Les banlieues ou « pas le problème mais une solution »

15 juillet 2010
Par PP
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Voltaire aurait pu décrire, si les banlieues avaient existé de son temps, les étonnements d’un voyageur étranger devant cette situation pour le moins surprenante d’un « fait de société » présenté partout comme un « problème de société » alors qu’il est de toute évidence une solution particulièrement efficace pour résoudre quantités d’autres problèmes épineux. Il est ici proposé une réponse à une question qui agite le microcosme politico-journalistique parisien : pourquoi donc la situation dans les banlieues reste identique depuis les années 60 ? Swift en aurait fait un petit chef d’œuvre. Amis lecteurs, il faudra vous contenter de ma prose. Mais qu’importe le flacon…

Les hommes et femmes politiques ont besoin de thèmes de campagne pour se faire élire. A droite, quoi de mieux que l’insécurité dans les banlieues, insécurité que certains attisent régulièrement par des déclarations fracassantes. Au contraire, les candidats de gauche vont proposer de résoudre le problème des banlieues, de mettre fin à une situation inacceptable… et cherchent ainsi à démontrer l’inefficacité du pouvoir exécutif du moment pour mieux prendre sa place.

Les assistantes sociales, éducateurs et autres travailleurs sociaux… ont besoin de travailler. On n’a rien trouvé de mieux que la masse de déshérités regroupés dans les banlieues. Si les banlieues n’existaient pas, les travailleurs sociaux se retrouveraient au chômage. Notons d’ailleurs qu’il faudrait créer des banlieues pour absorber ce nombre important de nouveaux chômeurs.

Les policiers et autres agents de sécurité ont besoin de faire oublier les différentes bavures qu’ils provoquent périodiquement. D’où le montage médiatique d’opérations spectaculaires d’arrestation de dealers. Ceux-ci sont inévitablement présents dans les banlieues parce qu’ils y trouvent beaucoup de leurs revendeurs, qui n’ont pas d’autres moyens de vivre à cause du chômage, et beaucoup de leurs clients, qui essayent d’oublier momentanément qu’ils vivent… en banlieue.

Les grandes écoles de la République ont besoin d’aller puiser dans les banlieues leur quota de bons élèves issus des milieux défavorisés pour faire croire à tout le monde que l’ascenseur social fonctionne encore et que l’égalité des chance existe.

Les très riches sont assurés de trouver dans les banlieues le nombre indispensable de très pauvres qu’ils leur faut pour qu’ils soient très riches.

Les sociologues et autres chercheurs en science sociales y trouvent un terrain d’aventure et de recherche pour justifier leurs salaires, ou leur poste ministériel quand ils arrivent à s’en faire attribuer un.

Les avocats y puisent un nombre appréciable de leurs clients (certes beaucoup sont à l’aide juridictionnelle, et si pour ceux-là, ce n’est pas très rentable, cela permet au moins aux jeunes avocats de se faire les dents).

La liste des bienfaits des banlieues est ouverte, et vous pouvez la compléter quand vous voulez.

Bref, les banlieues sont indispensables au bon fonctionnement des partis politiques, de la police, des médias, des entreprises, des universités, des cabinets d’avocat…. En somme, si elles n’existaient pas, il faudrait les inventer. Il n’y a en définitive que ceux qui y vivent qui font la grimace, mais en vertu du principe de solidarité et de fraternité, ils devraient se consoler dans la mesure où grâce à eux la société dans son ensemble trouve un équilibre globalement satisfaisant.


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