Les trois monothéismes se méfient énormément de la "mystique" qu’ils suspectent d’être la source éventuelle de graves déviations, impostures et extravagances.
Dans son acception courante, le mot désigne des états d’union avec Dieu particulièrement intenses et intimes qui prennent la forme, soit plutôt de l’extase qui consiste à communier avec le Projet de Dieu sur le monde, soit plutôt de "l’enstase" qui implique un approfondissement de la relation avec la Personne de Dieu. Dans les deux cas, tout à fait compatibles bien sûr, le sujet se sent "ravi", transporté, exalté, il jouit d’une sorte de béatitude et de plénitude exceptionnelles. Ces phénomènes étranges ne concernent (j’allais dire : fort heureusement !) qu’une toute petite minorité d’individus que leur nombre infime ne rend pas moins embarrassants ! Mettez-vous à la place des hiérarques : ils ne voudraient pas condamner de véritables interventions divines, mais pas non plus se laisser berner. La première question qui se pose est donc celle de l’authenticité, et elle revêt une acuité encore plus redoutable quand le ou la "mystique" se distingue par des manifestations extérieures difficiles à "étouffer", telles que des écrits, des messages ou, pire encore, des critiques contre le clergé ou des dons extraordinaires de bilocation, de double vue, de prophétie...ou lorsqu’il ou elle se permet de ne plus manger, boire et dormir pendant 30 ans. Le pompon, si j’ose dire, est la stigmatisation ! Devant de pareilles situations, les responsables religieux vont devoir déterminer si elles ne relèveraient pas d’un charlatanisme conscient et organisé ou d’un illuminisme pathologique !

