La violence, les violences

5/9 Légal / Illégal, Permis / Interdit

La notion de violences illégales et légales a été inventée pour se donner meilleure figure et faire oublier tous les crimes autorisés en stigmatisant les autres. Comme si certaines violences pouvaient être acceptables, normales, et d’autres hideuses, malsaines, scandaleuses ! Les interdits et règlements ne sont que des paravents et des garde-fous. Ils masquent toutes les violences admises, limitent les dégâts et canalisent les actes utiles aux pouvoirs.

/ Le Mouvement / Articles / La violence, les violences

 
1-4 Légal/illégal - Permis/interdit

L’exercice de la violence est soumis à des règles. Seulement, ces règles varient énormément suivant les époques, les pays, le contexte, les classes sociales... Ce qui est illégal peut être permis, ce qui est légal peut être réprimé sourdement, une pratique longtemps prohibée peut être encouragée... En fait, chacun souhaite faire ce qu’il veut. Les différents lobbies se font donc la guerre pour imposer leurs conceptions de la violence acceptable ou inacceptable.
Les critères sont donc forcément flous, arbitraires, fluctuants, contradictoires... Il s’agit simplement de s’adapter aux moeurs et aux nécessités du moment tout en conservant des paravents de Droits de l’Homme, de respect de la vie, de textes sacrés...

Prenons quelques exemples pour illustrer la chose :

On pourrait multiplier les exemples, mais tout le monde aura remarqué l’absence de cohésion universelle. Croyances traditions, valeurs, éthiques, intérêts, règlements... s’affrontent, se superposent et se mélangent allègrement au gré des fluctuations des besoins.
En règle générale, les composantes les plus fortes de la “société”, à savoir l’Etat, la religion en place et les puissances économiques imposent les normes qui les arrangent. Il s’agit pour eux de garantir leur perpétuation en interdisant au peuple toutes les violences qui risqueraient de mettre bas le système et en s’autorisant toutes les violences utiles au contrôle de ce même peuple.

Dans les pseudo-démocraties, la violence des Etats, plus discrète, n’en est pas moins réelle. La France, par exemple, ne se gêne pas pour ficher et surveiller tous les déviants. Et la justice permet de ruiner et de condamner légalement ceux qui dérangent. Dans les cas extrêmes, des assassinats discrets peuvent même être perpétrés...
Dans beaucoup de pays, les manifestations pacifistes sont réprimées dans le sang, des “religions” fanatiques imposent par la force leur doctrine à toute la population et les Etats emprisonnent ou exécutent tous les opposants, qu’ils soient armés ou non.
De plus, universellement, la dictature économique s’impose à coup d’asservissement, d’exploitation, de destruction, de monopole... Cette violence qui annihile peuples, cultures et nature est parfaitement légale, elle est même jugée normale, souhaitable et inéluctable.

Grâce à la conjugaison du Droit et de la Force, les riches et les puissants exercent à loisir les violences qui les arrangent pour accroître leurs richesses et leur pouvoir. Tandis que les peuples n’ont que le droit de subir et de se défouler sur leur chien ou leur épouse.

Tout ceci montre que la notion de criminalité est assez fluctuante. La “société” étant fondée à la base sur la violence (concurrence, appropriation, luttes de pouvoirs...), il est impossible de l’éliminer ensuite, même si on le souhaite sincèrement.
Les hommes se contentent donc d’encadrer leurs violences pour qu’elles restent dans des limites qui ne mettent pas en péril la perpétuation du “système”. Ils ne veulent pas interdire toute violence, cela remettrait en cause leurs choix de vie sur Terre.

- Prenons un exemple de base : la propriété. Les plus forts, c’est-à-dire ceux qui ont plus d’argent, de ruse, de pouvoir... ne se gênent pas pour exploiter les plus “faibles”. Les plus forts prennent de force (quels que soient les moyens et les garde-fous) les richesses des plus faibles. Ce qui est une forme de vol : on récupère de force quelque chose sur le dos d’autrui. Ces richesses sont transformées en propriété pour le plus fort. Donc la propriété est du vol légalisé et organisé. L’abus de l’exploitation par les moyens légaux peut même conduire les plus pauvres à la misère totale et la mort. Donc la propriété abusive est un meurtre légalisé. La propriété des riches est donc le fruit du vol et du meurtre des pauvres. Les paravents sophistiqués des Droits de l’Homme, du droit international, de l’aide humanitaire, des remises de dette... ne peuvent masquer cette évidence.
Les dirigeants de multinationales sont donc les esclavagistes meurtriers et voleurs des temps modernes, les pires criminels de la planète, pourtant adulés et enviés par la plupart des esclaves qui ne rêvent que de prendre leur place. Et le paradoxe, c’est que le pauvre qui va être obligé de prendre de quoi se nourrir sera traité de voleur !
Je précise que ceci ne veut pas dire que tout devrait être à tout le monde, mais que chacun devrait avoir le nécessaire pour vivre et que personne n’accaparerait de richesses. Donner quelques miettes aux pauvres pour qu’ils ne crèvent pas et puissent encore servir est ridicule.
Il est donc impossible aux hommes de prohiber toutes les violences induites par la propriété puisque, ce serait attaquer à la base leur système.

Considérons à présent la criminalité “ordinaire”, celle qui est généralement illégale, comprenant par exemple les viols, le meurtre de son voisin, le proxénétisme, les hold up, les pots-de-vin...

Dans chaque milieu, chaque couche sociale, on trouve des pratiques dites criminelles, des plus pauvres aux plus riches. Les puissants étant généralement impunis, les miséreux font ce qu’ils peuvent avec les moyens du bord et tombent plus souvent dans les prisons que les PDG et ministres.

Souvent, les dits “malfaiteurs” ne font qu’utiliser d’autres moyens pour parvenir aux même fins que les citoyens dits “honnêtes”, ceux qui restent dans la “légalité”. Le patron vole ses ouvriers légalement. Le gangster vole les banques illégalement. C’est une question de stratégie et d’opportunité. Chacun choisit selon son tempérament, sa classe sociale et les occasions qui s’offrent à lui. Le fils de patron va plutôt reprendre l’affaire tandis que le fils de chômeur sans emploi va plutôt faire du trafic. Les délinquants tiennent, comme tout le monde, à avoir un statut social. Les hold-up, la prison et le passage à la télé, ça vous pose un homme tout autant, sinon plus, que le train-train du salarié modèle.
Parfois, les choses peuvent s’inverser : le patron verse illégalement des pots-de-vin pour obtenir un marché juteux et le gangster investit légalement dans une entreprise rentable. A un haut niveau les choses sont complètement mélangées. L’argent dit sale (obtenu illégalement) est injecté dans les marchés mondiaux et en ressort propre (légal), les traces de son origine ont disparu. Louons ensemble ces braves machines à laver que sont les paradis fiscaux, qu’aucun Etat ne se hasarderait à supprimer.

Les criminels ne font que pousser jusqu’au bout la logique qui anime tout le monde.

Même les pires tueurs en série sadiques sont dans la même logique et sur la même longueur d’onde que les autres. Ils ont simplement une psychologie différente. Ils sont coupables de ne pas avoir maîtrisé et canalisé leur pulsions particulières, mais la “société” est coupable de ne pas les aider et de les pousser au crime du fait des “valeurs criminelles” qu’elle prône partout.
Les tueurs ne sont pas des martiens débarqués par hasard, ils font partie du décor au niveau individuel, comme la guerre l’est au niveau collectif. Ils sont une manifestation et une conséquence spectaculaire de cette “société”, tout comme la bombe atomique.
On peut dire qu’en commettant des actes particulièrement horribles, ils révèlent le niveau de l’horreur permanente qui règne sur la planète. Le niveau de violence exercé par ce genre de criminels est le même que celui atteint par l’ensemble des hommes. Si tous n’en sont pas à de telles extrémités, leurs mentalités et leurs choix sont du même niveau de barbarie que chez Jack l’éventreur ou l’étrangleur de Boston.
Les honnêtes gens ont la même mentalité que les tueurs, seulement leur psychologie va les mener plutôt vers le commerce ou l’armée... Il faut de tout pour faire cette bonne “société” : des affreux violeurs-éventreurs et de vertueuses soeurs-missionnaires. Vous allez peut-être trouver choquant de mettre sur le même plan assassins et humanitaires, mais prenons une comparaison. Imaginez que vous naissiez dans un monde résumé à un gigantesque camp de concentration sans limites. Le but de ce camp est, entre autres, l’extermination de certains hommes et animaux. On vous demande de choisir votre fonction dans ce camp, n’importe laquelle. Vous allez choisir celle qui correspondra la mieux à vos capacités, votre psychologie. Balayeur d’abattoir ou égorgeur en série : la différence est-elle si grande du moment que vous acceptez sans trop broncher l’existence, le principe et les buts de ce camp de concentration ? Celui qui électrocute les êtres à la chaîne est-il plus coupable que celui qui astique les murs et enterre proprement les cadavres ? Le balayeur préfère laisser à d’autres le soin d’assassiner, tandis que les exécuteurs professionnels n’ont aucun goût pour le ménage. Mais ce sont tous des employés du camp, ils participent à son fonctionnement, quelle que soit leur tâche, et ils en retirent un salaire.
Ici aussi on retrouve les différences, injustes, de considération entre le ramasseur de poubelles ou la caissière et les grands journalistes ou PDG. Le tueur est moins considéré que le politicien réformiste, pourtant ils appartiennent tous deux au même monde et sont tous nécessaires.

D’un côté, on peut dire que la bonne soeur est meilleure que l’étrangleur, mais d’un autre, tous sont complices d’un ensemble monstrueux, et ne font que s’y adapter, en suivant simplement leur psychologie différente. Si on veut positiver un peu, on peut se dire que le militant pacifiste engagé est moins pire que le snipper mercenaire, car le premier a fait l’effort de dominer ses pulsions de meurtre en les transformant en action réformiste. Mais bon, on peut se dire aussi que leurs choix ont différé simplement parce qu’ils ne vivaient pas dans le même contexte socio-politique. Quand une guerre civile se déclare, les “pacifiques citoyens” peuvent être nombreux à prendre les machettes et les fusils de chasse.

Il est aberrant et hypocrite de prétendre éradiquer le crime (et encore plus ses conséquences) dans un monde qui a pour but la jouissance et la puissance, et où tous les moyens sont bons pour parvenir à ses fins.

Les criminels (ou les guerres) sont comme des gros furoncles qui pousseraient sur un corps pourri par le cancer. Ce sont des excroissances monstrueuses et spectaculaires qu’on évite de regarder et qu’on veut éradiquer afin d’éviter de voir le cancer. Les assassins ne tombent pas du ciel ni de l’enfer, ils se nourrissent du cancer de la “société” à l’extérieur d’eux et du leur à l’intérieur d’eux. La “maladie” de la “société” et la leur sont de même nature, elles se reflètent dans leurs actes. Souvent les tueurs ne se sentent pas coupables, ils ont obéi à leurs “instincts”, comme tout le monde.

Faisons au passage le parallèle avec les soldats fanatiques qui obéissent à leurs supérieurs, à un idéal... Notons aussi qu’on s’offusque davantage des quelques crimes commis par l’ennemi public n°1 que par les milliers de morts dus aux soldats des armées régulières.

Le criminel, donc, ne fait que céder à ses pulsions, tout comme le bourgeois qui ne pense qu’à s’enrichir davantage. Des vices sont interdits, d’autres pas, certains trouvent leur plaisir dans la transgression des interdits, d’autres en se soumettant aux normes... Violer est interdit, s’engraisser sur le dos des crève la faim est la voie royale. Dans un contexte de guerre, des tas de gens très “pacifistes” se révèlent être d’excellents tueurs. En temps de paix, les mentalités d’assassins ont plusieurs choix :

Notons que même les citoyens ordinaires ont des occasions de s’illustrer, en tirant sur un cambrioleur ou un Arabe qui faisait trop de bruit, par exemple. Mais l’immense majorité, plus lâche et soucieuse de sa tranquillité, se contentera de manger des animaux tués par d’autres, de chasser le canard et le sanglier, de jouir devant films et reportages ultra-violents complaisants. Ce n’est pas pour rien que les films d’horreur, de meurtres, de viols, de gangsters en général... ont un tel succès. Le goût du mystère et de l’action n’explique pas tout. Chacun peut prendre son pied sans conséquences pénales. Les téléspectateurs sont attirés par la violence, mais ne peuvent l’exercer que de manière limitée, alors ils compensent avec des images. Ils craignent les représailles, alors ils se contentent d’os à ronger. En tout cas, dès qu’ils ont une occasion de se faire du “bien” en faisant du mal légal (non interdit), ils ne la rateront pas. Souvent les gens ne font pas autant de mal qu’ils le pourraient, mais ce n’est pas par vertu, ils ont plus d’intérêt à ménager les victimes potentielles qu’à les écrabouiller.
On peut en outre s’interroger sur l’innocuité du visionnement répété d’images violentes. En se vautrant avec complaisance dans son goût pour le sang, le spectateur ne risque pas d’aller en prison et il ne tue personne, certes, mais je ne voudrais pas voir l’état de son âme. A force d’exalter et d’encourager ses plaisirs de meurtres virtuels, il risque quand même de tuer quelqu’un : lui-même

En règle générale, ceux qui se limitent aux violences légales, et ne sont donc pas considérés comme des criminels, sont fascinés par les hors-la-loi. Ils aimeraient bien être à leur place : sans limites à leurs pulsions et ivres de pseudo-liberté. Eux qui sont enchaînés à leur conjoint, à leur travail et aux règlements ont souvent envie de tout casser. Il ne s’agit pas d’un sentiment de véritable révolution mais d’une simple pulsion de “révolte” en vue d’une plus grande liberté pour l’expression de leurs violences. Ils sont bien obligés d’accepter les contraintes et les interdits de la société mais au fond d’eux-mêmes, ils en sont restés aux envies de barbarie brutale, de viols avec strangulation, d’orgies de sexe et de drogue. En fait cette pseudo-civilisation ne change pas du tout les gens, au contraire. Elle se contente de mettre des linceuls de camouflage et des interdits sanctionnés.
C’est pourquoi certains passent si facilement de la légalité au crime, de l’honnêteté au viol et mènent souvent les deux de front. En fait ce sont deux facettes indissociables d’une même mentalité, qui se développe différemment selon les individus et le contexte.
C’est pourquoi aussi, en temps de guerre, des gens simples et “aimables” peuvent devenir aussi facilement des snippers sans scrupules.
C’est pourquoi ceux qui ne se satisfont pas du rôle obscur de petit chef s’affirment et s’éclatent dans le meurtre en série.

Au niveau où je me place, illégalité, interdits, règlements, tabous ne veulent plus rien dire. Les hommes ne veulent être qu’un agglomérat de pulsions et de goûts innés qui se manifestent ou pas. es stratégies et les expressions de la violence peuvent prendre de chemins très divers, contradictoires, successivement opposés, peu importe : leurs âmes seront toujours les mêmes, égoïstes et sanguinaires.

Souvent trop lâches et soucieux d’une vie longue et tranquille, les gens laissent d’autres tuer et prendre les risques à leur place. Ce qui ne les empêche pas de vouloir lyncher les criminels : ils ont peur pour leur propre sécurité, ils sont jaloux de ceux qui osent et ils sont dérangés par l’image que les assassins renvoient d’eux-mêmes.

Ajoutons enfin que l’Etat offre de nombreuses occasions légales d’exercer violences et pouvoirs : police, services secrets, armée, fisc, justice, administration ordinaire. Il voudrait même avoir le monopole et tente d’éliminer ses concurrents. Tache difficile qui explique que souvent les Etats préfèrent pactiser avec pègres et mafias, quand tout n’est pas confondu...


CONCLUSION

Les interdits et règlements ne sont que des paravents et des garde-fous. Ils masquent toutes les violences admises, limitent les dégâts et canalisent les actes utiles aux pouvoirs.

En règle générale et quelles que soient les nuances culturelles et historiques :

Sont interdits :

Sont autorisés :

La notion de violences illégales et légales a été inventée pour se donner meilleure figure et faire oublier tous les crimes autorisés en stigmatisant les autres.
Comme si certaines violences pouvaient être acceptables, normales, et d’autres hideuses, malsaines, scandaleuses !

C’est toujours la même ruse : regardez et condamnez ces affreux violeurs et ces voleurs de voitures, oubliez les puissants voleurs de milliards et tueurs de pauvres.

Il s’agit pour les hommes de se protéger un peu contre eux-mêmes. Sans l’Etat et sa police, comment les riches pourraient-ils voler les pauvres sans encombre ? Il faut des contraintes violentes pour que le loups se dépouillent mutuellement dans le calme et l’ordre du Droit et de la “Démocratie libérale”.

C’est la même absurdité que pour la guerre : instaurer des règles et interdits pour des pratiques par essence violentes et destructrices !

La propriété, l’emprisonnement, la condamnation à mort, le salariat, la guerre..., bénéficient d’une batterie de lois. Tout est prévu, voyez comme on s’occupe bien de vous. On réglemente tout et on met des contre-pouvoirs pour tenter de se donner une apparence d’humanité et d’égalité, mais le Droit et l’éthique ne peuvent cacher que cette “société” est toujours régie par la loi de la jungle. Ce qui fait que les pouvoirs doivent être plus violents et plus impitoyables que leurs sujets s’ils veulent être respectés et continuer à s’enrichir sans souci, au nom de la paix civile bien entendu.
Ultime paradoxe, le calme et la pseudo-paix ne peuvent être obtenus que par la violence, légale, elle.

- La violence, les violences, suite du texte

 
Version imprimable
Zora
1er janvier 2000
Màj : 2 octobre 2004
Autres articles du DOSSIER
Articles suiv./prec.

Cherche traducteurs

Mutations-Radicales a besoin d'aide pour traduire des textes révolutionnaires, politiques, contestataires...

 
Home
 
Mutations-Radicales :  mystique et dissidence, révolution non-violente, utopie
PrésentationContactPlan du siteimg
 Home / Le Mouvement / Articles / La violence, les violences
http://www.mutations-radicales.org/La-violence-les-violences,119.html