L’organisation économique mondiale permet aux grands prédateurs internationaux et aux potentats locaux de dépouiller les populations de leurs ressources et de les laisser désarmées face aux guerres, à la famine et aux maladies, trinité sinistre qui, à elle seule, provoque chaque année des millions de morts, et pas seulement dans les pays émergents ou en voie de développement, mais aussi au sein des nations les plus riches. Les apôtres humanitaires, notamment religieux, s’efforcent de réparer ou de réduire les dégâts, parfois au péril de leur vie, et l’on ne va certainement pas leur reprocher de sauver des milliers de personnes. Et pourtant, quelle ambiguïté ! Dans la mesure où elles apportent des remèdes (même très limités) à des maux extrêmes, où elles tentent de nous débarrasser de certaines scories monstrueuses, où elles empêchent l’horreur d’atteindre un niveau au-delà duquel elle deviendrait trop voyante et absolument insupportable,elles font le jeu des grands criminels de la politique et de l’économie en rendant plus aisée la poursuite de leurs forfaits. Elles en deviennent les alliés objectifs, même si, bien sûr, elles n’en ont pas l’intention ni, même, la conscience. Le pire est que les assassins planétaires se font bien voir en subventionnant les humanitaires qui, malgré eux, leur facilitent la tâche ! D’une certaine manière, ça se comprend : ils rétribuent ceux qui leur rendent service. Et la "pièce" qu’ils leur donnent est bien peu de chose à côté des avantages qu’ils retirent de leur action.
Imaginez une grande cour dallée où les massacres se succèdent sans interruption. C’est un peu l’image du monde où nous pourrissons. Des flots de sang la parcourent. Les exécuteurs souhaitent dissimuler leurs agissements. C’est pourquoi la cour a été ceinturée de hauts murs, mais ils ne parviennent pas à contenir entièrement les vagues qui débordent à l’extérieur en s’infiltrant par de multiples interstices. Heureusement (!), des domestiques zélés, dont l’une s’appelle Thérésa, sont là pour éponger le trop-plein. Ils le font de bonne foi, sans se rendre compte apparemment du rôle qu’on leur fait jouer. Il y aurait bien une solution, semble-t-il. Thérésa et ses compagnons assortiraient leur engagement caritatif de discours révolutionnaires non-violents qui dénonceraient les systèmes, les institutions, les mécanismes et rouages engendrant la misère du monde, et qui désigneraient nommément les pays, les puissances, les firmes et les ploutocrates qui en sont à l’origine et qui les font fonctionner à leur profit. Mais voilà ! S’ils se permettaient de tenir ce langage, il n’y aurait plus de Mère Thérésa ou d’abbé Pierre, plus de médiatisation, de louanges hyperboliques, plus de Légion d’honneur, plus de prix Nobel...et plus d’aumônes ! Les grands fauteurs de crimes contre l’humanité ne célèbrent et ne stipendient leur dévouement que dans la mesure où ils se font, bien involontairement mais très sûrement, leurs complices.
Ces remarques valent pour toutes les sortes de réformismes. Dans la mesure où l’on s’imagine qu’il est possible d’améliorer les choses par petites touches successives, par d’innombrables gestes quotidiens (discours illusoires et funestes partout répandus de nos jours !) SANS TOUCHER aux structures et aux idéologies de base, on contribue, par ses "bonnes actions", à les aggraver perpétuellement tout en continuant à croire dur comme fer qu’on les fait évoluer dans la bonne direction. Vous apportez un boisseau d’eau pure, mais sans vous en rendre compte, vous le versez dans un océan de merde qui la transforme en merde pour en augmenter le volume global ! C’est là une question de toute première importance sur laquelle il faudra revenir en détail. En attendant, tâchez de vous... démerder ! Bon courage et gros bisous

