Non à toutes les formes de totalitarisme et de terrorisme

Attentats USA : les terrorismes se font la guerre, je ne serai donc jamais Américain

Ni terroristes, ni Etats, attentats et répression ne peuvent pas changer un monde fondé sur la violence ! Les violences spectaculaires des guerres et autres actes de terrorisme ne doivent pas faire oublier les violences ordinaires et permanentes qui détruisent à petit feu toute trace d’humanité.

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Attentats USA : les terrorismes se font la guerre

L’Amérique a été frappée par des attentats terroristes effroyables, d’une ampleur inédite par le nombre de victimes civiles et leur côté spectaculaire. Tout de suite, médias, dirigeants et "personnalités" nous exhortent à nous sentir tous Américains. Le bourrage de crâne sans nuance s’étend sans limite, surtout sur les télévisions.
"La démocratie, la liberté, l’humanité" sont attaquées, disent-ils sans rire. Il faut nous unir pour "défendre nos valeurs humanistes". George Bush 2ème veut que le monde dit civilisé soit derrière les USA pour mener "une grande croisade du Bien contre le Mal" !

Désolé, je ne marche pas. Pas question de céder aux simplifications mensongères et à la haine "patriotique". La blanche colombe innocente et pure des "pov’ z’américains" attaquée par des barbares sanguinaires, tu parles ! Ça fait longtemps que la colombe s’est muée en rapace maculé de sang. Evitons de tomber dans le panneau du blanchiment d’Etat et de la bonne conscience aveugle. L’ampleur du drame et l’émotion qui s’ensuit (émotion d’ailleurs soigneusement entretenue et canalisée par les médias) ne doit pas oblitérer la réflexion et le recul.
Ce n’est pas parce que des Américains se sont faits horriblement massacrer que les USA sont moins ignobles qu’avant. Le sang des victimes des avions suicides ne peut pas laver les USA et les rendre d’un coup purs comme de l’eau de roche.
Même chose pour les Israéliens, la Shoah ne peut pas cacher ni excuser la nature colonialiste et barbare du régime à tendance "fasciste" actuellement au pouvoir en Israël (ce qui ne veut pas dire que les Palestiniens soient mieux). En France, il est à présent difficile de critiquer la politique israélienne sans se faire traiter de raciste. J’espère qu’il ne va pas être impossible de critiquer les USA et la mondialisation capitaliste sans se faire traiter de graine de terroriste !

OUI, il faut condamner le terrorisme, toutes les formes de terrorisme. Il est inhumain de tuer des humains, même si ces humains renient leur humanité en tuant leurs frères. Quelles que soient les justifications et excuses, il est aussi ignoble et absurde de tuer des gens ordinaires que des dictateurs brutaux, des assassins, des généraux ou des PDG.

NON, je ne veux pas être Américain, ni Français, ni d’aucun autre Etat d’ailleurs. TOUS les Etats sont fondés sur la violence et la pratiquent quotidiennement. Et les peuples qui soutiennent les Etats sont complices des exactions commises en leur nom. Saluons au passage les Américains minoritaires qui s’opposent au va-t-en guerre général.

OUI, je suis un être humain, et, en tant qu’être humain, je m’attriste de toute personne assassinée. En tant qu’être humain je condamne les terroristes ET les USA. Je dénonce toutes les formes de totalitarisme, d’où qu’elles viennent et quelles que soient leur nature. Le totalitarisme pratiqué en grand par les Américains et celui que tentent d’exercer les terroristes avec leurs moyens plus réduits, quoique terriblement efficaces.

Bien sûr que l’humanité est attaquée. Elle est détruite à petit feu tous les jours par les multiples formes discrètes de la barbarie ordinaire, et elle est mise à mal périodiquement par des destructions massives et spectaculaires. Et les Américains ne sont pas les derniers dans cette oeuvre permanente d’anéantissement de l’humanité.

Ils ne manquent pas d’air les Bush et compagnie, eux qui :

Les USA vont nous la jouer pauvre victime innocente alors qu’ils sont un des acteurs essentiels de la guerre économique qui ravage la Terre et ses habitants. Bien sûr, des buildings qui s’écroulent, c’est spectaculaire et ça fait beaucoup de morts d’un coup, mais si on s’amusait à compter tous les morts passés et présents dus à l’impérialisme des USA et de leurs alliés si "humanistes", les chiffres seraient astronomiques. Qu’on additionne les morts et les souffrances dus à l’exploitation des pauvres, aux pollutions, aux anciens et aux néocolonialismes, aux médicaments mortels, à la misère causée par le capitalisme mondial..., et on verra que les terroristes sont dans les deux "camps" (qui n’en forment en réalité qu’un seul).
Le Bush et ses fidèles sujets s’indignent bruyamment quand ils se font bombarder, mais on ne les entend guère (à part des minorités) dénoncer la misère causée sur tous les continents (y compris aux USA) par les braves entreprises américaines composées de braves gens qui font leur beurre sur le dos des autres, en s’accommodant fort bien d’un semi-esclavage et de régimes autoritaires, s’il le faut. Le capitalisme ne fait pas de politique, il ne fait que de l’argent, et son régime est celui d’un totalitarisme qui se moque des conditions sociales et politiques.
Ce n’est pas parce que les entreprises (américaines ou autres) commettent leurs crimes de manière plus ou moins légale et discrète qu’elles ne peuvent pas être qualifiées de terroristes. La dictature capitaliste impose son règne de terreur et de mort partout sur Terre, elle détruit et assassine sans vergogne, pour le plus grand profit des riches de tous les pays, et des Américains en particulier. Dans cette "société", l’abondance des uns s’est malheureusement bâtie sur la sueur et les cadavres des autres.

NON, je ne veux pas être Américain, je ne veux pas être associé à des assassins qui pompent les pauvres et la planète pour s’engraisser jusqu’à éclater. Je ne serai pas solidaire des chantres du totalitarisme mondial.
En revanche, je souffre pour toutes les personnes piétinées et tuées, quelle que soit leur couleur ou leur pays. Je compatis pour les souffrances individuelles, pas pour les Etats et les multinationales.

Quand, en France, les pouvoirs prétendent faire l’union sacrée des humanistes contre les assassins, on se demande de quel humanisme ils parlent. Celui des guerres coloniales, de la torture en Algérie, des massacres à Madagascar ou à Ouvéa, de l’explosion du bateau de Greenpeace, de Total qui soutient la dictature birmane, des trafics avec les juntes africaines, des colossales ventes d’armes... ?? Il faut croire qu’on ne donne pas le même sens au mot humanisme.
La France, Etat né de la violence, ferait mieux de ne pas trop la ramener sur le terrain de la vertu et de l’humanisme, de se faire discrète et de retourner jouer à la guerre (juste ou injuste) avec ses copains les dictateurs de Chine ou de Russie.
Ras-le-bol du cynisme démagogique et méprisant de ces pays barbares qui veulent nous faire croire qu’ils sont démocratiques et humanistes en montrant du doigt des affreux moins discrets qu’eux. Ils nous prennent vraiment pour des débiles aveugles ! Comme si on n’avait pas compris depuis longtemps qu’ils ne valent pas mieux que ceux qu’ils traitent d’Etats-voyous ou de terroristes.

C’est quand même scandaleux et paradoxal que des Etats qui passent leur temps à exploiter la planète et à étouffer les libertés prétendent faire la leçon aux terroristes. Les Etats exercent la violence quotidiennement et structurellement, les terroristes l’exercent ponctuellement et spectaculairement. Ils sont tous du même monde, celui de la barbarie. Ils se complètent et s’épaulent à l’occasion dans leurs sinistres besognes pavées d’intérêts financiers. Ils sont deux têtes de la même hydre de la terreur. Et les prétendues démocraties occidentales, avec leurs principes rarement respectés et leurs méthodes parfois plus softs, ne valent pas mieux que les autres, mais elles sont plus habiles et savent y mettre les formes.
D’ailleurs, les Etats (même auto-proclamés démocratiques) soutiennent des réseaux armés si c’est dans leur intérêt, quand ils ne se font pas terroristes (au sens "classique") eux-mêmes... Souvenez-vous par exemple de l’attentat en gare de Bologne (dû aux services secrets italiens), des exactions du G.A.L. (dues aux services secrets espagnols)... Le vocable terroriste est appliqué de manière arbitraire, pour désigner ceux qui gênent et épargner des alliés temporaires (comme le fameux Ben Laden) qui utilisent pourtant les mêmes méthodes.
Terroristes et Etats, c’est "kif-kif-bourricot", laissons-les s’entre-tuer entre eux, et essayons plutôt de sortir des cercles infernaux de la violence dans lesquels ils nous enferment, pour leur profit mutuel et pour le malheur des peuples.
Laissez la violence aux spécialistes de la mort ; on ne peut pas bâtir une société humaine à coup de missiles, de concurrence économique ou de kamikazes.


D’autre part, le terrorisme ne naît pas uniquement d’un désir inné de massacres aveugles. Sans l’excuser ni l’encourager, il faut comprendre qu’il naît souvent en réponse à l’oppression exercée par les Etats. Quand des peuples opprimés sont poussés à bout par l’intransigeance de l’ordre étatique, il n’est pas étonnant qu’ils recourent, en désespoir de cause, à la lutte armée et au terrorisme. Les Etats qui ne leurs laissent pas d’autres moyens pour obtenir des droits sont donc coresponsables de la violence qu’ils reçoivent en retour. Et c’est souvent ce que recherchent les Etats : quand un peuple sombre dans la violence, il est plus facile de le discréditer et de l’éliminer que s’il restait pacifique.
Quand les miséreux en ont assez de se contenter des miettes et de se faire exploiter, ils prennent les armes pour acquérir plus d’indépendance et avoir une plus grosse part du gâteau. C’est dans la logique de cette "société" barbare fondée sur les rapports de pouvoirs. Quand un Etat impérialiste abuse trop de sa force d’oppression, il n’est pas étonnant qu’il se prenne de temps en temps des retours de bâton en pleine poire.

Si les USA veulent trouver les responsables des attentats à coup d’avions civils, ils se trouveront aussi sur la liste. Les USA aussi sont responsables, directement ou indirectement, symboliquement ou concrètement. Vont-ils s’auto-punir ?
Au lieu de vouloir exterminer les terroristes qui sont rentrés dans leur jeu de pouvoir et de mort, ils feraient mieux de se remettre totalement en cause et de supprimer le terrain propice aux terroristes, en commençant par stopper la déferlante capitaliste. C’est-à-dire que cette grande claque dans la gueule devrait faire comprendre aux Américains censés qu’il faut créer une autre société fondée sur d’autres bases que la domination et la violence. On ne peut pas jouer avec le feu et se plaindre des brûlures.
Mais il est plus que probable qu’ils n’en feront rien et réclameront vengeance, à l’image de ces fanatiques de la guerre qu’on voit à la télé. Ils voudront la tête des auteurs des attentats, tout comme ils exécutent les assassins dans leur pays. Comme si ça pouvait stopper le terrorisme ! Ils peuvent éventuellement, au prix de morts et de restrictions des libertés, le ralentir quelque temps, mais en aucun cas ils ne pourront l’éradiquer, dussent-ils faire sauter la moitié de l’Orient. Et même, ils risquent, avec leurs gros brodequins, de l’attiser davantage.
Les terroristes, c’est toujours les autres, alors chacun veut la peau des terroristes, et la violence n’en finit pas. Les Américains continueront à renforcer leur puissance militaire et économique écrasante, ils intensifieront contrôles et censures..., et les terroristes affineront leurs ruses et leurs attaques.


Malheureusement, les morts de ces attentats, tout comme les autres morts violentes qui s’entassent sur tous les continents, risquent fort de n’avoir servi à rien, et les cercles de la violence et du totalitarisme vont continuer. Si rien ne change, il y aura un jour d’autres attentats, à coup de bombe H, d’armes chimiques ou bactériologiques... Tous les services secrets du monde ne pourront pas arrêter des terroristes déterminés, mais il faut bien contenter l’opinion en menant des opérations spectacles.
Si les attentats n’existaient pas, il faudrait les inventer (ou les fabriquer, comme à Bologne), de manière à justifier les systèmes toujours plus sophistiqués de répression et de contrôle. Le terrorisme international est bien pratique pour exacerber le patriotisme imbécile, occulter les crimes étatiques, réprimer les contestataires (même non-violents), empêcher la pensée et le recul (relisez les mécanismes de la Haine et de la guerre perpétuelle dans 1984 d’Orwell), éviter l’amplification du mouvement antimondialisation...

Et qu’on ne m’accuse pas de négativisme parce que je refuse de marcher au pas dans la grande croisade du Bien contre le Mal. Les négatifs, ce sont ceux qui refusent de voir la réalité en face et préfèrent continuer à croire aux mythes qui génèrent d’autres violences. Les négatifs sont ceux qui continuent à foncer dans le mur, ceux qui accélèrent encore la vitesse par le terrorisme ou la guerre. Accepter le totalitarisme, les Etats et le capitalisme, c’est être négatif et suicidaire.
Etre positif suppose au contraire de dénoncer la barbarie sous toutes ses formes, et de chercher à construire une société véritablement humaine.

Evitons qu’après les assassins qui ont commis les attentats, ne se renforcent les charognards étatiques qui sautent sur l’occasion pour se ravaler la façade et faire oublier leurs propres crimes.
Si vous voulez que ces morts horribles aux USA ne servent pas à rien, commencez à tout changer et refusez de faire le jeux des Etats, tout autant que celui des terroristes. Alors, toutes les formes de terrorisme devraient disparaître.

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Zora
dimanche 23 septembre 2001
Mise à jour : 17 juin 2004
 
 
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