Vous vous en prenez à ce que vous appelez bizarrement “le parti des droits de l’homme”.C’est étrange : on aurait pu penser qu’il s’agissait là d’une noble cause et que ses défenseurs méritaient bien des éloges. Ce “parti” serait d’abord composé de trotskistes qui, à l’exemple ancien de Jospin, noyauteraient et gangrèneraient “l’aile gauche du P.S.” ainsi que le syndicat Sud et “certaines fédérations plus ou moins dissidentes de la C.F.DT ou de F.O.”. L’influence de la LCR serait “prépondérante dans des organisations comme le DAL ou Agir contre le chômage” et “pas négligeable à ATTAC, le mouvement de l’antimondialisation”. Encore une fois, s’il en est vraiment ainsi, je ne comprends pas très bien en quoi cette présence agissante serait inquiétante et répréhensible. Bien au contraire. Mais, dites-vous, “l’influence de Mai va bien au-delà de ces gauchistes toujours gauchisants”. Elle s’exercerait aussi “chez les Verts” (voyez Noël Mamère !) et “dans de nombreuses associations, comme la Ligue des droits de l’homme, et jusque dans la franc-maçonnerie”...et la presse (p. ex. “Libération” que vous détestez cordialement et à qui vous reprochez même d’avoir protesté, au nom des droits de l’homme, contre la visite à Paris du premier ministre chinois, ce qui me paraît, au contraire louable) ( pp.79 et 82, 83). Ce n’est pas tout. “La gauche judiciaire” (il y a même, d’après vous, une droite judiciaire tout aussi nocive !) constitue, avec la LCR, l’autre fer de lance du “parti des droits de l’homme”. C’est ainsi que vous blâmez vertement “un collectif d’avocats” qui se permettent d’affirmer que “les libertés fondamentales sont aujourd’hui en danger” et que “les violences policières continuent de détruire le lien social dans les banlieues” Le pire, selon vous, est que “ce texte a recueilli, en quelques jours, des centaines de signatures d’avocats” ! (pp. 87 et 88).
Ne sont même pas épargnés des penseurs aussi remarquables que J. Baudrillard qui a eu le malheur de dénoncer “une mondialisation policière, un contrôle total, une terreur sécuritaire” (p.10), un Foucault, apologiste du meurtre ou même un Sartre, que vous traitez comme une véritable “bête noire”, que vous dépeignez comme un champion irresponsable de la marginalité, de l’anormalité, de la violence, du dévoiement, de la révolte etc... Mon attention a particulièrement été retenue par votre allusion au livre qu’il a consacré à Genet : j’ai fait le rapprochement avec ce qu’en dit votre confrère du Nouvel Obs (et, j’espère, néanmoins ami !), Didier Eribon, qui me semble interpréter tout à fait différemment, dans son remarquable et récent ouvrage : “Une morale du minoritaire”, la démarche de Sartre et celle de Genet. Il estime, si j’ai bien compris, que le premier n’exalte pas, chez le second, le crime en lui-même, mais sa volonté de transformer et de sublimer en noblesse et en fierté créatrice “l’abjection” liée à son double statut d’homosexuel et de malfaiteur (pp.38 et 39). Dans la foulée, j’avouerai aussi ma perplexité face à une réflexion de Camus, sortie de son contexte, que vous citez et que vous approuvez : “Entre la justice et ma mère, je choisis ma mère”. C’est le genre de raisonnement que tenaient les antidreyfusards qui, pour sauvegarder l’honneur et les intérêts de leur mère-patrie représentée par l’armée et par la magistrature, acceptaient l’injustice et la condamnation d’un innocent. Inversement -et ça me semble très typique- vous ne cessez de proposer en exemple Tony Blair qui n’a plus rien de socialiste, s’il l’a jamais été, et qui se comporte plutôt en centriste opportuniste et pragmatique, affligé d’un tel “penchant” pour la droite qu’il risque de s’y abîmer corps et âme. Il éprouve (comme le nouveau maire de Lyon) une telle attirance pour l’ordre et pour “la propreté” qu’il en est venu à réglementer jurons et crachats (!), à définir des lieux et périmètres interdits aux mineurs délinquants ou susceptibles de le devenir, en attendant de les héberger en prison et de les munir de bracelets électroniques à la sortie. C’est ce que nous conte avec humour, dans le numéro 2727 de Télérama, Agnès Catherine Poirier qui ne manque pas non plus d’ironiser sur “les merveilles de progrès social (système de santé, trains, métro, retraites, etc..)” accomplies par le Premier britannique. Sa conclusion est assez méchante : « Blair ou le socialisme à visage humain ». Bref, vous allez pouvoir consigner Télérama sur la liste noire des publications gauchistes..
Mais revenons à l’essentiel, au grief majeur que vous formulez contre l’ensemble de la classe politique, et spécialement contre la gauche : une rupture avec le “peuple” et ses légitimes aspirations à la sécurité. L’une des origines principales de cette coupure et de cette indifférence résiderait dans le mauvais accueil réservé par les “travailleurs” aux soixante-huitards venus les débaucher à la porte de leurs usines. C’est le même échec et la même désillusion qu’avaient connus les étudiants russes, sous le règne d’Alexandre II, lorsqu’ils s’étaient mis en tête d’enrôler sous la bannière de la révolution des moujiks qui n’avaient rien eu de plus pressé que de les dénoncer à la police ! Reconnaissons que, dans ces deux cas, la réaction des milieux populaires s’est révélée plutôt décevante et constatons, en élargissant la question, qu’ils n’ont jamais montré, même en 1936, une grande ouverture d’esprit. Uniquement préoccupés de revendications étroitement corporatistes et nationalistes, incapables et peu désireux d’accéder à une vision générale du désordre établi pour essayer d’en supprimer les racines, ils n’ont pas mérité, sauf en certaines occasions bien particulières (je pense, entre autres, aux insurrections des canuts en 1831 et 1834 ou, bien sûr, à la Commune, mais ça se passait en des temps anciens !) d’être propulsés (comme le fit Marx) au rang et à la dignité d’aile marchante du progrès social. Leur conservatisme frileux et franchouillard les a fait s’abstenir de toute remise en cause fondamentale et peut expliquer la phobie sécuritaire qu’ils expriment.
Sans doute de manière très exagérée, en dépit de statistiques dont on sait bien qu’elles sont toujours plus ou moins menteuses et d’une interprétation fort délicate. A la suite du scrutin du 21 avril, un certain nombre de médias battent leur coulpe en admettant qu’à force d’insister sur des faits divers spectaculaires ils ont contribué à créer un sentiment d’insécurité hors de proportion avec la réalité. Ils feraient bien - je le signale au passage- de pousser beaucoup plus loin la “repentance” en confessant leur terrible responsabilité dans la création d’hystéries collectives (antisectiques ou antipédophiles, par exemple) qui ont eu pour effet de causer à beaucoup d’innocents les plus grands torts et, parfois même, de leur coûter la vie. Rien n’est plus odieux et plus malfaisant que ces sortes de pilonnages consensuels auxquels se livre avec délices la quasi- totalité de la presse, en toute impunité et sans aucun respect de la vérité, ni des personnes. En ce qui concerne l’insécurité, elle est bien loin de régner partout, mais l’on a mené de telles campagnes d’affolement, en essayant de battre J.M. Le Pen sur son propre terrain, que, même en des lieux où elle est totalement absente, on vote à tour de bras en sa faveur.
Pour reprendre un terme qui vous est cher, je crains que vous ne fassiez de “l’angélisme” populaire , sans compter “l’angélisme” policier que j’évoquerai tout à l’heure. “Vox populi, vox Dei”. Voire ! Le fameux “peuple” dont les politiciens flagorneurs vantent le bon sens “adulte”, la hauteur de vues, les intuitions géniales etc.. (surtout lorsqu’il vote pour eux), qui exprimerait, lors des élections, des “volontés souveraines” si fines et tellement sages, au nom duquel les juges et les jurys d’assises émettraient des verdicts éclairés et infaillibles, relève très largement d’un mythe soigneusement entretenu par les prétendues élites qui y trouvent leur intérêt. Les Grecs cultivaient déjà cette équivoque, indispensable à la survie des cités, en se faisant croire et en tâchant de persuader les autres qu’ils pratiquaient une véritable “démocratie”, alors qu’ils savaient très bien que, même à l’époque de Périclès, c’était la “démagogie” (autre vocable inventé par eux.. et pour cause !) qui s’imposait par le biais des grandes familles patriciennes. Les Romains essayaient aussi de s’en faire accroire en se gargarisant de la jolie formule “populus senatusque romanus”, mais, plus réalistes, ils se méfiaient comme de la peste des mouvements irrationnels et primitifs de la “plebs” concrète qu’ils ne confondaient pas avec un “populus” idéalisé et pratiquement inexistant, et à qui ils avaient délégué des tribuns chargés de le domestiquer et d’en contenir les débordements. S’adressant en 1776 au marquis de Condorcet, Monsieur de Voltaire lui confiait : “Il y a une autre canaille à laquelle on sacrifie tout et cette canaille est le peuple”. Fi donc ! Quelle horreur ! Heureusement pour lui, le patriarche de Ferney est mort onze ans avant la Révolution ! Lui aussi, par son mépris du peuple, appartenait, à son insu et par anticipation, à la funeste nébuleuse soixante-huitarde !
Si je renoue avec le fil de votre raisonnement et remets pied sur la terre contemporaine, il me faut admettre, selon vous, que “l’héritage de Mai ne se réduit pas à (un) divorce avec les milieux populaires” et avec leurs exigences et aspirations. C’est beaucoup plus grave. “Pendant que la statue du prolo était déboulonnée, celle de l’immigré était érigée”... Désormais, dans le coeur de l’intelligentsia, l’étranger a pris la place de l’ouvrier” (pp. 35-37). Avec cette dernière phrase, vous inaugurez un chapitre intitulé “Le nouvel ange” qui me semble contenir des affirmations et des sous-entendus excessifs et choquants qui rejoignent le discours du Front national. Je me limiterai aux points les plus importants. Selon vous, le “parti des droits de l’homme”, tout à ses chimères et à ses partis pris, ne s’intéresse pas au “bon immigré” qui ne songe qu’à s’intégrer et à respecter les règles en vigueur, mais uniquement à “l’étranger délinquant” qui a “la haine”, ne pense qu’à “casser du flic” et à qui l’on concède un droit de “résistance” et même de “légitime défense”, face à une société qui “l’agresse, l’ostracise et le rejette”. Visiblement, vous êtes gêné aux entournures, parce que votre honnêteté vous oblige à reconnaître que “chez les jeunes d’origine maghrébine ou africaine, le chômage connaît une ampleur proprement effrayante... qu’ils sont en butte au racisme... parfois victimes de bavures policières et, bien plus fréquemment, de tracasseries administratives” (p.47). Et vous vous rendez bien compte qu’un tel état de choses ne peut que susciter, chez ceux qui en souffrent, des réactions de violence et de révolte bien compréhensibles et, dans une certaine mesure, excusables. De même, vous ne sauriez, dans votre for intérieur, condamner les personnes et les associations qui font preuve de sollicitude et de solidarité à l’égard des jeunes exclus, même si ces empêcheurs de tourner en rond appartiennent à la mouvance que vous abhorrez.
C’est pourquoi je pense que vous êtes plus ou moins en contradiction avec vous-même lorsque vous formulez des jugements outranciers et carrément “beaufinesques” tels que... “le parti des droits de l’homme ne se mobilise que pour une petite fraction des immigrés : ceux qui sont en infraction avec les lois” ou bien “les étrangers et les délinquants -les “dévoyés” de Sartre- étant placés sur un piédestal, le must, c’est le sous-ensemble : les étrangers délinquants” (p.46)... ou encore “ l’intelligentsia ne manifeste de compassion que pour “ceux qui foutent la merde” (p.48). Et l’on éprouve un certain malaise devant une plaisanterie de fort mauvais goût : ”Un adepte de Sartre va sans doute nous infliger prochainement un “saint Khaled Khelkal, terroriste et martyr” (p.49).. Mais il y a plus inquiétant dans votre texte. Le sort des “sans papiers”, de l’immigration clandestine vous laisse de marbre (p.46). Vous insinuez (p.42) que la population d’origine maghrébine abritée par la France est trop nombreuse. Lorsqu’il s’agit d’évaluer l’importance de la “délinquance immigrée”, vous prenez en compte, pour la grossir, celle dont sont responsables les Beurs et les Blacks ayant acquis la nationalité française, comme s’ils demeuraient envers et contre tout des “étrangers”. Surtout, vous avez l’air d’admettre “la double peine”, source d’innombrables malheurs et de très graves injustices, en invoquant, pour la justifier, un bien curieux argument. On a bien le droit de les expulser, dites-vous, puisque le fait “d’avoir maille à partir avec la justice” montre qu’ils ne se sont pas assimilés à la société française. Faut-il comprendre que la foule des politiciens et des affairistes aux noms “bien de chez nous” qui ont continuellement affaire aux tribunaux devraient, à leur sortie de prison, être condamnés au bannissement, parce que leurs démêlés avec la justice attesteraient qu’ils ne sont pas bien “intégrés” ? (p.46). Et le fait que Nelson Mandela se soit abondamment livré à ce genre de pratiques, “souvent sans ménagement” (p.139), ne les canonise en aucune manière et ne fait que ternir la réputation de leur auteur. Rien d’étonnant : le pouvoir corrompt presque toujours. Vous concluez (p.50) en assurant que “la béatification de l’ange (entendez : l’immigré délinquant) a des effets d’autant plus ravageurs qu’elle s’est accompagnée d’une satanisation : celle de la police”.
Et nous touchons là, effectivement, au coeur du problème, au “noyau dur”. Car, à la rigueur, on pourrait accepter l’arsenal des mesures répressives que vous approuvez ou préconisez : fouille des voitures, perquisitions de nuit, activités également nocturnes des polices municipales, constitution d’un fichier des empreintes génétiques, amendement de la loi sur la présomption d’innocence, LSQ et bien d’autres encore, j’imagine. Tout dépend de la manière dont ces mesures sont, seront ou seraient appliquées. Ce qui revient à dire que tout est subordonné aux comportements de la police et donc à la réponse appelée par la question suivante : peut-on lui faire confiance ? Eh bien, c’est évidemment NON ! En tant qu’historien, il m’a été donné d’étudier les activités des diverses catégories de sbires français au cours des 17ème, 18ème et 19ème siècles. Il y a de quoi vous faire dresser les cheveux sur la tête ! Sans remonter aussi loin, vous recherchez dans un passé relativement récent les faits qui expliqueraient le discrédit, la méfiance et, parfois, la haine qu’inspire la police à certains de nos contemporains. Et, à chaque fois, naturellement, vous essayez de la disculper, de la “blanchir” (comme on le fait pour l’argent sale) en affirmant que les griefs habituels reposent, pour le moins, sur des méprises, de fausses interprétations, des exagérations, de l’incompréhension etc.. J’ai l’impression que votre argumentation est d’une insigne faiblesse et que votre tentative de “réhabilitation” fait vraiment long feu. Regardons-y de plus près.
La police parisienne se serait rachetée de son obéissance inconditionnelle aux ordres meurtriers de Vichy (rafles des Juifs, “tragédie du Vél’d’Hiv” etc..) “en se mettant en grève dès (c’est moi qui souligne) le 15 août 1944 !” Sa volonté de rébellion eût été plus probante si elle avait “débrayé” dès le 15 août 1942 ou le 15 août 1943, sans attendre que les carottes soient cuites ! Qu’elle ait compté d’authentiques résistants qui ont trouvé la mort à la suite de leur engagement, c’est l’évidence, mais il ne s’agit que d’une petite minorité qui n’a pu, malheureusement, faire dévier le cours général des choses ni laver le déshonneur criminel de leurs collègues. Les éloges de M. de Gaulle et ceux du préfet de police, lors de la Libération, n’ont, bien sûr, aucune valeur. Est-il concevable qu’à un moment où tout était désorganisé et où on allait devoir s’appuyer sur les forces de l’ordre pour procéder à “l’épuration”, le général se soit laissé aller à leur faire des remarques “désobligeantes”, au risque de se les aliéner ? Il en avait bien trop besoin ! Et toujours dans le même contexte, imagine t-on un haut fonctionnaire confesser l’impopularité de ses ouailles à son supérieur hiérarchique, le ministre de l’Intérieur ? (p.57).
Les trésors d’indulgence que vous refusez à “l’immigré délinquant”, vous les prodiguez sans retenue au policier, même “lambda, qui n’a pas démissionné pour “se soustraire à l’exécution d’ordres immondes”(p.58) et qui n’a pas refusé “d’accomplir des besognes infâmes” (p.55). A ce sujet, vous déplorez le “triple strabisme” (p.59) des interprètes malveillants. Ils ne veulent pas tenir compte du fait que la police ignorait la solution finale et la destination des gens qu’ils arrêtaient et déportaient. La question n’est pas là : ils devaient désobéir en masse à des ordres manifestement injustes et racistes. Mais ils n’étaient pas illégaux (deuxième objection !) Et vous citez, pour vous “couvrir”, les propos scandaleux de J. Jeanneney, une personnalité tout à fait “contestable” (contrairement à votre affirmation) de la Troisième République, régime qui a produit un grand nombre de politiciens fortement tentés par les compromissions et les lâchetés (on a vu les résultats au cours des années trente, avec leur conclusion en septembre 39, puis aussi, par exemple, en juillet 4O, lorsque le même M. Jeanneney présidait l’Assemblée nationale, avant d’être, lui aussi, recyclé par de Gaulle à la Libération ! ). Selon ce triste personnage, “obéissance est due à la loi” (p.59) dans tous les cas, y compris, donc, lorsqu’elle présente un caractère immoral et inhumain. Je regrette beaucoup, M. Hervé, que vous, un homme de gauche, partagiez un tel point de vue ou, du moins, vous abritiez derrière lui. Alors que nous savons depuis 2500 ans, depuis Antigone, qu’il existe, au-dessus de tous les Etats, de toutes les législations et de tous les “pactes” collectifs, des règles absolues qui s’imposent au Tribunal suprême de la conscience individuelle et que chacun, sous peine de déchoir de son humanité, se doit de privilégier, d’observer et de faire respecter, même au péril de sa vie, lorsqu’elles sont en contradiction avec des ordres tyranniques ou même avec des dispositions légales adoptées selon les formes requises.
Et, dans la foulée de cette remarque capitale, j’en arrive à la troisième forme de “strabisme” que vous dénoncez chez cette “intelligentsia qui fait comme si en tout homme sommeillait un héros” (p.60). Une fois de plus, vous nous renvoyez dans les mandibules le cas de Sartre dont la conduite, sous l’Occupation, n’aurait pas été à la hauteur de ses nobles déclarations. C’est bien possible, mais nul ne songe à l’ériger en parangon de vertu. Et, après tout, il n’était pas flic ! Le plus drôle est que j’ai l’impression d’avoir une vision de la police beaucoup plus idéaliste que la vôtre. J’en reparlerai bientôt, mais l’on peut affirmer dès maintenant que tout policier devrait être capable de poser des actes héroïques. Ce devrait être la moindre des choses pour une personne qui a choisi une voie si haute, jalonnée d’exigences, de responsabilités et de devoirs exceptionnels. Ca paraît d’autant plus évident que beaucoup de gens “ordinaires”, qui n’étaient pas investis d’une fonction officielle, ont risqué leur vie et l’ont éventuellement perdue pour sauver d’autres vies. Et c’est pourquoi “le pourcentage de Juifs de France déportés pendant la guerre a été sensiblement inférieur à celui des Juifs déportés dans les pays voisins” (p.61). Ces gens ont été épargnés non pas à cause, mais en dépit de la police, dont les activités criminelles ont été déjouées par de vrais résistants, souvent anonymes. De sorte que le strabisme que vous dénoncez chez les intellectuels gauchisants pourrait bien s’accompagner chez vous d’un mal beaucoup plus grave, un véritable aveuglement. C’est l’image évangélique de la paille et de la poutre !
Vous évoquez ensuite “la répression sanglante de deux manifestations, celle du 10 octobre 1960, puis celle de Charonne, (qui) a de nouveau placé la police parisienne en posture d’accusée” (p.62). Et là encore, tout en reconnaissant honnêtement la gravité des faits, vous essayez de disculper les forces de l’ordre ou d’en atténuer fortement la responsabilité, comme si elles étaient composées de robots entièrement manipulés par la hiérarchie. C’est manquer d’égard et de respect envers les flics de la base que vous assimilez à des pantins privés de liberté. Je vous l’ai déjà dit : malgré les apparences, j’ai beaucoup plus de considération pour la police que vous et c’est pourquoi je la veux digne d’elle, c’est-à-dire quasi parfaite, comme il sied à un corps d’élite. Et vous croyez nous décocher un argument imparable lorsque vous désignez le vrai coupable de ces massacres : le Grand général soi-même. “Comment ranger l’homme du 18 juin dans le camp des nazis ?”, dites-vous pour nous clouer le bec. Mais on peut très bien ne pas être hitlérien tout en se comportant en autocrate sans scrupules, ainsi que le faisait ce faux “grand personnage” parfaitement détestable, que “la gauche” -c’est pitoyable !- se met à encenser depuis quelques temps. Autre preuve, selon vous, de son libéralisme et de sa largeur d’esprit : “...la décolonisation, il l’a menée à bien” (p.62). Mais tout le monde sait qu’il lui était farouchement opposé et qu’il ne s’y est résigné que par réalisme et tout en essayant de maintenir des formes larvées de domination politique avec la création de la Communauté française, puis après la faillite de cette institution mort-née, des liens néo-colonialistes d’exploitation économique et d’occupation militaire noués et resserrés par une nuée de bailleurs de fonds et de barbouzes extrêmement inquiétants qui, pour s’assurer la soumission d’ignobles potentats vampiriques, agitaient la carotte et le bâton sous leurs yeux avides.
Mais, bien plus que ces souvenirs pénibles, c’est l’attitude actuelle de la police qui m’intéresse et qui suffit largement à la discréditer, sans qu’il soit nécessaire d’évoquer ses “exploits”passés. La justice et la vérité m’obligent à signaler que vous êtes conscient de certains “dérapages”. Par exemple :”Les policiers doivent se départir d’une culture de l’intimidation. Il n’est pas question de leur accorder un droit à la “bavure” (p.21). Ou encore : “Il leur appartient de rompre avec une tradition autoritariste et d’accepter que les droits de la défense s’exercent, y compris dans les commissariats” (p.65). Mais, replacées dans le contexte général de votre livre, ces remarques si judicieuses apparaissent comme des voeux pieux ou des clauses de style que vous abandonnez bien vite pour vous consacrer à la seule tâche qui vous tienne à cœur : une défense quasi inconditionnelle. Je crains qu’il ne s’agisse là d’une mission impossible. Innombrables sont les griefs, constamment réalimentés par des faits quotidiens, que l’on peut formuler à l’égard de gens qui font peur parce qu’ils donnent l’impression de violer en permanence les lois qu’ils sont chargés de faire respecter. Dans les années 70, j’écrivais un texte où il était affirmé que “le pègre et la police n’étaient que les deux faces d’une même réalité”, entre lesquelles il existe, comme chacun sait, tant de passerelles, de formes d’échanges et de communication qu’elles en arrivent à provoquer une sorte de mimétisme !
Une observation assidue ne m’a pas amené à changer d’avis. Bien au contraire, hélas ! Certes, je ne vais pas mettre dans le même sac les quelques “fonctionnaires” consciencieux et scrupuleux qui peuvent encore exister et tant de leurs collègues qui affectent des airs menaçants et méprisants, rogues, brutaux, vulgaires et soupçonneux, même lorsque ces allures ne sont aucunement justifiées par les circonstances. Il s’agit là de manières d‘être et de mentalités insupportables et, néanmoins fortement chevillées au corps et à l’âme de petits personnages qui, trop souvent, se croient tout permis, enivrés qu’ils sont par la parcelle d’autorité pratiquement discrétionnaire qu’ils détiennent et nullement freinés par le degré d’évolution qui devrait être le leur et qu’ils n’ont évidemment pas atteint. Car il se pose d’abord un problème de formation et de sélection. En dehors de toute ironie et de tout excès, il me paraît naturel et obvie d’affirmer que tout policier, compte tenu des pouvoirs étendus et redoutables dont il dispose, devrait être parvenu à un très haut niveau d’élévation morale (et intellectuelle, si possible). Il devrait manifester la plus grande rigueur dans ses appréciations et dans ses comportements. Or on a affaire presque toujours à des gens primitifs et mal dégrossis contre lesquels on n’a aucune protection.
Les conséquences sont multiples : brimades, sévices, chantage, intimidation, sur la voie publique ou dans les lieux de détention, gardes à vue abusives, provocations, en particulier dans les zones sensibles, pour entraîner des réactions violentes que l’on se fera ensuite un plaisir de réprimer tout en s’adjugeant le beau rôle et en prétendant, par inversion de la réalité, avoir été victime “d’outrages et de rébellion” ! Récemment encore, “Le Monde”, dans son numéro du 20 avril, faisait état des “contrôles d’identité abusifs qui aggravent les tensions dans les cités, et “d’une intervention policière musclée” qui s’est déroulée en Seine-Saint-Denis. Même un commissaire de police s’est plaint “d’avoir été contrôlé plusieurs fois de manière très peu courtoise”. On appréciera l’euphémisme. Je me souviens d’un épisode très caractéristique qui a eu lieu dans une ville du nord de la France. Une fois de plus, la police s’était livrée à ce genre de pratiques dans une banlieue et, devant les protestations, en avait ensuite donné une relation mensongère appuyée par la hiérarchie. Malheureusement, la caméra d’un particulier, dissimulée dans l’encoignure d’une fenêtre, avait filmé la scène et montré de façon irrécusable quels avaient les véritables agissements de ces groupes armés que certains comparent à des “milices”. D’où l’embarras des autorités qui furent bien obligées de se désolidariser de leurs subordonnés et de promettre des sanctions ! A ce sujet, il faut mentionner un esprit de corps sans faille. Que de ministres de l’Intérieur, de gauche ou de droite, se sont vantés de couvrir sans états d’âme et presque sans limites les errements suspects ou répréhensibles des personnels placés sous leurs ordres ! Même entre collègues, on se tient admirablement les coudes, surtout lorsqu’il s’agit de représentants syndicaux toujours sur la brèche et toujours prêts à voler au secours de brebis égarées. Je n’ai pas oublié non plus la stupéfaction incrédule que je ressentis le jour (fort lointain) où j’appris que les enquêtes administratives concernant certains policiers étaient confiées... à d’autres policiers ! Tout se faisait en famille et en secret ! J’ai d’abord cru à un gag !
A propos d’enquêtes, évoquons celles qui sont bâclées et orientées dès le départ, qui éliminent d’emblée certaines pistes susceptibles de remettre en cause un schéma préétabli, qui sont émaillées de négligences, parfois volontaires, et “d’aveux” aussi faux que spontanés menant à la condamnation d’innocents. Et comment qualifier certaines arrestations ou tentatives d’arrestation qui se soldent par des morts, sans que la légitime défense paraisse vraisemblable, et comme s’il s’agissait de rétablir, de manière expéditive et subreptice, la peine de mort au détriment de malfrats, réels ou supposés, à qui on rend le service de leur épargner de longues peines de prison tout en évitant les frais et les pertes de temps liés à un jugement et à une incarcération ! Selon le sociologue Fabien Jobard, “220 personnes sont mortes, entre 1986 et 2002, à la suite de violences policières” (Le Monde des 26 et 27 mai). Pour compléter le tableau, il faut mentionner avec indignation l’impunité dont jouissent les policiers délinquants. Il conviendrait de leur appliquer la tolérance zéro et de sanctionner la moindre de leurs incivilités. Eux aussi devraient bénéficier de la double peine : exclusion de la police ou même du pays, après leur séjour en prison. Car il ne faut pas oublier que, soigneusement formés et sélectionnés, pénétrés du sens de leur devoir, soucieux de donner le bon exemple et de ne pas abuser de leurs pouvoirs, ces fonctionnaires (qu’on devrait plutôt appeler missionnaires tellement est sublime leur tâche pacificatrice) devraient s’interdire tout écart de conduite et réclamer eux-mêmes le châtiment appelé par leurs défaillances, devenues rarissimes.
Or c’est le contraire qui se passe. Non seulement de trop nombreux policiers multiplient les exactions, dont certaines constituent des crimes et s’apparentent même au meurtre et à l’assassinat, mais lorsque des affaires les concernant viennent devant les tribunaux (combien d’autres sont étouffées !), ils sont presque toujours -même lorsqu’il y a eu mort d’homme- acquittés ou condamnés à des peines de principe, dérisoires et symboliques, dont on se demande même, en considérant le “suivi” de quelques-uns de ces procès, s’ils les purgeront vraiment. De temps en temps, néanmoins, lorsqu’il s’agit de forfaits retentissants, on met le paquet pour faire croire que “la loi est égale pour tous”, comme disent les Italiens, et que les magistrats sont habituellement impartiaux. Ainsi apparaît au grand jour la connivence qui unit une justice et une police qui ne peuvent se passer l’une de l’autre, comme le cul et la chemise ! L’extrême “indulgence”, pour ne pas dire la complaisance, dont profite la police est illustrée par certaines séries télévisées qui ont une immense audience populaire. Je prendrai l’exemple de “Navarro”. Le “bon” commissaire et ses adjoints accumulent bavures et irrégularités, mais nul ne songe à s’en étonner. Elles s’insèrent dans la trame du récit de façon si naturelle qu’on ne les mentionne même pas, ne serait-ce que pour les justifier en invoquant les circonstances. Elles vont de soi, sont présentées comme tellement normales et nécessaires qu’on ne les identifie même pas comme telles, qu’elles passent comme des lettres à la poste et que les téléspectateurs, n’y voyant que du bleu, acceptent et ratifient ces pratiques du plus profond de leur inconscient. Ils en arrivent même à les considérer, je crois, comme les contreparties et les privilèges tout à fait légitimes des dangers et des risques courus par les gardiens de “l’ordre” (?).
C’est l’esprit public dans son ensemble qui est perverti et corrompu. Ce qui peut s’énoncer en deux points.
1° Nous sommes bien dans un Etat policier, même si “le taux d’élucidation des crimes et délits n’a jamais été aussi bas” (p.147). Ca n’a rien à voir à l’affaire. Ce qui compte, c’est le carcan dans lequel nous sommes enserrés, fait d’une multitude de fichages, quadrillages, surveillances, contrôles plus ou moins occultes, que les techniques modernes rendent particulièrement efficaces, qui se mettent en place et qui opèrent avec la bénédiction des prétendues Commissions indépendantes chargées de veiller au respect des libertés individuelles et, en fait, créées pour donner un semblant de légitimité aux turpitudes commises par les pouvoirs.
2° Nous sommes, ce qui est encore beaucoup plus grave, dans une “société” policière. La gangrène s’est infiltrée partout. Depuis dix ans, se manifeste une “préfascisation” rampante et insidieuse. Sous le gouvernement Jospin, on a assisté à une formidable montée de l’intolérance. Des associations de particuliers, encouragées et stipendiées par l’Etat, pratiquent la chasse aux déviants. De monstrueuses injustices ont été commises au détriment de soi-disant sectes et gourous. Une loi invraisemblable, qui fera date dans les annales de l’Injustice institutionnelle, a été votée contre eux. Violant ouvertement les droits de l’homme et certains principes essentiels du droit , ouvrant la voie à toutes les dérives, elle n’a même pas été déférée devant le Conseil constitutionnel, alors que chirac aurait dû s’en faire une obligation élémentaire.
A ce sujet, permettez-moi de vous dire à quel point j’ai été choqué par la légèreté avec laquelle vous traitez les suicides occcasionnés par une autre sorte de persécution atteignant, cette fois, les faux pédophiles. Par une curieuse contradiction, vous dénoncez vigoureusement la protestation de l’ancien président de la Ligue des droits de l’homme contre une “rafle” organisée dans les milieux pédophiles (?) selon des critères et des modalités inadmissibles, et puis vous reconnaissez que “dans certains dossiers, on a jeté l’opprobre sur certains suspects, qui ont été ensuite innocentés. Quelques-uns n’y ont pas résisté. Ils se sont suicidés” (p.103). C’est tout ! Je trouve un peu courte votre oraison funèbre. Ca n’a l’air de vous faire ni chaud ni froid. Allez-vous nous dire qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs ou nous régaler de quelque autre dicton aussi débile. On aimerait que se déchaîne à propos de ces suicides la vertueuse indignation dont vous savez faire preuve en d’autres occasions. Mais comme, en l’occurence, ce sont les policiers et les juges qui sont les criminels, ils ont droit à toute votre indulgence et votre délire moralisant et ultra-sécuritaire vous rend complice de leurs forfaits. Votre mauvaise foi (peut-être inconsciente) éclate quelques lignes plus loin quand vous vous élevez contre “l’analogie qui serait suggérée entre le sort des Juifs sous l’Occupation et celui des pédophiles sous la 5ème République”. Vous confondez tout. Il ne s’agit pas ici du “sort” qui serait réservé aux uns ou aux autres, mais de manières de faire, de procédures toujours intolérables, quelles que soient les circonstances et les personnes visées. Allez, Monsieur Hervé, encore un peu de courage, pendant que vous y êtes ! Exigez donc le rétablissement de la guillotine pour les pédophiles que l’opinion publique, dûment chambrée par les politiciens et les médias, considèrent comme bien plus haïssables que les assassins, d’ailleurs moins sévèrement condamnés depuis quelques temps par des tribunaux qui savent humer le vent !
Oui, la rigidité puritaine, le sectarisme, l’esprit antireligieux et l’activisme persécuteur de jospin et de sa clique ont imprégné et pourri la “société” civile et il est frappant de constater qu’aucun des candidats à la présidence de la république n’a évoqué ces questions gênantes et pourtant évidentes. De véritables phobies ont été créées, antisectique, antipédophile, anticommunautariste, sécuritaire, “hygiéniste” sur tous les plans (matériel, physique, mental, intellectuel, moral, sexuel etc). Dans tous les domaines, on régresse vers les conceptions les plus traditionalistes et les plus conservatrices. Des gens, parfaitement inoffensifs, qui s’intéressent aux médecines “naturelles”, à des formes de pédagogie originales, à des recherches “spiritualistes” un peu extraordinaires sont immédiatement montrés du doigt, inquiétés et pourchassés. Tout ce qui s’éloigne des dogmes imposés par les pouvoirs est attaqué et détruit. Même les Eglises chrétiennes “officielles” ( pas les religions juive et musulmane, l’une et l’autre protégées par opportunisme), se trouvent dès maintenant dans le collimateur, et si la “gauche” se maintient au gouvernement, elles deviendront, d’ici quelques années, la cible toute désignée de l’idéologie agressivement rationaliste, matérialiste et athée qui l’anime désormais et qui n’a plus rien à voir avec l’agnosticisme indifférent et souvent débonnaire que cultivaient la plupart des caciques des républiques précédentes.
Et, je le répète, les masses se laissent intoxiquer, obéissent aux impulsions venues d’en haut, les prolongent et les aggravent, font du zèle au point de sombrer dans des pratiques qui s’apparentent au lynchage. Beaucoup de (plus ou moins) menus faits le prouvent, mais personne n’en parle, tout le monde ou presque en ignore l’existence, car il ne faut évidemment pas compter sur les publications (p. ex. Le Nouvel Obs !) et les télévisions pour les révéler et les stigmatiser. De plus en plus de citoyens “ordinaires” estiment que “certaines opinions ne devraient pas avoir le droit de s’exprimer”. On croit rêver. Car il n’est ici question que de simples opinions, nullement accompagnées d’insultes, de menaces ou d’appels à commettre des violences ou des infractions à la loi. Ce qui se passe sur Internet, que l’on présente souvent, bien à tort, comme le dernier refuge de la liberté d’expression, est on ne peut plus caractéristique d’une mentalité qui se répand partout très rapidement. Vous vous trouvez en butte à une nuée d’espions, de mouchards ou de groupes anonymes qui tentent de vous intimider en vous promettant éventuellement une expédition punitive, qui vous injurient, qui prétendent vous dénoncer à la justice (la délation, vieux sport national compte de plus en plus d’adeptes !), qui vous poussent à l’autocensure...si vous avez le malheur de rejeter la doxa et les vérités officielles. Des hébergeurs qui se donnent pour vocation de publier sans aucune censure tout texte, quel que soit son contenu et avec pour seule condition qu’il ne renferme rien d’illégal, cèdent aux pressions et vous excluent en violant leur propre charte (et leurs convictions ?), parce qu’on leur fait peur. Ce dernier mot est capital. Avec celui de “haine”, il forme le couple inséparable sous le régime duquel le fanatisme jospinien nous a fait vivre depuis un lustre. Les germes de soupçon, de division, d’animosité et d’intolérance semés par “la France d’en haut” se sont tellement développés dans “la France d’en bas” que même les mouvements plus ou moins alternatifs ou dissidents, qui auraient tout intérêt à s’unir pour résister, se préoccupent beaucoup plus de se démarquer les uns des autres, de se tirer dans les pattes et de durcir leurs différences que de rechercher des points d’accord et de lancer des actions communes. Une petite anecdote personnelle pour illustrer mon propos. Ayant récemment publié sur Internet un texte qui ne tombait nullement sous le coup de la loi, mais qui était fort malsonnant parce qu’il abordait sous un jour inédit et positif une question sensible actuellement noyée sous un tel flot d’ignominie et d’agressivité qu’il empêche toute réflexion sereine, j’ai été convoqué pour interrogatoire par la gendarmerie qui avait reçu une demande en ce sens émanant du cabinet de jospin !
Pour en revenir à votre cas (apparemment désespéré), je ne peux que continuer à vous faire part de ma stupeur lorsque je lis vos remarques concernant les détentions provisoires. Qu’on se rassure ! “Le Monde” du 13 avril signalait qu’elles sont “en forte augmentation”, y compris pour les mineurs. Voilà qui ne manquera pas de réjouir MM. Le Pen et Algalarrondo. Beaucoup trop de magistrats obéissent aux fluctuations de l’opinion publique qu’une seule affaire malheureuse suffit à retourner ou à exciter au-delà de toute mesure. Et vous abondez dans son sens. Or ces incarcérations, qui portent gravement atteinte au principe de la présomption d’innocence et aux innocents qui les subissent, et qui sont utilisées sadiquement pour obtenir des aveux, vrais ou faux, ne devraient être ordonnées que dans des cas exceptionnels, pour les stricts besoins de l’enquête, et durer le moins longtemps possible. En se prolongeant indûment, elles aggravent leur illégitimité et leurs ravages, et constituent des préjugements inadmissibles dont les tribunaux tiennent compte la plupart du temps en se croyant obligés de condamner les accusés à des peines au moins égales à celles qu’ils ont déjà purgées. Il est inconcevable que des gens passent quatre ans en prison, comme on a encore pu le constater récemment, avant de comparaître, et quelle que soit la gravité des crimes qu’on leur impute. Ces retards offensent gravement les droits élémentaires de l’homme et les conventions internationales qui stipulent que toute personne doit être jugée dans des délais raisonnables. Les gouvernements français manifestent la plus grande désinvolture à l’égard des arrêts de la Cour européenne et les exécutent uniquement quand ça leur chante ou que ça les arrange. Le pays qu’ils dirigent n’en a pas moins été condamné à plusieurs reprises pour la longueur de ses procédures... et même pour torture ! Ce qui ne vous empêche pas de déclarer : “Que la loi ait prévu des délais-butoirs, y compris pour les auteurs de crimes, est tout simplement insensé” (pp 109 et 110). Ce qui est insensé, c’est qu’un homme qui persiste à se dire de “gauche”puisse proférer de telles énormités.
J’en dirai autant de votre critique affligeante visant la disposition légale qui interdit au parquet de faire appel en cas d’acquittement devant une cour d’assises. Quand on connaît les fantaisies , les extravagances, les lacunes, les absurdités, les procédés arbitraires et tendancieux qui nourrissent en amont la plupart des procès et qui s’étalent au grand jour pendant qu’ils se tiennent, quand on considère la situation de détresse dans laquelle se trouvent tant d’accusés contre lesquels se coalisent le président (qui sort de son rôle), le ministère public, les avocats des parties civiles et qui n’a, éventuellement, pour tout recours qu’un défenseur médiocre, incompétent, inexpérimenté, peu consciencieux ou dépassé par les événements, quand on imagine l’influence sur les autres membres du jury des magistrats qui participent (malheureusement !) aux délibérations finales, quand on se souvient des terribles enjeux (la destruction directe ou indirecte, partielle ou définitive de nombre d’existences, pas uniquement celle de l’inculpé) de ces “débats” plus ou moins fictifs, on comprend très bien et on approuve les intentions du sénateur centriste Jolibois que vous citez : “Nous voulons donner une seconde chance à l’accusé, et non instituer un véritable appel : si l’accusé a été acquitté, la procédure est terminée”... et celles du sénateur RPR de Broissia déclarant : “Nous instituons un recours et non un appel” (p.142). Et vous invoquez, pour soutenir votre point de vue, l’autorité du président de l’Union syndicale des magistrats exigeant qu’on “rétablisse l’équilibre”, alors qu’il s’agit , en réalité, de corriger -et de façon très limitée- un formidable déséquilibre. Tiens, au fait, vous bénéficiez également de l’appui d’un autre personnage considérable, Patrick Poivre d’Arvor, qui mentionne élogieusement votre ouvrage dans “Le Monde” du 16 mai. Il peut se prévaloir de l’avis conforme d’un journaliste de “gauche”. Quelle aubaine pou lui et bravo pour vous ! Dis-moi qui t’approuve, et je te dirai qui tu es. Et où tu te situes ! Eh bien, c’est à “la droite de la droite”, puisque tu te montres plus répressif que des sénateurs centristes et gaullistes !
Contrairement à ce que vous pourriez croire (je reprends le “vous” de rigueur !), je fais la part des choses et je passe même aux aveux.
1° Je reconnais qu’en maints endroits de votre livre vous essayez de nuancer vos déclarations, d’introduire des concessions et des réserves, mais on a l’impression qu’il s’agit de formules convenues que vous vous obligez à employer pour vous donner des allures modérées qui ne cadrent pas avec un mouvement général vers le rigorisme. Au fond, vous êtes un extrémiste de la pénalisation et, à un moindre titre, du châtiment, auquel vous semblez prêt à renoncer dans certains cas, puisque vous repoussez la formule “tolérance zéro” (si j’ai bien compris), ce en quoi je vous donnerais volontiers raison, car il est nécessaire de laisser s’exercer un certain “jeu” (comme on le dit des pièces d’un mécanisme) au sein d’une collectivité, faute de quoi la machine s’échauffe, se grippe et explose. C’est à ce spectacle que nous allons sans doute assister dans les années à venir si les politiciens actuels, qui rivalisent de démagogie sécuritaire, mettent à exécution leurs menaces.
2° Je ne suis pas du tout partisan d’accuser systématiquement et d’accabler la police. Il n’en reste pas moins qu’elle a besoin de se transformer complètement de l’intérieur. Ses “personnels” (comme on dit) doivent évoluer et s’humaniser. Quand j’en vois réunis un certain nombre en uniformes, et que je lis sur la face (je ne dirai pas le visage) de plusieurs d’entre eux les stigmates du primitivisme et de la sauvagerie, je suis saisi par la peur et par la répulsion ou, plus précisément, par ce qu’on appelait, dans l’Antiquité, un sentiment “d’horreur”, c’est-à-dire une angoisse analogue à celui qu’inspire la vue d’un noeud de reptiles... qui ne vous ont pourtant rien fait ! Peut-on compter sur les métamorphoses nécessaires ? Peut-on espérer avoir un jour affaire à des gens corrects, aimables, courtois, respectueux de la population et empressés à la servir ? Je ne le crois pas. Les choses iront plutôt en empirant, et nous risquons d’être de plus en plus souvent victimes de milices incontrôlées, capables de tous les abus et de tous les sévices, même si elles ont intérêt à ne pas les commettre en permanence. De toute façon, en attendant des modifications de comportement plus qu’hypothétiques, qui nous défendra contre le terrible danger représenté par la “force” de la loi et par les “forces de l’ordre” ?
3° Je ne suis pas du tout partisan d’excuser systématiquement les immigrés délinquants et je crois qu’il est nécessaire de fixer des règles auxquelles tout le monde doit se plier. Mais voilà : tout le problème est là ! On ne peut exiger le respect de ces normes (et sanctionner leurs infractions) que si elles sont respectables, ainsi que ceux qui les déterminent. Or nous vivons dans une “société” foncièrement injuste et inégalitaire, raciste et xénophobe, pratiquant toutes les formes de discriminations, et dominée par une caste de nantis appartenant indifféremment à la gauche et à la droite, qui détiennent pouvoir, argent, influence etc.. et imposent au peuple un “ordre” qui est censé garantir sa soumission, mais qu’eux-mêmes violent à tour de bras, s’ils y trouvent leur avantage. Vous faites partie de ces privilégiés, M. Hervé, même si c’est à un degré moindre que beaucoup d’autres. De quel droit vous et vos semblables dénoncez-vous la violence exercée par des Beurs, des Blacks et aussi par beaucoup de Blancs, alors que vous ne cessez de leur faire violence par le biais de cette violence, beaucoup plus grave, qui imprègne et structure vos institutions et vos moeurs ? Comment leur reprocher de “se servir”, quand ils sont totalement démunis ? Et n’allez pas nous exhiber la brochette habituelle des immigrés qui ont “réussi” (à quoi exactement, d’ailleurs ? mais c’est là une autre affaire...), exactement comme on monte en épingle, pour faire croire à l’existence d’une véritable capillarité sociale, les très rares cas de fils de paysans ou d’ouvriers qui ont accédé à Polytechnique. Vous savez très bien qu’il s’agit là d’infimes minorités. Comme le disait déjà George Sand (dans sa jeunesse, car elle a beaucoup changé, elle aussi, par la suite !), la société n’a rien à exiger de ceux qui n’en attendent et qui n’en reçoivent rien d’autre que la possibilité de végéter et de se faire exploiter.
L’intelligentsia, à laquelle vous reconnaissez vous-même appartenir, M. Hervé, témoigne d’un sacré culot (mais on sait qu’elle n’en manque pas !) lorsqu’elle s’indigne contre les crimes commis au sein de la “société” criminogène qu’elle a façonnée et qu’elle perpétue au mieux de ses intérêts. Après tout, ce ne sont que des retours de manivelle bien mérités. Pourquoi les opprimés devraient-ils être plus vertueux que leurs oppresseurs ? Ceci dit, je suis bien convaincu que certains délinquants prennent habilement prétexte de cet état de choses incontestable et monstrueux pour justifier des agissements auxquels ils se livreraient de toutes manières. Et je suis non moins porté à croire que la violence, physique ou morale, n’est jamais une solution, même si elle ne fait que répondre à une Violence étatique infiniment plus condamnable et plus destructrice. Néanmoins, je comprends très bien, en m’appuyant sur ma propre expérience, qu’on soit tenté d’y glisser par lassitude, par exaspération... et par idéalisme. Lorsque, après des années et des années de tentatives et d’initiatives de toutes sortes menées dans le strict respect de lois que l’on réprouve cependant pour leur immoralité et pour leur inhumanité, on constate l’impossibilité, où vous met tout un système spontanément très efficace, de simplement vous faire entendre (je ne parle pas de convertir par la force), lorsqu’on se voit réduit au silence, à l’impuissance, à l’isolement, au mépris ou à la haine uniquement parce qu’on se permet d’émettre sur quantité de sujets (tous à vrai dire !) des opinions gravement hétérodoxes et subversives, on a effectivement envie de disparaître dans la clandestinité et de prendre les armes. Je comprends donc parfaitement les motivations et les comportements de certains (je ne dis pas de tous) “terroristes”, même si je récuse leur usage de la force qui doit rester, pour leur honte et pour leur condamnation, l’apanage exclusif des Etats. Je reviendrai sur cette question essentielle de la liberté d’expression à laquelle vous devriez, en tant que journaliste, être particulièrement sensible.
4° Je reconnais volontiers qu’il existe en France des zones (banlieues, cités, quartiers, moyens de transport, établissements scolaires..) infréquentables et invivables où se concentre une malfaisance vraiment dangereuse. Mais beaucoup plus nombreux sont les endroits où la délinquance se maintient à un niveau “ordinaire”. Une fois de plus, les statistiques sont trompeuses, qui font croire à une aggravation générale concernant tout le territoire. Et des médias, parmi les plus populaires, se sont adonnés, ainsi que certains d’entre eux en conviennent mezza voce, à leur passe-temps favori, le battage obsédant centré sur des cas exceptionnels, qui en arrive à créer un sentiment d’affolement largement répandu, des réflexes de méfiance excessive et d’auto-défense, et même, dans certaines localités pourtant fort calmes, un vote surabondant en faveur de Le Pen émis à titre préventif. Ca ressemble un peu aux Grandes Peurs irrationnelles de 1789, mais décuplées par l’intervention de moyens techniques modernes et performants. Par qui, pour quoi et en vue de quels résultats et profits ces paniques sont-elles organisées ? De toute façon, même lorsqu’il s’agit bien de lieux “infernaux”, ce n’est pas la répression, ni même une soi-disant “prévention” archiconventionnelle, superficielle et à courte vue qui modifieront quoi que ce soit en profondeur. Ce sont cautères sur jambe de bois. Et si l’on arrivait à détruire les zones maudites en y faisant régner la terreur, elles réapparaîtraient ailleurs et sous d’autres formes.
En fait, c’est jusque dans leurs tréfonds que les collectivités dévoyées dans lesquelles nous sommes condamnés à croupir, qui poussent aux déséquilibres, à la violence et à la folie, devraient s’obliger au bouleversement. Tant qu’une révolution pacifique, mais radicale et intégrale, qui commencera par l’intimité psychologique, morale et spirituelle des individus pour s’étendre ensuite, par ondes concentriques de plus en plus larges, à tous les êtres vivants et à tous les aspects de leur réalité (religieux, épistémologique, relationnel et affectif, esthétique, politique, social, économique et écologique) ne se mettra pas en marche, la préhumanité continuera à s’enfoncer dans la barbarie, comme elle le fait depuis le Mésolithique, tout en essayant, pour donner le change et se faire illusion à ses propres yeux, de convertir sa régression continue en une course triomphale au bonheur et au progrès accomplie entre ces merveilleux décors (culturels et technologiques) en carton-pâte où chemine sa triste caravane.
Pour accéder à de telles mutations, peut-on compter sur les bulletins de vote ? Evidemment pas. Vous nous assurez, cher monsieur Hervé, que “personne ne reprend plus à son compte le slogan : “Elections, piège à cons !” (pp.91 et 92). C’est pourtant mon cas, et je ne suis pas le seul. Autrefois militant de gauche convaincu, j’ai adhéré dans les années 60 à la Convention des Institutions républicaines, la petite formation de Mitterrand pour qui j’ai voté en 65, en 74 et en 81. Mais avant même la fin de cette année-là, voyant comment se comportait le nouveau président et pressentant la suite, qui devait s’avérer pire que tout ce que j’avais pu imaginer, j’ai juré de ne plus jamais voter et j’ai tenu mon serment avec d’autant plus de facilité que l’observation impitoyable des réalités “politiques” (au sens large de ce terme) à laquelle je me suis livré pendant ces vingt dernières années n’a fait, bien sûr, que me confirmer dans ma résolution.
Je pousse même le vice jusqu’à souhaiter et à favoriser la création (mais, rassurez-vous : il ne verra pas le jour pour des raisons faciles à deviner !) d’un mouvement militant en faveur de l’abstentionnisme qui aurait pour but de déligitimer et de déstabiliser un régime inique, et qui regrouperait, non pas “les pêcheurs à la ligne” et autres indifférents et j’m’en foutistes, mais des gens extrêmement motivés qui justifieraient de manière très argumentée leur choix et leur prosélytisme. Nous serions très heureux de vous accueillir, cher monsieur Hervé, dans ce nouveau parti où nous vous réserverions une place d’honneur. Quand on étudie dansledétailetsoustous ses aspects le fonctionnement de la machine à voter qui n’est, d’ailleurs, que la manifestation de tout un système corrompu, on est vraiment édifié, qu’il s’agisse des mesures et des usages arbitraires ou délictueux en usage (lois électorales injustes et charcutage artificiel des circonscriptions, destinés à favoriser les uns et à éliminer les autres, bourrage des urnes, non-reconnaissance des bulletins blancs ..), qu’il s’agissse du recrutement “sélectif” des candidats, de l’extraordinaire inégalité de leurs moyens (financiers, médiatiques..), de ce et de ceux qu’ils représentent réellement (des coteries et des appareils beaucoup plus que des électeurs de base), des raisons grotesques, dérisoires, étroitement corporatistes, locales ou égocentriques pour lesquelles ils sont choisis par des “citoyens” qui ne sont vraiment ni formés ni informés, quoi que prétende une propagande officielle qui se charge, au contraire, de les déformer et de les désinformer.
Mais le trait le plus marquant est l’inutilité des scrutins. Comme le disait à juste titre l’un de ces groupuscules gauchistes que vous haïssez : “Si les élections servaient à quelque chose, il y a longtemps qu’elles seraient supprimées”. Non seulement les députés sont entièrement dans la main de l’exécutif qui fixe leur ordre du jour et dispose de nombreux moyens pour les amadouer ou pour les contraindre, mais lui-même doit obéir aux injonctions, aux initiatives ou aux menaces de trois pouvoirs qui lui sont supérieurs, l’économique, le médiatique et l’administratif, sans compter d’innombrables groupes de pression dont certains sont fort puissants, comme le “complexe militaro-industriel” ou le lobby des chasseurs. De sorte qu’on en arrive à ce paradoxe absurde dont personne ne peut nier l’existence et qui ruine toute démocratie : ceux qui gouvernent vraiment ne sont pas élus et agissent par l’intermédiaire de ceux qui le sont et qui leur servent d’instruments et de façade ! C’est dire la stupidité et la mauvaise foi qui animent le bourrage de crâne “civique” lorsqu’il nous presse de ne pas “laisser les autres décider à notre place”. J’aimerais bien savoir de quoi “les autres” décident, si ce n’est de l’attribution à telle ou telle faction des prébendes et avantages divers attachés aux fonctions politiques. Eh bien, je n’ai pas envie de m’abaisser à jouer ce rôle : j’aurais l’impression de m’humilier et de me ridiculiser. Le civisme authentique consiste en un abstentionnisme actif et réfléchi. Encore une fois, ces remarques n’ôtent rien aux mérites de tel ou tel élu local réellement dévoué et désintéressé, mais inversement, ces mérites ne changent rien à la perversité d’une organisation en trompe-l’oeil parfaitement agencée et rodée.
Vous en déduirez facilement ce que j’ai pensé de l’incroyable festival d’impudence et d’imposture qui s’est déroulé entre les deux tours de l’élection présidentielle. Les abstentionnistes étaient montrés du doigt comme des inconscients, des traîtres et des criminels, et invités de façon comminatoire à fréquenter les urnes, le 5 mai, pour se racheter de leur irresponsabilité. Et l’on vous exhibait quelques-uns de ces malheureux qui, la main sur le coeur et les larmes aux yeux, confessaient leur faute et juraient qu’ils ne recommenceraient jamais plus. Quelle pantalonnade !
Et ces admirables rassemblements de jeunes qui descendaient spontanément et miraculeusement dans la rue ! Pensez donc ! On aurait dit l’armée d’ours en peluche Duracell obéissant à des réflexes conditionnés. La jeunesse française n’a jamais été aussi insignifiante et aussi conformiste. Elle ne songe qu’à ses petites amours, à ses petites études et à ses petits loisirs, elle se love dans le giron familial aussi longtemps que possible, elle se fond dans des ensembles tribaux où chacun s’imagine quand même faire preuve d’originalité (par exemple, dans des choses aussi importantes que le choix d’un menu dans un fast food), elle manque cruellement d’idéal et d’exigences, elle suit aveuglément les modes, idéologiques ou vestimentaires peu importe, elle ingurgite sagement sa ration de “culture” préfabriquée, elle pratique ardemment le culte des stars, de leur beauté, de leur richesse, mais elle méprise souverainement les “vieux”, tant elle est repliée dans sa classe d’âge... On pourrait longtemps continuer ainsi. Ca ne l’empêche pas d’être gentillette et de s’adonner éventuellement à des B.A. humanitaires, écologiques, antimondialistes ou de se dévouer à des “causes”, pourvu que, limitées et éphémères, elles ne dérangent pas trop la recherche de son petit bien-être.
Eh bien figurez-vous que cette masse de cancrelats hédonistes s’est trouvée dotée du jour au lendemain d’une “conscience politique”. Et par ses propres moyens. Tout ce qui se déchaînait autour d’elle compta pour du beurre. Ce fut un formidable sursaut qui, indépendamment de toute influence extérieure, prit naissance dans des profondeurs jusque là insoupçonnées ! Ces bons jeunes nous expliquaient que papa leur avait proposé depuis longtemps, mais en vain, de se renseigner, de discuter, de lire “le Nouvel Obs ou “le Monde”.. Ah désormais, on ne les y reprendrait plus ! Eux aussi faisaient acte de repentance. Certains n’hésitaient pas à se draper dans les plis de ce drapeau dont, il y a un siècle, G. Hervé (rien à voir avec vous !) disait que son lieu naturel était le fumier, ils chantaient, à l’imitation et à l’invitation de leurs aînés, la marseillaise, cet hymne répugnant à la musique aussi pompière que vulgaire et dont les paroles obscènes, quand on les a prononcées, vous donnent envie de vous laver la bouche. D’autres se désespéraient de ne pouvoir voter ou se précipitaient vers les officines partisanes pour se faire encarter. Quelle rigolade !
Bien sûr, les pousseurs de ballons et de chansons, et autres bateleurs, n’étaient pas en reste ! Ceux-là sont toujours prêts, pour se faire un peu de pub et de blé supplémentaires, à parrainer des oeuvres de bienfaisance ou à surabonder dans la bienparlance. On ne les entend jamais prendre des positions courageuses qui iraient à contrecourant de l’opinion générale. Ils se contentent de hurler avec les loups. C’est tellement plus facile et plus gratifiant, et, surtout, ça profite à leurs images de marque et à leurs comptes en banque. Dans ce domaine, le record (c’est le cas d’employer ce mot) a peut-être été atteint par un certain footballeur qui nous a doctement enseigné que le Front national ne correspondait pas du tout “aux valeurs de la France”. Et il faut lire la suite, un tissu de pauvretés et de banalités. Comment un individu de ce genre et de ce niveau peut-il se permettre de jouer les directeurs de conscience ? Faut-il rappeler la réalité de ce monde qu’on ose appeler “sportif” ? C’est un microcosme qui offre un condensé remarquable de toutes les horreurs qui constituent “notre-société” : esprit de compétition, vedettariat, règne absolu du fric, campanilisme et nationalisme aigus, hordes imbéciles de supporteurs dont beaucoup sont des brutes épaisses et dangereuses, dopages, trucages, tricheries, violences en tous genres, “entraînements” inhumains, exploitation éhontée des animaux... Rien n’y manque. Et c’est à un échappé de ce milieu, dont la valeur marchande inouïe n’a d’égal que le salaire (alors que la moindre infirmière a plus de mérite que lui), qu’on voue un véritable culte. Sa femme accouche et on relate l’événement comme s’il était survenu à la reine d’Angleterre (auquel cas, et à supposer que cette dame en fût capable, il ne présenterait d’ailleurs pas plus d’intérêt). Il donne un coup de pied bien tourné et “Le Monde” (17 mai) se croit obligé de mentionner à sa “une” ce “but de légende”. Un dénommé Drucker suffoque de joie et de gratitude parce que ce dieu fait homme (ou l’inverse) a bien voulu distraire de son temps si précieux trois heures pour les consacrer à une émission... philanthropique, naturellement, qui va lui permettre, une fois de plus, de faire monter ses “actions”. Des millions d’humanoïdes dissociés sont en adoration devant cette entité régressive. Et que dire des autres manifestations “sportives” qui défilent toute l’année sans interruption, des jeux olympiques etc.. On est en pleine subversion des valeurs. Et, bien sûr, on a eu droit à l’éternel retour de ces intellectuels de pacotille, genre Glucksmann ou BHL, dont pas un ne vient à la cheville d’un Valéry, d’un Gide, d’un Claudel ou d’un Sartre et qui saisissent toutes les occasions pour hanter les petites lucarnes, exhiber leur narcissisme, pétitionner, défiler, émettre de nobles déclarations qui, bien sûr, vont toujours dans le sens du poil. Même les gens du MEDEF y sont allés de leur couplet. Ils ont osé !
Le comble de l’abjection (c’est à voir, parce que le nombre de candidats à cette position suprême est fort élevé) nous a peut-être été offert par la Télévision (je pense en particulier à la 2ème chaîne) qui n’a cessé de traîner dans la boue le candidat du Front national. La campagne électorale a été transformée en une campagne diffamatoire. Tous les moyens, tous les angles d’attaque, y compris les plus ignobles, ont été utilisés pour nuire à Le Pen... et toujours sous couvert d’analyser “objectivement” son programme. Les champions de la désinformation quotidienne, les Mazerolle et autres Schönberg, se sont surpassés dans l’improbité. On ne peut que les remercier de nous avoir donné une image parfaite de ce que serait la TV si J.M. Le Pen accédait au pouvoir. S’ils estimaient nécessaire de sortir de leur rôle, au moins devaient-ils avoir le courage de le revendiquer (comme l’ont fait certains professeurs qui ont cru bon d’offenser gravement sainte Laïcité), d’expliquer leur attitude, au lieu de maintenir hypocritement la fiction de l’impartialité. Une fois de plus, ils ont écouté docilement la voix de leurs différents maîtres pour leur faire écho et façonner l’opinion publique. Quelle mascarade ! Et qu’on n’aille pas me raconter que je soutiens Le Pen. Dans ce domaine, je n’ai de leçons à recevoir de personne. C’est moi qui pourrais en donner à des convertis douteux ou de fraîche date. Les thèses de ce monsieur me révulsent depuis bien longtemps et la seule perspective d”un rétablissement de la peine de mort me ferait hoqueter de dégoût. La question n’est pas là. Le vrai problème, c’est que lorsqu’on utilise contre l’adversaire des “arguments” ad hominem, qu’on le couvre d’insultes, qu’on se livre contre lui à des attaques personnelles (je me souviens de Lyon recouvert d’affiches anonymes pleines d’insinuations et d’accusations nauséabondes), qu’on use à son détriment des méthodes qu’on lui reproche précisément d’employer, on se déshonore, on s’identifie à lui, on se prive de tout droit à la critique et, même, on le favorise. D’abord, parce qu’on lui fournit la possibilité de se répandre en récriminations parfaitement justifiées et de se poser en victime. Un personnage aussi talentueux que lui en a largement profité et il faut malheureusement reconnaître que toutes les accusations qu’il a portées sur la coalition dont il était l’objet et l’indignité du traitement qu’on lui réservait faisaient mouche à tous les coups. Ensuite, parce que ce type de comportement ne peut que faire basculer dans son camp certains hésitants et ancrer dans leur choix ses électeurs... qu’on épargne généralement de manière assez curieuse. Car, après tout, Le Pen n’est représentatif et redoutable que grâce à eux. Mais on aime bien faire le coup des “sectes” : il y a le méchant gourou et la masse des pauvres cons qui, eux, sont bien gentils et dont le seul tort est de se laisser berner. Et inutile de nous ressortir l’antienne favorite des coupeurs de tête (genre Mélenchon) : “Pas de liberté pour les ennemis de la liberté”, qui ne tardent pas à en voir partout ! Bref, toute personne a droit au respect, qu’elle s’appelle Tartempion, Le Pen ou Durand. En particulier lorsqu’elle est à la tête d’un parti reconnu par la loi, qui attire à lui plus de cinq millions de suffrages.
Tout ce déchaînement, toute cette mauvaise foi, au service de quoi ? Pour la défense des grandes valeurs qui, nous dit-on, inspireraient notre régime politique. Alors là, je suis tout à fait d’accord, mais à condition d’éviter les amalgames et les tromperies habituelles, à condition de bien spécifier qu’il ne peut s’agir que d’un hommage purement théorique et qu’elles ne s’incarnent en aucune manière dans la réalité. Plus les Français se gargarisent de nobles principes et les étalent en discours innombrables et en résolutions solennelles, moins ils les respectent dans les faits. C’est bien connu : plus on parle des choses, moins on les met en pratique. La monstrueuse Thatcher avait bien raison de se gausser, en 1989, des prétentions françaises et de rappeler que, bien avant la grande Déclaration, avaient été promulgués en Angleterre la Grande Charte et l’Habeas Corpus. Qui pourrait affirmer sans rire qu’il existe vraiment en France une démocratie, “un gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple” ? Le gouvernement du peuple, certes, ne fait pas défaut, mais il est assuré par et pour un establishment très limité que Giscard, dans un accès de franchise étonnant, avait évalué autrefois à quelques centaines de cumulards qui manient tous les leviers de commande, auxquels on peut tout de même ajouter quelques milliers de moindres sires qui détiennent des pouvoirs subordonnés et plus restreints, et qui n’ont droit qu’aux reliefs du banquet.
Car on ne saurait non plus évoquer une vraie République, c’est-à-dire la Chose de tous, à laquelle on se dévouerait par une recherche désintéressée de l’intérêt général et du bien commun. La Chose de tous est , en fait, “occupée” (au sens où on employait ce mot il y a 60 ans), appropriée, privatisée, réduite à l’état de choses bien grasses et bien juteuses avidement consommées par une minorité de profiteurs et de nantis. Comment peut-on avoir l’indécence de maintenir aux frontons des monuments publics la devise “Liberté, égalité, fraternité”, constamment démentie par les structures collectives, et aussi par les agissements d’une caste dirigeante qui -et c’est le pire- commencent, ainsi que j’y ai déjà fait allusion, à être imités et adoptés avec zèle par une “société” civile qui devrait, au contraire, leur résister. C’est à Jospin et à son équipe, je le répète, que l’on doit cette dégradation de l’esprit public, cette implantation du sectarisme et de l’intolérance jusque dans l’esprit des “citoyens” les plus ordinaires.
Et j’en viens tout naturellement aux droits et aux libertés que devait également garantir la grande mobilisation du mois d’avril. Une fois de plus, on est en pleine supercherie et en pleins simulacres. Non seulement les fameuses libertés ne sont plus que des coquilles de plus en plus vidées de leur contenu par la multiplication des formes de contrainte, de surveillance et de contrôle que nous subissons même à notre insu, mais, dès le “départ”, ce n’étaient que des leurres disposés par une société bourgeoise qui les considérait comme de simples non-interdictions, purement formelles et destinées à son seul usage. “Il n’est pas interdit de s’exprimer”. Voilà qui est bel et bon. L’ennui, c’est que l’exercice effectif de cette liberté, dès lors qu’il tend, comme c’est la moindre des choses, à dépasser le stade de la confidentialité, suppose que soient réunis toutes sortes de conditions (le respect de “convenances” et de modes diverses) et d’atouts (financiers, relationnels..) qui le rendent, en fait , impossible pour ceux qui ne disposent pas de ces avantages et qui ne veulent pas se plier aux règles établies et imposées de “convenabilité” et de complaisance à l’égard du public. L’accès à la liberté d’expression coûte cher en moyens... ou en reniements. Tout le monde n’a pas la possibilité de se payer les premiers ou la volonté de consentir aux seconds.
Si vous adoptez, en quelque domaine que ce soit, des positions radicalement différentes et parfaitement scandaleuses, vous ne trouverez jamais, je dis bien jamais, même si elles n’enfreignent pas la loi et ne poussent pas à la transgresser, un éditeur, une chaîne de télévision ou de radio, un directeur de publication (pas plus celui du “Nouvel Obs que n’importe quel autre !) pour les accueillir (sans forcément les approuver) et leur donner une chance de trouver leur public, s’il existe. N’est-il pas intolérable que la mise en oeuvre concrète d’un droit fondamental reconnu par la Constitution soit soumise à l’appréciation et au bon vouloir de simples particuliers qui ont tout loisir, en tant que tels, d’émettre le jugement de leur choix, mais qui n’ont aucune autorité ni aucun mandat leur permettant d’exercer un véritable droit de vie ou de mort sur les écrits qui leur sont proposés. Les journalistes portent une lourde part de responsabilité dans cet état de choses, eux qui, de colloques en colloques, ne cessent de réclamer le respect et le développement de leur liberté d’expression et même, parfois, une sorte d’impunité qui serait menacée par les tribunaux (cf. la 17ème Chambre de Paris où officiait le juge Montfort), mais qui, dans le même temps, confisquent celle des autres, allant même jusqu’à refuser la publication de droits de réponse pourtant conformes à l’esprit et à la lettre de la loi. Face à cette situation, l’Etat, s’il avait pour une fois joué son rôle, aurait dû créer des structures d’édition et de diffusion permettant à tout citoyen de se faire entendre de tous les autres dans des conditions acceptables. La pierre de touche d’une vraie démocratie, c’est le soin jaloux qu’elle apporterait à ce que ses minorités, y compris celles qui la contesteraient à tort, jouissent pleinement de leurs prérogatives citoyennes, forcément attaquées par tous les consensus. Que ceux-ci puissent s’exprimer sans restriction ne signifie absolument rien : c’était le cas dans les empires nazi et soviétique. Ce que je dis de la liberté d’expression, prise comme exemple, vaut naturellement pour toutes les autres, également menacées dans un pandemonium où tout se tient en vertu d’une effroyable cohérence totalitaire.
Et vers qui s’est -t-on tourné pour assurer la “défense”d’icelles, compromises par le “gros porc”, comme disait élégamment un lecteur de Télérama ? Vers le grand méchant loup, solennellement introduit dans la bergerie pour s’y livrer à de nouveaux carnages... ‘’Tous ces débordements nationalistes et “idéalistes”... à seule fin de sacrer Lord-Protecteur un Chirac insipide, mais rusé, qui, une fois de plus, a su tirer les marrons du feu et profiter d’une conjoncture accidentellement favorable ! Il se fait élire par défaut : en 95, grâce à l’absence de Delors, en 2002, grâce à celle de Jospin. Qui est notre Sauveur ? Une nullité inconsistante, mais assoiffée de pouvoir, un expert en virevoltes et en palinodies, une girouette opportuniste en phase avec les courants dominants, un ectoplasme aux convictions flottantes (sauf en ce qui concerne la peine de mort, bravo !) et aux “sincérités” successives, faisant parfois preuve d’une désarmante fausse naïveté et ne craignant pas de se contredire et de “s’oublier” à intervalles rapprochés. Et l’on ne saura sans doute jamais s’il s’est réellement comporté en escroc de plus ou moins grande envergure, tant il est apparu habile à déjouer les pièges (?) de la “Justice”. Voilà le personnage pour lequel on nous recommandait de voter. Ceux qui l’ont fait n’étaient pas “dégoûtés” ! Il faut lire les éditorialistes qui, au lendemain du 5 mai, feignaient de croire qu’à la suite de circonstances exceptionnelles il avait mué pour se transformer en une figure noble et pure chargée de conserver le précieux dépôt des “valeurs” républicaines, et qui font maintenant semblant de s’étonner en le retrouvant dans la peau d’un chef de clan uniquement préoccupé de rafler toutes les mises et toutes les places pour lui-même et pour ses copains. Par ici la bonne soupe ! Et, bien sûr, seul Le Pen est un démagogue...
Vous comprendrez, cher M. Hervé, que cette sinistre “guignolade” ne m’a pas incité à rompre le serment que je me suis prêté en 1981. D’autant plus qu’elle s’inscrit dans un contexte beaucoup plus large. Je serai septuagénaire dans quelques semaines et cela fait maintenant 45 ans que j’observe opiniâtrement l’évolution de tous les secteurs de “la-société”(politique, social, économique, philosophique, religieux, scientifique, technique, esthétique...). Ayant vécu ma jeunesse dans des milieux traditionalistes et autoritaires, j’ai décidé, non pas de rejeter systématiquement (c’eût été puéril), mais de mettre entre parenthèses tout ce qui m’avait été inculqué, entre autres par la bande des quatre (parents, enseignants, éducateurs et psys), et j’ai découvert peu à peu, avec stupeur et déchirement, qu’on m’avait trompé sur toute la ligne et que la réalité, plutôt effrayante et atroce, n’avait rien à voir avec celle qui m’avait été dépeinte. J’ai beau être maintenant très averti et très instruit, chaque année je décèle de nouveaux abîmes d’horreur. Plus j’avance en âge, plus ma colère, ma peine, ma révolte et ma désespérance s’accentuent. L’expérience m’a convaincu de la totale inefficacité de mon “action”, d’autant plus stérile qu’elle est réduite, comme je l’ai déjà mentionné, à sa plus simple... “expression” ! Je ne suis ni aigri, ni blasé. Mais je commence à en avoir assez : ça dure depuis trop longtemps et ça donne lieu à une accumulation insupportable. N’empêche : tant qu’il me restera un souffle de vie, je continuerai à m’indigner et à protester, uniquement soutenu par la certitude qu’à mon âge la fin de l’étape n’est plus très éloignée. J’ai hâte de passer à autre chose.
Pour en terminer sur une note moins grave et boucler la boucle, j’illustrerai ma remarque initiale sur la G.E.R. (Gauche Extrêmement Réactionnaire) en me référant malicieusement à l’un de vos auteurs favoris, J. Baudrillard, qui, lui aussi, s’étonnait en ces termes : “Ne peut-on plus “l’ouvrir” de quelque façon, proférer quoi que ce soit d’insolite, d’insolent, d’hétérodoxe ou de paradoxal sans être automatiquement d’extrême droite ? Pourquoi tout ce qui est normal, conforme et conformiste, qui était traditionnellement à droite, est-il passé à gauche ?” (cité par Elisabeth Lévy, p. 215, dans son livre “Les Maîtres censeurs”). C’est à une réflexion analogue que se livre Didier Eribon dans son livre magistral déjà cité. Parlant des “idioties psychanalytiques” qui se donnent pour “un discours d’expertise scientifique... applaudi par la gauche aussi bien que par la droite”, il affirme que cette attitude “montre à quel point la gauche française, et la gauche intellectuelle en particulier, chrétienne ou non, est réactionnaire” (p. 218).
Cher M. Hervé, je ne puis que vous remercier si vous avez eu la patience de me lire jusqu’ici, vous qui êtes, à coup sûr, un homme très occupé de choses et de gens bien plus importants que moi, et j’espère que vous m’aurez pardonné mes incongruités, mes impertinences et mes bavardages.


