Nous avons vu que la violence était partout, dans tous les pays, dans toutes les classes sociales. Chacun l’exerce selon ses moyens et les occasions qui se présentent. Interdite ou encouragée, spectaculaire ou feutrée..., toutes les variantes sont possibles et coexistent simultanément.
Beaucoup de gens se contentent des violences ordinaires et ne prêtent pas directement leur concours aux guerres, génocides, pillages...
On observe une planète où des minorités s’enrichissent sur le dos de majorités. Et des guerres plus ou moins larvées et officielles pourrissent et s’éternisent dans tous les coins. Les firmes transnationales (hier les colonisateurs et autres esclavagistes) sont chargées de faire amis-amis avec les pires dictateurs et d’exploiter les pauvres partout dans le monde. Les peuples les plus riches (ou les moins pauvres) en bénéficient au passage. Quant aux guerres, elles n’éclatent pas par hasard, une mentalité et un contexte les préparent.
En définitive, tous ceux qui acceptent et font marcher le système sont coupables et complices des violences collectives même s’ils n’en sont pas des acteurs directs.
Les dictateurs, les Etats, les guerres, l’horreur économique, les génocides... ne naissent pas par hasard et ne sont pas le fait de quelques fous qui manipuleraient de pauvres victimes innocentes. C’est le genre de conneries qu’on veut nous faire gober avec le mythe du Milosevic ou du Saddam Hussein abominables et de leurs peuples blancs comme neige. Les pires tyrans ont souvent une large base populaire et des tas de gens rêvent d’être à leurs places. Et si tous les citoyens ne s’engagent pas dans les milices actives, la plupart approuvent, au moins au départ, les purges et autres ethnocides. Quand le peuple est manipulé et fasciné par des Hitler ou autres, c’est qu’il le veut bien et que le fascisme correspond à sa mentalité profonde.
Tout le monde est donc responsable et coupable, à son niveau. Les violences collectives sont le reflet et la conséquence des choix individuels. Les individus nourrissent et attisent la violence collective. Et cette ambiance imprègne chaque personne, elle dédouane et encourage, elle fait pression sur les gens. On peut observer aussi qu’elle violente les individus par retour de bâton (guerre, arbitraire bureaucratique, famine...). Ce qui crée un cercle infernal sans cesse réalimenté et toujours plus violent.
A force, cet échange de violence perpétuel entre individuel et collectif a donné naissance à une espèce d’entité anonyme et floue. Une sorte de machine sans visage ni représentants précis, un agglomérat des volontés individuelles et collectives qui devient en quelque sorte autonome et incontrôlable. Cette “machine” folle avance toute seule, sans maîtres ni objectifs, en broyant et en nivelant tout sur son passage. Créée par des violences additionnées et amalgamées, elle ne peut que semer la mort et la destruction sur son passage, “aveuglément”, de manière apparemment aléatoire et absurde. Elle se retourne contre ses créateurs et détruit indistinctement riches et pauvres de tous les continents.
Les tyrans et les firmes géantes essaient de la contrôler, de la détourner à leur profit. Parfois, ils y parviennent, créant ainsi une symbiose du mal entre individus, société collective (Etat) et “machine anonyme” (comme l’hitlérisme ou les débuts du communisme). Mais le plus souvent, ils se contentent de profiter des cadavres que laisse son sillage, comme des charognards. Et quand ils parviennent à monter dessus, ils se croient aux commandes mais ils ne dirigent rien, ils savent simplement suivre ses mouvements et donner l’illusion aux masses de maîtriser la “bête”.
De plus en plus cette entitée floue et monstrueuse échappera à ses créateurs. Dopée par toutes les violences, les fluctuations aléatoires des marchés, les technologies complexes et capricieuses, elle pourra semer la désolation sans limites et sans prévenir.
La mondialisation des marchés entraîne une mondialisation de la violence et accélère l’avènement de ce monstre tentaculaire et indomptable.
Il n’y aura plus de tyrans précis, de responsables désignés des malheurs mais une multitude de contraintes de toutes natures et de toutes origines qui aplatiront les destinées humaines froidement et implacablement, sans recours ni contestation possible. Les dictateurs classiques sont dépassés, ici plus de chefs désignables que l’on pourrait stigmatiser. C’est le règne de l’anonyme et du diffus. Toutes les mentalités individuelles sont mélangées dans le monstre et se retournent contre tout le monde.
Il ne sera plus possible de contester et critiquer ce moloch universel, il sera tout et partout, insaisissable et impitoyable. On ne pourra plus se réfugier dans la pseudo-démocratie en se disant que c’est mieux qu’une franche dictature. Le régime de la violence sera le même pour tous : écartelés par les contraintes, les marchés, les lois, les individus seront totalement prisonniers du monstre qu’ils ont eux-mêmes créé. Il se retrouveront en quelque sorte captifs d’eux-mêmes, par l’intermédiaire d’une entité mondiale. Une geôle plus efficace et meurtrière que le pire des bagnes du siècle dernier, nulle part où aller, aucun secteur de libre... La plupart du temps, cette violence sera diluée, feutrée et familière, on ne s’en rendra même plus compte. Les gens se feront sucer lentement le sang et la cervelle par ce “méga-vampire”. Leurs dernières parcelles d’humanité et de personnalité seront récupérées par ce monstre habile à s’infiltrer partout ; toute entité a besoin d’énergie pour survivre. A la fin, la Terre sera peuplée de “robots”, de morts vivants qui agiront comme des automates et qui continueront peut-être à vivre en se donnant l’illusion de ressembler à des êtres humains. A ce stade, le Monstre, n’ayant plus rien à croûter, crèvera, emportant dans sa tombe les ombres de ceux qui auraient pu être des hommes. Car sans leur monstre nourricier, ces ersatz d’humains ne pourront survivre.
La Vie étant très résistante, ce processus peut durer encore longtemps avant d’arriver à son terme. Mais il est déjà bien entamé, comme chacun peut le constater, et ne risque pas de revenir en arrière de lui-même... C’est à chaque être humain qu’il appartient de laisser Dieu l’aider à s’extraire du cercle infernal, avant que sa propre violence ait raison de ses dernières forces.
Annexe : une description imagée de cette “société”
C’est une grande caverne où tout le monde s’entasse. Les zombies qui l’habitent fuient la lumière du jour et préfèrent rester au fond de leur trou avec les néons. Là-dedans, ils pataugent dans une boue gluante impossible à faire disparaître, même en pompant 24h/24. Ils se battent à coup de griffes et se montent les uns sur les autres pour se rapprocher des spots du plafond. Les murs noirs et suintants font écho à l’infini des cris de tous les êtres sacrifiés chaque seconde. Cet univers est peuplé de ruines ou d’objets factices qui vont le devenir.
Sans arrêt, pour rendre leur cloaque supportable, les habitants remettent des couches de peinture antirouille, vaporisent des flots de parfums synthétiques au pin des Landes, diffusent des voix d’anges qui invitent à consommer ou des musiques d’ambiance... mais ça ne dissimule pas longtemps la laideur du lieu.
Ils parsèment aussi les rochers d’art contemporain de réseaux électroniques de convivialité à distance, de vernis culturel haut ou bas de gamme, mais ils restent toujours des barbares sanguinaires et vides.
Planifiés ou pas, les crimes sont toujours là, dans chaque recoin. Dans la grotte les êtres qui refusent la lumière ne font que se cogner contre les murs et leurs congénères. L’espace et leurs motivations sont trop sombres et étroits pour créer autre chose qu’une mêlée informe et sanglante.

