La Vie écartelée 5/5

Les limites de la génétique + Conclusion générale

La génétique dans le Projet ? Contre une vision des gènes mécaniste et déterministe, la liberté existe !
Les préhommes sont capables des pires atrocités pour continuer leur fuite en avant vers le mur.

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S’il est certain que la préhumanité ne manquera pas de faire usage de ses découvertes pour le pire, on ne sait pas très bien jusqu’où peut aller la percée de l’intimité du vivant. D’ailleurs, certains scientifiques essaient de calmer les ardeurs de ceux qui ont une vision mécaniste de la vie, de ceux qui pensent que l’homme est complètement déterminé par ses gènes.

  • Les limites de la génétique
  • Les limites de la génétique

    Voici quelques extraits, pour rappeler que rien n’est simple :

    “Même l’organisme ne se construit pas lui-même à partir de son seul ADN, explique un auteur dans une sorte de pamphlet sur l’idéologie qui imprègne la biologie. Un être vivant, à n’importe quel moment de sa vie, est le résultat unique d’un développement produit par l’interaction de forces internes et externes”
    “En effet, du génotype (le patrimoine héréditaire) au phénotype (la manifestation de ce patrimoine), il y a un monde, celui du métabolisme et des interactions avec l’environnement.”
    “Plus la connaissance scientifique progresse, plus la complexité se dévoile.”
    (Sciences et Avenir, novembre 1993)

    Les rationalistes sont déçus : la vie est finalement trop complexe. Ils auraient préféré un système mécanique dissécable sur lequel ils auraient pu appliquer un programme, des recettes, un eugénisme clair et net. Mais voilà, il leur faudra se contenter d’approximations. Dur, dur de trier les embryons sur des bases génétiques : entre les mutations imprévisibles, les interactions du sujet avec son environnement, les maladies liées à plusieurs gènes, les gènes qui ont une intensité d’expression variable, les gènes différents qui codent pour une même protéine... (Et ce n’est pas la récente cartographie du génome qui change quelque chose : si on sait à peu près où se trouvent les gènes, on ne comprend toujours guère comment ça fonctionne)
    Grâce à cette complexité, les préhommes auront quand même du mal à éliminer tous les déviants et à fabriquer des clones conformes en série. Cette complexité montre bien que l’homme n’est pas figé ; il peut changer en fonction de ses choix, de son action et de son environnement.

    Sortons un peu de la complexité génétique pour regarder l’être humain de plus haut. L’Homme ne se définit pas seulement par ses gènes. Il nous apparaît composé d’au moins six étages

    Des conceptions que les scientistes de la psychologie ou de la neurologie rejettent avec horreur. Comment, il existe encore des arriérés qui osent mêler Dieu à la biologie !!

    Pour ce qui va suivre, je resterai très prudent. Les flous, les incertitudes et les inconnues sont tels que, pour aller plus loin, il faudrait une plus grande Connaissance et un véritable progrès de la science.

    En tout cas, il est clair que l’analyse des gènes, comme toute autre analyse scientifique de l’être humain, ne fait qu’indiquer des quantités et des types de capacités, des caractéristiques (intelligence, taille, force physique, habileté dans tel ou tel domaine...). Elle ne peut pas du tout définir précisément quelle est la mission d’une personne.
    Connaître le patrimoine génétique reviendrait à connaître à fond le fonctionnement d’une voiture sans savoir vers où la conduire. On serait bien avancé. Les préhommes continueront de faire n’importe quoi de leur vie.

    Dans le Projet, la génétique a-t-elle quand même une utilité ? Certainement.
    Ici non plus, je ne vais pas trop m’étendre pour ne pas dire n’importe quoi ou faire de la science-fiction.

    Même dans le Projet, il peut exister des maladies (surtout au début) et la génétique pourrait aider à soulager certaines personnes, en refusant bien sûr toute forme d’élimination.
    On peut aussi envisager une forme d’eugénisme positif, notamment à l’égard des animaux. Toute forme de barbarie, de discrimination et de recherche de puissance étant éliminée si les hommes s’engagent dans le Projet, la modification des gènes serait tout à fait envisageable. Il n’y aurait alors plus de délires ni de dérives en rapport avec des races pures ou des “élites”, mais au contraire des recherches lucides, menées en âme et conscience par des gens responsables, pour poursuivre l’oeuvre de Dieu.
    Ainsi, une action sur leurs gènes pourrait aider les animaux à dépasser le carnivorisme ou à réguler leur reproduction pour éviter les pullulements, par exemple.
    On pourrait aussi créer d’autres espèces végétales pour faciliter le régime végétarien de tous, sans destruction de ces végétaux “nourriciers”.
    La génétique n’est pas du tout à rejeter à priori ; c’est peut-être un levier important pour agir sur la nature, pour construire le Monde, pour poursuivre l’évolution de la Terre et de ses habitants.

    Conclusion générale du dossier “La Vie écartelée”

    Les préhommes sont capables des pires atrocités dans tous les domaines, la seule limite à leurs boucheries étant l’instinct de survie qui les pousse parfois à s’auto-limiter. Le droit et l’éthique ne sont en fait que des paravents modulables qui suivent le mouvement en essayant de contenir le délire dans des limites raisonnables.
    On ne sait pas très bien jusqu’où peut aller la génétique “préhumaine”, mais on peut être sûr que les dégâts seront considérables, même si un système tel que celui décrit dans “Le meilleur des mondes” n’est pas possible.
    La préhumanité veut tout contrôler, tout niveler. Elle a déjà des esclaves volontaires conditionnés depuis leur naissance mais son rêve est de les fabriquer, dès le départ, génétiquement. Elle voudrait des clones obéissants, économes, adaptés aux besoins économiques et parfaitement définis. En effet, les esclaves actuels sont encore trop instables, incertains ; ils peuvent malgré tout se révolter de manière incontrôlée, leur esclavage étant volontaire, il peut aussi cesser volontairement.
    Les fines bouches, les “éthiqueteurs”, les juristes, les “Testart” ne pèsent pas lourd face à la déferlante des scientifiques avides de savoir, de pouvoir et de gloire, face aux couples déchirés et inquiets qui réclament à cor et cri des progénitures conformes, face aux marchés juteux en perspective...

    Pour tenter de résoudre de faux problèmes, créés par une organisation relationnelle et sociale complètement déviée, la préhumanité fuit en avant avec la procréation assistée. Après avoir satisfait les couples stériles avec des enfants forcés, elle est tentée d’améliorer (soi-disant) la qualité des foetus. Ce qui ouvre en grand le portail aux manipulations de toutes sortes : tri d’embryons, eugénisme de masse, tests à l’embauche, examens pour les assurances et le droit d’enfanter, carte d’identité génétique, clonage, clones en réserve d’organes...

    Partant d’une procréation médicalement assistée soi-disant innocente et sans danger, on en arrive à un eugénisme ignoble, feutré et démocratique. En préhumanité tout est lié, tout s’enchaîne inexorablement.

    Même les découvertes anodines mènent à des abominations, tant il est vrai que les préhommes sont habiles à tout utiliser de manière néfaste.

    Les préhommes ont déjà donné leur âme au diable, ils vendent maintenant les racines de leur corps desséché aux rapaces de la Science et du Marché, lesquels ne manqueront pas d’en tirer profit.

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    Zora
    1ère publication : 1995
    Mise en ligne : 5 janvier 2000
    Màj : 9 août 2004
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