C’est le titre d’un communiqué assez savoureux que l’archevêque de Marseille a fait récemment placarder à l’entrée de N.D. de la Garde. Il y évoque trois cas, celui d’une écolière à qui sa maîtresse a intimé l’ordre de dissimuler la petite et discrète croix de baptême qu’elle portait au cou, celui d’une distribution traditionnelle de chocolats à l’occasion de la Saint-Nicolas, le 6 décembre, supprimée au dernier moment parce qu’on s’est aperçu que la mitre et la crosse de l’évêque de Myre étaient imprimées dans les précieuses friandises, celui de crèches dont on avait fait disparaître l’enfant Jésus, la Vierge et Saint Joseph pour les transformer en simples villages provençaux ! Inutile de préciser qu’il s’agissait à chaque fois de prétendues « atteintes à la laïcité ». Et le prélat de s’esclaffer à juste titre en estimant qu’on se rendra bientôt coupable d’un tel crime lorsqu’on ira écouter la Messe en si de Bach, le Requiem de Mozart, qu’on se recueillera devant un calvaire breton, qu’on participera à une foire aux santons etc. Ces épisodes rejoignent des faits tout aussi grotesques qui se multiplient actuellement, comme, par exemple, le rejet des sapins de Noël assimilés à des emblèmes religieux ! On croit rêver et on espère que les auteurs zélés de ces initiatives incongrues n’ont pas succombé sous le poids du ridicule. Mais on ne peut pas se contenter d’en rire. Ce qui se passe là est très grave et illustre parfaitement ce que j’affirme depuis trente ans au sujet de cette « laïcité » à la française qui va faire l’objet d’hommages enthousiastes et tout à fait déplacés, au cours de cette année où sera célébré en grande pompe le centenaire de la Loi de Séparation.
Il s’agit, en fait, d’une idéologie laïciste et intolérante, faite d’un rationalisme athée, matérialiste et antireligieux (et pas seulement anticlérical) qui s’est forgée souterrainement depuis le XVIIIème siècle, puis s’est manifestée avec une extrême violence, à partir de 1880, lorsque les républicains ont enfin eu le champ libre, contre une Eglise catholique dont les comportements hégémoniques, pour ne pas dire totalitaires, qui s’exerçaient depuis des siècles sur les consciences, les esprits et les institutions, ont été violemment pris à partie et définitivement abolis. D’une certaine manière, l’Eglise n’avait que ce qu’elle méritait, mais, d’un autre côté, un tel contexte historique faussait tout dès le point de départ. On allait simplement changer de cultes et une nouvelle race de bigots allait remplacer l’ancienne. Les trois Jules et autres Paul Bert et Jean Macé, animés d’une ardeur passionnelle et militante, allaient corrompre l’enseignement public en l’imprégnant de leur morale et de leur religion agnostiques. Sous couvert d’objectivité et d’impartialité, bien sûr. L’infection comprend deux stades, comme dans le sida. D’abord, un état de latence comparable à la simple séroposivité, qu’on pourrait appeler « neutralité » et qui, conformément à l’étymologie latine du mot (neuter : ni l’un, ni l’autre) correspond à une laïcité d’exclusion éliminant en douceur tout ce qui est transcendant, subversif et, plus généralement, tout ce qui pourrait troubler, choquer, déranger de jeunes esprits et les rendre réfractaires au bourrage de crâne dont ils sont les objets et qui a pour objet de les amener à une insertion familiale, sociale, professionnelle consentie dans la plus grande inconscience. On ne leur offre aucune alternative : ils doivent suivre les allées moutonnières qu’on leur trace et qui mènent à leur perdition dans des collectivités préhumaines qui ne méritent pas d’être appelées « sociétés ».
A l’école, tout est falsifié, truqué et aseptisé. La littérature est édulcorée, l’histoire orientée, la philosophie « arrangée ». Quantité de faits, de personnages, d’auteurs, de groupements, de mouvements d’idées actuels ou anciens sont passés sous silence parce qu’ils pourraient susciter de « mauvaises pensées ». La censure s’exerce de toutes parts. Le contenu de l’enseignement fait penser à ces bouts de barbaque soigneusement stérilisés sous cellophane et qui se distinguent par leur extraordinaire insipidité. Rien d’étonnant à ce que, dans certains établissements scolaires, règnent à des degrés divers l’ennui, l’absentéisme, la violence, les incivilités, le racket, la drogue etc. Tares et vices renforcés par le fait que les relations entre élèves et enseignants doivent rester aussi ternes, aussi conventionnelles et aussi impersonnelles que possible. Pensez donc ! Quelle offense commise contre Sainte Laïcité si les professeurs faisaient publiquement état de leurs opinions et de leurs convictions intimes, en acceptant, bien sûr, de répondre aux interrogations et aux objections formulées par leurs auditoires qui, au moins, se passionneraient pour ces discussions et n’en estimeraient que plus des adultes qui les prendraient au sérieux, qui ne craindraient pas de descendre dans l’arène, de s’exposer et d’apparaître comme des hommes et des femmes réellement vivants et non comme des engins dérivés de la bionique, et spécialement conçus pour les endoctriner. Mais voilà ! des rapports trop poussés et combien suspects pourraient naître de ces rapprochements douteux qu’il faut absolument empêcher ! Chacun doit rester à sa place. L’instruction emboquée n’est pas seulement lacunaire, expurgée, revue et corrigée, mensongère par d’innombrables omissions calculées, elle est carrément tendancieuse. A cet égard, les manuels d’instruction civique que j’ai eu l’occasion de feuilleter battent des records de nationalisme chauvin et patriotard. Je préfère ne pas exprimer les sentiments que m’inspirent l’usage du drapeau français, ainsi que les paroles et la musique de cette marseillaise dont l’apprentissage va devenir obligatoire dans les classes primaires !. Je le ferais si nous vivions dans une véritable démocratie (§) respectueuse des droits et des libertés de l’homme (§), ce qui n’est évidemment pas le cas. Par les temps qui courent, on risque de se faire inculper (§) pour un oui ou pour un non. Ou bien, toujours dans les manuels précités, on va débattre des modalités d’exercice de la propriété privée sans faire la moindre allusion aux grands esprits qui en ont contesté le principe, comme si elle allait de soi. Ou encore, on va dresser un tableau idyllique des modalités de fonctionnement des grandes institutions politiques, judiciaires etc. et des si nobles principes qui sont censés les animer, en oubliant d’ajouter qu’il ne s’agit là que de belles théories, de descriptions idéales infiniment éloignées de la réalité. Noyés dans l’imposture et dans la tromperie, l’immense majorité des jeunes n’en sortiront jamais et formeront les cohortes dociles dont les pouvoirs ont besoin pour asseoir leur domination.
Mais l’impudence et la duperie se situent aussi à un niveau bien plus fondamental et s’expriment bien à travers les lamentos de Madame Diamant, professeur de philosophie et auteur d’un livre à succès « Ecole, terrain miné ». Elle se plaint, dans un journal gratuit, de ce que nombre de ses élèves opposent « une réelle résistance aux concepts qu’on essaye de leur faire partager, une résistance qui s’appuie sur des valeurs transmises en dehors du lycée. Je pensais que les profs -de philo notamment- avaient pour mission de « former » les esprits. Or cela devient particulièrement difficile lorsque les élèves se défendent contre le contenu même du savoir qu’on tente de leur transmettre...Ce que je crains, c’est qu’à partir de valeurs religieuses, il y ait une contestation plus ou moins politique, la contestation d’une conception du monde. ». Avec ce genre de déclarations, nous quittons la laïcité d’exclusion, c’est-à-dire la forme atténuée et simplement négative de la pathologie laïciste, sa version frileuse, méfiante, recroquevillée, essentiellement éliminatrice et même affligée d’un complexe obsidional, pour entrer dans la maladie déclarée, une laïcité de combat, une philosophie virulente, engagée et agressive... qui repose, comme très souvent en préhumanité, sur la confusion.
Expliquons-nous donc sur le fond et dissipons les ambiguïtés. La « pensée » de madame Diamant s’alimente à la notion d’un « savoir » présenté comme un corpus de connaissances objectives et incontestables élaboré par la rationalité. En ce sens, il se distinguerait avantageusement des « croyances », plus ou moins fantaisistes et arbitraires, qui devraient être reléguées dans certaines consciences individuelles (généralement peu évoluées !) ainsi que dans les sanctuaires et autres sacristies. En fait, nous sommes là en pleine escroquerie intellectuelle. Ni la philosophie, ni l’histoire (§), ni les disciplines psychologiques (§), ni la littérature à plus forte raison, ni même les sciences ne nous délivrent des vérités certaines, mais uniquement, sur un plan théorique, des interprétations du monde naturellement sujettes à caution et à contradiction et, sur un plan pratique, des notions utiles à la conduite de notre existence et à la fabrication d’outils tels que des voitures, des ordinateurs etc. Les « lettres », la philosophie et les prétendues « sciences humaines » nous proposent des informations et des préceptes de bon sens qui constituent une sagesse pragmatique dérivée de l’observation et de l’expérience, rien de plus. Quant aux sciences physiques, elles utilisent des phénomènes, c’est-à-dire, comme le suggère très bien l’étymologie grecque du mot, de simples apparences, la seule surface des choses, pour réaliser des prouesses technologiques admirables et incontestables, mais qui relèvent de l’empirisme, rien de plus. On essaie de nous en faire accroire en majorant énormément les possibilités de toutes ces approches qui restent à ras terre ou au ras des personnes.
Les sciences « dures » élaborent non des savoirs, mais des savoir-faire (ce qui n’est déjà pas si mal !), elles nous régalent de grandes hypothèses qui semblent parfois bien aléatoires et bien peu rigoureuses (je pense, par exemple, au Big Bang ou aux théories farfelues du « grand savant » Coppens concernant l’apparition des hominidés en Afrique orientale, dont le simplisme les ferait aisément apparaître comme une amusante plaisanterie !), qui s’apparentent volontiers à des contes de fée ou aux fruits d’une imagination débordante, et qui sont destinées à épater le public en lui cachant une ignorance fondamentale du Réel « voilé » (B. d’Espagnat) dissimulé derrière la mince pellicule des phénomènes sur laquelle patine et dérape la recherche scientifique incapable d’aller plus en profondeur. Ces mêmes sciences physiques (§) sont donc inaptes à fonder ou à justifier des « valeurs », elles n’ont donc pas, contrairement à ce qu’affirmaient Pierre Bourdieu ou l’ancien ministre de la recherche Hubert Curien, à « dicter » ou à « imposer » des choix de société, elles sont dans l’impossibilité de répondre aux questions essentielles qui se posent à l’espèce humaine et qui sont de trois sortes, celles qui visent la nature et la substance intimes de la Création et des êtres qui la composent, celles qui touchent à leur origine, enfin celles qui se rapportent à leurs éventuelles finalités, c’est-à-dire au Sens (§) qu’ils pourraient comporter.
Les mêmes remarques valent tout autant pour les « sciences humaines » ou molles, comme on voudra, que je mets entre guillemets parce que les « vraies » sciences étudient des échantillons généraux tandis que les disciplines à prétention humaine ne s’appliquent, en définitive (et c’est tout à leur honneur !) qu’à des individus...particuliers par définition. Parler de « sciences humaines » constitue donc une contradiction dans les termes et un abus de langage. Ramenées à leurs justes limites, elles se révèlent aussi impuissantes que les autres. Elles élaborent non des savoirs, mais, à partir d’une étude des comportements et des rapports humains, individuels ou collectifs, observés dans la durée, des savoir-vivre (ce qui n’est déjà pas si mal !). Comme l’a dit un jour en substance Régis Debray, la philosophie, c’est très amusant , en particulier quand on est doué, mais ça ne mène pas à grand-chose. On joue avec les concepts comme au cirque, ou, plus modestement, comme avec un bilboquet ou un yoyo. On s’émerveille devant les systèmes organisés par de grands esprits comme Descartes, Spinoza ou Kant. On s’inscrit dans le sillage de pensées plus ouvertes et à jamais inachevées comme celles de Platon, de Leibniz ou de Bergson, que l’on tente de prolonger. C’est grandiose et, parfois, enivrant. Mais il faut bien reconnaître qu’en définitive, à moins qu’on ne se contente des préceptes d’une morale un peu prosaïque comme ceux qui nous sont fournis par les « sagesses » antiques, stoïcienne, épicurienne, cynique etc., on n’a rien de bien solide à se mettre sous la dent. On nage dans de magnifiques abstractions jusqu’à ce que l’on se perde dans l’espace ou que l’on chute comme Icare. Madame Diamant nous dira sans doute que les objectifs de la philosophie sont plus limités et qu’elle sert surtout à nous « interroger », à poser des questions sans attendre de réponses. C’est là un langage que j’entends depuis plus de quarante ans et qui a le don de m’exaspérer. On peut l’exprimer par la formule suivante « Cherchez tant que vous voudrez, à condition de ne jamais rien trouver ». Vous devez indéfiniment rester dans « le doute et l’incertitude », c’est la formule consacrée par une mode déjà ancienne... Si vous prétendez, comme c’est mon cas, avoir fait des découvertes fort importantes et tout à fait assurées (il est vrai que je ne les ai pas réalisées par le canal de la philosophie !) , vous passez pour un débile ou (et) pour un fanatique. Franchement, je ne vois pas bien l’intérêt de se creuser la tête toute une vie avec « l’obligation » ou la certitude d’être à jamais condamné à...l’incertitude. Autant se borner à « cultiver son jardin » et à « cueillir les roses de la vie », et ne recourir à la philosophie que pour pallier notre déception, ainsi que le conseillait au XIXème siècle un auteur bien oublié de nos jours, L.A. Commerson qui disait : « La philosophie a cela d’utile qu’elle sert à nous consoler de son inutilité ».
Notre dame va peut-être alors nous sortir que cette noble discipline (et toutes celles qui sont enseignées à l’école) présentent au moins le mérite de « former » les esprits en les rendant « critiques ». ! Alors là, il y a de quoi se tordre ...de rire ou de rage ! Il y faudrait l’intention, la manière et la matière. Or les buts poursuivis par l’Education nationale, hautement affirmés dans les instructions ministérielles et repris à leur compte par les enseignants, consistent en une intégration des élèves, aussi parfaite et aussi poussée que possible, dans « la-société » telle qu’elle est. Pas de marginaux, pas de dissidents, pas d’empêcheurs de tourner en rond, pas de contestation radicale et globale, pas de « mauvais esprit » critique : lessivage de cerveaux à tous les étages. Tout le monde doit réciter le même catéchisme, s’aligner sur les mêmes normes, pratiquer la même pensée unique. Il faut conformiser, uniformiser et caporaliser. Sans même parler de l’aménagement de réelles bifurcations alternatives au moment de l’entrée dans la vie « active », on pourrait, au moins et avant cette date, procéder dans les établissements scolaires, pour le plus grand bénéfice de ceux qui les fréquentent, à l’évocation, purement intellectuelle et théorique (donc, ça ne mangerait pas de pain !) de conceptions du monde, de la vie, de la société etc. totalement autres, différentes, utopiques et opposées à ce qui leur sera bientôt imposé. Les élèves n’ont même pas le droit à cette petite satisfaction, à la possibilité de rêver un peu avant de se laisser piéger sans recours et sans retour dans une « société » où ils vont s’engluer comme autrefois les mouches sur les rubans visqueux qui pendaient aux plafonds. Que voulez-vous : ce serait prendre un minimum de risque, déjà excessif !
De sorte que la manière et la matière font tout aussi défaut que l’intention. Ce qui me donne l’occasion de définir comment devrait être pratiquée à l’école une véritable laïcité. Bien loin de tout écarter, elle aurait à cœur de tout accueillir avec bienveillance et sympathie. Ce qui se manifesterait par l’invitation adressée aux adeptes de toute foi, de toute conviction et de toute opinion à venir les exprimer à l’intérieur des bâtiments. La seule véritable atteinte à la laïcité consisterait, par exemple, non pas à faire venir un prêtre catholique, mais à exclure un pasteur protestant ou un rabbin. Chacun serait le bienvenu, non pas en dépit, mais à cause de ses manières de penser et de vivre particulières. L’école, ouverte à tous et à tous les points de vue sur toute espèce de questions, jouerait pleinement son rôle éducatif en devenant une ruche bourdonnante, en se convertissant en un forum permanent, en un lieu de débats et de discussions constamment alimentés par de nouvelles interventions. Elle cesserait de fonctionner comme une clinique de décervelage et de lobotomie mentale où errent des âmes et des esprits morts. Elle serait le siège d’une animation joyeuse, d’échanges constants, riches, variés et passionnants qui donneraient aux élèves l’envie de s’y rendre, de participer à ses activités, qui transformerait complètement le style de leurs rapports mutuels et celui des contacts avec les enseignants et, surtout, leur permettrait de mûrir et de faire ultérieurement de véritables choix, en connaissance de cause, au lieu d’être maniés comme des poulets en batterie inexorablemenr expédiés sur les chaînes d’équarissage de la préhumanité, sans qu’ils aient même l’idée qu’il pourrait exister d’autres traitements et d’autres destinations. Alors là, oui... on pourrait parler d’un authentique développement de l’esprit critique et l’on pourrait se réjouir de l’abondante et complète « matière » à réflexion offerte aux jeunes, qui ne serait plus terriblement sélectionnée, triée, affadie, appauvrie, altérée et aseptisée, comme c’est actuellement le cas. Quand je pense que les parlementaires viennent seulement de voter en faveur de l’enseignement du « fait religieux » ! Et encore ne s’agit-il que de présenter aux élèves une coquille vide, en se bornant à faire de l’archéologie passéiste et du folklore de surface. On passe à côté de l’essentiel qui consisterait, pour un « croyant » (je n’aime pas ce mot creux et vague !), à expliquer en quoi sa foi influe sur son existence et la métamorphose. La religion, ce n’est pas un décor culturel ou une survivance historique, mais une rencontre personnelle avec Quelqu’un (§), qui métamorphose de fond en comble les manières de voir et de vivre. Or on se contentera d’une approche extérieure et dérisoire.
Bien sûr, j’imagine le déluge d’objections indignées suscité par ce petit exposé. Il faut préserver l’âge tendre de certaines théories et de certains spectacles, les collèges et lycées seraient voués au tohu-bohu, à l’agitation perpétuelle, à un désordre peu favorables à l’étude, des affrontements dangereux s’y produiraient...Mais justement, ce devrait être l’un des rôles capitaux des enseignants que de pratiquer eux-mêmes une tolérance et un respect des personnes et de leurs points de vue qui permettraient d’ordonner et de pacifier les débats tout en incitant les élèves à adopter de mêmes attitudes. L’école devrait être celle de la vie telle qu’elle est conçue et assumée sous d’innombrables formes, et non pas se fossiliser en une nécropole à zombis, en un conservatoire de « notions » abstraites, en un centre de conditionnement instillant sournoisement un « humanisme » ( ?) aussi douceâtre qu’inconsistant.
Pour en revenir à Madame Diamant, je voudrais insister sur une équivoque très caractéristique de ses déclarations ...qui laisse percer le bout de son oreille ! Elle se plaint de ce que l’on conteste tout à la fois « le contenu du savoir » qu’elle transmet et une certaine « conception du monde ». Elle mélange tout. Pour ce qui est du « savoir », s’il s’agit de notions élémentaires et concrètes ou, même, de connaissances « supérieures » que l’on relativise, on peut comprendre son mécontentement devant une opposition systématique. Mais il en va tout autrement d’une « conception du monde » qui relève, comme je l’ai dit, d’une interprétation, sujette, en tant que telle, à controverse et, même, à rejet, puisqu’elle propose des explications éventuellement passionnantes mais sujettes à caution du fait qu’elles expriment de simples opinions, des points de vue tout à fait respectables, mais purement subjectifs. Puisqu’elle se pose en championne de l’interrogation et de l’esprit critique, notre philosophe devrait abonder dans mon sens et se réjouir que l’on remette en question, au nom de valeurs différentes, religieuses ou autres, la « conception du monde » qu’elle propose, en considérant que cette attitude légitime manifeste chez ceux qui l’adoptent une certaine « santé » mentale, du caractère et un effort de réflexion louable...à moins qu’ils ne soient simplement « manœuvrés » et endoctrinés, ce qui, je l’admets, ne peut que déplaire souverainement à des enseignants dont les procédés identiques seraient ainsi contrecarrés et qui se heurteraient à des adversaires qui les combattraient sur leur propre terrain !
La confusion fondamentale, la malhonnêteté intellectuelle infiniment dommageable que pratiquent intentionnellement les rationalistes « pur sucre » consistent en une formidable tromperie. On vous fait croire que les « savoirs » enseignés à l’école sont composés de vérités indubitables établies par la méthode logico-expérimentale ou par des investigations prétendument rigoureuses et « impartiales » en matière philosophique, sociologique, ethnographique, historique ou psychologique (je reviendrai, en particulier, sur ces deux derniers types de recherches qui illustrent à merveille le tour de passe-passe que je dénonce !), alors que, dès que l’on quitte le niveau des notions ou des informations brutes pour s’élever vers la généralisation, l’abstraction, la synthèse, on entre dans le domaine de l’insaisissable et, donc, de l’arbitraire. Ayant fait passer abusivement pour du sûr et du solide ce qui est fragile et inconsistant, ce qui, finalement, se réduit à des gloses et à des commentaires sur un Réel dont la réalité nous échappe, on s’indigne de ce que ces bricolages (qui visent, on ne le répétera jamais assez, à l’asservissement des cervelles) puissent être repoussés, soit par d’autres fanatiques ( !), soit par des esprits lucides qui entendent bien ne pas se laisser abuser ni manipuler. Empêtrée dans ses contradictions, Madame Diamant est-elle de bonne foi ou non ? Je n’en sais rien. A elle de répondre à cette question.
Comme on peut le constater, les idéologies rationalistes et laïcistes se tiennent d’aussi près que des sœurs siamoises. Pour en terminer (provisoirement) avec ces questions et, définitivement, avec cette première chronique qui s’est allongée plus que je ne le souhaitais, je reviendrai à mes amis les laïcards pour ne pas m’étonner de ce que ces personnes si intransigeantes, qui poussent éventuellement des cris d’orfraie à la vue d’une innocente croix de baptême, gardent un silence total et complice face à une énorme « atteinte à la laïcité » ...qui les avantage ! « Le Monde » du 11 février rappelait opportunément qu’en France « aucun évêque ne peut être nommé sans l’avis formel du président de la République ». J’imagine les hurlements que pousseraient nos vigilants censeurs s’ils apprenaient que la désignation des préfets, procureurs généraux etc. était soumise à l’appréciation de la conférence épiscopale ! Le plus lamentable est que l’Eglise (§) s’accommode d’une situation aussi humiliante. Le résultat, qui constitue une sorte d’auto-punition bien méritée, c’est la masse épiscopale que nous avons sous les yeux, terne, informe, anonyme ; insignifiante, conformiste et servile, d’où n’émerge aucune individualité originale. Même au XIXème siècle, sous le régime concordataire, alors que les évêques étaient directement choisis par le pouvoir politique, il s’en est assez souvent trouvé parmi eux qui n’hésitaient pas à l’affronter, quitte à encourir les foudres de la procédure de « recours pour abus » et à se voir privés de leur traitement ! De nos jours, lorsque l’un d’entre eux se distingue un tout petit peu du lot, comme le fit naguère J. Gaillot, il est gravement sanctionné et considéré, de manière tout à fait excessive, comme un « dissident » ! Ce ne sont plus des pasteurs, mais des brebis atteintes de la tremblante ! Parmi lesquelles (nul n’est parfait, même pas le Vatican et l’Etat français (§) réunis qui peuvent se tromper conjointement !) se sont autrefois glissés d’authentiques « moutons noirs » tels que Guy Riobé, évêque d’Orléans, disparu tragiquement il y a plus de vingt-cinq ans et qui, seul contre tous, avait eu le courage d’adopter des positions hardies, par exemple en matière d’armement nucléaire. D’aussi graves « erreurs » ne se sont plus produites depuis, grâce à la surveillance attentive du sinistre Lustiger, qui aura régné pendant près d’un quart de siècle sur l’Eglise de France en la peuplant de ses créatures mitrées, lui qui, justement, avant d’être transféré à Paris, avait d’abord succédé dans le Loiret à Guy Riobé... sans même en citer le nom lors de son discours d’intronisation ! Certes, j’ai commencé cette chronique par une protestation épiscopale, mais vous admettrez avec moi qu’elle est bien loin d’aller au fond des choses et que le ton employé, si convenable et si poli, ne va certainement pas inquiéter les laïcards de tous bords qui continueront, par leur sectarisme, leur stupidité et leur étroitesse d’esprit, à porter atteinte aux libertés fondamentales par le biais de pratiques quotidiennes et de lois incroyables, telle que l’antisectique ou celle qui concerne les signes religieux à l’école et dont 5 eurodéputés (seulement !) demandent l’abrogation en estimant, à juste titre, qu’elle viole les droits de l’homme. Oui, comme le disent très bien dans leur livre intitulé « La censure des bien-pensants » E. Duverger et R. Ménard, la France est « une vieille terre d’intolérance ». Nous en relèverons d’innombrables exemples tout au long des « chroniques » à venir ! En attendant la prochaine, que je vous promets pour une date antérieure au 25 mars, bons bisous à tous !