Il est effarant et consternant d’observer que la famille biologique traditionnelle continue, de nos jours et plus que jamais,à être prisée et portée aux nues non seulement par les religions monothéistes, mais par les pouvoirs civils et par les foules du monde entier. C’est une institution fondamentale et fondatrice particulièrement archaïque et malfaisante dont la persistance témoigne du primitivisme général des collectivités préhumaines. Il est compréhensible que l’on soit passé par ce stade, mais il y a longtemps qu’il aurait dû être dépassé. A part le cas, encore très rare de l’adoption à laquelle on ne recourt la plupart de temps qu’en désespoir de cause, même dans les familles "recomposées", chaque membre est rattaché à tous les autres par un lien biologique, au moins indirect. C’est par l’intermédiaire de mon "vrai" père que cette femme devient ma seconde "mère". Cette sacralisation quasi païenne de la "nature" et de l’hérédité s’ajoute au refoulement de la sexualité, et la combinaison hétéroclite de ces tendances maîtresses en arrive à faire de la famille une absurdité et une monstruosité.
1° Une ABSURDITE
Prenons d’abord le cas des PARENTS. Les religions, et elles ne sont pas les seules, exaltent la valeur d’un engagement mutuel durable et même définitif. Elles n’ont pas tort, à deux conditions essentielles. PRIMO, le Projet qui unit le couple ne saurait se limiter à la procréation : il doit prendre en compte l’ensemble des qualités de chaque personne pour les mettre "conjointement" au service d’une Oeuvre commune qui comprendra forcément de la créativité et (ou) de l’altruisme, formes d’expression absolument indispensables à l’épanouissement de tout être humain. La détermination précise d’un Projet conjugal qui conjugue la mise en Oeuvre de toutes les capacités de l’une et de l’autre personnes peut se réaliser grâce à l’étude comparative des deux thèmes de naissance astrologiques, je le dis en passant. Seule une passion partagée qui mobilise et "sublimise" les dons et les aptitudes de chaque partenaire en une synthèse interpersonnelle visant à des tâches et à des objectifs supérieurs peut justifier la constitution d’un couple et garantir sa durée. L’affection et le respect mutuel ne suffisent pas. SECUNDO, l’idéal ainsi défini qui harmonise la sexualité, l’affectivité, l’altruisme, l’inventivité et les qualités originales de chaque membre du couple au profit de grandes réalisations est trop beau et trop puissant pour devoir s’enfermer dans une relation unique. Il ne peut vraiment s’accomplir, dans toutes ses dimensions et dans toute son intensité, que si chacun participe à plusieurs couples qui s’équilibreront, se complèteront, s’enrichiront mutuellement, assurant ainsi leur solidité et leur stabilité.
La fidélité ne consiste pas à refuser à tout le monde ce qu’on accorde, sur un plan sexuel, à une seule personne. C’est là une vision des choses extrêmement négative et réductrice. Elle signifie plutôt que chaque duo ou trio ou quatuor composé de personnes de sexe identique ou différent bâtit, dans la durée et sans se laisser décourager par les difficultés, l’Oeuvre adaptée aux compétences, aux talents et au génie de ses membres. Une sexualité largement ouverte et généreuse ne peut que contribuer au succès de ces magnifiques entreprises au long cours. Et qu’on n’aille pas crier à la débauche et à la partouze ! C’est tout le contraire : une sexualité ainsi pratiquée exige énormément de maîtrise, de délicatesse et d’amour. Mais il est non moins évident que chaque personne ne peut appartenir qu’à un nombre limité de couples si elle veut en approfondir l’intimité, en resserrer les liens et en extraire toute la fécondité.

