On entend beaucoup parler de la polygamie ces derniers temps dans la bulle médiatique, et des déclarations du ministre Hortefeux m’ont donné envie de réagir.
Voir [Extraits du journal Le Monde]
1. Les unions officielles multiples (par mariage ou autre) sont interdites en France, et maintenant on nous parle en plus d’interdire la « polygamie de fait ».
Pourquoi vouloir s’en prendre spécifiquement à la [polygamie]. et restreindre encore les libertés ?
Dans les couples hétéros, il existe quantité de violences conjugales et d’abus aux prestations sociales, pourtant il n’a jamais été envisagé d’interdire le mariage hétérosexuel, qu’il soit de fait ou officialisé par l’Etat ou les Eglises !
La polygamie serait-elle « mal » par essence ? C’est absurde, une fille peut être tout autant sous l’influence de traditions, de familles archaïques, de pressions, etc. dans le mariage hétéro que dans la polygynie. Un mari violent et dominateur le sera pareillement avec une ou X épouses.
Souvent, dans la polygynie (polygamie d’un homme avec plusieurs femmes), qui est la forme de polygamie la plus répandue, les femmes peuvent être sous la pression de traditions rétrogrades et patriarcales, et considérées comme du bétail pour abattre le boulot et pondre des enfants à la chaîne, mais ce n’est pas une raison pour interdire la polygamie en soi.
Car d’une part, il est envisageable de la vivre autrement, et d’autre part, si des personnes tiennent malgré tout à être aliénées, on ne voit pas comment on pourrait les en empêcher.
Le problème n’est pas donc pas d’interdire des pratiques (polygynie ou polyandrie) qui ne sont pas pires ni mieux que les autres (unions hétéros, PACS…) dans le cadre de cette « société », mais d’aider les personnes (filles ou garçons) qui veulent se sortir de relations violentes et/ou imposées, de les informer de leurs droits, de les éduquer à d’autres cultures si ils-elles le souhaitent, de faire de la prévention et d’empêcher de nuire les assassins et autres tabasseurs, etc.
2. Les autorités s’offusquent souvent des abus de prestations sociales, réels ou supposés.
Encore une fois, les arnaques à la sécu ne sont pas l’apanage des polygames. Les cas d’abus servent donc de prétexte à généralisation et interdiction par amalgame.
D’autre part, pour les personnes vivant à plusieurs, polygames ou pas, les formulaires des aides sociales ne sont pas adaptés, mettant ces personnes en porte-à-faux, soit elles renoncent à toute prestation, soit elles doivent louvoyer avec des règlements ignorant leurs cas, et donc prêter le flanc aux accusations de fausses déclarations.
Alors, il serait plus intelligent d’élargir les règlements à tous les cas possibles pour inclure tout le monde au lieu de restreindre les choses uniquement aux couples hétéro (et dans une certaine mesure homo, avec les limites du PACS).
Il doit être possible d’inventer des formules pour que tous les types d’unions et de vies communes puissent bénéficier d’aides sociales, en adéquation avec leurs cas particuliers (niveaux des revenus, enfants à charge, etc.).
Evidemment, dans un monde sans Etats ni systèmes d’aide sociale, les choses seraient toutes différentes…
3. Laïcité = unions libres
Si nos soi-disant démocraties appliquaient leurs principes de neutralité et de laïcité, tous les types d’unions devraient être possibles, indépendamment du sexe des personnes et de leur nombre, et avec les droits et protections afférentes (héritage, responsabilité parentale, adoption, etc.).
Les couples homosexuels commencent à avoir des droits égaux aux couples hétérosexuels dans certains pays (pas encore en France), pour le reste on est loin du compte.
Les personnes désireuses de vivre à plusieurs (polygamie, communauté, polyamour…) devraient pouvoir le faire partout sans être inquiétées ni défavorisées.
Au lieu de ça, on voudrait interdire la polygamie de fait, c’est-à-dire empêcher tout écart à la norme, en introduisant des dispositifs permettant au besoin de réprimer les groupes expérimentant d’autres formes d’unions et de vie ensemble.
C’est exactement comme pour l’histoire des sectes, on se sert de quelques cas très douteux en les grossissant, pour réprimer au final tous les déviants et inviter les gens à rester dans les rangs, ce qui bafoue les libertés et les principes de laïcité mis en avant par ceux-là mêmes qui organisent les répressions !
En fait, pour le bien individuel et collectif, tout le monde aurait plutôt intérêt à vivre une « polygamie » libre et a-genre (sans se soucier des genres femme/homme).
Et pour la construction d’un monde utopique, autre, la communauté telle que décrite sur ce site serait l’idéal, mais ça c’est encore une autre histoire…

