec ces milieux et même qu’ils nous vouent une détestation très attentive. Je me souviens de la lettre furibonde et comminatoire envoyée par je ne sais plus quel président de je ne sais plus quelle fédération anarchiste qui veillait sur l’emploi d’un certain vocabulaire comme sur une marque déposée et une chasse gardée.

Quel paradoxe, chers amis ! Le travail de renseignement qui nous concerne, nous sommes obligés de le faire à votre place et beaucoup mieux que vous. J’espère que vous nous en saurez gré, que l’Etat nous offrira une rémunération et peut-être même un petit emploi parmi vous qui nous permettra d’épanouir nos capacités informatrices. Poursuivant notre pensum, nous passons à la deuxième page.

“X”, c’est-à-dire bibi lolo, “se dit astrologue”. Cette expression dégoûtée ou dubitative m’a paru savoureuse. Dans un mois, cela fera exactement 50 ans que j’ai été initié à l’astrologie par un médecin parisien. Mais j’étais trop jeune pour en comprendre l’intérêt. Après des études d’histoire et de philosophie, j’ai enseigné pendant 18 ans, puis me suis entièrement consacré à l’astrologie qui s’est révélée beaucoup plus passionnante. J’ai ouvert un cabinet de consultation à Lyon en 1971 où j’ai reçu des centaines de personnes qui se recrutaient pour la plupart chez les travailleurs sociaux et les éducateurs, mais aussi chez les professions enseignantes, médicales ou paramédicales et artistiques. J’ai beaucoup réfléchi et écrit sur les questions de fond soulevées par l’astrologie, j’ai participé à des émissions, à des congrès nationaux, organisé maintes causeries, donné des cours, dirigé des stages et enfin travaillé pendant 3 ans avec des médecins pour établir la corrélation qui pouvait exister entre astrologie et pathologies. Sans fausse modestie, je crois avoir acquis mes lettres de noblesse dans ce domaine et pouvoir “me dire” authentiquement astrologue, d’autant plus que je suis reconnu et respecté comme tel.

“membre fondateur, même s’il s’en défend”. Je ne me suis naturellement jamais défendu d’avoir participé à la création de cette association.

“il s’est peu à peu retranché derrière les membres de la communauté...”. On saisit là un de vos procédés habituels, l’un des plus immondes, que l’on verra encore à l’oeuvre plus loin et sur lequel je veux insister. Vous ne cherchez pas à accumuler des faits objectifs dont l’analyse vous acheminerait vers des conclusions inconnues au point de départ. C’est le contraire qui se produit. Vous décidez d’avance que je suis “coupable” et ensuite vous faites flèche de tout bois et alignez les insanités pour tenter de le prouver. Quoi que je dise, quoi que je fasse, je l’ai toujours dans l’os. Tout est retenu et interprété contre moi , éventuellement au mépris de toute évidence et de toute vérité. Et c’est là où le bât vous blesse, parce que vos grosses ficelles sont vraiment trop voyantes et trop faciles à détecter. Si j’accapare les responsabilités, j’ai droit à l’étiquette de “gourou” que vous avez résolu de m’imposer. Si je les abandonne, c’est encore pire : je ne suis qu’un épouvantable hypocrite qui ne le fait qu’en apparence. Dans tous les cas de figure, j’ai tort.

Au début de la p. 3, nous trouvons un morceau d’anthologie irrésistiblement drôle et tellement significatif.

  1. Vous vous gardez bien de dire que le personnage mystérieux dont vous invoquez l’autorité est, en fait, un militant et un dirigeant antiseptique (ou antisectique, comme vous voudrez : ça revient au même) patenté et non un chercheur désintéressé qui aurait trouvé ma personnalité captivante au point de consacrer une partie de ses loisirs à l’étudier.
  2. Vous avez raison d’affirmer qu’il me connaît, mais vous omettez de préciser qu’il m’abomine pour des raisons personnelles que je préfère passer sous silence, par souci de discrétion et par charité, et qui ne l’inclinent pas forcément à l’objectivité.
  3. La formation, la mentalité bourgeoise et l’expérience intérieure ( ?) de ce monsieur, que j’ai pu juger sur pièces autrefois, ne le prédisposent en aucune manière à comprendre un traître mot à un texte qui dépasse infiniment ses capacités d’appréhension. Qu’il se soit lancé dans l’aventure périlleuse consistant à l’analyser dénote peut-être chez lui un brin de présomption. Car, après tout, pourquoi n’essayerais-je, moi aussi, de percer les secrets de sa personnalité à travers ses écrits ? Passons maintenant au détail ; je m’en lèche déjà les babines.

“...un homme qui hait la société”. Le mot “haine” ne fait pas partie de notre vocabulaire, sauf pour désigner des comportements, et non des personnes. Comme il est dit dans le texte précité, “nous ne confondons pas les actes d’un sujet avec le sujet de ces actes”, qui ne peut entièrement s’y réduire. Nous ne haïssons pas les gens, mais nous dénonçons et nous condamnons des façons de penser, de vivre et d’agir très gravement préjudiciables aux êtres vivants qui peuplent cette planète. Et nous considérons même que ces dénonciations et ces condamnations inspirées par l’indignation et par l’horreur (et non par la haine) manifestent de manière éclatante l’amour que nous leur portons.

Non seulement nous ne renions pas la religion, c’est-à-dire la relation directe et intime avec la Personne absolue, mais c’est au contraire parce que nous lui accordons un prix immense que nous combattons les religions établies, ces institutions qui, au lieu de servir Dieu, s’en servent à des fins perverses.

C’est également parce que nous avons en très haute estime la famille que nous ne l’assimilons pas à ses caricatures, comme on le verra bientôt.

Même remarque au sujet des sciences que nous cultivons avec zèle. Nous essayons de nous tenir au courant de leur développement en tous domaines et, surtout, nous nous livrons à une réflexion approfondie sur la nature du savoir. Ce qui nous amène à critiquer bon nombre de scientifiques qui abusent de leur compétence pour présenter comme les résultats incontestables de leurs recherches des affirmations sournoisement entachées d’idéologie rationaliste, matérialiste et athée. Une fois de plus, nous établissons une distinction, cette fois-ci entre sciences et scientifiques, l’une de ces distinctions qui semblent échapper complètement à la perspicacité de votre brillant commentateur.

Quant à la philosophie, je lui ai consacré beaucoup de temps dans ma jeunesse mais, à ce sujet encore, nous ne nous laissons pas impressionner par la pacotille complaisante des “penseurs” à la mode. Naturellement, je ne parle pas ici des trois “B” :Barthes, Baudrillart et Bourdieu dont les R.G., avec la haute culture qui les caractérise, ne manquent certainement de faire leurs délices et leur profit.

Enfin les arts...qui nous passionnent dans leur évolution historique, dans leur état contemporain (même si, une fois de plus, nous essayons de ne pas prendre des vessies pour des lanternes) et à travers notre pratique. N ; s’intéresse au vitrail et à la céramique, Ph. fait de la sculpture, D. travaille dans la B.D. et le cinéma d’animation et moi-même je joue effroyablement du piano. Pour égayer les mornes journées que vous passez dans les tristes bâtiments où j’ai eu l’occasion de me rendre, je pourrais, si vous le souhaitez, vous massacrer une sonate de Beethoven ou la Suite bergamasque de Debussy ou encore le Prélude, Aria et Final de C. Franck.

Nous en arrivons maintenant à la culmination de la bêtise et de la mauvaise foi : “la seule haine négativiste...”. Ce passage alambiqué amalgame en fait deux significations. D’abord les “dires du gourou” qui renie tout en bloc sont eux-mêmes imprégnés d’un négativisme total et exclusif. Deux réponses à ce blâme.

  1. Nous estimons qu’une critique lucide et impitoyable de “la-société” est extrêmement positive parce qu’elle permet d’y voir clair et d’aller de l’avant
  2. et surtout, nous n’en restons pas là : nos attaques ne sont que l’envers inévitable de toute une série de propositions positives faites en tous domaines, dont on ne souffle pas un mot ici, qu’on a parfaitement le droit de juger extravagantes, mais qui n’en existent pas moins et forment ce que nous appelons “Le Projet”, terme éminemment positif. Nous offrons à tout lecteur impartial la possibilité de consulter 3 documents rédigés en 1977, en 1989 et en 1997, et qui sont tous relatifs à ce même “Projet”. Se référant aux sources , il “constatera” (pour reprendre votre vocabulaire) que ces écrits ne se limitent en aucune façon à une contestation globale “négative”. L’affirmer constitue une grossière tromperie tout comme l’autre allégation selon laquelle la “secte” devrait haïr ce qui contredirait les paroles du “ gourou, seul autorité ( !?) à penser”.

Ces jugements venimeux, fantaisistes et arbitraires illustrent surtout l’imagination dépravée de leur auteur et son ressentiment personnel à mon égard . De plus et encore une fois, il témoigne qu’on veut nous enfermer dans un système préconçu : il est indispensable de prétendre que le Grand Sectateur se livre à ces comportements stéréotypés et préalablement codifiés qu’on veut absolument lui imputer et dont les “adeptes” seraient naturellement les victimes imbéciles. Vrai ou faux, peu importe ! Ce n’est pas la question. Pitoyables amis des R.G., vous choisissez bien mal vos exégètes. Celui-ci peut aller se rhabiller avec le double bon conseil de ne plus s’occuper désormais que de ce qui est à sa portée et de ne le faire qu’avec un minimum d’objectivité. Il ne faut pas vouloir péter plus haut qu’on a le derrière. Une ultime remarque concernant votre concubinage avec ce triste sire. Nous serions très curieux d’en savoir plus sur les connexions qui se sont établies entre vos “services” (si l’on peut dire !) et les associations sectivores honteusement stipendiées par l’Etat. Vous semblez être cul et chemise : on observe une telle similitude entre les façons d’agir et de parler des unes et des autres qu’on en vient à se demander si les Renseignements Généraux ne se renseignent pas d’abord auprès de ces Renseignements Très Particuliers ! En résumé, qui pompe qui ?

“ X se défend d’être le fondateur....” . Encore une fois, je ne me suis jamais défendu (et pourquoi le ferais-je ?) d’avoir participé à la fondation de la communauté et je n’ai jamais nié non plus avoir souhaité qu’il s’en forme un grand nombre. Mais celle-ci, paradoxalement, s’est formée toute seule, malgré moi, en un lieu qui n’était nullement prévu pour cette installation. D’ailleurs, les deux premiers arrivants étaient nos invités à titre personnel et non les membres d’une communauté inexistante. C’est avec la venue de Ph., très motivé, que s’est posée la question. Et nous aurions voulu, l’un et l’autre, que l’embryon communautaire naquît dans une autre maison, mais nous n’en disposions pas et il nous a fallu nous satisfaire d’un compromis boiteux.

“ De plus, la personnalité des jeunes...”. Merci pour eux. Ils seront ravis d’apprendre que vous les tenez pour des minus. Ravis et amusés quand ils songeront que ce compliment provient d’orfèvres en la matière. Mais, comme toujours, ça fait partie de votre mythologie : il faut absolument qu’un gourou pervers ait profité de la débilité et de la fragilité de ces braves jeunes gens aussi pleins de bonne volonté que dépourvus de toute maturité psychologique et même de toute personnalité.

“L’imprégation ( !) permanente...”. Jargon pléonastique et faute d’orthographe. Vous pourriez dire : “ Le Projet imprègne en permanence les idées...

X, le méchant, “enferme le groupe dans la crainte...”. La désinvolture et l’insolence avec lesquelles nous vous traitons et que vous méritez cent fois prouve, par exemple, que vous et votre monde ne nous faites pas peur et que nous vous considérons comme des tigres de papier aux agissements minables. Ce n’est pas avant tout de la crainte que nous inspire “l’extérieur”, mais de l’indignation, de la répulsion et de la compassion.

“...les valeurs traditionnelles de base..”. Vraiment, il va falloir que vous retourniez en classe. Vous confondez ( mais vous n’êtes pas à ça près !) les valeurs, essences morales et métaphysiques dont l’étude relève de l’axiologie, avec des institutions ou, selon certains, des données naturelles qui font partie du champ d’investigation de la sociologie et de l’anthropologie. Et la confusion se maintient dans les paragraphes suivants, mais alors elle n’est plus due à l’ignorance, mais à la volonté bien arrêtée de nuire. Etablissons donc les distinctions qui s’imposent, qui correspondent à nos vraies positions et non à celles que vous nous prêtez malignement. Nous vouons en fait un véritable culte au couple, à la famille, à la notion de parenté, à l’instruction des enfants et aux activités des adultes. C’est pourquoi nous nous insurgeons violemment contre les modèles “réduits”, déshonorants et dégradants, qu’on nous en offre et qu’on veut nous imposer. Certes, ils sont “traditionnels”. Et après ? Le temps ne fait rien à l’affaire et n’est pas sacré par lui-même. Ce n’est pas parce que l’on répète et que l’on reproduit depuis des millénaires les mêmes âneries ou les mêmes scandales qu’ils cessent de l’être.

Toujours p. 4 :” Cette exclusion, dans laquelle ils se complaisent...” Au contraire, nous n’avons cessé de déplorer le statut “marginal” qu’on nous a contraints d’adopter. C’est peut-être amusant de faire de la provocation adolescente pendant quelques mois, avant de rentrer dans le rang. Mais lorsqu’une situation d’exclusion se prolonge indéfiniment, elle comporte à la longue de tels inconvénients qu’il faudrait être absolument “maso” pour “s’y complaire”. Ce n’est pas notre cas et nous ne tenons que grâce à la force de nos convictions. J’ajouterai d’ailleurs que, globalement, nous avons autant de contacts avec “l’extérieur” que vous, même s’ils ne sont pas de même nature et ne poursuivent pas les mêmes objectifs. La Thébaïde n’est pas un bunker.

“...une situation.. difficile si un jour le groupe était amené à éclater”. A ce sujet, nous allons vous rassurer et même vous faire plaisir. Effectivement, plusieurs membres de la communauté sont repartis aussi librement qu’ils étaient venus et ils semblent se réadapter plutôt bien à votre “société”. Et vous ne me croirez pas si je vous dis que leur séjour à la Thébaïde les y aura même aidés ! En tout cas, ils ne peuvent -et nous aussi- qu’être profondément touchés par la préoccupation désintéressée que vous exprimez au sujet de leur avenir .

“ une fausse image de la société..”. Nous aimerions connaître la “véritable” image de “la-société”. Celle que vous nous renvoyez à travers vos comportements hideux ?

“..cet enfermement..n’aurait pour but que de manipuler..”. Zut alors ! Voilà qu’on perce à jour mes intentions les plus secrètes et les plus vicieuses ! Comme vous seriez fiers si vous aviez trouvé tout seuls cette “hypothèse”, en fait aussi gratuite qu’insignifiante !

“ leur croyance de détention ..de la vérité”. Encore du jargon !
“ certaines confrontations n’ont pu résoudre la coupure des liens...”. Encore du galimatias !

“ un vocabulaire savant ou inventé..”. Tous les penseurs un peu originaux sécrètent leur terminologie. Si vos lectures dépassent le niveau zéro du “ Dauphiné libéré”, ce qui n’est pas prouvé, vous n’avez pas manqué de vous apercevoir que les juristes, les économistes, les scientifiques usent d’un vocabulaire spécial. Ainsi font les philosophes. Même ceux d’entre eux qui, à l’instar de Bergson ou de Schopenhauer, tentent de s’exprimer en un langage simple, clair, accessible, créent des tournures et des vocables qui leur sont particuliers ou confèrent une signification nouvelle à des mots anciens. Mais, direz-vous, il ne faut pas mélanger les torchons avec les serviettes. Ce sont là des esprits supérieurs à qui tout est permis, tandis que nous, les excréments de la Terre, avons juste le droit et les capacités de rabâcher le verbiage consensuel, c’est-à-dire de nous aligner sur vous !

p. 5. “..la finalité et la paranoïa” de X, le grand méchant. On n’accole pas des termes qui n’ont rien à faire ensemble. C’est vraiment le mariage de la carpe et du lapin. D’autre part, le mot “finalité” s’applique plutôt à une action, à un mouvement, à un processus général. C’est ainsi qu’on évoquera, pour l’affirmer ou pour la nier, la finalité de l’évolution des espèces. N’employez pas des vocables abstraits dont vous ignorez la signification et qui sont inappropriés. Parlez plutôt de buts, d’objectifs, de visées, lorsqu’il s’agit d’une personne. Pour ce qui est de la paranoïa, si vous aviez dû subir ce qu’il m’a fallu endurer depuis 20 ans, vous seriez bien plus “paranoïaques” que moi...ou plutôt vous ne le seriez pas du tout parce que votre sentiment d’être persécuté se nourrirait d’une quantité de faits bien réels, comme par exemple l’existence et le contenu de votre “document”, et non des chimères inventées par un esprit dérangé.

“ Intervenir...à des moments de crise..”. Je n’interviens pas dans la vie des gens ; c’est eux qui interviennent dans la mienne.

“..capter l’adepte dans son orgueil..”. Chers amis, je ne suis qu’un petit diable de 3 ème catégorie, bien incapable de favoriser chez les autres le développement du plus capital de tous les péchés. “Tout changer, tout reprendre à la base” s’impose à chacun de nous. C’est notre humble tâche quotidienne. Il n’y a pas de quoi s’exalter ou se vanter. Bien au contraire, je suis sûr que, devant l’exceptionnelle difficulté de la mission qui nous est impartie, vous éprouvez tout comme nous un sentiment de profonde modestie et comme d’accablement. Petit détail : “peu” s’écrit ici sans “t”. Remarque beaucoup plus importante : comment se fait-il que vous citiez une lettre adressée à Zora ? Qui vous en a donné l’autorisation ?

“ Survaloriser les enseignements de l’astrologie”. Vous êtes bien mignons, mais faudrait quand même pas attiger ! Que connaissez-vous à l’astrologie pour prétendre que nous en survalorisons les enseignements ? Rien, sans doute. Puis vous continuez à égrener imperturbablement le chapelet de vos conneries. Le bonheur ? Je dis souvent que ce mot me donne envie de me laver la bouche à chaque fois que je le prononce. Nous souscrivons à ce qu’en disait Valéry :” Le bonheur, idée animale, mythe vulgaire”...ou G. Sand :” ...la menteuse et criminelle illusion du bonheur”. La réussite ? Ce que vous entendez par là, nous crachons dessus. Quant à l’âge d’or, c’est une expression empruntée à l’ésotérisme que nous rejetons pour trois raisons : son passéisme, son élitisme et son hermétisme. Le bonheur, la réussite, l’âge d’or, vous pouvez en faire vos choux gras, mais ça ne nous intéresse pas. Merci ! Il en va autrement de la paix et de l’amour, mais je crains que nous ne donnions à ces mots un sens bien éloigné de celui que vous êtes capable d’y mettre.

p 6. “..la nécessité de preuves objectives..”. Nous aimerions savoir qui va définir les “preuves objectives”, qui va exercer les “contrôles” et qui va choisir les “références extérieures”. Vous sans doute, au nom du “sens commun” dont un illustre penseur a dit qu’il se situait exactement à l’opposé du bon sens !

Je me mets à la place du lecteur et me rends compte à quel point cet épluchage textuel est fastidieux pour lui. Mais ce pénible exercice a le mérite de prouver que nous sommes en face d’une suite ininterrompue d’inexactitudes, de négligences, de balivernes, de mensonges et de calomnies. Il est difficile d’accumuler autant d’inepties en aussi peu de pages. Dès que l’on s’éloigne un tant soit peu du simple énoncé de faits bruts incontestables (p. ex. la naissance des enfants) et que l’on s’aventure dans leur interprétation, celle-ci est entachée d’erreur ou délibérément faussée. Pour éviter un surcroît d’ennui, je vais abréger et accélérer avant de m’attarder sur des affaires particulièrement graves (car ce n’étaient jusqu’à présent que broutilles !)...et de conclure.

p. 7. “ ..un mélange de monothéïsme ( avec tréma !), d’ésotérisme et d’occultisme (syncrétisme) . Nous avons dit plus haut ce que nous pensions de l’ésotérisme. Notre jugement sur l’occultisme serait encore plus sévère. Mais comme il a été entendu dès le départ que nous étions une secte et que les sectes devaient pratiquer le syncrétisme , il faut absolument que nous nous conformions à cette règle, que cela nous plaise ou non, et même si l’on se trouve en pleine fiction !

p. 8. “ Le végétarisme...”. Mes pauvres amis, vous êtes complètement perdus dès que vous quittez les bas étages de votre sous-culture conformiste . Sachez qu’une part essentielle de la nourriture végétarienne est constituée de céréales complètes sans lesquelles on s’expose à des carences alimentaires. Or vous ne le mentionnez pas, laissant entendre que nous mangeons n’importe comment. D’autre part, nous n’achetons jamais de viande, à la différence des fruits et des légumes dont la quasi totalité provient de l’extérieur. Vous êtes vraiment bien mal informés...à moins que vous ne le fassiez exprès.

“ Le comportement sexuel...”. Vos procédés sont ignobles. Vous salissez tout, vous défigurez tout, vous dénaturez tout et cet amoncellement de fautes ne doit généralement rien à l’inadvertance. Vous savez ce que vous faites. Ici, vous voulez nous attribuer, pour nous discréditer, des moeurs futiles, dissolues, “échangistes” qui s’opposent en tout point à nos manières de vivre, bien plus exigeantes. Et vous avez le culot d’appuyer vos contrevérités sur “nos propres dires”. Il est dommage que nous ne puissions exposer dans le détail nos conceptions dans ce domaine : ce serait trop long. Mais, encore une fois, il existe des textes anciens, que nous n’avons pas rédigés pour la circonstance, et dont la lecture convaincra aisément toute personne impartiale que la présentation de ces choses délicates, telle qu’elle est faite par nos éléphants dans le magasin de porcelaine, est scandaleusement caricaturale et partisane.

“ Les réflexions du groupe canalisées par X..”. Il est très rare que nous tenions une réunion à la suite du journal télévisé et ce ne peut être qu’une soirée de détente au cours de laquelle il n’est jamais question de politique générale !
“ Ces cours...devaient débutés ( !).
“ X qui se lève tard et ne travaille pas...Encore une de ces conventions imposées auxquelles nous devons nous soumettre. Il va de soi que la seule occupation du “maître à penser” consiste à exploiter ses “adeptes”. L’imputation est tellement grossière, tellement prévisible et si contraire à la réalité que je ne m’y attarderai pas. En fait, je me lève aussitôt qu’il m’est possible après avoir travaillé une partie de la nuit. L’âge venant, je dors moins et me lève presque toujours le premier. Signalons au passage que le verbe “démarrer” est intransitif. Une voiture démarre ou on la fait démarrer, mais on ne la démarre pas. Il en est de même pour une journée. Retournez à l’école.

“ Il n’est possible ( le pas est oublié)..de voir quel genre de plantations..”. Enfin, un passage burlesque. Petits futés que vous êtes : vous mettez dans le mille ! Vous avez un flair d’artilleur. Vous avez deviné que cette “haie épaisse” qui n’existe que dans votre imagination cachait une culture de cannabis. Pitié ! Ne nous dénoncez pas ! Si vous voulez quelques joints, on vous fera des prix. C’est bien normal, entre copains ! Le lecteur appréciera ce genre d’insinuations.

p. 9 “ les remboursement “( !)

“ Si X prétend que la communauté vit de” façon précaire”, une deuxième acquisition est cependant intervenue...”. Nous n’avons pas déboursé un sou pour l’acquisition de cette maison et nous eussions été bien en peine de le faire. Mais on voit bien la grosse ficelle qui essaie en vain de se dissimuler derrière l’allusion. Un gourou digne de ce nom, comme je le suis, dispose forcément de ressources occultes. Or je suis pauvre comme Job et personne ne me démentira sur ce point.
“ La communauté n’est jamais en retard de paiement...”. Encore une énormité. Nous avons pratiquement toujours été en retard...Demandez au percepteur de Roybon : on vous donne la permission. Une fois de plus, on observe que vous ne cherchez pas à établir la vérité, mais à créer l’impression trompeuse que nous jouons la comédie financière et que je dispose en réalité de revenus importants d’origine suspecte.

“ amménagement” ( !)
“ compréhensibles à leur égard”. Vous ignorez même la différence de sens qui existe entre “compréhensives” et “compréhensibles” . A moins que vous vous en foutiez purement et simplement.
p. 10 “frippes” ( !)
p. 11 “améngement” ( !)
p. 11 “soit disant” ( !)

“ ..à aucun moment, il n’a été question du thème des affiches..” Encore une fable. Les personnes présentes -et en particulier l’une d’entre elles qui était là en service commandé- ont fait violemment obstruction et nous ont empêchés de traiter le sujet prévu.

p. I2 “accusation ( de secte) dont il n’a jamais été question ..dans le livre”. C’est un comble ! Dans ce livre, nous sommes cités p. 297, p. 331 et longuement, avec toute la perfidie coutumière , pp. 424 et 425. Les Renseignements généraux ( pourtant spécialistes en la matière !) ne sont même pas capables de feuilleter un ouvrage pour y glaner des renseignements exacts ! A moins que cette énorme bévue ne soit intentionnelle.
“ connaitre” ( !)
“ C’est le moyen que X utilise..”. J’espère pour X qu’il connaît suffisamment bien la langue française pour savoir qu’on ne “prouve” pas aux adeptes leur existence, mais qu’on la justifie auprès d’eux. Un pataquès de plus qui nous égaie au cours d’une traversée tellement barbante !

“..un esprit fort perturbé.”. Voilà une réflexion tout à fait cocasse ! Certes, avec votre bonne conscience inaltérable, ce n’est pas vous qui risquez d’être perturbés . Et qui êtes-vous pour juger de ce genre de choses ? Sutor, ne ultra crepidam ! Le monde que dépeint D. n’est pas perturbé, mais non, mais non, c’est lui qui a l’esprit détraqué ! Nous parcourons chaque année une centaine de B.D. Vous ne pouvez pas vous imaginer combien d’esprits “perturbés” figurent parmi les auteurs. Je compte sur votre santé mentale pour mettre ordre à tout ça et nous faire soigner d’autorité ces lascars névrosés.

“...une série d’abréviations familières aux milieux d’Extrême Gauche..” Nous n’employons pratiquement jamais ces abréviations, étant donné, comme il a déjà été précisé, que nous n’avons aucun point commun, malgré certaines apparences, avec ces milieux, que nous ne les fréquentons pas et qu’ils ne souhaitent pas nous rencontrer. Il est ahurissant de constater que, même lorsqu’il s’agit de détails insignifiants, comme c’est ici le cas, vous racontez n’importe quoi...Mais ces divagations ne sont pas innocentes. Vos efforts maladroits et pathétiques tendent à nous étiqueter, à nous faire adhérer de force à telle ou telle idéologie ou doctrine politique, religieuse etc.., à nous ranger dans telle ou telle catégorie, alors que nous les faisons toutes éclater pour affirmer une puissante originalité qui vous laisse pantois et désemparés. Vous êtes dans la situation de la fameuse poule aux facultés intellectuelles fort médiocres qui avait trouvé un couteau et qui se demandait bien à quoi ça pouvait rimer et à quoi ça pouvait servir ! Elle n’a toujours pas résolu la question.

p. 13 “..si cette communauté est une couverture..”. Ciel ! Nous voilà découverts ! Oui, nous l’avouons ( à quoi bon le nier désormais), vos soupçons sont fondés. Quelle perspicacité ! Les honorables membres des R.G. auraient-ils le nez aussi creux que la cervelle ? Oui, la communauté ne se livre à toutes ses simagrées que pour dissimuler un réseau de prostitution. Mais c’est comme pour le shit. Vous fermez les yeux et on vous procure à l’oeil les petites femmes et les gigolos dont vous avez besoin pour vous distraire de vos besognes si emmerdantes.
“ ou si elle est une cible involontaire d’un mouvement d’Extrême Gauche”. Lorsque cette phrase inintelligible pour le commun des mortels aura été traduite en français, nous pourrons peut-être la commenter.

“..un certain X, membre du M.G.U.F. “. Nous ignorons tout de ce mouvement et nous ne voyons même pas à quelle personne vous faites allusion. Nous ne savons pas non plus par quel biais vous vous procurez une information aussi précise, mais nous avons notre petite idée là-dessus. Ajoutons que nous sommes étonnés par le long caviardage qui suit. Nous avons peine à croire que ces lignes ne sont composées que de noms propres.

p. 14 “ Nous sommes loin de la vision du bonheur par X..”. Comme je l’ai déjà expliqué, nous avons du bonheur une “vision” particulièrement...malheureuse ! Mais ce que je voulais surtout vous dire, mes chéris, c’est que, lorsque vous avez la gentillesse de nous citer , il faudrait le faire correctement. Dans notre opuscule, nous ne parlons pas des Béatitudes évangéliques ( Mt, V 1-11 et Lc, VI 20-23 ), mais de la Béatitude. Il n’y a qu’une lettre de différence, certes, mais son absence ou sa présence modifie beaucoup la signification du mot. Pour vous épargner cette confusion, il suffisait de recourir à votre formation scripturaire et philosophique, à votre discernement intellectuel et à votre délicatesse morale. A moins que vous n’ayez voulu établir un lien audacieux entre les Béatitudes chrétiennes et la Béatitude spinoziste. Mais hélas ! j’ai toutes raisons de croire que, “fidèles à vous-mêmes”, pour reprendre votre expression, vous vous êtes infligé l’auto-sanction de la bêtise, de l’ignorance et du ridicule.


J’en arrive maintenant à vos saloperies les plus infectes. Elles sont au nombre de trois et je les traiterai dans l’ordre croissant de leur infamie.

1° Au sujet de l’attribution du RMI à plusieurs d ‘entre nous , p. 10.

Vous apparaissez à travers vos écrits comme totalement dénués de scrupules et vous nous reprochez d’en manquer ! Au cynisme s’ajoute l’hypocrisie. Nos bons apôtres font mine de croire que nous trahissons nos idéaux, ils s’en attristent, ils nous en font grief...eux ! (c’est vraiment à se tordre), alors qu’ils savent pertinemment que, dans leur monde, tout est combiné pour qu’on ne puisse aller au bout de ces idéaux sans y laisser physiquement sa peau. Et voilà pourquoi ils se montrent tellement sensibles à la qualité, à la pureté de nos engagements et tiennent tellement à ce que nous les respections dans toute leur rigueur ! Ils ne seraient pas fâchés de nous voir crever au nom de nos principes. Eh bien non, figurez-vous, on ne vous fera pas ce plaisir et on ne vous demandera pas non plus la permission d’exister ni même celle de vivre selon les impératifs de notre conscience. Pour en revenir au RMI, après mûre réflexion, nous avons décidé de le solliciter en le considérant comme un remboursement, une indemnité et un salaire.

a) un remboursement. Dans les années 70, j’avais déjà fait parler de moi à Lyon, ce qui m’avait valu la visite d’un charmant jeune homme qui s’était présenté comme un fonctionnaire des R.G. Peu de temps après, un contrôle fiscal me tomba sur le dos. Par la suite, je devais entendre Charasse, alors qu’il était ministre du Budget, menacer publiquement de ce gros ennui tel ou tel journaliste qui n’avait pas l’heur de lui plaire, affirmant sans se gêner le moins du monde que c’était là une arme couramment employée par tous les gouvernements, de gauche ou de droite, pour casser les reins de gens indésirables. Mais, sur le moment, j’ignorais tout de ces coups fourrés et comme, d’autre part, j’étais parfaitement étranger à la fraude, plus peut-être par indifférence et par incapacité que par vertu, je ne me fis pas trop de souci, d’autant moins que je ne croyais pas être l’objet d’une attention particulière et pensais que mon cas s’inscrivait dans un plan d’investigation général. Nous avions heureusement gardé tous les documents nécessaires à une vérification portant sur les cinq années précédentes. L’inspecteur parut satisfait et se mit au travail sans nous importuner. Mais quelle ne fut pas notre stupéfaction lorsqu’il nous déclara, au terme de son enquête, qu’il n’avait rien trouvé d’irrégulier, mais qu’il demeurait tout de même persuadé que nous jouissions de revenus occultes (déjà !) , même s’il était incapable d’en déceler les origines et d’en évaluer le montant. C’est alors que , sans le moindre “scrupule” (réutilisons ce mot !) , il nous appliqua l’article 168 du CGI qui permettait de nous taxer lourdement de la manière la plus arbitraire et la plus inique. Finalement, on nous réclama la somme colossale de 300.000 f ! Les spécialistes que nous consultâmes et qui pourtant en avaient vu d’autres manifestèrent une certaine surprise devant tant d’acharnement dans l’injustice et ils nous dessillèrent les yeux, nous faisant comprendre que l’initiative du fisc ne procédait sans doute pas de la simple routine. Nous tentâmes en vain de multiples démarches. La hiérarchie refusa obstinément de nous recevoir. En définitive, je fus convoqué dans le bureau de l’inspecteur qui exerça sur moi un véritable chantage, acceptant de réduire ses exigences à 100.000 f, pourvu que je signe sur-le-champ une sorte de reconnaissance de dette qui, disait-il, mais c’était faux, me privait de tout recours. Je compris que le chiffre initial exorbitant avait été fixé au petit bonheur la chance pour m’amener, par le biais d”un subterfuge intimidant, à accepter celui qu’on voulait réellement m’imposer tout en me donnant l’impression qu’on me faisait une fleur ! J’aurais dû refuser la magouille. Mais j’étais soumis à une pression d’autant plus écrasante que notre avocat, présent lors de l’entrevue, m’incitait à la résignation, allant jusqu’à prétendre que je pouvais m’estimer heureux de m’en tirer à si bon compte... grâce à ses conseils !

En fait, je l’appris plus tard, je disposais d’un recours que nous exerçâmes dans les pires conditions : nous n’avions plus les moyens de payer un avocat ! J’appris aussi que certains honorables membres de cette profession, de mèche avec l’administration, se chargeaient de faire accepter par leurs clients des “compromis” profitables pour tous ! J’appris enfin que l’article 168 du CGI sur lequel on s’était fondé pour nous spolier avait donné lieu à des applications si abusives qu’il avait fallu le supprimer ou le modifier profondément. Répondant au voeu du trésorier de Bourg-en-Bresse qui me hurlait avec rage au téléphone :” Je vous ruinerai...Je vous ruinerai !”, comme s’il s’agissait pour lui d’une affaire personnelle, nous perdîmes effectivement tous nos biens et nos moyens d’existence, de sorte que nous ne pûmes jamais nous acquitter de l’intégralité de notre “dette”. Mais la somme versée, c’est-à-dire volée par le fisc, avait été suffisamment importante pour que j’aie pu considérer l’attribution du RMI comme une restitution partielle tout aussi légitime qu’insuffisante.

b) une indemnité. Notre droit le plus fondamental, celui de pouvoir choisir la société qui correspond à nos aspirations ou, au moins, de pouvoir inciter et travailler publiquement à sa réalisation, cette liberté essentielle nous est refusée. Et pourtant elle découle directement des agrapta nomima d’Antigone, de ces lois imprescriptibles, supérieures à tout Etat, à toute législation, à tout pacte social, qui, pour être “non écrites”, n’en sont pas moins profondément inscrites au sein de notre conscience, qui devraient donc être scrupuleusement honorées par des pouvoirs se présentant comme respectueux des droits de l’homme, mais qui, dans la pratique, sont bafouées par eux, comme le montre fort bien notre cas, puisque nous sommes non seulement privés de tout moyen d’expression, mais encore calomniés, diffamés et persécutés uniquement parce que nous nous permettons de cultiver des idées et des manières de vivre opposées à la culture ( ?) dominante... et bien que nous le fassions pacifiquement et en toute légalité. Dans cette perspective ; le RMI fait étrangement office de dommages-intérêts, d’ailleurs parfaitement dérisoires et disproportionnés au préjudice qui nous est infligé.

c) un salaire. Plongés dans une situation scandaleuse, précaire et paralysante, victimes de la violence étatique et “sociétale”, nous tâchons néanmoins, pour notre part infime, de proposer et d’amorcer les changements révolutionnaires qui s’imposent en tous domaines. Ces effort méritoires et désespérés, les seuls qui puissent un jour se révéler efficaces et profiter même à nos ennemis, exigent, pour être poursuivis, que soient satisfaits nos besoins vitaux élémentaires. Et c’est à quoi répond aussi , de façon misérable, l’attribution du RMI. En conclusion, affirmer que nous n’éprouvons aucune honte à l’avoir réclamé serait peu dire. Que nous en ayons bénéficié était vraiment la moindre des choses. De plus, nous avons trouvé anormal et humiliant de devoir quémander une sorte d’aumône. Enfin, nous estimons que, eu égard aux torts que nous avons subis et aux services que nous rendons, les sommes qui nous ont été versées sont ridiculement insignifiantes.

2° Au sujet de nos rapports avec les familles, pp. 6 et 7.

Dans ce domaine, la règle à laquelle nous avons obéi avec patience et obstination a consisté non seulement à ne pas rompre les liens entre les membres de la communauté et leurs familles, mais à les renforcer quand l’occasion nous en était donnée ou, au moins, à les maintenir dans un état aussi satisfaisant que possible. Nous y avons réussi à plusieurs reprises. A chaque fois que la mère de Ph. et de I. le demandait, nous l’avons accueillie en dépit des réticences de ses enfants et afin d’opérer un rapprochement avec eux. Les relations avec les parents de V. n’ont jamais cessé d’être excellentes. Quant à la mère de M., elle a eu l’intelligence de comprendre qu’il valait mieux pour tout le monde créer entre nous une “entente cordiale” et que cette attitude conciliante pouvait même se révéler payante à la longue, c’est-à-dire faciliter le départ de son fils, qu’elle a toujours souhaité. C’est pourquoi il est très exagéré de prétendre, comme vous le faites, qu’elle soutenait la communauté, ce qui implique une sorte d’appartenance ou d’adhésion. Or elle n’a jamais approuvé nos orientations, pas plus que la décision de son fils. Mais il est vrai que nous l’avons reçue chaque été pendant plus de dix ans et que M. lui rendait sa visite chaque printemps où il s’absentait de la communauté pour une quinzaine de jours. C’est ainsi que les préventions tombent...du moins quand on est de bonne foi ! Elle nous faisait des cadeaux, par exemple lors des fêtes de fin d’année et elle fournissait une aide limitée à son fils dont celui-ci acceptait de nous faire bénéficier. Rien de plus, rien de moins.

D’autres parents sont restés hostiles malgré tous nos efforts. Et nous en arrivons ainsi au “ plat de résistance”, c’est-à-dire aux relations tumultueuses avec la famille de D. Là, vous vous surpassez. Vous descendez un degré de plus dans l’ignominie. Sans rien vous apprendre (car, à ce point-là, il ne peut s’agir que d’une volonté délibérée) , j’informerai le lecteur que votre version des faits n’est pas seulement tendancieuse, mais qu’elle est totalement falsifiée. Vous êtes dégueulasses. Les deux lettres photocopiées qui se trouvent en annexe suffisent pour une large part à rétablir la vérité. 2 heures après que D. eut annoncé à ses parents son intention de rester parmi nous, un véritable commando s’abattit sur la maison, comme en témoigne la lettre du 16 juin. Cet événement initial a donné le ton et a symbolisé toute la suite. Dès le départ, nous avons été catalogués comme secte, traités avec une violence et un mépris inouïs, harcelés et persécutés de toutes les façons, et en butte au refus permanent de tout dialogue. Avec votre improbité coutumière, vous ne citez qu’un court passage de notre lettre du 16 juin : ”Interdiction vous est faite de remettre les pieds ici“. Mais si vous aviez un minimum de conscience, vous auriez aussi fait état des lignes qui précèdent et qui expliquent amplement notre décision. Il était normal que nous réagissions ainsi après avoir supporté pendant 8 mois et sans broncher d’innombrables agressions qui ne sont pas toutes rapportées dans notre texte. En se limitant à celles qui sont parvenues à notre connaissance, il faut ajouter des coups de fil nocturnes, des lettres anonymes, des interventions auprès de la CLI et des services sociaux, des allées et venues prolongées sur la route en face de la maison pour nous exaspérer et provoquer un incident, un détective attaché à nos trousses, et last but not least, une plainte contre X pour...séquestration ! Rien que ça ! C’est à cette affaire que fait allusion B. Fillaire dans son livre “ Le grand décervelage” où, d’après vous, nous ne sommes pas cités...sauf qu’il est question p. 425 de” la communauté Antigone, la ThébaÏde, une secte...”contre laquelle on a porté une double plainte. Ici l’auteur mêle à dessein deux événements qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre pour conclure, avec une sorte de regret : “La violence physique peut aisément se prouver, il n’en est pas de même pour la violence psychique“. On appréciera les sous-entendus. Effectivement, le juge d’instruction s’était vite aperçu de l’inanité d’une accusation aussi énorme et “ avait prononcé un non-lieu”. La Providence, qui a parfois un certain sens de l’humour, avait même “organisé” dans les rues de Grenoble une rencontre entre le magistrat et le prétendu séquestré...Pour en finir avec la lettre du I6 juin, vous passez naturellement sous silence une petite phrase qui la conclut : “ Tout peut encore changer” et qui montre qu’après avoir essuyé un déluge d’avanies nous maintenions quand même notre porte ouverte.
Bref, nos relations détestables et la rupture avec la famille de D. nous ont été imposées par elle (et non l’inverse), en vertu de ses préjugés haineux et malgré les tentatives d’apaisement que nous avons multipliées sans nous laisser décourager par la brutalité, par la bêtise et par l’intolérance de gens qui ne respectaient pas les choix de leur fils uniquement parce qu’ils leur déplaisaient , et qui étaient prêts à le “récupérer” par tous les moyens, y compris les plus immoraux. Quant à vous, les R.G., vous êtes bien placés pour savoir que la façon dont vous avez relaté cette malheureuse histoire est entièrement truquée.

3° Au sujet du suicide de S., pp. 13 et 14.

Là, nous touchons au fond de l’égout dans lequel certains membres des R.G. semblent patauger et s’alimenter avec délices. L’extrême gravité des faits provient ici de ce qu’il s’agit d’un mort dont on se sert et dont on insulte la mémoire pour incriminer à tort les vivants. De tels procédés jugent ceux qui les utilisent bien plus sévèrement que nous ne saurions le faire. Voici un bref résumé des faits. Au début de 1980, me trouvant dans l’appartement lyonnais où j’exerçais la profession d’astrologue, je reçus un soir vers 10 h le coup de fil embarrassé de deux jeunes gens qui, sans me connaître, avaient entendu parler de moi et qui ne savaient à quel saint se vouer ! Ils étaient en compagnie d’un copain qui menaçait de se suicider sur-le-champ. Je les invitai à me l’amener immédiatement, et c’est ainsi que débuta une relation qui devait durer 14 ans. Il était étudiant à l’Ecole des Beaux-Arts où il s’ennuyait beaucoup et surveillant dans un lycée technique où il ne s’ennuyait pas moins. En attendant la fin de l’année scolaire, ma femme et moi lui proposâmes de venir nous voir aussi souvent qu’il le souhaitait et de faire des séjours à la campagne (donc à Roybon) où il se plaisait et trouvait un peu de calme intérieur. Nos relations s’approfondirent et, lorsque survinrent les grandes vacances, nous lui offrîmes de vivre avec nous. Il ne s’agissait que de l’aider : la communauté n’existait pas. Quand celle-ci se forma, il voulut s’y intégrer. Pendant de longues années, non seulement nous avons essayé de lui apporter un soutien affectif et de le faire participer à nos activités , mais nous l’avons incité à reprendre la peinture, la photo, la sérigraphie, nous lui avons conseillé de s’initier à la musique. Il s’y mettait, puis abandonnait tout. Il se considérait à tort comme un fruit sec, privé d’inspiration et de créativité, et l’on n’arrivait pas à le débarrasser de cette conviction stérilisante. Les choses se sont peu à peu dégradées. A la fin, elles étaient devenues très pénibles à supporter. Avec son accord et même sur sa demande, nous le conduisîmes à l’hôpital de Saint-Egrève où on le garda quelques jours et d’où il sortit avec un traitement. Peu de temps avant sa mort, il nous fit des confidences que j’ai sous les yeux. Car ce que j’ai oublié de vous dire, c’est que je prends des notes quotidiennes. Par exemple, dans l’affaire des parents de D., je pourrais préciser et dater chacune de leurs interventions. Ce serait fort instructif, mais un peu long. C’est pourquoi je m’en suis tenu aux événements principaux. Pour en revenir à S., je pourrais donc faire état de réflexions intimes qui prennent un singulier relief dans la mesure où, à notre insu, elles étaient aussi presque ultimes. Mais après mûre réflexion, je m’en abstiendrai. D’abord, parce qu’elles sont trop sévères pour lui, trop élogieuses pour nous, et surtout parce que j’estime ne pas avoir le droit de violer des secrets qui s’apparentent à une confession et qui n’appartiennent qu’à nous. Je ne ferai qu’une seule exception, pour venger sa mémoire et le défendre contre vous. Tenant compte de l’ensemble des éléments en notre possession, voici ce que nous pouvons répondre à vos allégations écoeurantes.

1°. Nous avons parfaitement compris (et moi en particulier) “la profondeur du malaise et la détresse de S.”. Les circonstances dans lesquelles j’ai fait sa connaissance et que je viens de rappeler, les énormes difficultés que nous avons ensuite rencontrées dans nos contacts avec lui, la nécessité de le tenir à bout de bras en permanence nous ont fait prendre rapidement conscience de la situation et des dangers de toutes sortes qu’elle comportait. Rétrospectivement, à la suite d’un tel drame, on peut toujours se reprocher de ne pas avoir été suffisamment attentif en telle ou telle occasion, mais je pense que, globalement, nous avons fait notre possible, que l’intéressé lui-même s’en rendait bien compte et qu’en définitive nous nous sommes heurtés au mystère d’une liberté que nul ne peut éclaircir avec certitude. Quelle ineffable tartuferie vous manifestez à travers cette compassion inattendue pour notre ami dont vous ne seriez pas étonné - et c’est bien ce que vous suggérez- qu’il ait été notre victime et qu’il ait même payé de sa vie notre négligence à son égard.

2° Nous ne critiquons pas les médecins de Saint-Egrève qui l’ont très vite libéré. Ils ont cru bien faire et ont sans doute bien fait. Quant à la “médicamentation” (encore un néologisme !) qu’il aurait jugée trop forte, ce n’est évidemment pas nous qui l’avions instituée, contrairement à ce que votre curieuse manière de l’évoquer pourrait laisser croire.

3° Les démêlés avec la famille de D. et le suicide de S. sont tragiquement joints. Les bons sentiments hypocrites que vous n’ exprimez en faveur de notre ami
que pour mieux nous enfoncer, on ne les retrouve pas du tout p.6, lorsque vous signalez l’agression violente dont il se serait rendu coupable au détriment de M. Ch. Or...

a) Vous auriez pu rappeler le contexte dans lequel s’est produit l’incident : l’époque de l’année (décembre) où nous étions surchargés de travail, les allées et venues incessantes (ce n’était pas la première fois !) , sur la route qui passe devant la maison, de la famille Ch., afin de nous narguer, de nous provoquer à travers le portail et de nous pousser à bout.

b) Vous auriez pu signaler la fragilité psychique de notre ami, sur laquelle vous faites semblant de vous apitoyer p.14, mais dont vous ne tenez aucun compte p.6. Nous n’avons pas approuvé son geste, mais nous partagions son exaspération et nous comprenons très bien qu’il ait craqué, comblant ainsi les voeux de nos adversaires qui ont enfin trouvé ce qu’ils cherchaient depuis longtemps.

c) Vous auriez pu mentionner que M. Ch., qui n’attendait que ça, avait fait mousser l’affaire au maximum, avait porté plainte et que S. fut d’autant plus durement condamné qu’on avait fait ressortir son appartenance à une “secte”. Le président du tribunal, qui était naturellement incapable de se prononcer sur ce point, en était pourtant convaincu et ne s’était pas gêné pour le dire carrément à notre avocat. Il est raisonnable de penser que ce jugement téméraire a pu influencer son jugement “judiciaire”..beaucoup plus sévère que le ministère public lui-même ne paraissait le souhaiter.

d) Surtout, vous qui êtes si bien renseignés, vous auriez pu insister sur le lien entre le suicide de S. et sa condamnation, qui a pesé de toute évidence sur sa décision. Dans quelle mesure, nous ne saurions le dire. Mais qu’elle y ait contribué, c’est une certitude. Le caractère quasi obsessionnel de ses protestations ultérieures contre une sentence qu’il estimait à juste titre inique ne laisse aucun doute à ce sujet. Et voici ses propres paroles que j’ai consignées dans mes notes quotidiennes quelques semaines avant sa mort : “ Je ne supporte plus la répression des pouvoirs, la condamnation injuste due aux mensonges d’un certain H. Ch., les saloperies qui s’annoncent autour...” Vous utilisez le suicide de notre ami pour en faire une machine de guerre contre nous. L’ennui est que vos manoeuvres abjectes se retournent contre vous et contre ceux qui l’ont mise en marche. Je préfère éviter de transcrire les qualificatifs qui me viennent à l’esprit pour dépeindre vos procédés nécrophages, mais vous les devinerez et vous les apppliquerez à vous-mêmes avec d’autant plus de facilité que vous êtes mieux placés que quiconque pour savoir à quel point ils vous conviennent. Vous n’êtes pas à prendre avec des pincettes tellement vous dégoulinez de sanie et empestez la bêtise, la fourberie et la haine aveugle. Vous ne devriez même plus avoir le courage de vous regarder dans une glace, ni de fréquenter vos proches. A en juger par le niveau de bassesse où vous situent vos piètres manigances, vous semblez avoir perdu tout sentiment d’honneur et de dignité personnelle. Vous n’avez même plus le droit à votre propre estime. A travers l’analyse ingrate de ce texte repoussant, tout observateur impartial saura à quoi s’en tenir sur vos miteux micmacs. C’est à lui que je m’adresse directement pour conclure.

Conclusion

1° Dans ce fatras de sornettes, dans ce défilé de calembredaines, de bourdes et d’insanités, dans ce ramassis d’ordures, il n’y a rien contre nous, absolument rien de concret et de tangible. Aucune infraction n’est relevée. Mais on y trouve représentées et étalées toutes les formes de la malhonnêteté : malveillance systématique, mauvaise foi insigne, partis pris viscéraux, interprétation des faits erronée, abusive et tendancieuse, insinuations et soupçons gratuits et infondés, jugements sommaires, assertions fumeuses et débiles, phrases sorties de leur contexte pour en fausser le sens, omissions calculées, recours aux témoignages d’ennemis personnels que l’on prend pour argent comptant sans aucun esprit critique, violation du secret de la correspondance. Tout est nul et bâclé : les négligences matérielles abondent (ces gens ne sont même pas fichus de trouver une référence exacte dans un livre !), leur devoir est truffé de fautes de français. On dira que je cherche la petite bête. Mais non ! La rigueur morale se manifeste autant dans la présentation d’un texte que dans sa teneur. Evidemment, je suis la cible principale des attaques. Tout ce que dis est faux, tout ce que je fais est mal, voilà l’impression qu’on retire. Toutes les entourloupettes sont bonnes, y compris les plus viles, pour nous démolir. L’ensemble est simpliste, caricatural, parfois grotesque et même comique au point qu’on ne sait plus s’il faut s’esclaffer ou s’indigner. Nous sommes traités comme de la merde sans aucune raison sérieuse et ne bénéficions d’aucun égard, d’aucun respect. Les “adeptes” sont de pauvres cloches, des demeurés, des minus qui se laissent embobiner par un affreux gourou qui cumule tous les vices. Les seules excuses que l’on puisse invoquer à l’avantage des responsables de ce torche-cul sont leur bêtise, leur inculture, le bourrage de crâne dont eux aussi ont été victimes et le caractère tellement fastidieux des basses besognes qu’ils accomplissent dans des conditions sans doute peu enviables. Mais après tout, personne ne les y a obligés. Du moins ne se font-ils aucune illusion sur la valeur de ce qu’ils nomment pompeusement une “enquête” et l’on comprend qu’il nous ait fallu recourir à la Justice pour obtenir que ses résultats nous soient communiqués. Les cancres qui avaient rédigé ce “rapport” n’en étaient pas spécialement fiers et ne souhaitaient nullement le voir tomber entre nos mains. Cependant, tout n’y est pas faux : on affirme, par exemple, que nous habitons Roybon, ce qui est indéniable. Je vous attribuerai donc la note de 2/ 20 et non le zéro que vous pensiez avoir mérité. Avec l’âge, on devient indulgent. Mais une question essentielle demeure : pourquoi s’acharner ainsi à notre perte en faisant flèche de tout bois, pourquoi cette opiniâtreté, cette espèce de rage dans la volonté de nous discréditer et de nous ruiner ?

2° La réponse se trouve dans le texte lui-même. Les antiseptiques chargés de la dératisation et les R.G., la main sur le coeur et la bouche en cul-de-poule, vous jurent leurs grands dieux qu’ils sont trop attachés aux fameuses “libertés” pour s’en prendre aux convictions et aux moeurs, mais qu’ils visent uniquement les techniques de manipulation. Encore un gros mensonge ! Il suffit de lire avec un peu d’attention le “document” ci-joint pour s’apercevoir que nos opinions et nos comportements sont passés au crible et qu’on s’appuie sur l’analyse mesquine qui en est faite par des gens incompétents pour nous qualifier de secte. Et c’est là où nous touchons la véritable raison de la traque dont nous sommes l’objet. Nous avons le tort impardonnable de ne pas penser, de ne pas parler , de ne pas agir et de ne pas vivre comme tout le monde et nous aggravons notre cas en formant un groupe et en cohabitant. Ca, c’est vrai ! Nous en sommes fiers, nous le revendiquons hautement, c’est notre droit et c’est notre devoir, et nul ne devrait se permettre de nous le reprocher dès lors que nous ne commettons ni délit ni crime et que nous laissons à l’Etat le monopole de cette violence avec laquelle il se confond, selon nous. Oui, nous sortons délibérément des rangs et des sentiers battus, nous ne sommes pas des marginaux, mais des opposants résolus, des dissidents et des rebelles, des objecteurs de conscience universels qui critiquons et condamnons le fonctionnement général de ce monde avec des arguments longuement mûris qui ne sont pas forcément aussi idiots que les R.G. le laissent entendre, eux qui, de toute façon, n’y entendent que couic.
Oui, nous refusons, pour des motifs supérieurs, de nous intégrer dans “la-société”. Surtout, nous essayons d’inventer, d’innover et, si on nous en laissait la possibilité, nous ferions part aux autres de nos efforts et nous les inciterions à les partager et à les prolonger. Mais horreur !, ce serait du prosélytisme...tel que tous les partis, Eglises, syndicats , associations en font à longueur d’année. Mais eux sont inoffensifs et on les laisse jouer. Tandis qu’on nous réduit au silence et à l’impuissance par tous les moyens, par exemple, comme le font les R.G., en cherchant à nous intimider et à nous déconsidérer. Il faut nous empêcher de nuire, nous neutraliser, éviter à tout prix que nos “opinions” fassent tache d’huile. Car c’est à cause d’elles et uniquement à cause d’elles -nous l’avons démontré tout au long de notre commentaire- que nous sommes inquiétés, en contradiction avec l’article 10 de la Déclaration de 89 et l’article 19 de la Déclaration de 48. Rassurez-vous ! Nous ne tombons pas des nues en faisant cette constatation..Et nous ne tombons pas non plus de la dernière pluie. Nous avons compris depuis longtemps que les “textes sacrés” sont d’autant plus fréquemment cités en France avec des trémolos dans la voix qu’on les foule aux pieds dans la réalité. Ils servent de paravents flatteurs pour masquer des pratiques directement opposées à ce qu’ils affichent. Depuis belle lurette, nous avons découvert, grâce à un impitoyable travail d’investigation et de réflexion ,qu’il n’existe, pas plus en France qu’ailleurs, de république, de démocratie, de respect des droits et des libertés de l’homme, et que tous ces jolis mots ne sont que des alibis et des couvertures destinés à donner le change et à nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Ceux qui ont l’audace et l’insolence de dénoncer les faux-semblants, les échafaudages en trompe-l’oeil (comme la mascarade électorale), la mystification universelle mise en place par ceux qui y trouvent leur intérêt, ces trublions, ces empêcheurs de tourner en rond qui risqueraient de donner de mauvaises idées aux autres, il faut les éliminer, les exterminer comme de la vermine, mais en recourant, si possible, à des mécanismes doux et silencieux qui fonctionnent d’eux-mêmes et ne font pas de vagues. L’Etat excelle dans ce genre d’intrigues et de machinations secrètes.

A l’encontre des réprouvés, l’opération se réalise en trois temps :

a) Choix d’un angle d’attaque. Actuellement, le biais idéal parce que très efficace est l’appellation de “secte”. L’opinion publique et les médias ont été tellement excités à ce sujet qu’il suffit de prononcer le mot pour qu’ils voient rouge et se déchaînent sans se soucier aucunement de savoir si l’étiquette a été apposée au bon endroit. La cause est entendue avant d’avoir été plaidée. Toute accusation vaut condamnation. Le tour de passe-passe est d’autant plus facile à réussir qu’il existe sans doute de véritables sectes avec lesquelles on a vite fait de réaliser des amalgames qui passent inaperçus. C’est aussi une vieille ruse des pouvoirs publics qui détournent d’eux-mêmes le mécontentement et l’agressivité des gens en les concentrant sur des boucs émissaires autour desquels on fait grand tapage pour les diaboliser. Pour ne pas surcharger ce texte, déjà long, je me suis pratiquement interdit les citations, qui pourtant affluaient à mon esprit. Mais je ne résiste pas au plaisir d’en transcrire une qui provient du tout dernier livre de D. Fernandez, “ Le loup et le chien”. Voici ce qu’il dit p. 73 : “En général, le pouvoir a intérêt à créer, par des normes, une frange d’individus considérés comme anormaux, sur lesquels il peut rejeter tout ce qui boite dans le pays, concentrer la grogne, cristalliser le mécontentement populaire “. Le procédé tend à se généraliser ainsi que la phobie qu’il entraîne et qu’il exacerbe. On nous apprend, par exemple, que derrière “sainte” Arlette (Laguiller), se dissimule une redoutable organisation sectaire. Sur l’autre bord de l’échiquier, l’association “Droit de naître” serait rattachée à un mouvement international d’extrême droite “ classé comme secte dans le rapport parlementaire Guyard“. (Le Monde du I3 juillet) . Dans la vie courante, le malheureux qui songe, en toute innocence, à créer une école parallèle ou un centre d’aikido, se voit immédiatement soupçonné d’appartenir à une secte et de vouloir l’implanter. Méfiez-vous, braves gens ! Le spectre des sectes se développe de toutes parts dans l’ombre et dans le silence et menace de vous étouffer !

b) Mise en place de schémas préfabriqués, tels que les fameux dix critères repris à son compte par la commission parlementaire et dont nous avons montré dans un autre écrit qu’ils étaient soit absurdes, soit comiques, soit attentatoires aux libertés à cause du flou et de l’ambiguïté qui les imprègnent. Détail piquant : si nous en croyons la presse, la personne géniale qui les a inventés aurait justement été nommée à la tête des R.G de l’Isère. Est-ce pour la récompenser de ce coup d’éclat...ou pour une autre raison ?

c) Usage du mensonge et de la calomnie pour y faire entrer de force les maudits, exactement comme on obligerait quelqu’un à enfiler un vêtement qui ne serait pas à sa taille, qui ne lui irait pas ou, tout simplement, qui ne serait pas à lui. Dans notre commentaire, nous avons souligné ce point qui est tellement caractéristique. Par exemple, “il faut absolument” que le gourou corresponde à ce qui a été prévu pour sa condamnation. Il doit s’y conformer en tous points, tout “endosser”. C’est ainsi qu’il a nécessairement des revenus inavouables. Comme on ne peut le prouver -et pour cause ! -on se livrera à des circonlocutions et à des sous-entendus tortueux qui suffiront à faire foi.

3° Bien sûr, amis lecteurs, il est facile de vous en tirer à bon compte en prétendant que ça ne vous regarde pas, que ce sont nos oignons, que nous nous sommes mis dans une situation périlleuse à cause de nos idées et de nos conduites farfelues, que nous l’avons bien cherché et que nous n’avons qu’à nous débrouiller. En fait, vous êtes tous concernés. Et il importe maintenant de dépasser nos cas personnels pour en extraire des leçons de portée générale qui ne peuvent laisser personne indifférent.

Le premier enseignement est de taille. Ainsi que nous le répétons depuis tant d’années, en France, comme dans les pays qui ont le front de se dire “démocratiques”, se propage et s’incruste un véritable totalitarisme rampant, insidieux , banal, quotidien, mou (bien qu’il puisse au besoin se durcir à l’extrême) qui a pour but et pour résultat l’élimination des déviants et des récalcitrants. Qu’ on ait au moins la franchise de le reconnaître ! Et ce n’est pas nouveau. Dans l’ouvrage précité de D. Fernandez, l’auteur montre fort bien p. 51 que la formation des Etats modernes au XIII ème siècle ( Angleterre, Espagne, France..) s’est nécessairement et immédiatement accompagnée de persécutions dirigées contre “toutes les formes de dissidence, de marginalité”. Les Juifs, les hérétiques, les homosexuels, les Templiers sont visés. “ La cohérence de l’Etat ne pouvait être assurée que par la suppression des sortes de pensée et de conduite qui n’étaient pas conformes à la pensée et à la conduite dominante”. Ceci est toujours vrai et nous rappelle que la tyrannie est inscrite au coeur de l’Etat et coïncide avec sa définition même, n’en déplaise aux faux jetons distingués qui nous dorent la pilule en essayant de nous faire croire que les beaux principes démocratiques sont réellement appliqués dans la France du XXème siècle, en dépit de quelques bavures vite repérées et en voie de résorption. Cette tradition persécutrice, niveleuse, écrabouilleuse et uniformisatrice est si bien ancrée en Europe -et surtout en France où , du fait de son évolution jacobine et laïcarde, elle atteint des records et concerne même les langues régionales !- que les Américains, qui sont pourtant loin d’être des petits saints, peuvent se payer le luxe de donner des leçons, et ils ne s’en privent pas. L’occasion est trop belle. C’est ce qu’ils viennent de faire à juste titre en exprimant leur préoccupations au sujet des atteintes portées, de l’autre côté de l’Atlantique, à la liberté de conscience.

Nous n’avons pas l’habitude d’employer certains grands mots, comme celui de “totalitarisme”, de façon approximative et uniquement parce qu’il feraient l’effet déplorable recherché. En fait, ce vocable terrifiant est ici parfaitement approprié, car il s’agit bien d’utiliser tous les moyens, y compris parfois les plus menaçants et les plus répréhensibles, pour amener la totalité des gens à adhérer à la totalité de la vulgate consensuelle. A partir d’ici, se projette un double éclairage, d’abord sur la nature et le rôle des R.G., ensuite sur les dangers que court chacun d’entre nous.

Oui, R.G. = danger. Oui, ce sont des gens dangereux qu’il faut surveiller de près. Et l’on découvre ainsi le véritable intérêt de leur méchant petit écrit : il constitue un terrible réquisitoire dressé contre les R.G....par les R.G. eux-mêmes ! On saisit sur le vif leurs tripatouillages, on les voit à l’oeuvre, on les prend la main dans le sac. Nous ne pouvions rêver mieux. Remercions-les de nous avoir donné tant de verges pour les faire battre et d’avoir confirmé de manière éclatante tout le mal que nous disons de l’Etat dont ils sont les représentants et de “la-société” dont ils sont l’expression et le bras séculier. Nous n’allons pas faire comme eux, procéder à des exécutions sommaires, stigmatiser nommément des gens que nous ne connaissons pas pour satisfaire des ressentiments et des préjugés. Mais nous estimons pouvoir et devoir porter un jugement global sur le fonctionnement d’une institution en nous appuyant sur l’analyse de ses actes. C’est un peu comme un bousier merdeux que l’on peut suivre à la trace et identifier grâce à l’odeur qu’il laisse sur son passage. Certes, il faut se méfier des généralisations hâtives. Mais qui serait assez naïf pour croire que nous avons “bénéficié” d’un traitement exceptionnel et que les R.G. de l’Isère sont les seuls en France à pratiquer leurs détestables combines. Nous avons toutes raisons de croire que les remugles pestilentiels qui s’exhalent de leurs misérables griffonnages permettent de se faire une idée assez exacte des mentalités et des comportements régnant à l’échelle nationale dans une “corporation” qui apparaît comme une officine charognarde, malfaisante, parasitaire et irresponsable.

Charognarde, parce qu’elle colporte des ragots, de faux renseignements, des calomnies...avec l’intention évidente de nuire. Dans une collectivité réellement démocratique et républicaine, il n’y aurait pas de place pour une police politique, d’abord pour des raisons de principe, de moralité publique, ensuite parce que, n’ayant aucune injustice à protéger, on n’aurait personne à craindre. A supposer qu’il en faille tout de même une, elle devrait être composée, étant les pouvoirs discrétionnaires dont elle dispose en fait, de gens souverainement éclairés et intègres, fins, nuancés, ouverts et cultivés, et non de tâcherons bornés, incompétents et mal dégrossis, enfermés dans les conventions et les préventions, obsédés par la chasse aux insoumis, que l’on déteste aussi pour d’obscures motivations personnelles.

Malfaisante, parce qu’elle induit en erreur les autorités politiques et cause indirectement les plus graves préjudices à ses victimes. Parasitaire, parce qu’à l’exemple d’autres fonctionnaires budgétivores, elle utilise les deniers publics pour s’entretenir et porter ses coups bas dans l’ombre.

Irresponsable -et j’insiste sur ce point- parce que c’est une puissance occulte qui n’a pas à répondre de ses actes. Elle peut se permettre de dire n’importe quoi, de décrier les gens sans retenue, tout en demeurant intouchable. Vous êtes à sa merci et n’avez aucune prise sur elle. On peut tout de même essayer : c’est ce que nous faisons, mais sans illusions, dans le cadre des batailles éternellement perdues par le pot de terre confronté au pot de fer. Les choses deviennent encore plus graves lorsque le directeur central des R.G. s’autorise à rendre publiques des “informations” qui devraient rester confidentielles. En désignant nommément à l’usage de la rue des groupes prétendument sectaires, il outrepasse son rôle et les désigne aussi à l’opprobre et la vindicte générales, avec toutes les conséquences qui peuvent s’ensuivre pour les intéressés. Un comportement aussi stupéfiant, une telle désinvolture et un tel cynisme, montrent à la fois le mépris de ce personnage pour toute une catégorie de gens traités comme des parias, son souci de se ménager les bonnes grâces des médias et de l’opinion publique en singeant la “transparence”, et sa conviction d’être intouchable et de pouvoir en abuser. Tant qu’à faire, il aurait dû aller jusqu’au bout et justifier ses accusations en publiant le document que nous avons analysé et qui aurait, en quelque sorte, servi d’antidote. Car n’importe quelle personne un peu fine et impartiale se serait rendu compte que son contenu n’était fait que de minables supercheries. Le forfait du patron des R.G. s’apparente à celui de Guyard et de sa clique dont on a dit, semble-t-il à juste titre, qu’ils s’étaient contentés “d’officialiser des rapports de police” sans en vérifier l’exactitude. Nul n’ignore les liens fusionnels qui unissent les membres du trio infernal : sectivores, R.G. et députés. Ces derniers aussi, sous le couvert de l’immunité parlementaire, jouissent d’une véritable impunité. Bien que parsemé “d’erreurs “ évidentes, le rapport qu’ils ont vomi en janvier 1996 ne peut subir aucune modification. Car les députés et les R.G. - c’est bien connu !- sont comme le Bon Dieu : ils ne peuvent ni se tromper ni nous tromper.. Notons enfin que cette irresponsabilité scandaleuse, qui est à l’origine des plus graves préjudices pour ceux qui en font les frais, se vérifie apparemment dans tous les corps de police. Un professeur de droit qui s’est penché sur la question expliquait ,dans Le Monde du 3 juillet dernier, toutes les raisons pour lesquelles les brutalités policières ne donnent pratiquement jamais lieu à des procédures pénales, sauf parfois lorsqu’il s’agit de faits d’une extrême gravité, et même dans ce cas, les coupables écopent de peines dérisoires, comme on a pu le constater tout dernièrement encore dans une affaire effrayante qui a valu à la France d’être condamnée par la Cour européenne pour torture.

Juste avant de nous quitter, cher lecteur, il me semble intéressant, pour vous mettre en appétit après un exposé aussi indigeste, de dresser à votre intention un petit tableau des divers ennuis et inconvénients qui vous attendent si vous tombez dans le collimateur et sous la patte de ces sbires...et de quelques autres. Car il ne faut pas oublier -comme je viens de le rappeler- que les R.G. n’ont pas le monopole de la police ! Ne vous croyez surtout pas définitivement à l’abri de leur sollicitude. Il suffit que vous vous éloigniez un tant soit peu des normalités obligatoires pour que vous comptiez au nombre de leurs chouchous. De façon à ce que vous ne soyez pas pris au dépourvu si ce privilège vous échoyait, sachez à peu près ce qui vous attend dans la vie quotidienne. Bien entendu, nous parlons d’expérience.

Bref, vous êtes mis à l’écart, montrés du doigt, traités de manière infamante comme des pestiférés et des malfaiteurs . Vous aussi, mais en un sens tout différent, serez...des intouchables ! En ce qui nous concerne, il ne reste plus qu’à déterminer la couleur de l’étoile que nous devrons faire coudre sur nos manches. Dernière mésaventure en date : nous venons de nous faire éjecter comme des malpropres de Taizé, universellement célébré comme un haut lieu de tolérance, d’oecuménisme, d’ouverture etc..Nous avions eu le malheur de dire en plaisantant que nous étions “officiellement” classés parmi les sectes : on nous a pris au sérieux et on nous a priés de déguerpir immédiatement.

Est-il besoin de préciser que cette énumération est imaginaire et ne fait que refléter la “paranoïa” diagnostiquée chez moi avec leur discernement habituel par les R.G. vers qui je me tourne avant de clore mon propos. Je les invite à méditer la réflexion que, dans son dernier film, “Le passager”, J.C. Guiguet met dans la bouche de l’un de ses personnages : ‘”Il y a pire que le bourreau : c’est son valet”.

Bonnes bises de la part du “leader” des “traîne-savates” (c’est ainsi que nous avait désignés l’un d’entre vous il y a quelques années).

Christian Singer

-  P.S.

1. Petit détail qui va vous amuser : nous avons assigné en justice le dénommé Bertrand, directeur central des R.G., pour violation du secret professionnel. Malgré plusieurs tentatives, notre huissier n’a jamais pu le joindre. En vertu de l’article 560 du Code de procédure pénale, nous avons demandé au Parquet de Paris de faire des recherches pour localiser cet individu et pouvoir lui délivrer une citation à comparaître. Pourquoi se terre-t-il comme un rat empoisonné (ce n’est évidemment qu’une image !) ? Aurait-il des troubles de conscience ? Ou alors ce comportement trahirait-il son dédain abyssal pour les chiures de mouche qui osent s’en prendre à lui ?
De toute façon, le procès aura lieu en septembre, qu’il soit présent ou absent. Ca vous permettra de répéter que les “sectes” sont procédurières. Selon vous, elles devraient être les seules à se laisser attaquer sans se défendre. Condamnées à l’avance, elles n’ont que le droit d’en prendre plein la gueule tout en la bouclant. Appliquez donc vous-mêmes ce beau programme évangélique et foutez-nous la paix.

2. J’ai lu avec beaucoup d’intérêt le livre de J.P. Cruse “ Un corbeau au coeur de l’Etat “ où il est abondamment question de Bertrand et surtout d’Henri , et où l’auteur parle, p. 48, de “ la tradition des “coups de vice” et autres “coups tordus” qui font, quoi qu’ils en disent, la fierté des R.G”. Il soupçonne ces vaillants policiers de cacher à la Justice les informations qu’ils détiennent et de nuire ainsi à son bon fonctionnement. Il évoque, p. 188, “l’interminable litanie des forfaitures de la démocratie française”...Même si l’on est habitué à ce genre d’ouvrage, on ressort de sa lecture horrifié, terrifié, accablé, consterné. Dans cette jungle cynique et meurtrière, dans cette pourriture opaque où se côtoient services secrets, politiciens, journalistes, juges et affairistes, on ne sait jamais qui fait quoi, mais l’on sait très bien que n’importe qui peut faire n’importe quoi. Et comment ne pas souscrire aux propos de l’auteur lorsqu’il affirme, p. 11 : “...on croit rêver en entendant gloser sans fin sur la “démocratie”, la “République” et “nos valeurs” l’immense et bavarde cohorte des ripoux du suffrage...”.

3. En désespoir de cause, vous pourriez monter contre nous une opération “homo” ou demander au préfet de l’Isère qu’il fasse incendier la Thébaïde.

Salut !

Le texte du rapport des R.G. de l’Isère sur la communauté de la Thébaïde
 
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Christian Singer
avril 2000
Mise à jour : 23 mars 2006
 
 
Rapport des RG : commentaire de Christian Singer
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