Ce phénomène a pris un tour nouveau et terrifiant cet été en Grande-Bretagne. Suite à des assassinats d’enfants, des journaux se sont mis à diffuser photos, nom et lieu de résidence des pédophiles recensés. Ces prétendus médias, sous prétexte de lutter contre des crimes, ont trouvé là un bon filon pour gagner du fric et reconquérir les lecteurs qu’ils avaient perdus. Peu leur chaut le sort des individus livrés en pâture à leur public moutonnier. Ces journaux jettent au contraire de l’huile sur le feu dans un climat passionnel déjà peu propice à la réflexion et au recul.
Bilan provisoire : un « pédophile » s’est suicidé, d’autres se terrent ou ont dû fuir et un type ordinaire a été tabassé par méprise. On se serait cru au temps du Ku Klux Klan, quand des Noirs se faisaient poursuivre et lyncher par la foule. Des scènes hallucinantes, pires que celles décrites par Ray Bradbury dans "Fahrenheit 451", ont eu lieu, puisque ici les gens sortent d’eux-mêmes dans la rue pour traquer les pédophiles déviants. Ils réclament alors des lois d’exception et la peine de mort. Bientôt, ils appliqueront la peine capitale eux-mêmes.
Si on comprend les mots de colère passagers de la part des familles de victimes, de telles manifestations organisées et répétées sont très inquiétantes. On retrouve le bon vieux truc du bouc émissaire. Et les gens marchent à fond, ravis qu’ils sont de décharger sans risques leurs haines sur une catégorie unanimement réprouvée.
Mais pourquoi limiter le lynchage, médiatique et réel, aux violeurs d’enfants ? En suivant cette logique répressive et terroriste, on devrait publier la liste des violeurs d’adultes, des voleurs à la tire, des mauvais payeurs, des maris infidèles et des femmes qui ont déjà eu une contravention... On n’est jamais trop prudent. Tout le monde devrait tout savoir sur tous ses voisins.
"Et si mon voisin a été cambrioleur il y a dix ans ? ça craint pour ma Hifi ! Vite, j’organise une manif de quartier pour le forcer à déménager." En ex-URSS, ils avaient bien intégré le truc (Stasi, KGB, Securitate...). A l’ouest, pour l’instant, on s’acharne sur certains. Les violeurs d’enfants (ou les personnes s’étant livrées à des actes sexuels avec des mineurs) n’ont pas le droit de changer, de refaire leur vie, même une fois qu’ils ont purgé leur peine, il faut continuer à les harceler jusqu’à ce qu’ils craquent. Les criminels n’ont plus droit aux Droits de l’Homme, beau raisonnement. L’obsession fanatique de la "sécurité" et de la "propreté" débouche alors sur l’oppression permanente.
A présent, essayons d’entrer un peu dans le fond du problème.
Tout d’abord, le terme de pédophile utilisé à tout bout de champ ne convient pas à la situation. Pédophile veut dire "qui aime les enfants". Un pédophile est donc quelqu’un qui a envie d’avoir une relation avec un enfant sur les plans amical, affectif, intellectuel et sexuel. Si cette relation est respectueuse, si elle s’effectue sans violences ni contraintes d’aucune sorte, on ne voit pas pourquoi elle serait forcément sale, immorale, pathologique... Un vrai pédophile devrait donc être exactement le contraire d’un violeur d’enfants. Tout comme un amant est le contraire d’un violeur de jeunes femmes.
En Grèce antique, on trouvait normal et souhaitable que les adolescents soient initiés à l’amour par des adultes. Les moeurs changent... De nos jours, il s’agit au contraire d’infantiliser toujours plus les enfants en les transformant en bêtes machines à consommer, de manière à ce qu’ils le restent une fois grands.
Ce qui est mal n’est pas l’âge, la couleur ou le sexe des partenaires, mais le fait que l’un des deux exerce une contrainte violente (morale, physique...) sur l’autre.
A partir du moment où deux êtres humains sont libres et consentants, ils devraient avoir le droit de s’aimer. Tous les tabous artificiels, érigés pour faciliter la perpétuation de cette société monstrueuse par l’enfermement affectif de ses membres, devraient donc disparaître si les Hommes décidaient de tout changer.
On ne devrait plus parler d’homosexualité, de bisexualité, d’hétérosexualité, de pédérastie, de pédophilie ou d’inceste, mais seulement d’amour, de sexualité et d’affection entre des personnes. Ces interdits criminels ne reposent en fait sur rien et les différences qu’ils dressent en barrières n’ont pas plus d’importance que la couleur des cheveux ou de la peau. Ces tabous millénaires et absurdes ont pour but le contrôle : par la destruction de l’originalité et de l’ambivalence des personnes, on crée un état de faiblesse et de manque propice aux endoctrinements qui suivront dans les familles, à l’école et... dans les médias.
Ces interdits ne produisent que complications, castrations, frustrations, incompréhensions... et sont une des causes des misères psychologiques et affectives qui conduisent parfois aux crimes dits sexuels.
Mais dans cette société sclérosée et violente, où les individus se laissent le plus souvent aller à des désirs de domination et d’hédonisme, sans objectif autre que de faire son petit trou de rat, de vraies relations sont quasi-impossibles à établir. Les couples d’adultes finissent d’ailleurs souvent par se déchirer et se haïr, et une relation jeune-adulte est sûrement encore plus difficile à maintenir (même si elle était tolérée, comme le sont, dans certains pays, les relations homosexuelles). Le contexte général ne s’y prête pas du tout, et surtout, les partenaires (adultes comme enfants) sont trop pervers et embrouillés pour pouvoir déboucher sur quelque chose de sain.
Revenons-en aux criminels, ceux qui violent et assassinent.
Tout d’abord, ils ont droit comme tout le monde au minimum de respect dû à tout être humain, même si ces meurtriers ne se respectent pas et ne respectent pas la vie d’autrui.
Il faut aussi ajouter que la société est toujours co-responsable (dans des proportions variables) de la criminalité. Elle la suscite et s’en nourrit. Elle crée un terrain pourri favorable, entre autres, aux assassins d’enfants. Pour avoir une chance que les meurtres d’enfants cessent, il faudrait commencer par changer de société, au lieu de vouloir exterminer les criminels qui sont le reflet de l’actuelle. Sans compter que la peine de mort ajoute un crime à un autre.
Les croisés anti-pédophiles, s’ils veulent protéger les enfants, feraient mieux de réfléchir aux origines des famines et des guerres, lesquelles font beaucoup plus de victimes que les quelques violeurs d’Angleterre ou de Belgique. La pauvreté endémique qui sévit sur tous les continents atteint plus particulièrement les enfants. Il serait plus judicieux de descendre dans la rue pour dénoncer les Etats, les multinationales et les hommes de pouvoir. Eux s’enrichissent sans être inquiétés sur le dos des enfants prisonniers de la drogue, de la prostitution, des armées et du travail-esclave. Il serait encore plus judicieux de se rendre compte que la richesse des populations de certains pays d’Occident provient de l’exploitation cannibale des pays pauvres et des enfants qui s’y trouvent. En comparaison, les violeurs d’enfants ne sont donc que des apprentis ridicules.
Et puis, statistiquement, les enfants subissent beaucoup plus de violences (sexuelles ou autres) au sein de leurs familles que de la part des "pédophiles" désignés par les médias et leurs adeptes.
Seulement voilà, on s’échauffe et on fonce sans réfléchir sur de petites taches de sang dues à quelques assassins d’enfants, en ignorant les montagnes de jeunes cadavres dues à la violence de nos prétendues sociétés. C’est tellement plus facile !
La démagogie, le cynisme, le voyeurisme et le racolage des journaux à sensation "anti-pédophiles" qui se prostituent pour l’argent de la pub n’ont d’égal que la bêtise et l’aveuglement volontaire de ceux qui les font vivre et qui veulent être encore plus répressifs que ne le sont déjà les polices de nos "sociétés" sournoisement totalitaires.
Quand le peuple lui-même appelle le fascisme de tous ses voeux, il advient et se déploie au grand jour. N’importe qui peut alors devenir sa proie, le criminel avéré comme le plus petit déviant à la Norme du Grand Bonheur Collectif Obligatoire.
Stigmatiser certains criminels sexuels permet de faire des sous, de distraire les masses et d’éviter de remettre en cause les tabous relationnels artificiels installés pour permettre la reproduction d’un système aberrant et assassin.
La chasse aux "pédophiles" est donc ouverte. Elle est un des signes de l’avènement d’un nouveau fascisme, où le peuple lui-même réclame la répression et le contrôle. Une société totalitaire où les sujets veulent encore plus d’esclavage que ne le souhaitent leurs maîtres. Des maîtres ravis du zèle de leurs créatures, si dociles et si réceptives à toutes les formes de manipulations.
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