Pornographie et violence à la télévision : interdiction ou éducation ?

Interdire de manière illusoire au lieu d’éduquer et de regarder les réalités en face...

Quand les moralisateurs prétendent « moraliser » une « société » barbare par l’interdiction de conséquences et de faits mineurs. Les films pornographiques ou/et violents sont visés par les vertueux moralistes, les mêmes qui approuvent le capitalisme totalitaire et le massacre des animaux pour leur nourriture !

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La nouvelle phobie à la mode consiste à stigmatiser les films violents et pornos qui passent à la TV, en les rendant co-responsables de certains actes barbares et des mentalités violentes. Certains moralistes à la petite semaine voudraient carrément interdire les films pornos et limiter les films ultra-violents.

Tout d’abord, tout ceci est risible en comparaison des innombrables violences et obscénités constamment mises en avant dans nos « sociétés ». Ce monde est fondé sur la violence et la destruction, sur la pornographie et la luxure, partout la barbarie prolifère et des cascades de sang nous éclaboussent. Et voilà que quelques oies blanches s’émeuvent de ce que des films (donc des fictions, des constructions artistiques) sont choquants et véhiculent des idées néfastes ! C’est le monde à l’envers ! Partout, les idéologies de compétition, de séparation, de domination et d’inégalités créent des violences incommensurables, et on va s’inquiéter de la portée de films qui ne font que refléter, de manière caricaturale ou fidèle, les violences et aberrations célébrées et/ou vécues dans toutes les couches sociales.
On ne veut pas se donner les moyens d’éradiquer les violences réelles (guerres, génocides...), le sexisme ou les dominations à caractère sexuel, donc on va s’attaquer aux films, aux conséquences, aux artistes qui s’expriment ou à ceux qui font du bizeness en exploitant des mentalités obnubilées par la violence ou le sexe, aux victimes du système qui n’ont rien d’autres que des images pour compenser leur mal être profond.
Bien sûr, on met en avant la moralité publique, et surtout la protection des pauvres enfants, innocents et sans défense face à des scènes crues qu’ils ne comprendraient pas, qu’ils risqueraient d’imiter naïvement sans se rendre compte des conséquences réelles. Quel beau prétexte pour justifier les interdictions et se donner bonne conscience, on se pose en défenseur du bien et de la non-violence, peu importe que les problèmes restent entiers.

Quelques remarques en vrac :

Là comme ailleurs, il s’agit d’infantiliser les gosses, de les soustraire à la réalité, de repousser toujours plus l’avènement de leur maturité et de leur esprit critique, si possible jusqu’à la tombe.

Dans le système existant, une attitude vraiment responsable, morale et éducative consisterait :

On devrait montrer tous les types de films aux enfants, à l’école et à la maison :

Si on veut faire une éducation à l’image, il ne faut pas hésiter à montrer tous les types de films, quel que soit le sujet, en commençant par les œuvres les plus dérangeantes. Bien sûr, ces visionnages devrait être accompagnés (précédés si besoin) de débats, de discussions ouvertes, de mises en garde, de visites sur les lieux de tournage, de rencontres avec les divers intervenants de la production audiovisuelle : acteurs, réalisateurs, caméramans, directrices des effets spéciaux, etc...
Ainsi, les enfants sauraient très tôt à quoi s’en tenir, et ça renforcerait leurs défenses naturelles. On vit hélas dans une jungle, il vaut mieux qu’ils le sachent, qu’ils se déterminent, puissent comprendre et se défendre.

Après, ils seraient encore plus immunisés, et pourraient être en contact avec tous les films possibles sans que ça puisse leur nuire. Soit ils regardent avec toute la distance critique nécessaire, soit ils ferment le poste. Ils en sont parfaitement capables, et ce n’est pas les aider que de tout édulcorer. De toute façon, ce qu’ils voient dans la vie quotidienne est bien pire et plus perturbant que les films, car ils savent que c’est réel.

En plus, le visionnage de films montrant diverses façons d’aborder la sexualité serait très bénéfique, ils pourraient échapper au monopole des films d’amour stéréotypés, qui bien que non-pornos, sont parfaitement infects et propagent une idéologie hétérosexuelle normative et castratrice.
Même chose pour la violence, avec des films pro-guerre, des films antimilitaristes, des documentaires sur les victimes, des visites d’hôpitaux..., on se fait vite une idée sur la question.

Parfois, les jeunes ayant commis des actes de barbarie disent avoir été influencés par tel ou tel film violent. Ils cherchent à se disculper et à expliquer leur geste insensé. La violence vient toujours de l’intérieur de soi, le milieu environnant peut lui fournir un terrain plus ou moins favorable, mais le passage à l’acte est forcément volontaire. Et l’acte meurtrier peut être la conséquence de plusieurs choix volontaires faits auparavant.

Tout ceci ne veut pas du tout dire que j’approuve la violence, l’exploitation de la misère sexuelle, les pornos complètement mécaniques faits à la chaîne où actrices et acteurs font ça comme des robots, et sont parfois obligés de faire des actes qui leur déplaisent. Je me borne à constater la réalité de ces « sociétés », et je dis que si on parle sérieusement d’éducation, il faut que les enfants soient aussi préparés à ça. Il est vrai que ça implique de remettre un peu en cause l’image en sucre de l’enfance, de pousser les jeunes à réfléchir, à comprendre de quoi est faite la société, à développer leur esprit critique.... Ce n’est pas ce qui est visé par nos censeurs, on fait de l’enfance une catégorie à part, surprotégée et idéalisée, par contraste avec le monde dit adulte, considéré comme impur et utilitariste.

Maintenant, si la société utopique que nous décrivons par ailleurs advenait, il n’y aurait plus guère de films violents ou représentant une sexualité mécanique. Mais on ne peut exclure la représentation de certaines violences, à vocation presque thérapeutique (les actes seraient remplacés par des images) ? De même, la sexualité crue continuera à être représentée, pour des films à but pédagogique, des productions artistiques... La sexualité serait sans doute montrée plus souvent, de manière tout aussi banale que le faite de manger ou dormir. La sexualité est en fait parfaitement neutre, les questions se posent à un autre niveau, celui de l’Amour, du respect mutuel, de la non-violence, de l’engagement, de la sincérité, etc...

Il n’y a donc aucune raison valable d’interdire la pornographie et la violence à la télévision. On devrait même montrer tout les types de films aux enfants, avec une vraie éducation à l’image. Ainsi, ils seraient bien mieux préparés à comprendre la « société » et à ne pas se laisser manipuler par les images.

- Sur le web :

 
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Zora
1er août 2002
Màj : 23 juin 2004
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