1.2.2 Collectives
a. Peine de mort et Justice
Un peu partout dans le monde, des personnes sont exécutées (dans tous les sens du terme) par la Justice. Souvent les jugements sont sommaires, expéditifs, partiaux, et des innocents (ou de simples opposants politiques) sont envoyés au bourreau.
C’est plutôt paradoxal : assassiner froidement des meurtriers pour défendre l’humanité, les Droits de l’Homme, la société civilisée... Répondre au sang par le sang, se venger, une longue tradition barbare et absurde que les raffinements du Droit ne peuvent dissimuler.
Que les jugements soient moins expéditifs et que les exécutions se fassent discrètement avec une chaise électrique plutôt qu’à la hache en place publique n’ôte rien à l’horreur de l’acte. Une fois que le mal est fait, que le criminel a commis ses crimes, à quoi bon en ajouter un autre ? C’est comme pour les terroristes, le peuple se focalise sur quelques têtes. L’Etat lui fournit des cibles désignées et expiatoires pour défouler sans risques ses pulsions.
Dans une société humaine, on aurait des conditions générales nettement moins favorables à l’apparition de criminels. Et les irréductibles seraient traités avec de meilleurs égards. A quoi ça sert d’entasser des gens à ne rien faire dans des prisons ?
Je ne vais pas me lancer dans une critique de la Justice, mais voici juste quelques éléments (voir aussi chapitres 1-3 et 1-4).
La Justice, quel que soit le pays, est toujours à la base un système violent et oppressif destiné à maintenir un certain “ordre” favorable à l’Etat et aux puissants. Le but de la Justice n’est pas l’égalité et la protection des citoyens, mais le maintien de l’injustice, de l’inégalité et la protection des riches. Le Droit est fait de telle façon qu’il peut toujours s’appliquer dans le sens qui arrange ses serviteurs. Un pauvre arabe analphabète “vaut” moins qu’un P.D.G. blanc, c’est évident. Les très rares exceptions ne font que confirmer la règle. Il vaut mieux avoir de l’argent et des avocats pour nager sans casse dans les méandres des palais de justice.
La Justice se confond avec les intérêts de l’Etat, eux-mêmes se confondant avec les intérêts des multinationales et assimilées. Elle est donc au service du contrôle et de l’exploitation du peuple au profit d’intérêts économiques et/ou idéologiques. Le peuple étant lui-même violent et avide de profits, la boucle tourne sans fin...
b. Milieux clos
Dans les asiles, plus ou moins concentrationnaires, les fous et handicapés en tous genres ont toujours été maltraités, abandonnés ou exécutés. Dans cette jungle, il vaut mieux ne pas être un tant soit peu “handicapé”, différent : les troupeaux de mammouth n’auront aucun scrupule à vous piétiner. Ce qui compte, c’est la rentabilité, l’efficacité et la compétition. Les êtres incapables de suivre ce mouvement mécanique accéléré sont bons pour les décharges, comme les vieilles voitures, même si elles ont de belles formes.
Parfois, on essaie quand même de les exploiter avec des travaux débiles. Les marchés s’y retrouvent car ils sont payés aux rabais.
Dans certains cas, ils peuvent servir de matériel d’expérience, ils risquent moins de se plaindre.
Dans les pays occidentaux, on n’ose plus, de nos jours, éliminer tous ces “sous-hommes”, alors on les parque, sans vraiment se soucier de les aider à vivre leur personnalité. Remarquez, on ne le fait pas non plus pour les autres. D’ailleurs les “normaux” finiront par devenir des handicapés volontaires.
C’est comme les pauvres, il y en a trop, on ne peut pas les éradiquer comme ça, alors on les entasse en banlieue, on les met en réserve dans la rue ou dans les bidonvilles. Peu importe que leurs conditions de vie soient déplorables.
En prison, la survie est difficile. A l’entassement s’ajoutent la promiscuité et la violence entre prisonniers. On peut y trouver aussi : la torture, les mauvais traitements et le manque de soins, l’exploitation, les viols... Ce n’est pas cet univers concentrationnaire et ultra-violent qui risque d’arranger les gens qui s’y trouvent. Il faut vraiment une force intérieure surhumaine pour se “purifier” dans une prison et en sortir mieux qu’on y est entré. Sans parler de tous les innocents enfermés et de tous ceux qui attendent un jugement ou seront innocentés.
Dans les hôpitaux, les corps sont livrés à la froideur de la médecine. On médicalise à outrance des événements naturels comme l’accouchement. Les malades risquent les erreurs et les surinfections. Le corps et l’esprit sont traités comme des mécaniques à rafistoler. On ouvre et on tranche mais on ne s’interroge pas sur le sens des maladies et accidents, le sens des existences est ignoré, gommé par l’efficience chirurgicale. Les patients préfèrent se faire charcuter au lieu de remettre en cause leur vie. Et les chirurgiens, exaltés par leur pouvoir de remise en état temporaire, poussent toujours plus loin leurs prouesses, sans se demander pourquoi les corps se retrouvent dans ces états déplorables.
Maintenant, il y a des psychologues et assimilés, qui ne font qu’effleurer la surface et renforcer les dogmes régnants. “Humaniser” et rendre plus accueillants les hôpitaux ne changent rien à l’absurdité et aux limites de leurs activités.
c. L’architecture et les aménagements reflètent et amplifient les modes de vie désastreux.
Comment ne pas être horrifié par ces villes tentaculaires qui s’étendent à perte de vue le long d’autoroutes où alternent centres commerciaux, barres d’immeubles, ronds-points et panneaux publicitaires. Comment ne pas ressentir la violence, la laideur extrême et l’absurdité d’un tel cadre de vie ? Les gens ne sont plus que des mini auto-tamponneuses qui doivent circuler à toute vitesse dans les circuits de consommation/travail/loisirs. Ils tournent en rond sur les mêmes pistes sans se rencontrer vraiment, sauf pendant les accidents de parcours.
Partout des flots de voitures et de pub saturent vos yeux et vos oreilles. Le cerveau n’est plus qu’une bouillie, mixée encore par la radio, les musiques assommantes, les jeux vidéo et le matraquage télévisuel. A la campagne, même si l’environnement est plus calme, les mass-médias sont allumés en permanence dans les chaumières et les gens vont souvent travailler en ville.
Les lieux urbanisés deviennent tous identiques et impersonnels, froid et bétonnés. Ce ne sont pas les trois sculptures post-modernes placées sur les rond-points au milieu des pétunias qui arrangeront les choses. Tout est fait pour fonctionner et faire consommer, pas pour favoriser la méditation, le sens esthétique et les rencontres entre les gens. Les trop rares rues piétonnes, bien propres, sont faites pour le commerce et le tourisme, pas pour que les habitants s’en emparent et y fassent des tas d’activités.
Dans les immeubles, chacun sa case, chacun pour soi et chacun chez soi, finie la convivialité. Et que dire de ces maisons individuelles préfabriquées éparpillées partout, avec chacun son enclos, son herbe de la pampa, sa piscine ridicule et ses trois nains de jardin ? Ce ne sont que des déserts, moches de surcroît.
d. Les mass-médias sont là pour marteler en permanence l’impératif de consommation et de conformité
Ces conditionnements plus ou moins insidieux poussent les gens à n’exister que par les modes et la possession d’objets. En imposant leurs modèles, ils tendent à effacer les véritables individualités au profit de stéréotypes “personnalisables” à l’infini grâce aux gadgets toujours renouvelés proposés par l’industrie et la pseudo-culture. Ils fournissent à la fois la prison et les mirages pour la supporter et l’aimer.
Les mass-médias sont ainsi le relais et les alliés des pouvoirs économiques et politiques dans leur tâche de contrôle et d’asservissement des populations. Quand il s’agit de gruger les peuples, les pouvoirs, en guerre sans merci habituellement, tombent toujours d’accord. Leur travail est grandement facilité par le fait que les peuples réclament leurs chaînes et sont prêts à payer, dans tous les sens du terme, pour les avoir.
Les mass-médias séparent un peu plus les gens, tout en prétendant les réunir et les faire communiquer, dans les pseudo-débats télé ou sur internet...
Leur violence consiste aussi à édulcorer et à “spectaculariser” la violence réelle.
Pour ces sujets, vous pouvez consulter par exemple : “La cité des morts” de Jan Maryko, “La société de consommation” de Jean Baudrillard et “Le commerce des apparences” de Pascal Lainé.
e. Contrôle social
Pour se perpétuer la “société” a besoin que les citoyens restent dans les limites autorisées. Et les gens qui veulent s’intégrer sont prêts à se soumettre aux règles du jeu. Donc, dans cet acide, tout devrait baigner au mieux.
En fait, même si les individus ne veulent aucunement faire la Révolution, une pression sociale s’exerce en permanence sur eux. Il s’agit d’éviter toute déviance et de limiter ceux qui ont des tendances à la violence illégale. La “société” est si intolérante et parano qu’elle a peur de tous ceux qui sont un tant soit peu différents. Comme par exemple les homosexuel(le)s, les nomades, les groupes ou communautés, les gens qui créent des écoles parallèles, les circuits d’entraide économique... Les on-dit, les voisins, les anonymes, les mass-médias, les contraintes financières... se chargent, directement ou indirectement, de vous maintenir dans les rangs. Cette forme de violence, diffuse, n’en est pas moins réelle et efficace.
Il faut dire qu’elle s’exerce depuis la naissance et en permanence grâce à la famille puis à l’école, efficacement complétées par la télé. Les personnalités sont écrasées dans les moules dès l’enfance pour jouer les rôles sociaux et sexuels attendus. Personne ou presque ne s’en aperçoit, car cela est considéré comme normal, naturel et nécessaire. Pour eux, cette “société” est la seule possible et souhaitable, ils veulent s’y intégrer et “inviter” les jeunes à faire de même.
Les gosses trempent en permanence dans un bain fangeux, des sables mouvants où tout le monde intoxique tout le monde et veut être intoxiqué, où celui qui veut sortir du marais se fait piétiner et railler par ses voisins, où la violence et la compétition sont la règle, où tout le monde ment et se ment. Seuls les chefs ont le droit de sortir de la boue, en marchant sur la tête de leurs inférieurs.
Le contrôle social est donc permanent et s’exerce dans tous les domaines. Même si les hommes n’ont plus la moindre idée de Révolution, il est nécessaire de leur maintenir la tête sous les sables mouvants pour éviter tout risque de perturbation.
Et surtout il faut que les gens restent dans la vase et au niveau zéro pour que la “société” puisse perdurer. Le système ne pourrait pas marcher efficacement si trop de gens étaient un tant soit peu conscients et exigeants, au lieu d’être des esclaves auto-lobotomisés obéissants.
f. Culturelles
Dans la “société” contemporaine, comme disait Baudrillard, on ne parle jamais tant d’une chose que quand elle n’existe plus. Cela vaut pour la culture comme pour la liberté, la démocratie, la nature, l’art, la personnalité, la pureté, l’amour, la femme...
Les cultures locales, souvent très riches, ont d’abord été écrasées par la constitution des Etats modernes. Quand il en reste des traces, ce ne sont plus que des folklores insignifiants pour amuser le touriste. La France est un bon exemple du despotisme de l’Etat, elle a aggloméré et détruit de force des tas de régions : Bretagne, Pays Basque, Languedoc... Et maintenant on nous sert la culture de l’intelligentsia parisienne préfabriquée et prédigérée. Certaines régions essaient de se maintenir ou de se redresser, mais le mal est fait et la chape de plomb persiste.
Ceci est toujours dans la même logique d’éradication des différences, pour se rassurer et pouvoir mieux contrôler. En même temps, on impose une culture plus docile, inoffensive, que tout le monde peut consommer sans modération et sans aucun risque... pour l’Etat. En fait, vous atomisez un “écosystème” riche, complexe et original et vous installez à la place une autoroute bordée de thuyas, de géraniums bien alignés avec parcours de découverte pour plates-bandes balisées... Ici vous pouvez faire pipi, là vous pouvez gueuler et entendre l’écho, là-bas vous pouvez pique ou niquer, en haut vous admirerez la vue sur la centrale toute neuve...
Avec la mondialisation de marchés, le choses s’aggravent. La marchandisation des cultures et de l’art s’accompagne d’un nivellement par le bas, vraiment très bas. Les sitcoms débiles s’empilent avec les tubes bidons, les films spectacles “ramasse-pognon”, les jeux télé pour grands (très) attardés en manque de sunlights, les faux débats où tout le monde est en fait d’accord pour répéter les mêmes conneries conventionnelles, les journaux de propagande rassurante et contrôlée, les arts vides qui ne reflètent que le creux et la recherche de sous... Heureusement, l’abîme est sans fond, sinon l’empilement risqueraient de déborder ! Avec les techniques modernes (satellites, portables, consoles, DVD, 3D...), les produits sont de plus en plus nombreux et sophistiqués, mais de plus en plus identiques et dérisoires.
Des panoplies culturelles clé en main sont ainsi fournies au peuple. Il existe des trousses pour chaque classe sociale : du lambda amateur de pornos gras à l’esthète humaniste collectionneur d’art contemporain engagé. Chacun peut se croire cultivé et participe, enthousiaste, au grand show. Un hamburger aux farines animales, une bouchée d’opéra pimentée par un film érotique, le dernier tube hurlé dans une boite néo-punk ou des chaussures à semelles de 40 centimètres, c’est la même chose, des objets décoratifs, qui ornent notre cerveau, notre estomac, ou les murs autour de la TV.
Ce qui compte, ce n’est plus le sens et la Valeur des cultures et des oeuvres, mais la marque, le standing qui y est associé, la notoriété des créateurs... Et à ce jeu, évidemment, les pays les plus riches imposent leurs standards.
Ce phénomène n’est, bien sûr, pas nouveau, mais l’industrie en série et la main-d’oeuvre à bas prix du tiers monde permettent de renouveler constamment les gammes, de proposer sans cesse de nouveaux produits, de personnaliser et diversifier les objets culturels à l’infini... Ce qui permet d’étourdir un maximum de monde par des futilités sans lendemain, mais très rentables.
Le nivellement et la destruction de toute culture au profit de produits dociles est une violence faite aux oeuvres, à l’intelligence, à la beauté, à la richesse potentielle des créations humaines.
g. Elevage-agriculture
La Terre, comme la Culture, est devenue un espace à exploiter et rentabiliser. Il n’y aura plus de paysans mais des entreprises qui cultivent des futurs produits comme les fraiseurs façonnent des pièces en série sur leurs machines numériques. Dans ce domaine comme dans les autres, on va toujours de l’affreux vers le pire...
Ce qui compte, c’est faire du chiffre et arriver à payer les charges et emprunts. La Vie est niée et réduite à des gènes et à des hormones manipulables à loisir. Ce qui conduit à une uniformisation des paysages de monoculture intensive, à des pollutions, des destructions d’espèces... L’industrie pousse à la consommation effrénée de produits plus ou moins dangereux et les exploitants agricoles sont dépendants des semences génétiques et du dernier “tue-insectes-nuisibles”. Dans les pays pauvres, c’est encore pire, on leur fourgue des substances dangereuses et/ou périmées, et les travailleurs meurent... comme des mouches. La nature et sa santé sont ainsi sacrifiées aux appétits de consommation, de gaspillage et de profits.
Dans les immenses champs de maïs OGM, finis la diversité et l’équilibre entre espèces. Je ne dis pas qu’il ne faut rien toucher à la nature, mais qu’il faudrait songer à inventer autre chose que des gènes genre “Terminator”. Un gène bien nommé qui, intégré à une plante, stérilisera ses graines ! Jusqu’à quels sommets d’aberrations et de crimes ira la techno-culture ?
Que dire de l’absurdité des surfaces cultivées pour nourrir des animaux destinés à nourrir des “hommes” ? A ce sujet, les scandales se succèdent : après la vache folle et les farines animales à la dioxine, la charcuterie à la listériose... Tout le monde sait qu’il faut beaucoup plus de terres pour produire des protéines animales que pour les végétales ! Sans compter les pollutions supplémentaires.
N’oublions pas surtout toutes ces souffrances animales superflues et criminelles. Les animaux sont entassés dans de véritables camps de concentration, ils sont engraissés et torturés avant leur extermination en masse. L’élevage en vue de boucherie, même bio, est un crime.
Les usines à viande sont des plaies béantes qui lacèrent en permanence la Terre. Ces plaies ne sont hélas ! pas près de se refermer. Tous les carnivores, même s’ils critiquent les crimes contre l’humanité, sont responsables de ces carnages ineptes. Et les éleveurs industriels ont une âme de nazi. On ne peut pas décemment critiquer l’épuration ethnique au Kosovo ou ailleurs et s’accommoder tranquillement des gigantesques génocides de porcs, poulets, lapins, truites...
Des gens capables d’exécuter et/ou de consommer froidement un animal sont toujours susceptibles, si les circonstances s’y prêtent, de passer à l’homme.
Les animaux sont jetés aux abattoirs, les hommes sont traités comme des bêtes de somme. Et en cas de guerre, ils sont bons eux aussi pour la boucherie.
Telle qu’elle est pratiquée, l’agriculture, surtout l’industrielle, est une violence faite à la Terre, aux Animaux et aux Hommes, qui les griffent et les déchirent en permanence au lieu de les aider à s’épanouir et à se transformer.
h. Guerre économique
Pour finir, le clou et la clé du spectacle : le totalitarisme économique. On pourrait écrire plusieurs livres sur le sujet, mais je vais me contenter de dégager quelques points important pour mon vaste propos.
Généralités
Les hommes sont attachés à l’avoir et à l’apparence. Ils sont dans une logique d’appropriation, d’accumulation et de compétition. Ils est donc normal que l’économie ait tout envahi. Les choses ne font d’ailleurs qu’empirer grâce à la mondialisation et aux techniques de communication de masse. Maintenant, tout se vend et tout s’achète, tout est marchandise ou est susceptible de le devenir, tout est mesuré à l’aune de l’offre et de la demande.
Le but de cette économie n’est pas du tout l’épanouissement des individus et la satisfaction des besoins par le partage et l’entraide. Il s’agit plutôt d’un champ de bataille perpétuelle où tout le monde cherche à bouffer tout le monde. Tout est détruit et reconstruit, les ruines se mélangent aux tours flambant neuves. Les petits piranhas et les gros requins n’ont qu’un seul but, s’en mettre plein la panse et le plus vite possible. Pour eux tout fait ventre : leurs alliés d’hier ou le pauvre petit plancton. Une petite citation d’Herbert Spencer : “Pour se défendre, l’homme civilisé devient sauvage parmi les sauvages. La jungle commerciale, ce n’est ni plus moins que le cannibalisme érigé en institution”.
Des milliers de pauvres hères, chômeurs ou salariés-esclaves sont sacrifiés chaque jour aux monstrueux dinosaures qui ont pris les meilleures places. Mais personne ne songe à tout remettre en cause, il s’agit juste de survivre et de marcher sur les autres pour grimper le plus haut possible dans la hiérarchie des exploiteurs.
Les ébauches de solidarité et de charité ne changent rien au fond mais participent de l’ensemble en rendant supportables les conditions de vie des plus pauvres et en permettant ainsi la perpétuation d’un système qui crée la misère et s’en nourrit. Si les exploités n’étaient pas aussi bêtes et méchants que leurs maîtres, ils pourraient très bien construire une autre société. Mais malheureusement ils préfèrent encore ramper dans la boue le ventre vide plutôt que de remettre en cause leur vie et leurs choix.
Bases erronées
Avec du simple bons sens, on peut dire qu’il est normal que l’être humain puisse jouir des fruits de son travail et dispose du nécessaire pour sa vie et son épanouissement. Seulement voilà, il faudrait un esprit de partage et d’entente.
Dans cette “société”, chacun poursuit ses propres buts d’installation, il s’agit de soumettre choses et gens à son bon vouloir, peu importent les moyens et les conséquences. Les hommes, livrés à leurs passions et désirs, ne pensent qu’à accumuler et à se faire plaisir. Chacun va donc essayer de se tailler la meilleure part du gâteau et de suivre ses intérêts du moment. Guerre ou paix, peu importe, ce qui compte est de parvenir à ses fins.
L’esclavage, la propriété privée, l’exploitation des salariés, le libéralisme sauvage... sont inéluctables et nécessaires dans un monde où le seul but de l’existence est l’installation jouissive, sans exigences autres que la satisfaction immédiate de ses caprices.
A partir de là tout s’enchaîne. Les plus malins et les plus forts dominent les autres. Par la violence brute de l’esclavage traditionnel ou par les subtilités du système salariat-consommation, les travailleurs se retrouvent enchaînés à leur tâche, pour le profit de leurs supérieurs. Les exploités auront beau réclamer une augmentation du nombre de leurs miettes et une réduction de la longueur de leurs chaînes, ils resteront aliénés à leur condition. Le pire c’est que la plupart des chômeurs et exclus, incapables d’imaginer une autre vie, ne pensent qu’à retourner dans la mêlée à tout prix !
Conséquences
Pour les dirigeants, il s’agit de produire plus et d’augmenter les profits. Tous les moyens sont bons et sont utilisés, suivant les pays et les époques : déportation, esclavage, importation d’immigrés, délocalisation, licenciement, embauche d’intérimaires, multiplication des contrats précaires, pollution, écologie, compromis avec des dictatures sanguinaires, semblant de démocratie, pots de vin, assassinat, cadences infernales, drogues, prostitution, travail des enfants, gaspillage organisé, produits jetables ou de mauvaise qualité, espionnage...
Comme tout le monde est d’accord avec ce dépeçage de la planète et de ses habitants, les destructions s’étendent sans limites autres que l’intérêt immédiat. Les quelques rares limitations et interdictions sont dérisoires, et de toute façon, elles seront contournées.
Avec de telles options, les calamités se succèdent au niveau individuel et collectif. Mais ceux qui subissent le plus ces violences ne voient même plus leur origine et se contentent de courber l’échine en maugréant vaguement contre les riches et la fatalité.
Ce système économique est de plus en plus violent car il va au bout de sa logique. Maintenant tout est transformé en objet consommable : la beauté, la nature, la sexualité, l’amour, la révolte, la jeunesse, la femme... En reniant leur essence divine, les hommes étouffent aussi leur humanité, il est logique qu’ils instaurent des rapports de marchandises, des simulations virtuelles, des ersatz d’amour et de sexe, des simulacres de révolte et de nature, des beautés froides et stéréotypées, une jeunesse stupide et avide de gadgets branchés... A force de renier l’humanité, on devient pire qu’une machine. Une machine n’est pas assez intelligente pour atteindre les sommets de la perversité humaine.
La violence la plus forte se situe donc dans la destruction de l’être humain et dans sa transformation en pantin rempli de modes éphémères et de pensées vides dont le seul but est de consommer tout ce qui bouge. Selon leur souhait, les hommes deviennent des rouages mécaniques. Ils ne veulent plus de leur âme, de leur conscience et de leur coeur. Il faut donc à tout prix les étouffer, les distraire, et les remplacer par un fatras d’objets, de signes, de quincaillerie qui donne une illusion de richesse alors qu’il n’y a que poussières. L’homme bionique impersonnel existe déjà, pas besoin d’appareillages informatico-génétiques sophistiqués. Il suffit d’attraper un de nos clones contemporains.
Les restes d’humanité sont traqués dans tous les coins par la pub. Dans “Le commerce des apparences” de Pascal Lainé : “Le maillage de l’espace et du temps dans la publicité marchande est infiniment plus serré, plus parfait que ne l’était celui de la propagande communiste”. Seule l’illusion est acceptée. Les déviants sont montrés du doigt et invités gentiment à rentrer dans les rangs, c’est-à-dire :
“La destruction, soit sous sa forme violente et symbolique, soit sous sa forme de destructivité systématique et institutionnelle, est vouée à devenir une des fonctions prépondérantes de la société post-industrielle.” Jean Baudrillard “La société de consommation”
Il ne suffit pas de produire à tout va, il faut aussi détruire. Les objets ont encore plus de valeur s’ils sont démolis de manière violente. Le système économique produit tout autant de quoi détruire que de quoi construire, et puis, beaucoup d’objets sont jetables ou ne résistent pas longtemps à l’usage. Pour que les usines tournent et que les comptes en Suisse grossissent, il faut bien que tout ce qui est produit soit anéanti le plus vite possible. Les biens ne sont pas fabriqués pour satisfaire les besoins réels de tous mais pour gagner un max en rusant, séduisant, excitant la convoitise et de fausses envies. En proposant de combler l’ennui profond des gens par des gadgets divers, on organise la déception et la frustration, qu’il faudra bien à nouveau combler par d’autres joujoux.
Comme le geste de jeter et de gaspiller est un signe de richesse et de haute classe sociale, tout le monde, riches ou pauvres, fait de son mieux.
La violence, la guerre et la destruction sont donc la base et le coeur de ce système économique totalitaire. Tous les coups sont permis pour s’enrichir au détriment des autres.
Tout est transformé en marchandise, finie l’Humanité, place aux signes, aux ersatz, aux matricules personnalisés...
Les objets, les animaux, les hommes ne sont plus que de vulgaires produits, qu’on crée et jette au gré des fluctuations des marchés et des désirs de masse téléguidés.