Conclusion générale sur la violence
Dans le monde que se sont fabriqué les hommes, on est bien obligé de constater que la violence est partout. Sur tous les continents, les humains font du mal : aux autres, à eux-mêmes, aux animaux et à la nature en général. Il n’existe pas de frontières géographiques, ni de limites pour la barbarie. Toutes les formes de violence sont employées : force brute, pressions psychologiques, manipulations scientifiques..., de manière directe ou détournée.
Nos contemporains ne valent pas mieux que les barbares du Moyen Age ; à l’échelle de la planète, la violence ne fait même qu’empirer avec le temps. En effet, les mentalités sanguinaires ne changent pas, mais les moyens techniques de destruction et de domination augmentent grâce à la progression scientifique.
Malgré les belles déclarations de principe, le réformisme parfois acharné et l’humanitarisme nettoyeur et rafistoleur, la situation est pire aujourd’hui qu’hier. Les paravents et les jambes de bois ne peuvent masquer l’horreur permanente de nos pseudo-sociétés. La violence est protéiforme, comme l’hydre, elle repousse et ressurgit partout, elle se déplace et change d’aspect, mais elle est toujours dramatiquement présente et dévorante. Les lois et règlements ne servent qu’à la renforcer et créent eux-mêmes des violences, et l’éducation ne peut que l’émousser ou lui donner une meilleure apparence.
La violence est devenue un monstre tentaculaire et omniprésent. Il a des ramifications partout ; comme le cancer il peut migrer et s’implanter n’importe où. Il est tellement incrusté qu’il est impossible de le réduire, même en étant pur et désintéressé. Il se nourrit de tout et vous serez épuisé bien avant lui.
Devant ce constat terrifiant, il ne faut pas sombrer dans le désespoir ou le cynisme. Il ne s’agit pas de ne rien faire ou de se résigner à une lutte perpétuelle contre l’hydre en sachant qu’on sera toujours vaincu. Si on ne peut réduire le monstre en l’attaquant de front, il n’est pas pour autant inamovible. Ses violences ne sont pas la résultante d’une nature humaine inflexible et définitive. Pour le mettre à nu et se donner les moyens de l’abattre véritablement, il faut remonter le long de ses racines et le regarder globalement.
Bien évidemment, toutes les violences prennent leurs sources et leurs forces chez chaque individu. Les guerres ou les pressions anonymes diffuses ont toujours pour origine des êtres humains qui les soutiennent et les déclenchent, à leur niveau. On peut aller plus loin en observant que toutes les violences sont inextricablement liées à la nature même de nos “sociétés”. En fait le monstre protéiforme et nos “sociétés” ne font qu’un. Par delà les différences de cultures et de régimes politiques, le monstre est la société et la société est le monstre.
Cette “société monstrueuse” n’est pas née par accident ou malchance, elle est la résultante des mentalités monstrueuses des individus qui la composent. Tous les hommes qui la soutiennent sont donc responsables et complices de toutes les violences qu’elle commet, petites ou grandes. Qu’ils soient bourreaux ou victimes, réformistes ou “je-m’en-foutistes”, les hommes sont coupables de continuer d’appartenir à l’hydre. Le monstre se nourrit de tout, du sang comme de l’eau pure, et le seul moyen de ne plus avoir de sang sur les mains est de couper à la base les racines qui nous relient à lui et qui l’alimentent.
Il faut bien comprendre comment est né ce “monstre” et comment il fonctionne. Ce qui expliquera tout naturellement les dégâts qu’il cause ainsi que la manière de sortir de cette spirale infernale. Pour ce faire, je vais à présent développer une métaphore de l’humanité.
Dieu a créé l’univers, puis a fait en sorte que les graines de l’humanité se trouvent dans un bon terreau, favorable à sa croissance : notre planète. Au départ, ça semble s’être plutôt bien passé puisque les graines ont bien voulu germer et donner des êtres humains. Ces premiers humains, bien au chaud dans leur terreau nourricier, ont donc commencé à pousser.
C’est quand cette minuscule plantule pleine de promesse a atteint la surface que les choses se sont gâtées. Dès que le bout de son nez a commencé à poindre à l’air libre, elle a changé d’avis. Elle a eu peur des défis et des dangers qui l’attendaient au dehors. Elle aurait été soumise aux tempêtes, aux froids, aux vents et aux canicules. Pourtant, Dieu était là pour la guider, l’éclairer et la “nourrir”. Il avait d’ailleurs rempli sa création de signes pour nous éclairer. En jardinier respectueux de la liberté de sa création, il se serait contenté de la soutenir dans ses entreprises, sans la forcer ni la tailler. De plus, elle connaissait déjà sa propre force et sa résistance. Mais rien n’y a fait, les plantules humaines voulaient rester “indépendantes”, elles ne souhaitaient pas s’épanouir au soleil divin, elles voulaient compter sur leurs seules ressources. En pleine lumière, elles avaient le sentiment d’être nues et vulnérables. Elles pouvaient se voir telles qu’elles étaient, le “regard” de Dieu et des autres les aurait transpercées en permanence. Elles voulaient donc rester dans le noir en pensant échapper à tout ça.
Elles se trouvaient donc très bien dans leur terreau, à l’abri des variations climatiques et des aléas de la liberté au grand air. Ici, la température est constante, on est insensible aux variations de lumière et de saison, on n’est pas effrayé par de vastes horizons terrestres et par l’immensité de l’univers. On est sous terre, on ne voit rien ou presque, on explore à tâtons ce qu’il y a autour de soi, c’est tout. Les plantules, contre toute attente et toute logique, ont donc fait demi-tour, elles se sont recroquevillées sur elles-mêmes. Leurs pointes sont vite rentrées sous terre, avec la ferme intention de ne plus se risquer à ressortir. A l’extérieur, elles auraient dû communiquer, partager leurs fruits et leurs ressources, et ça elles n’en veulent pas, elles tiennent à tout garder pour elles seules.
Nos plantules sont donc lovées dans leur terreau. Seulement, une plantule, même si elle ne veut pas sortir, ça continue à pousser (elle ne peut plus retourner dans sa graine) et ça a besoin de nourriture. Il faut dire aussi qu’elles sont naturellement curieuses et exploratrices. Ces trois facteurs conjugués ont obligé nos plantules à aller voir plus loin. Elles ne pouvaient pas indéfiniment s’enrouler sur elles-mêmes, elles auraient fait des noeuds. Leur terreau avait beau être riche, il n’était pas inépuisable. Il était fait pour leur donner un coup de pouce au départ, après, elles se seraient nourries à l’extérieur, grâce au soleil. Et, malgré leurs exigences restreintes, elles commençaient à s’ennuyer ferme dans leur trou et à penser avec nostalgie aux espaces vierges du dessus.
Il fallait donc qu’elles avancent, mais il n’était pas question de ressortir, elles ont donc, terrifiant sacrilège, poussé sous terre. Péniblement, elles se sont frayées un chemin dans le noir. Elles n’étaient pas faites pour ça, contrairement aux vers de terre ; elles avaient donc toutes les peines du monde à avancer. Il leur fallait ramper lentement en évitant les pierres, elles ont donc commencé par rester dans le terreau des couches supérieures. Seulement, elles n’étaient pas seules et se sont donc trouvées en concurrence. Toutes fouissaient le terreau pour râcler tout ce qui pouvait se manger. Elles devaient alors descendre de plus en plus loin dans le sol pour trouver des terrains vierges. Elles se disputaient la nourriture et ont fini par se battre. En effet, elles sentaient les autres comme des ennemies en train de leurs voler leurs réserves. La guerre souterraine a donc commencé. Les plantules ont petit à petit muté en s’adaptant à cet environnement inadapté. Sans lumière, à quoi bon voir, elles ont perdu leurs yeux. Pour ramper sans se blesser et résister aux assauts de leurs adversaires, elles se sont rigidifiées et cuirassées. Leur ébauche de racine s’est atrophiée et leur ébauche de tige s’est transformée en racine. Au lieu de déployer des feuilles à l’air libre et de se nourrir grâce au soleil, elles ont dû déplier des radicelles pour pomper autour d’elles. Chaque humain n’était donc plus qu’une racine insatiable et aveugle. Pour survivre et s’occuper, elle poussait sans arrêt dans son monde souterrain. Elle aspirait tout ce qui était comestible et se disputait âprement les bons filons avec ses consoeurs. Chacune avait ses stratégies et ses armes, poisons, piquants, camouflages..., tous les moyens étaient bons pour terrasser les autres racines.
Très rapidement, elles se sont donc entretuées, parasitées et exploitées. C’est là qu’est donc née cette “société monstrueuse”, dans les entrailles de la terre. Le nouveau-né, la plantule humaine, a préféré les ténèbres à la lumière et s’est construit son enfer labyrinthique en compagnie des diables. Le bébé est retourné de force dans le ventre de sa mère, provoquant un avortement à l’envers. Il dévore à présent de l’intérieur sa nourricière initiale. L’humanité a donc décidé de pousser à l’envers, en s’enfonçant dans le sol au lieu de s’épanouir à la lumière. Elle rampe à présent dans le froid, la violence, l’étroitesse et la pourriture.
De nos jours, les plantules se sont très bien organisées. Elles se sont reliées pour former des structures hiérarchiques. Certaines vivent sur le dos des autres, qui elles sont obligées de descendre très bas pour exploiter les filons de minerais ici et là. Les racines sont en guerre perpétuelle pour les meilleurs places et la meilleure nourriture. Les chefs sont près de la surface, là où le terre est plus légère et plus riche, la température plus agréable. Les sous-racines sont coincées entre les rochers, elles doivent pomper les minerais et d’autres racines pour le profit des supérieures. Ces prolétaires du monde souterrain doivent se contenter des minéraux pauvres et des déchets de leurs chefs.
Les racines mutantes ont colonisé tout le sous-sol visitable, elles exploitent sans vergogne toutes ses ressources en se partageant les secteurs. Le sol est devenu un vrai gruyère, elles sont même obligées de mettre des poteaux pour éviter les effondrements. A présent, leurs activités aberrantes polluent partout et mettent en péril leur survie même. Il faut savoir que même si elles puisent largement dans les gisements minéraux souterrains, les racines ont toujours besoin du terreau organique de surface. Ce terreau, elles ne peuvent le fabriquer elles-mêmes, il est issu de la vie et de la mort des plantes vertes. Ces végétaux primitifs ; contrairement à l’humanité, vivent au soleil et nourrissent le sol. Tout ce que les mutants volontaires peuvent fabriquer ne peut remplacer ce terreau. Ils ont donc du mal à se retenir de piller tout le terreau. Certains n’ont pas de scrupules et vont même jusqu’à aspirer la sève des plantes de surface et à manger leurs racines. Ils risquent alors de tuer la Vie et de transformer la Terre en désert.
La sève de ces racines mutantes est de plus en plus néfaste et artificialisée. Elles se gorgent de poisons et de drogues pour supporter leur vie de taupes. De plus, leur nourriture, issue essentiellement de la pourriture végétale et du recyclage, n’est pas très adaptée. Les maladies sont très fréquentes et très variées. Si on ajoute la guerre et la misère, tout ça fait que beaucoup de racines meurent prématurément dans des conditions effroyables. Elles deviennent diaphanes et se dessèchent sur place, avant de rejoindre les égouts. D’ailleurs, leur monde ressemble fort à un vaste réseau d’égouts où se mêlent pêle-mêle cadavres, déchets et minerais. Les miasmes pestilentiels qui s’en dégagent se répandent partout. Même si les racines essaient de déverser leur égout à la surface, il reste toujours des ordures et des gaz délétères qui s’accumulent dans les galeries et contribuent à l’intoxication générale. Les plantes de surface sont elles aussi polluées et ça finit toujours par s’infiltrer dans le sol et retourner à l’envoyeur.
Elles ont parsemé leurs tunnels de néons et de déodorisants, mais ce n’est pas ça qui rendra la vue à leurs yeux atrophiés et qui camouflera les odeurs de cadavres.
Elles aménagent donc leurs trous avec des objets et du virtuel pour tenter de retrouver le confort de leur terreau initial et remplacer tout ce qu’elles ont perdu en refusant la surface. Elles veulent croire que leurs cellules sont des cocons enchantés et leurs cavernes des cités de lumière ! Parfois, certaines racines essaient de retourner à la surface. Mais le plus souvent elles repartent effrayées, et puis les autres les tirent par les “pieds”. Il y a aussi celles qui font des sorties en scaphandres blindés, elles ont bien trop peur du soleil. Dans ce cas, elles ne voient pas grand-chose à travers les vitres opaques. Même chose pour les explorations au périscope, qui offre un angle de vue très étroit.
En vérité, elles ne connaissent pas grand-chose du monde de la surface. Elles n’en appréhendent que des parties à travers des prismes déformants ou en analysant les résidus, qu’elles trouvent dans le sol. Rien à voir avec la vue qu’on en a du sommet d’une montagne !
A force de s’entremêler et de s’entretuer, le peuple des racines mutantes a donné naissance à une entité globale. Leur nature, malgré tout sociale, les pousse à s’organiser et à se regrouper.
Ce monstre, cet arbre à l’envers, cette “société” mutante, on l’appellera comme on veut, est quelque chose de plus que la somme des racines qui le nourrissent et qui lui ont donné vie. Il dispose d’une sorte d’autonomie, il peut être imprévisible et ne pas faire exactement ce qu’on lui demande.
Comment fonctionne t-il ? Les racines, tout en se parasitant entre elles, lui apportent énergie et soutien. Les mentalités et les actions des mutantes sont la sève de ce monstre. En contrepartie, elles reçoivent des objets, le confort, la protection, des distractions... Toutes choses qui servent à supporter leur geôle. Comme l’écho, le monstre renvoie ce qu’on lui a donné et ce qu’on demande. Seulement, ce qu’il donne, il a bien fallu qu’il le prenne ailleurs, sur le dos d’autres racines... En fait, toutes les racines donnent plus qu’elles reçoivent, même les chefs des couches supérieures qui pourtant ont beaucoup plus (sur le plan matériel) que les sous-prolétaires. Et, souvent, leurs objets sont superflus et de mauvaise qualité, leur confort et leur sécurité sont provisoires, leurs distractions sont vides et ennuyeuses... Forcément, le monstre recrache à l’identique ce qu’on lui offre, et même en pire. Et les racines auront beau prêter allégeance au monstre, ce n’est pas ça qui les protégera contre les guerres, les famines et les assassinats. Les plus pauvres étant encore plus mal loties, car elles ne peuvent se payer une milice de protection privée. Le système racinaire d’exploitation marche dans les deux sens, mais celles du haut essaient toujours de tirer la couverture à elles. De plus, la “société” va aussi prélever son tribu pour son propre compte. Son autonomie relative nécessite bien un peu de chair fraîche !
Tableau horrifique que ces “racines-sangsues” empilées les unes sur les autres. Chaque vampire cavernicole pompe les autres à travers le réseau racinaire parasite, en essayant de sucer davantage qu’il n’est lui même sucé. Les chefs ont des subordonnés qui pompent pour eux, il existe des alliances et des partages de territoire. Généralement, ils arrivent à s’entendre temporairement quand c’est pour de plus grands profits et sur le dos des inférieurs. Le méga-monstre est né de cette mêlée, il pompe tout le monde pour assurer sa survie et sa structure, en se justifiant par le semblant de cohésion et de protection qu’il offre. Il se fait passer pour le bienfaiteur qui veille sur ses sujets-citoyens, le moteur et le garant du progrès de la civilisation cavernicole. Suivant les époques et les mentalités des racines, il prend différents aspects : monarchie, fascisme, pseudo-démocratie..., mais sa nature est toujours la même, la représentation personnifiée et tyrannique de l’ensemble des racines mutantes et barbares qui le nourrissent.
Ajoutons, pour compléter le tableau, que les racines parasites ne se sont pas gênées pour exploiter et exterminer les autres habitants du sous-sol. Vers de terre, cloportes, chenilles... ont tous été enrôlés de force pour servir leurs noirs desseins. Même les microbes ont été mis à contribution, et quand elles le peuvent, elles s’attaquent aussi aux plantes et animaux de la surface.
Les hommes se sont donc volontairement engagés dans une vie à l’envers qui conduit à la violence. Malgré toutes leurs souffrances, ils s’acharnent obstinément dans leur choix. On dirait même qu’ils veulent aller toujours plus loin dans la barbarie et couper tous les ponts qui pourraient encore les relier un tant soit peu à leur humanité et à Dieu.
Vu qu’ils ne veulent pas changer d’avis et donc de direction, ils doivent détruire et/ou escamoter tous les signes et les faits qui les dérangent. Ils refusent de voir leurs monstruosités ainsi que les appels de Dieu à remonter vers la lumière. Par le béton, le feu et le sang, ils s’évertuent de réduire à néant la Vie qui les entoure pour la remplacer par leurs propres inventions, qu’ils veulent dociles et rassurantes. La destruction et “l’artificialisation” poussée de la Nature n’a pas seulement pour moteur la puissance et la jouissance, mais aussi l’effacement des signes de Vie qui pourraient leur rappeler leur déviation. Peut-être même que cet objectif est la principale motivation, inconsciente, de leur acharnement ?
Non contents de créer le désert autour d’eux pour le remplir de leurs objets de pacotille, ils s’occupent aussi très activement à s’atrophier eux-mêmes. Ils s’abrutissent par tous les moyens : drogues, bruits, éducation débile, travail stérilisant, sitcom TV, portables à outrance... A présent, avec l’aide de la technologie, ils espèrent aller beaucoup plus loin en instrumentalisant leur corps et leur esprit. Leurs capacités quasi-innées d’autosuggestion et de fermeture ne leur suffisent plus. La conjugaison de l’informatique et de la génétique va permettre de s’attaquer au coeur même des cellules et du cerveau. Des nano-ordinateurs seront greffés à l’intérieur des corps, et des cellules seront implantées sur des micro-robots... Les individus seront connectés en permanence à des réseaux informatiques, directement dans leurs cerveaux. Les organes seront bardés de capteurs de surveillance reliés aux satellites...
Au-delà de la recherche de puissance et de contrôle social, il s’agit là encore d’étouffer et de détruire ce qui dérange pour le remplacer par des appareillages préformatés. Souterrainement, sans se l’avouer, les hommes espèrent annihiler la conscience, la liberté et l’amour qui les habitent encore bien malgré eux. Ils n’admettent que la froide raison domestiquée, et la violence bien sûr. Pour supporter leurs cavernes, oublier leur destinée humaine et effacer tout ce qui dérange, ils doivent se transformer en androïdes. Ne sont autorisés que les comportements, les émotions et les convictions prévus par le programme. Il peut, à la rigueur, y avoir un peu de folklore pour faire jouer les rouages, mais tout ce qui dérange vraiment est banni, éliminé, effacé. Les hommes veulent transformer la Terre en un vaste ordinateur. Ils en seraient le système d’exploitation (type Windows) et la nature, les circuits imprimés. Dans cet O.S. totalitaire, les hommes seraient des petits programmes sans grâce et sans marge de manoeuvre autre que celle autorisée. Les dissidents seraient alors considérés comme des virus et mis à la corbeille ou au rancart dans un coin obscur du cyberespace.
L’ultime violence de l’humanité est celle qu’elle se fait à elle-même en tentant de remplacer sa vie réelle, pleine d’inattendu et de signes, par une vie artificialisée, faite de conformisme prévisible et de signaux répétitifs programmés en boucle.
Normalement, les individus bénéficient toute leur vie de signes, de perches que Dieu et eux-mêmes mettent dans leur chemin pour les aider à évoluer, à s’améliorer vers plus de conscience et de liberté. Les “racines” s’évertuent donc à remplacer cette structure providentielle inscrite par Dieu dans toute la création par leurs réseaux tentaculaires. A l’intérieur et autour des individus, elles détruisent tout ce qu’elles peuvent et étouffent le reste afin de déployer toujours plus leur emprise monstrueuse. Les psys, les médecins, les éducateurs et l’entourage sont là pour éviter aux gens de se poser des questions de fond sur ce qui leur arrive. Rendez-vous, vous êtes cernés !
Malgré tous leurs efforts d’ingéniosité perverse et sanguinaire, les hommes ne peuvent pas tout réduire à néant, à moins de faire sauter la planète ou de renoncer à être des hommes. Ils ne peuvent pas non plus complètement masquer les conséquences barbares de leurs actes ni les signes qui les incitent à changer. Ils auront beau se rendre sourds et aveugles dans leurs labyrinthes de béton pleins de cris, de chaînes et de sang, Dieu et leur fond d’humanité seront toujours là.
Même s’ils décident de ne rien voir, Dieu leur enverra des signes, à travers toutes les couches de béton. Les objets que peuvent fabriquer les hommes sont toujours faits de matière et peuvent aussi servir de relais pour les signes, tout comme la nature primitive.
Même s’ils se transforment en des genres de zombis robotisés, leur conscience et leur liberté seront toujours là, et les mettront face à eux-mêmes à la moindre occasion.
Les hommes ne peuvent donc pas se transformer complètement en robots, à moins de renoncer à leur nature humaine. Ils deviendraient alors de vagues machines un peu animales incapables de quoi que ce soit. Peut-être en arriveront-ils là un jour, mais apparemment, pour l’instant, ils tiennent à leur intelligence et à leurs capacités de jouissance. Ces vicieux préfèrent garder leur statut d’humain, pour le détourner et en jouir. Peu leur chaut les dégâts qu’ils s’infligent.
La violence a encore de beaux jours sombres devant elle. Elle est le meilleur moyen pour abrutir esprits et corps, pour occuper les énergies individuelles et pour détruire tout ce qui dérange. Elle est une source inépuisable de plaisirs pour ceux qui s’y adonnent. Dans cette société à l’envers, la violence prend toute la place et l’amour est résiduel, ce qui est le contraire de ce qu’on devrait trouver à la “surface”.
La violence est donc le négatif de l’amour que les hommes refusent d’avoir pour Dieu, pour eux-même et la création. Dans l’univers, il n’y a pas de vides et tout acte appelle ce qui lui correspond.
La violence sert à la perpétuation de ce monde en négatif. Elle est à la fois le moteur, le carburant et la carapace qui permet au monstre de continuer son expansion dévastatrice.
Au lieu de poursuivre au soleil l’élaboration d’un “paradis” terrestre, les plantules humaines ont poussé sous terre. Elles ont bâti un enfer en se transformant en racines voraces. Elles étaient la fine fleur de la création, mais en choisissant de pousser à l’envers, elles sont devenues pires que des cloportes. Leur intelligence et leur habileté ne sont pas vraiment atrophiées ; limités et perverties, elles servent essentiellement à l’exécution de basses oeuvres. Les hommes auraient pu suivre l’exemple des plantes vertes, qui bien que primitives, ont le mérite de leur montrer la voie.
L’humanité mange déjà les pissenlits par la racine, mais elle vit encore un peu. Etant déjà enterrée, si elle choisit de mourir pour de bon, il n’y a aura rien à faire de plus. Si elle choisit la résurrection, elle surgira alors du sous-sol, tel le zombie qui sort de la tombe qu’il a creusée pour s’ensevelir vivant. Après un bon décapage et de longues séances d’apprentissage, elle pourra retrouver la vie au grand air, dans la lumière, la paix et l’amour.
La mutation est encore réversible, il suffit de vouloir se laisser pousser vers le haut.
Comme moi, vous en avez peut-être assez de fouiller les entrailles de cet enfer souterrain préfabriqué. C’est un peu déprimant de déterrer des cloportes et leurs déchets, puis de les mettre à mariner au formol pour les étudier de près. Mon masque protecteur n’empêche pas les miasmes souterrains de me donner le tournis et la nausée. On peut devenir malade si on reste trop longtemps dans ces égouts monotones !
Même si c’est dur et qu’on y rencontre pas grand monde, je préfère la vie au soleil, pas vous ? A la surface, d’un point de vue humain, c’est le désert, forcément : ils sont tous sous terre. Mais au moins, on est dans notre élément, on peut humer les fleurs, sentir le vent et la chaleur du soleil...
Donc, puisque vous en avez assez des ténèbres abyssales, je vais terminer par une note positive ; il faut toujours terminer par une note positive. Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire le coup du : “tout ne va pas si mal ; grâce à l’ONU et au tribunal international, les choses avancent malgré tout”, ou : ‘tout n’est pas si négatif, regardez l’oeuvre de Picasso et les progrès de l’ingérence humanitaire”. En utilisant encore cette métaphore végétale, je m’en vais simplement évoquer ce qu’aurait dû devenir l’humanité, ce qu’elle pourrait encore devenir.
Imaginons que tout se soit passé “normalement”. Les plantules humaines ont décidé de pousser vers le haut. Les tiges naissantes sortent au soleil et commencent à grandir. Elles découvrent leurs soeurs, les animaux et les plantes vertes. Elles prennent conscience d’elles -mêmes, de leurs capacités et de leurs missions. Elles se renforcent alors, des branches et des feuilles apparaissent, suivies des premiers fruits. Elles répondent aux rayons solaires qui les invitent à grandir et à s’épanouir. Chaque plantule devient un arbre, solide et original, qui s’élance vers le ciel. Tous ces arbres forment des bosquets et des forêts, s’associent pour former des synthèses particulières. On peut ainsi comparer l’humanité à un grand arbre, formé de l’enchevêtrement symbiotique des plantes individuelles. Chaque humain participe à l ‘ensemble tout en conservant sa singularité et son autonomie. De l’ensemble des hommes naît donc une entité originale, qui est plus que les parties qui la composent. Mais cette fois, au lieu d’être un tyran aveugle, cette société globale amplifiera les dons de ses membres. Chacun recevra donc, sur tous les plans, des nourritures solides, utiles et justes. La structure née de l’union des arbres individuels permettra de distribuer équitablement la sève commune. Un arbre nourrit toute ses branches, il n’y en a pas qui essaient de garder tout pour elles.
L’arbre est bien ancré dans la Terre, dans le concret du réel, et il a la tête tournée vers le ciel. Il s’expose au soleil divin pour recevoir chaleur et lumière. La “photosynthèse spirituelle” permet de transfigurer les éléments puisés par les racines de l’arbre. Cette sorte de photosynthèse permet au grand arbre de recevoir plus qu’il n’offre. Il a ainsi de quoi largement se nourrir et croître, tout en enrichissant le sol et en offrant des fruits abondants et juteux. Dieu est donc à la fois la lumière qui montre et le vecteur indispensable d’une nourriture substantielle. Sans lui, les arbres seraient stériles et immobiles. Il fait “grandir” l’Humanité tout comme la chaleur fait monter la sève au printemps.
L’arbre n’agit pas en parasite prédateur qui abuse de sa force, mais en nourricier protecteur qui montre l’exemple. Il place sous son aile toute la création, sans la dominer, pour lui permettre de poursuivre son ascension. La nature n’est pas à son service, c’est lui qui doit se mettre à son service.
Au lieu d’abandonner la Terre à elle-même, de la détruire et de l’exploiter jusqu’à la moelle, il va la transfigurer petit à petit.
Au lieu de tirer la nature vers ses mauvais penchants, il va l’aider et l’inciter à se transformer.
Au lieu de s’aménager un parc d’attractions virtuel, il va développer toutes les virtualités de la création pour construire une sorte de paradis.
Bien sûr, ça ne se fait pas tout seul. Les aléas climatiques sont là pour mettre à l’épreuve l’arbre et ses constructions. Certains arbres peuvent refuser de pousser et végéter. D’autres se prennent pour des rois et font de l’ombre à leurs frères. Des nuages et des brouillards peuvent obscurcir le ciel. Des incendies peuvent même détruire les forêts qui se laissent aller...
Mais globalement, l’arbre humain grandit. Les hommes préfèrent l’amour et la construction à la violence et la destruction. Les quelques mauvaises graines ne peuvent perturber l’ensemble. Et les arbres savent bien que, dans la nuit et la tempête, le soleil est toujours présent. L’arbre, pour peu qu’il soit gorgé de soleil, peut résister à toutes les épreuves.
Les fruits de l’arbre humain sont le résultat d’une “photosynthèse spirituelle” alliée à la matière et à l’action. Ils nourrissent de l’intérieur les hommes et la création. Toute matière organique nourricière représente donc l’alliance d’amour entre la Terre et le Ciel. La matière, transfigurée par la lumière divine, se spiritualise pour n’être plus un obstacle opaque entre les deux mondes, mais au contraire un pont permanent. L’eau représente le sang de la Vie, de toute la Création, c’est elle qui permet le transport de la nourriture et le fonctionnement des cellules. L’oxygène est le souffle de Dieu, qui touche et alimente tous les vivants, il leur apporte l’énergie et l’action.
On pourrait donc dire que l’Homme, comme les plantes vertes, est appelé à vivre essentiellement d’amour et d’eau fraîche.
Les éléments déchaînés (tempêtes, inondations...) représentent une nature livrée à elle-même, qui ne sait que faire de ses énergies débordantes. Abandonnée et martyrisée, elle fait n’importe quoi, proteste pour se rappeler à nous.
L’Homme est en quelque sorte le représentant de Dieu sur Terre. Il y a correspondance entre le rôle joué par Dieu vis-à-vis de l’Homme et celui que ce dernier devrait jouer vis à vis de la Terre. Si Dieu a créé l’Homme à son image, l’Homme doit recréer l’univers à l’image de Dieu.
Si l’Homme s’assume en poussant dans le bon sens, il deviendra ce jardinier patient et respectueux que Dieu est pour lui. L’arbre augmente le terreau fertile, il incite, nourrit et prépare le terrain. Mais rien ne dit que la nature voudra prendre son envol. Peut-être fera-t-elle comme l’homme actuel, elle préférera, rester dans son primitivisme sauvage et carnassier ? On a beau semer les bonnes graines dans un bon terreau, elles ne germent pas toujours.
L’humanité devrait donc être un arbre qui marche, au lieu d’un sous-cloporte monstrueux. Les pieds sur Terre et la tête au contact du ciel, elle devrait se tourner vers le soleil et l’ensemencement de l’univers. Au lieu de ça, les hommes sont devenus volontairement des racines parasites qui vivent six pieds sous terre et qui pourrissent tout ce qu’elles touchent.
La solution à la violence qui dévore nos “sociétés” n’est pas dans les rafistolages, les camouflages et les règlements, mais dans un changement radical de direction. Si les hommes décident de pousser vers la lumière, de racines informes, ils deviendront des arbres majestueux, et de parasites gloutons ils deviendront des nourriciers généreux.
Et alors l’Amour supplantera la violence.