Avant d’aller plus loin, examinons les objections possibles à ce stade.
Certaines vont dire qu’on pourrait très bien papillonner d’une personne à une autre en formant des couples éphémères.
D’autres imagineront des personnes vivant la plupart du temps seules, et ayant des relations régulières avec plusieurs autres aux alentours.
On dira donc : « pourquoi préconiser une structure communautaire alors qu’on pourrait très bien laisser chacun libre de vivre avec d’autres comme il l’entend, selon ses goûts et les opportunités ?! ».
Tout d’abord, on n’impose jamais rien, les engagements doivent toujours être volontaires. Ensuite, si l’être humain est capable de vivre plusieurs relations en parallèle, il lui faut du temps pour comprendre l’autre et créer avec lui. Pour être féconde, une relation se doit d’être stable et durable. Ce qui exclut le papillonnage incessant et implique une vie en commun. D’autre part, c’est par une vie quotidienne partagée qu’une incitation à évoluer peut le mieux porter ses fruits chez chacun. Seule, on a plus tendance à se laisser aller, et on ne se rend pas toujours compte de tout ce qu’il faudrait améliorer chez nous. Il n’empêche que d’autres type de relations pourraient se former hors de la communauté de vie, j’y reviendrai.
Autre objection entendue : "c’est super cette idée de communauté, mais vu que c’est déjà très difficile de vivre une relation équilibrée avec un seul partenaire à la fois, il n’est pas possible que ça puisse bien se passer avec plusieurs couples en parallèle".
Je ne nie pas la difficulté, mais je persiste à dire que c’est possible, pour plusieurs raisons :
Précisons maintenant ce que j’entends par communauté.
La communauté est un groupe de plusieurs personnes, qui se réunissent pour vivre ensemble parce qu’elles ont la même vision de la vie et veulent mettre en pratique des idées qui dépassent largement le cadre relationnel.
Le nombre de participants pourraient aller de 3 à 10 ou 15. Même si les capacités d’amour sont larges, il ne semble pas qu’on puisse établir une relation approfondie avec 50 ou 100 personnes en parallèles. Il ne faut pas être trop présomptueuse ! Le nombre ne devrait donc pas trop dépasser 15 personnes, il n’y a pas de règles ou de chiffre barrière, c’est l’expérience et les cas particuliers qui fixeraient les limites.
Les genres étant abolis, on se moque totalement des sexes en présence, chaque personne peut idéalement former un couple avec chacune des autres personnes. Par exemple, dans une communauté de 10 personnes, chacune peut théoriquement vivre 9 couples en parallèle. Bien entendu, il ne s’agit pas d’amour forcé, mais d’un idéal que chacun s’engage à viser en adhérant à la communauté. Un projet commun et les « résonances » de l’amour universel peuvent permettre de dépasser les inévitables incompatibilités de caractères ou de physiques. S’il existe des affinités, tant mieux, mais, contrairement aux couples habituels, la communauté ne se fonde pas sur le fait que les gens se plaisent et ressentent des attirances sexuelles ou autres. C’est la volonté de mettre en pratique un projet de société partagé par tous qui donne la motivation de vivre en commun. Comme je l’ai déjà dit pour le couple, on ne va pas renoncer à sa personnalité pour se fondre dans le groupe, il faut au contraire développer toutes ses capacités originales. La communauté est donc la réunion de personnes singulières qui décident de vivre ensemble pour concrétiser des idées sur les relations et la vie en général.
Chacun des couples, étant composé de deux personnes uniques, est une entité unique et originale. Chaque relation entre deux personnes est une synthèse singulière, qui se nourrit néanmoins du vécu de tous les couples et participe à l’harmonie de l’ensemble.
Les problèmes que l’on observe dans un couple ordinaire risquent ici d’être démultipliés. La communauté n’est donc possible qu’entre des gens déjà un peu libérés des normes sociales et animés par un projet commun très fort. Sans transformations personnelles profondes et objectifs partagés, une communauté sombre très vite dans les jalousies, les luttes de pouvoirs, les disputes autour de l’argent..., quelles que soient les bonnes volontés de départ. C’est ce qu’on a pu observer dans les tentatives d’après 68.
Avec des gens quasi inchangés, une communauté tombe forcément dans les guerres intestines, l’autoritarisme ou l’édulcoration. C’est la loi de tous les systèmes actuels :
Mais une autre voie est possible...
Admettons que les choses se passent bien. Dans l’intérêt commun bien compris, les conflits se règlent sans trop de difficultés. La jalousie, l’exclusivité, la possessivité... n’ont alors plus aucun sens et ne peuvent plus s’exercer. Quand on participe à 9 couples (communauté de 10 personnes), comment pourrait-on être insatisfait, jaloux ou frustré ?
Quand on atteint un certain stade, on n’est plus préoccupé par ces questions. On s’efforce de se perfectionner, d’aider les autres et d’améliorer chaque couple. On a des choses beaucoup plus intéressantes à faire et les querelles se dissolvent dans l’amour.
De l’individu autonome on passe à la communauté. Les couples ne sont que des intermédiaires et n’ont de sens qu’intégrés dans une communauté de vie. Chaque couple est une facette de la vie communautaire et une occasion pour chacun des partenaires de s’épanouir, de se comprendre, de développer sa personnalité.
La communauté est finalement une structure au service de l’évolution de ses membres. Elle n’a rien à voir avec une entité despotique où on devrait se fondre pour former une masse indifférenciée, soumise au groupe ou à une cheftaine. C’est un peu un assemblage d’électrons libres unis par la même force.
Bien entendu, toute vie en commun implique des règles. Que ce soit à deux ou à mille, on n’y coupe pas. Et même en vivant seule, on doit se donner un cadre de vie si on veut être efficace et créatif. A une époque où on ne jure plus que par le spontanéisme et le temporaire, il faut réaffirmer l’importance de la durée et de l’engagement réfléchi, attention à ne pas confondre liberté et superficialité stérile. Peut-être qu’à dix c’est un peu plus compliqué qu’à deux et que ça demande plus de rigueur, mais il n’y a rien de fondamentalement différent. Il faut toujours veiller à répartir les tâches quotidiennes incontournables de manière juste (cuisine, vaisselle, ménage, bricolage, éducation des enfants...). On doit fixer des horaire pour les repas, inciter chacun à participer et à ne pas laisser traîner ses affaires partout. Il faut définir la nature des pièces et objets : communs ou personnels ?
Par exemple, chaque personne a sa propre chambre, plus éventuellement un atelier ou un bureau. La cuisine, la salle à manger, le salon sont des pièces communes. La (ou les) voitures sont partagées, mais pas les pinceaux d’une artiste.
Je rappelle qu’il ne s’agit pas d’une juxtaposition de couples séparés. Chaque individu vit donc seule dans sa chambre. Quand deux personnes veulent se retrouver en intimité, pour une nuit ou pour un moment, pour faire l’amour ou bavarder, elles vont dans la chambre de l’une ou de l’autre, ou dans tout autre endroit discret. Il y a les repas, les réunions, les travaux communs... pour se retrouver tous ensemble. Plus les occasions de se croiser dans la journée, de se donner des rendez-vous, amoureux ou autres. Au sujet des couples, la discrétion devrait être la règle, sauf si des problèmes graves se posent.
Il y aurait beaucoup à dire sur l’organisation de la vie communautaire, et je suis loin d’avoir épuisé le sujet. On peut juste indiquer qu’il faut vraiment avoir la foi, que ça demande rigueur et liberté, une attention aux autres et une volonté d’évolution personnelle. Efforts constants et attitude volontaire sont nécessaires, mais sans volontarisme ni masochisme.
Malgré les difficultés immenses, je sais, pour l’avoir vécu de manière partielle, que c’est possible et souhaitable. On sent vraiment que la vie communautaire répond à tous les « problèmes » relationnels artificiellement créés par nos « sociétés ». Elle offre une stabilité, une créativité et une entraide impossibles autrement.
Ni tribu mouvante, ni forteresse en béton qui écraserait ses membres, la communauté devrait être, après l’individu, le socle d’une véritable société.
Avant d’élargir à la vie collective, quelques notes supplémentaires.
1. Des enfants seront bien évidemment présents dans ces communautés. Il va de soi que ces enfants ne seront la propriété de personne. Si dix adultes sont présents dans une communauté, ces dix adultes seront à la fois père et mère pour chacun des enfants, qu’ils soient géniteurs ou pas. La vie communautaire implique donc la remise en cause des fonctions parentales. Sont parents, celles qui vivent avec l’enfant et s’occupent de lui. Loin d’être désorienté, et nous en avons fait l’expérience, l’enfant est très content d’avoir plusieurs parents. Il aime être rassuré dans un environnement stable, il ne tient pas à n’avoir que deux parents, il préfère même en avoir plusieurs. A deux ou à dix, il faut de la rigueur et de la cohésion pour mener à bien l’éducation des enfants. Je ne parlerai pas de l’éducation, ni des relations adultes-enfants, ce n’est pas le sujet.
Il faut absolument en finir avec le mythe solide et criminel qui veut que les enfants ont absolument besoin d’un père-mâle et d’une mère-femelle pour se construire et s’identifier. Les enfants n’ont pas à s’identifier à qui que ce soit et à adapter un comportement mâle ou femelle. Il faut bien insister sur la salutaire abolition des genres, qui, pour être efficace, devrait commencer avant la naissance. Les jeunes doivent savoir qui ils sont et s’identifier à eux-mêmes. Ils se construisent en s’appuyant sur de multiples personnes référentes, dont on se fout de l’âge, du sexe ou du Q.I.. Ce qui compte, c’est que ces référents les aiment, les respectent et les aident à devenir eux-mêmes.
Il est scandaleux qu’à notre époque on en soit encore à délirer avec les liens du sang et à exercer une telle pression sociale sur les prétendus déviants.
Par exemple, on n’arrête pas de rabâcher que les enfants doivent savoir qui sont leurs parents géniteurs et quelles sont leurs origines. De fait, les enfants nés sous X réclament à tout prix le droit d’identifier et de rencontrer leur mère génitrice pour arriver à vivre. C’est vraiment pitoyable de les pousser à en arriver là. On n’en a rien à faire de ses origines, ce qui compte c’est ce qu’on va faire de notre vie. Si on a des parents (adoptifs dans ce cas) qui nous aiment et nous aident, pourquoi se fixer inutilement sur le mystère de ses géniteurs ? L’énigme du big bang ne vous empêche pas de vous lever le matin pourtant.
Dans ce cas, il faut rejeter ces éducateurs, ces psys et ce conformisme social qui conditionnent ces idées délétères sur le droit de connaître ses origines. Au lieu de compliquer l’accouchement sous X, on devrait au contraire le simplifier et valoriser les femmes qui le pratiquent comme les gens qui adoptent et qui veulent devenir parents.
Dans la même lignée, il est absurde et choquant que les couples homos n’aient pas les mêmes droits que les autres (ce qu’a confirmé en mars 2002 la Cour européenne des droits de l’homme). Ils ont quand même eu le PACS (au rabais), mais pour l’adoption... On préfère donner des agréments au compte-gouttes, en incitant hypocritement les homos à ne pas révéler leur homosexualité. Comme s’ils étaient moins capables que les hétéros ! Toujours ce souci débile de l’identification et de la reproduction sociale par le biais du choix bipolaire de son sexe. Il est pour le moins paradoxal que l’adoption soit soumise à des conditions draconiennes (pour les hétéros, ce n’est pas facile non plus) alors qu’on peut enfanter « naturellement » tant qu’on veut ! Toujours cette prime donnée à la parentalité qui découle des liens du sang.
Des tas d’enfants sont maltraités, mal éduqués, battus et violés dans les familles ordinaires, où ils ont été obtenus par voie naturelle. Mais ça ne fait rien, on continue à discriminer les homos, les communautés, l’adoption... Avec les micmacs en éprouvette, les dons de sperme ou d’ovule, les mères porteuses et le futur clonage, les familles recomposées ou décomposées..., les liens du sang ne veulent plus rien dire, mais ça fait rien, on s’efforce de maintenir la fiction et les normes étouffantes.
Là comme ailleurs, on voit bien que les lois et pratiques sociales actuelles ne visent pas l’épanouissement de tous les individus, mais le maintien des carcans qui empêchent l’ordre établi de s’effondrer et qui veulent bloquer toute chance d’émancipation, de liberté et d’évolution.
2. On a déjà pu remarquer que toutes les « déviances » sexuelles et relationnelles battaient en brèche les notions de couple exclusif et d’identification à son sexe physique. Dans la même idée, des tas de pratiques plaident, sans le vouloir, en faveur de la communauté et d’autres rapports.
De manière partielle, des groupes d’individus ou des ethnies s’écartent des standards et évoquent d’autres rapports individuels.
La communauté n’est donc pas une idée nouvelle et incongrue, elle semble ressurgir partout, même là où elle est étouffée et niée.
3. Les multiples relations possibles à l’intérieur d’une communauté permettent déjà une grande richesse. Malgré cela, on pourrait reprocher un caractère fermé à cette entité, qui reproduirait à plusieurs l’exclusivité du couple classique.
Il ne s’agit pas de vivre en autarcie. La communauté fait partie d’un tissu collectif plus large et ses membres s’investissent dans des tas d’activités avec des personnes « extérieures » à celle-ci. Et lors de ces fréquentes rencontres et collaborations (projet artistique, construction exceptionnelle...), rien n’interdit à deux personnes d’aller plus loin, et ce serait même logique et tout naturel. Il n’y a donc aucune raison de prohiber, de cacher ou de déprécier des relations qui se noueraient entre un membre d’une communauté et une personne externe. Seulement, il faut faire attention à la dérive hédoniste d’un désir effréné et considérer que ces relations « externes » ne seraient pas tout à fait du même type. En effet, elles ne pourraient être aussi suivies et approfondies que celles qui se jouent à l’intérieur d’une communauté, tout en étant éventuellement aussi forte et sérieuse. Quand on ne vit pas en permanence avec quelqu’un,, c’est plus difficile de se connaître et on ne peut pas viser les mêmes objectifs. Loin d’être des relations au rabais, les relations « externes » seraient différentes et permettraient aux partenaires un autre éclairage que celui apporté par les personnes de leurs communautés respectives. Du fait de leur non-implication dans la vie quotidienne, elles pourraient apporter un regard neuf, lucide et détaché sur la vie communautaire. Leur caractère plus épisodique ne serait pas une faiblesse ou une quelconque infériorité, mais simplement apporterait un autre point de vue aux personnes en présence, et finalement aux deux communautés.
Rien n’interdit d’ailleurs que les membres de cet autre type de couple, noué à l’extérieur, rendent des visites dans les communautés. Les autres seront très contents et n’auront aucune raison d’être jaloux et de dire la phrase rituelle : « on ne te satisfait pas pour que tu cours ailleurs ?! ».
Ces rencontres, qu’elles durent ou pas dans le temps (il n’y aurait pas les mêmes engagements que dans la communauté), pourraient apporter beaucoup, et sur tous les plans.
Ces couples externes peuvent se voir fréquemment ou rarement (suivant leurs désirs et la distance géographique qui les sépare), peu importe, tant qu’ils font attention de ne pas oublier complètement les gens avec qui ils vivent au quotidien. Ils pourraient aussi sans doute échanger des correspondances très fécondes, collaborer étroitement sur divers projets... Une richesse et une occasion d’épanouissement supplémentaire !
Ces multiples relations externes sont donc à encourager sans qu’elles aient à se cacher ou à culpabiliser. Il suffit de rester raisonnable et de ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre. Les relations, avec toutes leurs composantes (intellectuelles, affectives, sensuelles, spirituelles...), seraient donc nombreuses, variées et constructives, et contribueraient largement au développement général d’une société ouverte, égalitaire et féconde.
4. Souvent, quand on parle de communauté, on entend des remarques du genre : « ça doit être l’orgie, la partouze tous les soirs ! ».
Et non ! Une communauté est faite de personnes qui ont des relations de couple avec chacune des autres personnes. Il n’est donc pas question de se retrouver à trois ou dix dans le même lit pour des ébats communs. Au passage, profitons-en pour souligner que quand on parle de communauté, ce sont surtout les questions sexuelles qui sont soulevées. On oublie tout le reste : partage du travail et des ressources, organisation de la vie quotidienne, collaborations multiples... Les relations sont un tout, il n’y pas d’un côté le sexe et l’affectif, et de l’autre le reste.
Pour revenir à la question des partouzes, qui fait fantasmer beaucoup de monde, il faut quand même s’interroger plus en détail, en écartant les ébats mécaniques et superficiels qui visent uniquement à sortir du quotidien et à se faire mousser.
La relation est à la base un engagement à deux personnes. Il n’empêche que, de nombreuses activités s’exerçant à plusieurs, on peut se demander si la sexualité et l’affection ne pourraient pas aussi se pratiquer à plusieurs. Doit-on considérer la sexualité (au sens large) comme un mode spécifique et intime qui ne peut se partager qu’à deux personnes et pas plus de deux ? Du fait des relations entrecroisées, la communauté crée un état de communion affective, mais chaque couple reste « séparé » et unique. Les relations sexuelles des unes et des autres s’influencent mutuellement sans qu’il y ait pour autant des nuits à trois ou plus. Faut-il aller plus loin ? Faute d’expérience en la matière, je ne saurais répondre. Parfois, en dehors des fantasmes, j’ai pu ressentir l’envie concrète de faire l’amour à trois, mais il n’y a pas eu passage à l’acte...
Difficile de trancher. Disons que je n’ai rien contre a priori. Simplement, il faut bien comprendre qu’il ne s’agirait pas d’hédonisme pervers, mais d’améliorer, élargir et enrichir le champ des relations en pratiquant sur un plan sexuel ce qui se fait sur les plans artistiques ou intellectuels. Personne n’est choqué quand trois ou quatre personnes collaborent étroitement à la réalisation d’une œuvre d’art.
J’ai pu lire une nouvelle géniale qui parlait d’une communauté (sans couples exclusifs) de sourds muets pour qui la sexualité faisait partie de la communication générale, et était pratiquée sans complexes en groupe (Titre du recueil : « Persistance de la vision », titre de la nouvelle : « Les yeux de la nuit », de John Varley, Edition Denoël, Collection Folio).
Il existe sans doute des témoignages de gens qui ont pratiqué la sexualité de groupe, dans l’amour et le respect réciproque.
Il faut ajouter que de telles relations à plusieurs, étendues aussi à la sexualité, supposent qu’au départ soient constitués des couples solides, qui se connaissent et s’aiment de manière forte. Ce n’est pas quelque chose qui peut s’improviser après deux jours de vie commune.
Comme je l’ai dit, une communauté ne se fonde pas d’abord pour des buts relationnels, mais pour vivre un projet de société. De plus, une réelle communauté induira de fait des changements dans d’autres secteurs que le relationnel. Le simple partage des tâches quotidiennes et des ressources, les collaborations et relations multiples (internes et externes) entraînent la formation d’un groupe libre et cohérent qui vit déjà d’autres rapports politiques, sociaux et économiques. Quand on est capable de vivre ensemble et de tout partager, sans autoritarisme ni dissolution des personnalités, c’est déjà la fin de l’Etat, du capitalisme, de l’esclavage et de toutes les inégalités.
Une telle communauté impliquerait une redéfinition complète du travail et de la propriété, la disparition de la famille, des entreprises, de la notion d’héritage et des liens du sang. Ce serait déjà le modèle, la matrice et le début d’une toute autre société, fondée sur la vie spirituelle, l’amour, l’entraide, l’égalité, le partage et la liberté.
Dans une société véritablement humaine, les communautés seraient les relais entre les individus et les collectivités, des images à échelle réduite du fonctionnement et des fondements de la société toute entière, qui feraient circuler l’amour, l’énergie et la créativité entre toutes les personnes.
On est loin des couples tombeaux, fermés sur leurs jalousies exclusives, repliés sur leurs bonheurs et leurs emplois, qui passent plus de temps à se détruire qu’à s’aimer.
« Les relations, le couple et la communauté », suite du dossier