Les relations, le couple et la communauté

1/5 Etat des lieux : le champ de bataille

Dans les domaines sexuels et relationnels, la misère affective est immense : oppression domestique, domination, violences familiales, hiérarchie entre les sexes, inégalités hommes-femmes, catégorisation, patriarcat omniprésent, hétérosexualité normative, normes sociales diverses, tabous.... On trouve hélas des violences discriminatoires et des carcans étouffants les individualités dans toutes les cultures.

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Il est clair que, depuis très longtemps, les rapports entre les personnes sont régis suivant des codes écrits et/ou des normes implicites. Ces règles, plus ou moins lâches et strictes, ont pu varier sensiblement suivant les régions et les époques. Je ne suis pas historienne ni anthropologue, mais je remarque néanmoins que toutes ces constructions relationnelles ont été oppressives, d’une manière ou d’une autre. Il y a toujours des catégories de personnes humaines qui se retrouvent en état d’infériorité, qui sont rejetées, dévalorisées, exploitées ou carrément massacrées. Dans toutes les cultures, on retrouve des formes de hiérarchie et d’inégalité. A un moment ou un autre, des particularités individuelles doivent se plier aux normes communes, de larges franges d’individus doivent sacrifier ou cacher une part d’eux-mêmes pour se conformer à la société à laquelle ils veulent s’intégrer (et souvent, ils n’ont guère le choix...).

L’oppression n’est donc pas l’apanage de l’hétérosexualité ou du patriarcat. Tel système sera mieux que tel autre sur tel plan, mais sur un autre plan, il sera tout aussi répressif. Qu’il s’agisse de matriarcat, de harem, de clan, de tribu, de mariage, de concubinage ou de PACS, que les couples soient homos, interethniques, bisexuels ou incestueux, les mêmes problèmes finissent toujours par se poser : appropriation, jalousies et chantages affectifs, violences physiques ou psychologiques, séduction, frustrations, routine, interdits, dominations...

On peut remarquer certaines constantes dans toutes les civilisations (malgré quelques exceptions) :

Ce qui fait qu’actuellement encore, pour la grande majorité des humains, une relation vécue sur tous les plans ne peut se concevoir qu’entre un mâle et une femelle à peu près adultes, qui doivent former un couple à peu près stable, et avoir des enfants par un moyen ou un autre. Avec en plus, le fait, revendiqué ou allant de soi malgré les beaux discours, que la femelle a moins de droits que le mâle et sera souvent dominée.
On en est là, les exceptions ne sont pas légion, et sont toujours très mal vues par les gens ordinaires, ceux qui forment le gros du troupeau. Et de toute façon, ces « exceptions » (couples homos, trios, groupes...), même si elles mélangent les genres ou inversent de manière amusante les catégories en vigueur, finissent souvent par reproduire les mentalités de base.
En effet, les instincts de domination et de servitude, les désirs d’appropriation, les pièges de la jalousie ou des frustrations sont indépendants des sexes et des structures sociales en place. Tout le monde en est victime, complice et bourreau.

Au delà des normes générales ou locales, on en vient à s’interroger sur l’individu. Qui est-il ? Qu’est-ce que la relation, l’amour, la sexualité... ?
Avant d’examiner ces questions, effectuons une rapide plongée dans les barbaries inscrites au fer rouge dans les rapports humains.

Dès avant la naissance, les personnes sont marquées et élevées en fonction du type d’organes génitaux dont elles sont porteuses. Mai 68 n’a pas changé grand chose, on a les mecs et les gonzesses, les « vrais » hommes et les tapettes, les « vraies » femmes et les sales gouines. Partout, dans toutes les classes sociales, une séparation entre les sexes est inculquée, implicitement et directement. Les rares exceptions ne pèsent pas lourd, les machines économiques, publicitaires, éducatives et familiales se chargent de faire entrer les personnes dans le moule de la soi-disant identité sexuelle correspondant à la « couleur » de leurs organes.
Les intersexués et variantes d’hermaphrodites (les personnes qui ont des mélanges inédits de sexes physiques) sont sommées, à coup d’hormones, de cure psy et d’opérations chirurgicales, de rentrer dans l’une ou l’autre catégorie de manière claire : Mâle ou Femelle !
Dès la plus jeune adolescence, les mâles (qui deviennent des garçons, au sens de calqués sur le genre homme) et les femelles (qui deviennent des filles, au sens de calquées sur le genre femme) forment des bandes à part qui s’ignorent, se battent, ou se séduisent. Les stéréotypes véhiculés partout tendent à enfermer mâles et femelles dans des schémas très précis, auxquels ils doivent se conformer, de gré ou de force, sous peine d’être exclus, méprisés et brimés par leurs « camarades » et familles.
On nous vend femmes et hommes objets à tour de bras. Et tout le monde achète, bave devant les stars de pacotille du show biz, fait des régimes ou de la musculation pour ressembler aux figures glacées des magazines débranchées des vraies réalités

Les garçons doivent être brutaux, vulgaires, aimer les engins motorisés, se saluer par des serrages de main vigoureux ou des grandes tapes dans le dos. Les filles doivent être plus douces, aimer les fringues et les enfants, elles se font la bise et peuvent même se tenir par la taille ou par un bras autour du cou.
Les tendances homosexuelles présentes en chacun sont, consciemment ou non, refoulées avant même qu’elles ne se manifestent. Les bonnes copines se gardent bien d’aller plus loin qu’un vague baiser sur la bouche, et les bons copains se contentent des bourrades type rugby et des beuveries rituelles. Beaucoup apprécient les stars androgynes, mais répètent les blagues débiles qui rabaissent les non-conformes.

Les exceptions chez les deux sexes n’inversent pas la tendance, elles ne sont que les signes de la diversité. Lesbiennes et pédés sont parfois tolérées dans nos pays occidentaux, ils prouvent qu’on est civilisé et tolérant, ils font fantasmer les « normaux » Ca fait moderne d’avoir des ami(e)s homos ou de tenter soi-même des « expériences » sexuelles, c’est folklorique, c’est même à la mode dans certains pays. S’ils sont sages et ne remettent pas en cause fondamentalement les structures sociales, ces « erreurs de la nature » (comme disent encore certains) seront intégrées avec le reste dans la grande machine à broyer.

Le sexe et l’érotisation des objets s’étalent partout au cinéma et dans les publicités. On est sursaturé de figures prétendument féminines, aguicheuses et aux mensurations calibrées, qui, des ados aux vieillards, doivent nous faire saliver et consommer de la marchandise devenue artefact sexuel. Seulement, il faut rester sage, et consommer (le sexe) chez soi, avec sa « légitime ».

De nos jours, les cas de femmes et d’enfants maltraités dans leurs familles sont légion. Une étude sociologique parue en 2001 montrait que les cas de maltraitance domestique n’avaient pas du tout diminué, et touchaient tous les milieux. Les viols ne sont pas rares et la prostitution se porte toujours aussi bien, elle a même trouvé de nouveaux débouchés avec les webcam. Des tas de gens sont encore prêts à louer un corps comme ils loueraient une voiture !

Beaucoup sont frustrés, blessés, dégoûtés, certains deviennent violents, d’autres se suicident. Et je ne parle pas des mariages forcés, de l’excision, des femmes adultères assassinées, mutilées...

Certaines courent toute leur vie après l’âme sœur, d’autres, marié(e)s ou pas, multiplient les conquêtes sans lendemain. De bonnes mères (ou pères) de famille jouent la respectabilité de façade, tout en ayant des maîtresses/amants régulières. Des amantes passionnés finissent par se haïr après quelques années de vie commune.
Quand les couples se déchirent, les enfants sont souvent l’enjeu de divers chantages et tractations sordides.

Si la caricature du mari alcoolisé, violent et despotique, qui bat sa femme, ses enfants et son chien, s’est un peu atténuée, les mentalités sont les mêmes. L’ordre familial vécu actuellement est une horreur, pourtant on continue à nous le vanter et à nous faire croire que c’est le bonheur. Incapables de vivre autre chose et de refuser la contrainte sociale, on se rabat sur ce qu’il y a.

La misère affective est immense, difficile de ne pas être entraîné dans ces cercles infernaux.

Je ne m’étendrai pas plus sur le sujet, ce n’est pas l’objet de ce texte, je veux surtout être constructif. Il suffit de regarder autour de soi et dans la littérature pour se rendre compte des dégâts et des multiples perditions.
Il ne faut surtout pas désespérer, se transformer en reclus ou en jouisseur cynique et sans cœur. Les relations (au sens large) font partie de l’humanité, elles sont l’humanité. Sans amour, sans contact profond avec autrui, on peut difficilement devenir pleinement humain. Autrui peut d’ailleurs être étendu à Dieu et à tous les êtres vivants. Même si certaines peuvent vivre en solitaire, l’humanité est grégaire. Le contact intime avec une autre âme nous aide à saisir notre propre mystère.

Comment vivre des relations en s’épanouissant et sans nuire à autrui ?
Comment sortir des normes sociales artificielles et découvrir qui nous sommes vraiment ?
Comment concilier l’individu, le couple et le collectif ?

Je vais tenter d’y répondre.

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Zora
samedi 4 mai 2002
Mise à jour : 18 septembre 2006
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