La violence, les violences

7/9 Justifications et buts réels

Analyse critique de la justification de la violence. Certaines violences sont admises et encouragées, d’autres sont mal vues et combattues. Les fondements de la violence sont liés aux fondements de cette "société". Généralement, on se contente de lutter contre certaines violences pour se donner une apparence d’humanité en les justifiant de diverses manières.

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2 Justifications et buts réels

Si presque personne ne critique toutes les violences et leurs fondements, beaucoup de gens sont choqués face à certains actes.
Parmi ces actes, distinguons deux catégories :

  1. Ceux que la loi et la morale réprouvent
  2. Ceux qui sont plus ou moins tolérés ou carrément encouragés

La classification est très variable et les va-et-vient sont très fréquents entre ces deux catégories (voir 1-3). Pour la première catégorie, si on lutte contre ces violences, c’est surtout par intérêt. Pour la deuxième catégorie, la plupart des gens se rendent compte qu’il s’agit d’actes violents attentatoires à la dignité et à la liberté de l’homme. Ils sont donc obligés de les justifier pour les rendre acceptables à leurs yeux. On évoque alors des circonstances atténuantes, transitoires ou exceptionnelles, pour faire passer toutes sortes d’atrocités.
En passant : toutes les violences ordinaires, les plus nombreuses, sont ignorées et mises sous silence, elles font tellement partie du paysage...

Prenons quelques exemples :

 L’avortement
On se doute souvent que c’est pas bien, mais c’est pour prévenir les souffrances futures de la mère et de l’enfant. Pourquoi ne pas faire avorter tous les miséreux à ce compte-là ?

 La guerre
On a été attaqué, il faut bien défendre la patrie, il s’agit de préserver la Démocratie face aux barbares...

 La peine de mort
Il a tué et est irrécupérable, tuons le pour faire un exemple et empêcher d’autres crimes ! Tout le monde sait que ça ne sert à rien et qu’il y a toujours autant de meurtres, mais il faut bien assouvir la soif de vengeance du peuple et de ses représentants.

 Le carnivorisme
Manger de la viande c’est sain, naturel, nécessaire à l’organisme... Les animaux se mangent bien entre eux, c’est la tradition, la culture...

 La prison
Il faut bien punir les criminels, les empêcher de nuire et les inciter à rentrer dans l’ornière de la société légale.

 La compétition sportive, économique...
C’est la même chose dans la nature, l’homme a besoin de compétition, il est normal que les plus forts et les plus travailleurs aient plus que les autres...

 La destruction de la nature en exploitant ses ressources
Il faut bien alimenter l’économie, tout le monde a le droit d’exploiter ses propriétés.

 Les polices
Il faut bien protéger les gens et leurs propriétés contre les criminels, il faut contrôler l’ordre et prévenir les délits... Les bavures sont regrettables, mais la mission est dure et les dérapages inévitables.

 A l’Est ou ailleurs, les camps de rééducation par le travail
L’incarcération des “dissidents” est la meilleure solution pour obtenir une cohésion nationale propice à l’enrichissement de tous.

 A l’Ouest, le chômage et l’exploitation des prolétaires
Il faut bien que les usines soient compétitives par rapport aux concurrents, la mutation inévitable de l’économie entraîne un excédent de main-d’oeuvre. Le sacrifice de quelques uns profite au plus grand nombre...

Des tas de justifications, plus ou moins nobles, sont donc mises en avant :

Ces paravents cachent souvent des motivations réelles plus prosaïques :

Par exemple, des Etats en défendent un autre seulement quand des intérêts stratégiques ou économiques sont en jeu, ou une star lutte contre les mines ou l’esclavage des enfants, ce qui lui donne bonne conscience et accroît encore sa popularité....

Même quand les intentions sont pures et désintéressées, quand on souhaite réellement faire diminuer les violences, une forte ambiguïté persiste. En effet, il apparaît absurde et dérisoire de vouloir supprimer la violence dans un monde fondé sur la violence. C’est comme si on voulait obtenir des plantes vertes sans eau ! La violence irrigue et alimente chaque parcelle de cette société, il est donc impossible de l’extirper en restant dans un tel environnement. Le seul moyen est de changer complètement de sève, de remplacer le poison de la violence par le nectar de l’amour.
Ce monde est un tout monstrueux, on ne peut pas supprimer une partie et garder le reste, il faut tout revoir. Ceux qui prétendent lutter contre la violence s’engagent dans une tâche impossible et sans fin. Même s’ils obtiennent des résultats appréciables à un endroit, le monstre repoussera malheureusement ailleurs, toujours aussi vigoureux et affamé. Forcément, au fond, les mentalités collectives et individuelles restent inchangées. Même les pacifistes, les dits religieux... sont toujours des soldats de cette fausse société et sont à ce titre complices de toutes les horreurs qui s’y perpétuent.

En fait, cette pseudo-lutte contre la violence sert surtout à améliorer la vision que les gens ont d’eux-mêmes. Ils refusent de se voir tels qu’ils sont réellement, ce serait trop affreux et dérangeant. Ils vont donc justifier les violences et même lutter contre certaines pour se donner une apparence d’humanité. Pourtant, s’ils suivaient la logique de leurs mentalité, ils devraient considérer que, dans leur monde, toutes les violences sont normales et justifiées. Ils devraient assumer pleinement leur choix de s’intégrer dans une jungle où tous les coups sont permis. Pour réglementer cette jungle il est normal que les Etats et leurs polices soient violents et sans pitié. Dans cette “société”, les guerres, les meurtres, les viols, l’exploitation des pauvres, la destruction de la Terre... sont normales et inéluctables. Il est idiot et hypocrite de prétendre les supprimer, ou même simplement les réduire. Une âme de loup ne peut s’empêcher de mordre.

Au lieu de s’accrocher à ces vernis de civilisation, d’humanisme, de Droits de l’homme... les gens devraient assumer leurs violences. Il serait logique qu’ils suivent tous une formation de commando et qu’ils portent une arme en permanence. Pour s’endurcir, ils devraient par exemple égorger de leurs mains quelques agneaux et s’empiffrer d’excellents plats devant des affamés mourants. Les enfants devraient apprendre très tôt à manier toutes les armes et techniques de combats...
D’ailleurs, ce programme est appliqué par des individus plus cyniques, ou moins hypocrites, que la moyenne. Ils élèvent leurs enfants comme des soldats pour qu’ils puissent se faire une bonne situation en écrasant les autres.
Si la formation de mercenaires sans pitié n’est pas généralisée, c’est peut-être aussi parce qu’il faut bien qu’il y ait des “victimes”. Si tout le monde était très aguerri et combatif, il deviendrait impossible d’exploiter et de dominer tranquillement les masses. Il est plus facile de dominer les futurs moutons si on leur fait croire en un monde de justice où les gens honnêtes et simples seront récompensés. Pour qu’il y ait des bourreaux, il faut aussi des victimes. Sinon, on se retrouverait avec un état de guerre civile permanent où l’ordre profitable aux puissants ne pourrait régner.

Ajoutons sur ce sujet que tout le monde n’a pas la psychologie requise pour être un vrai bourreau, et les victimes sont mieux considérées par la majorité, elles sont la cible de l’aide humanitaire, des déclarations réconfortantes des intellectuels... Bien sûr, les victimes ne souhaitent pas recevoir du napalm sur le dos tous les matins, mais elles participent à un monde qui fabrique et vend le napalm...


Conclusion

Par rapport aux critères de cette “société”, toutes les violences sont justes et inattaquables. Même celles qui sont dites criminelles sont [naturelles et normales. Il est idiot de les critiquer si on continue à se référer aux mentalités usuelles. Il est hypocrite et impossible de vouloir les combattre.
Les hommes n’auraient même pas besoin, d’ailleurs, de justifier leurs violences puisqu’elles sont la substance même de leur monde. C’est comme si on continuait de justifier la discipline et l’obéissance dans l’armée !
Quand ils critiquent, justifient ou combattent leurs violences, c’est surtout pour se donner l’illusion de n’être pas si moches. Ils refusent de voir leurs têtes de monstres dans le miroir qu’est leurs violences, alors ils appliquent de la peinture (justifications, humanitarismes, Droits de l’homme...) sur ce miroir.

Par rapport à Dieu, à l’Amour, à l’Humanité, toutes les violences sont injustes et condamnables. Même celles qui sont justifiées par la lutte pour la liberté, l’égalité... D’ailleurs, cette “société” dévoyée est, dans son ensemble, une violence injustifiable.

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Zora
janvier 2000
Màj : 3 octobre 2004
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