La "cellule" familiale, si bien nommée ! (3)

14 avril 2010
Par Christian Singer
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Le sort des ENFANTS n’est guère plus enviable, bien qu’ils fassent preuve en maintes occasions d’un sens remarquable de l’adaptation et de l’opportunité. Soumis à une surveillance tatillonne et à une oppression constante, certains subissent en plus diverses formes de maltraitance, parfois tragiques, ou se laissent écraser par l’autoritarisme et la malveillance de parents qui se sentent obligés de "faire leur devoir"...non sans un certain sadisme. D’autres réagissent et mènent un combat ingénieux contre des gens qu’ils détestent et qu’ils apprennent petit à petit à neutraliser. Mais il y a aussi beaucoup de petits malins qui savent exploiter avec un incroyable cynisme la naïveté et la détresse affective de leurs parents en leur soutirant argent, cadeaux, faveurs et avantages de toutes sortes. Tels des pourceaux à l’engrais, ils prospèrent sur les frustrations d’adultes qui continuent , éventuellement, à les considérer comme des anges de pureté et d’innocence ! Pitoyables sont ces "grandes" personnes qui vivent par procuration et se consacrent entièrement à la "réussite" de leur progéniture. Il n’est plus question que de notes, de classements, de concours etc. Ils se font imprésarios ou entraîneurs ! Cette attitude caricaturale permet au moins d’échapper au huis clos domestique... à moins qu’elle ne le renforce ! Surtout elle met parfaitement en lumière la raison fondamentale pour laquelle la famille continue d’ être pratiquée à outrance... qu’elle le veuille ou non !

Je fais ici allusion à son rôle "politique". Quels que soient ses gigantesques défauts, elle demeure "la cellule de base" de la "société" et, à ce titre, elle constitue pour l’Etat un instrument essentiel de sa domination. Se réduisant en fait pour l’essentiel à une clique de quelques centaines de grands privilégiés, il ne peut asservir à son profit les collectivités préhumaines que par l’intermédiaire d’institutions de base telles que l’école et surtout la famille, qui serviront de courroies de transmission et seront chargées de légitimer et de pérenniser l’état de choses existant. On connaît les grandes lignes de ce bourrage de crâne intensif. Il s’agit d’un discours qui se veut activement réformiste. "Tout n’est pas parfait, loin de là, mais justement nous comptons sur vous les citoyens pour une amélioration constante qui ne peut se réaliser que grâce à une évolution intérieure accomplie en douceur, et non en cédant aux illusions dangereuses d’une révolution "extérieure" qui ne peut se dérouler que dans la violence et semer la ruine et la mort". Ce dernier point n’est pas faux, à ceci près que la violence ne viendrait pas forcément de ceux qui feraient la révolution, mais plutôt de ceux qui la réprimeraient. Selon la fameuse formule, il conviendrait de changer tout ce qu’il est nécessaire de changer pour ne rien changer. "Vous avez le droit à la contestation et à la critique, pourvu qu’elles restent limitées, partielles et superficielles, et qu’elles ne touchent en rien aux fondements de "la-société".

" Pour exécuter ce magnifique programme, chers petits, il est indispensable de vous intégrer socialement et de vous insérer professionnellement. De toute façon, vous n’avez pas le choix, sauf à devenir des marginaux, des parasites, des traîne-savates voués à la misère, à la réprobation publique et même, dans certains cas, à la persécution". Ces propos sont actuellement tenus par les parents avec un zèle incroyable : ils ne songent qu’à la "réussite"(! ?) de leurs enfants et sont prêts à tout pour l’obtenir dans un climat de compétition impitoyable. Le pire est que ce baratin sur l’inéluctabilité des options fondamentales est mensonger. Car il existe des alternatives sur tous les plans, social, politique, économique aussi bien que religieux, intellectuel, affectif, "familial" etc. Certaines ont été essayées autrefois et continuent de l’être, mais dans un environnement qui leur est profondément hostile et qui rend donc leur expérimentation extrêmement difficile. On ne parle pratiquement jamais de ces tentatives, sinon pour les attribuer à des idéalistes naïfs ou à des illuminés dangereux. On ne cesse de nous seriner avec le lessivage de cerveau pratiqué par les "sectes". Mais alors que dire de la "grande secte sociétale" (Denis Duclos) qui n’en finit pas de tromper et d’égarer les jeunes avec la complicité de l’école, des médias et, dès le départ, de la sacrosainte famille qui, en tant que cellule de base de la société, doit, à ce titre et plus que tout autre institution, veiller indéfiniment à sa reproduction intégrale et invariable. Les Etats versent des subsides aux familles, mais, au total, ils sont largement gagnants, car l’argent qu’ils concèdent est bien peu de chose en regard des services qui leur sont rendus ! La famille n’est donc pas seulement un ETOUFFOIR, elle fonctionne aussi comme un LAMINOIR qui fournit au Moloch étatique les millions de clones dont il se nourrit pour renforcer son emprise. En ce sens, les meilleures familles sont les pires, puisque la bonne entente qui y règne facilite l’endoctrinement et l’embrigadement et abolit l’esprit de résistance et de révolte.

Mais peut-être vous demanderez-vous par quel modèle enfin digne de l’homme et à sa mesure il faudrait remplacer la famille. Plusieurs de mes remarques vous ont sans doute déjà mis sur la piste : c’est évidemment la COMMUNAUTE qui devrait prendre la relève. C’est là un sujet d’une importance capitale dont je vous entretiendrai bientôt. En attendant, je vous laisse méditer sur deux jugements qui se rejoignent, bien que leurs auteurs aient appartenu à des époques et à des familles de pensée bien différentes.

"Une famille vous gêne, vous contrecarre de mille façons ; il faut que vous obéissiez à ses idées et non aux vôtres ; vous n’êtes pas libre de votre vocation, et dans la voie où elle vous jette, souvent dès le premier pas, vous vous trouvez embourbé" C. Tillier, pamphlétaire mort en 1844.

"La famille...grand péril pour les âmes fortes. Elle les plie à ses préjugés, à ses intérêts, à ses affaires : elle les asphyxie, les stérilise à son profit. Les grands Saints ont tout rompu" Marie Noël, poétesse catholique morte en 1967".

Et la célèbre apostrophe de Gide, plus que jamais à l’ordre du jour : " Familles, je vous hais ! Foyers clos, portes refermées ; possessions jalouses du bonheur".


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