Une fois de plus, on ne peut que déplorer la veulerie de l’épiscopat français, composé de chiffes molles pétries de prudence, de diplomatie et d’allégeance au pouvoir, alors que ces messieurs devraient se comporter en pasteurs jaloux de leurs ouailles et en prophètes qui perçoivent les choses d’avance et qui les disent crûment. Dès que se sont manifestées, à l’encontre des Roms et autres "gens du voyage", les tendances persécutrices du gouvernement, ils auraient dû, tous ensemble, émettre une protestation solennelle assortie de propositions concrètes.
Or, qu’avons-nous entendu ? Quelques voix isolées auxquelles personne n’a prêté attention. Un peu comme, pendant la guerre, à propos des Juifs...En étant charitable, on peut dire à tout le moins que l’Eglise est toujours en retard d’une bataille ! Il a fallu que le pape intervienne pour que la haute hiérarchie semble se réveiller ! Et M. Hortefeux s’est empressé de tirer profit de cette réaction tardive et de se donner le beau rôle en prenant l’initiative de proposer un rendez-vous à l’archevêque de Paris qui aurait dû l’exiger depuis longtemps. Et si j’en crois "Le Monde", celui-ci se serait engagé à ne plus aborder le sujet qui fâche avant sa rencontre avec le ministre fixée dans quinze jours...délai que ce fin renard utilisera pour renforcer ses positions tandis que le prélat se sera condamné au silence ! Mgr Vingt-Trois n’a visiblement pas une cuillère assez longue pour souper avec le diable !
L’attitude lamentable des évêques n’a, au fond, rien d’étonnant : il ne faut pas oublier qu’en France "aucun d’entre eux ne peut être nommé sans l’avis formel du Président de la République" (Le Monde du 11 février 2005). Les candidats, pour être choisis, doivent donc justifier d’une double couche de conformisme et de soumission, l’une pour plaire au pouvoir civil, l’autre pour être agréé par le pouvoir ecclésiastique. On voit le résultat. Même au xixème siècle, à l’époque concordataire où l’Etat tenait sous sa dépendance les évêques puisqu’il les nommait et les rétribuait, un nombre important d’entre eux n’hésitaient pas à dire courageusement ses quatre vérités au gouvernement sous une forme particulièrement acérée...Quitte à être privés de leur traitement pendant quelques temps, à titre de punition ! "Nolo episcopari" (Je ne veux pas devenir évêque), disait le futur pape Sixte-Quint. C’est la bonne résolution que devraient prendre un certain nombre de prêtres pressentis pour l’épiscopat et qui ne se sentiraient pas les c......nécessaires pour occuper cette charge. Mais à condition qu’eux, à la différence de Sixte-Quint, tiennent leur engagement !

