Introduction
Pour satisfaire des couples stériles, les biologistes conçoivent des embryons en éprouvettes. Le désir d’enfants de tous les citoyens peut donc être satisfait à présent grâce à la procréation in vitro.
Mais maîtriser la quantité d’enfants (avec la PMA et la contraception) ne suffit pas aux parents et à la science, il leur faut aussi contrôler la qualité et la conformité des foetus. Toute la cavalerie scientifique, malgré quelques airs de ne pas y toucher et au mépris des avertissements de certains (comme le biologiste J. Testart), se rue dans ce nouveau défi. Cette tâche est plus délicate et plus compliquée (on est très loin de tout comprendre). Il faut donc que ses hérauts jonglent entre les risques et les interdits (plus ou moins provisoires).
En fait, il s’agit, même si la plupart des scientifiques n’osent pas employer le mot, trop connoté depuis le nazisme, d’un nouvel eugénisme. Et l’eugénisme implique toujours des mots comme : tri, sélection, amélioration. Des vocables qui peuvent sonner très mal.
Quand on sait ce que les préhommes sont capables de faire avec les embryons en trop, on peut craindre à juste titre les retombées pratiques des progrès de la génétique.
1. Les techniques de tri
Avec la progression de la génétique, il devient possible de "connaître" à l’avance à quoi "ressemblera le bébé" beaucoup plus précisément et plus tôt qu’avec d’autres techniques (échographie, R.X).
On peut maintenant faire un début d’analyse de l’ADN qui est au coeur des chromosomes présents dans chaque cellule d’un être vivant. Comme l’ADN est le même dans toutes les cellules, il suffit d’en avoir une.
Le prélèvement d’une cellule foetale dans le liquide amniotique de la mère permet l’amniocentèse ou diagnostic génétique prénatal (DPN) ; il concerne donc un foetus déjà "installé", en situation quoi...
On peut aussi effectuer un diagnostic génétique préimplantatoire (DPI) avec une cellule prise à un oeuf fécondé conçu in vitro. Au tout debut, ça ne l’affecte pas, les premières cellules sont encore indifférenciées et la cellule prélevée sera remplacée On peut faire la même chose en récoltant le tout jeune embryon dans l’utérus et en le remettant en place, si l’analyse est satisfaisante...
2. L’eugénisme
Il s’agit maintenant de voir quels sont les diagnostics possibles et ce que les gens vont en faire
a. Que peut-on savoir ?
On peut sans aucun problème connaître le sexe de l’enfant à naître : c’est très important pour de nombreux préhommes.
Tout le monde a entendu parler du programme "génome humain" qui vise, avec le décryptage de tout l’ADN, la connaissance de la structure et de la fonction de l’ensemble du patrimoine génétique. "Il s’agit, en quelque sorte, de dessiner pour la première fois la cartographie de ce qui constitue à la fois le substrat, la mémoire et la spécificité de l’espèce humaine" (Le Monde du 19 septembre 1992, J.Y.N.).
Avec ce plan, les chercheurs escomptent pouvoir dépister dès la conception les trois mille (environ) affections génétiques qui menacent l’espèce humaine.
Pour l’instant, seules quelques-unes de ces maladies peuvent être détectées à coup sûr, Il faut bien distinguer les affections qui sont inéluctables (en l’état actuel) de celles qui ne sont que probables.
En effet, il est possible de définir les pourcentages de risque pour que la future personne développe telle ou telle maladie. Par exemple : probabilité de 10 % de développer un cancer du poumon. A priori, ces facteurs de risque sont en nombre infini.
En outre, beaucoup de scientifiques espèrent élargir les déterminations génétiques à des tas d’autres domaines comme : la prédisposition à la délinquance, à la violence, à l’homosexualité, à l’intelligence, au sport... Je discuterai de ces prétentions par la suite.
b. Que peut-on faire ?
Après identification de telle ou telle pathologie génétique, voici les deux possibilité d’action du médecin :
- l’élimination des indésirables, avec l’avortement (foetus en situation), la destruction avant l’implantation (embryon conçu in vitro) ou avant réimplantation (embryon prélevé pour analyse).
- les tentatives de soins : il s’agit des thérapies géniques qui visent la guérison ou au moins une amélioration, et des divers moyens de retarder ou d’atténuer une maladie.
c. Historique (d’après le livre de J. Testart : "Le désir du gène")
Depuis longtemps, les préhommes ont pensé au tri de leurs membres, à la sélection, à l’amélioration de l’espèce. Avant d’examiner les différentes formes prises par l’eugénisme au cours de l’Histoire, quelques définitions :
- eugénisme : mot inventé par F. Galton et qu’il a défini ainsi en 1883 : "science de l’amélioration de la race, qui ne se borne nullement aux questions d’unions judicieuses, mais qui, particulièrement dans le cas de l’homme, s’occupe de toutes les influences susceptibles de donner aux races les mieux douées un plus grand nombre de chances de prévaloir sur les races moins bonnes". On peut aussi distinguer :
- l’eugénisme positif qui cherche à propager des caractéristiques "favorables".
- l’eugénisme négatif qui veut limiter la dissémination des "tares".
Si cette "science" s’est beaucoup développée et théorisée depuis environ un siècle, elle s’est "pratiquée" depuis l’Antiquité au moins.
Des dynasties égyptiennes ou incas pratiquaient l’inceste pour préserver la lignée.
Les Grecs jetaient les enfants difformes et mal venus au fond d’un précipice, dans leur intérêt et celui de l’Etat (sic).
A Rome, le père décide de la vie ou de la mort du nouveau-né.
Plus tard, en Europe, il y eût des recettes de grand-mère de toutes sortes pour éviter débiles, nains, manchots...
"La première loi eugénique des temps modernes a été adoptée par la Suède en 1757 afin d’interdire le mariage entre épileptiques" (Testart)
Ensuite c’est Condorcet qui parle d’eugénisme républicain (!) : "un projet biopolitique d’amélioration de l’espèce humaine dans le cadre des nations, mis en oeuvre au profit de la masse des citoyens, dans le respect des Droits de l’Homme et sous la direction "éclairée" d’un clergé scientifique se posant comme pédagogue du peuple" (Testart)
A partir du milieu du 19ème siècle, de nombreux travaux scientifiques sur le sujet apparaissent (surtout après Darwin), des thèses plus ou moins "généreuses" ou racistes.
Citons Charles Richet, prix Nobel de médecine : "Après l’élimination des races inférieures, le premier pas dans la voie de la sélection, c’est l’élimination des anormaux."
Reste à définir les races inférieures, les Juifs par exemple ! (Ils n’étaient d’ailleurs pas les derniers, autour de 1900, à prôner l’eugénisme). Quant aux anormaux, tout le monde sait de qui il s’agit...
Au début de notre siècle, au lieu de sacrifier bêtement les nouveaux-nés mal nés, on essaie la sélection rationnelle, avant la naissance. Les savants ébauchent des normes et les institutionnalisent afin que l’appareil médical stérilise les anormaux, conformément à la loi. On voit aussi des projets de haras humains ou d’instituts d’euthanasie. Contrairement aux pays du nord de l’Europe, la France reste un peu à l’écart, sceptique. Les autorités françaises sont plus humaines : au lieu de stériliser, elles envoient les débiles en prison pour les empêcher de procréer.
Suivant les pays et les époques, les stérilisables étaient : les fous, faibles d’esprit, syphilitiques, inaptes à élever décemment les enfants, hémophiles, sourds, aveugles, alcooliques, etc. La stérilisation était pratiquée en masse ou exceptionnellement, de manière autoritaire ou avec des fioritures. Parfois (aux Etats-Unis, au Danemark), des hommes ont été carrément castrés plutôt que vasectomisés. Il s’agissait de prisonniers, c’est normal...
Si l’eugénisme était partout répandu, seule l’Allemagne y est allée carrément. Après ses tribunaux de santé héréditaire, elle est passée pendant la guerre à la mise à mort des fous, des homosexuels, des Gitans, et, bien sûr, des Juifs.
Sous Vichy, la France, plus digne, se contentait de laisser quarante mille malades mentaux mourir de faim dans ses hôpitaux psychiatriques, tout en donnant à l’occasion le coup de main aux nazis.
Très peu de médecins et de scientifiques allemands furent inquiétés après la guerre pour leur aide active au régime hitlerien (idem pour les juges d’ailleurs).
L’horreur paroxystique de l’eugénisme à l’allemande n’a pas stoppé les choses pour autant.
Malgré le code de Nuremberg (1947) et la Déclaration des Droits de l’Homme (1948), les stérilisations (sans passage au four) continuent en Suède, en Angleterre, en Suisse.
Citons Testart "..treize mille Suédois ont été stérilisés de force entre 1941 et 1975... au moins neuf handicapés mentaux ont été castrés à Bâle entre 1960 et 1987 et sept autres à Genève depuis 1956".
Au Japon, les stérilisations et les avortements en nombre faisaient baisser dangereusement la démographie. Tandis qu’à Singapour, un eugénisme de la compétitivité est imposé par divers procédés. Les riches et les diplômés sont encouragés à procréer, dans l’espoir d’accroître la puissance économique du pays.
Je ne vais pas faire ici une critique de cet eugénisme ancien. Sa brutalité suffit à le discréditer. Maintenant, ces procédés sommaires sont mis au rancart. Les scientifiques se sont aperçus de leur inefficacité. Les stérilisations avaient pour objet des personnes achevées qui n’auraient pas forcément transmis à leur descendance les maladies incriminées. Ces "maladies" ne sont pas toutes transmissibles génétiquement et puis il faut aussi tenir compte des mélanges, des mutations qui ont lieu dans la préparation des gamètes ainsi que lors de la fusion du spermatozoïde et de l’ovule.
C’est pourquoi les biologistes, aidés par le progrès de la génétique, se sont finalement dit qu’il valait mieux s’attaquer à l’oeuf fécondé. Ce tout jeune embryon est unique, son patrimoine génétique est fixé, tandis qu’on aura beau connaître à fond un spermatozoïde et un ovule, on ne sera jamais sûr du résultat de leur fusion. Trois motifs essentiels encouragent les scientifiques à choisir l’oeuf fécondé comme nouvelle cible de l’eugénisme :
- l’efficacité
- la relative facilité d’accès, grâce au développement des techniques in vitro
- le fait que, depuis les camps nazis, la sélection des personnes adultes soit vue d’un mauvais oeil.
Et puis en démocratie, dans le berceau des Droits de l’Homme, on ne va quand même pas toucher aux citoyens. Il vaut bien mieux s’attaquer aux embryons, c’est plus discret, c’est autorisé, c’est même bien vu, en plus : c’est efficace. Il suffit de ne pas employer le mot eugénisme, de parler de biologie sociale, de diagnostic pré-implantatoire, de préembryon : ça fait propre, civilisé, maîtrisé.
3 Le nouvel eugénisme
Voyons en quoi consiste ce tri caché, ce nouvel eugénisme, discret et efficace. Je vais distinguer deux parties : ce qui se fait maintenant et ce qui a toute chances de se faire bientôt.
a. Maintenant
Comment les gens utilisent tous ces innocents progrès ? Dans un Nouvel Obs de novembre 92 : "...la bourgeoise de Bombay (...) se fait pratiquer une amniocentèse et avorte si elle apprend qu’elle n’est pas enceinte d’un garçon". Et encore, dans le "Monde" du 3 février 93, article de J.Y Nau : "..l’avortement, lorsque le sexe du foetus n’est pas celui désiré, a pris, ces dernières années, une place considérable en Inde. Ce procédé a permis l’élimination de milliers de foetus de sexe féminins." En Chine ça ne doit pas être mieux.
Au moins, les bourgeoises d’Inde ne se font plus chier à porter une fille pendant neuf mois, à subir un accouchement et à l’étouffer avec un sac de sable après la naissance, comme le font les paysannes arriérées du désert de Thar.
Les bourgeoises de Bombay sont civilisées, elles trient leurs filles tout de suite, grâce au bienheureux progrès.
Ah ! l’humanité progresse : au nom d’arriérations "culturelles" débiles, elle assassine plus vite, plus efficacement, et en plus grand nombre.
Continuons avec les délires de la discrimination sexuelle.
Il existe une "maladie" vraiment Abominable et Insupportable. Il s’agit de l’insensibilité aux androgènes. C’est-à-dire qu’un foetus porteur des chromosomes XY, qui devraient donc se développer en vrai homme avec tout ce qu’il faut, aura en fait une apparence physique complètement féminine à cause d’une insensibilité aux hormones mâles, due à un prétendu défaut du chromosome X. Quoi ! une personne parfaitement normale sous tous les plans, mais qui est abominablement stérile et qui ressemble à une femme, alors qu’elle devrait avoir des couilles et des gros bras, c’est absolument affreux, il faut que ça cesse ! Grâce aux progrès de la biologie moléculaire, c’est possible, on peut identifier par un diagnostic prénatal le chromosome satanique.
Les gentils couples d’hommes et de femmes conformes peuvent éliminer ces dangereux anormaux, ni hommes ni femmes, et ne conserver que les foetus normaux ayant un sexe qui correspond à leurs chromosomes.
Dans la Vie, 11 novembre 1993 : "Tout enfant qui n’est pas conforme à l’enfant imaginaire de ses parents est plus facilement rejeté qu’autrefois (soit par IVG, soit par abandon). De plus en plus, aujourd’hui, l’enfant prend une connotation d’objet plus que de sujet."
L’enfant-objet idéal correspond aux standards publicitaires et économiques, il faut donc qu’il soit beau, intelligent et en parfait état de marche. Ce qui explique la suite.
Après l’Inde, voyons la France, pour que vous ne puissiez pas dire que l’Inde c’est loin et barbare et qu’ici c’est bien mieux.
D’après une étude de l’INSERM dans les maternités de Marseille, 42 % des femmes interrogées s’étaient en effet déclarées favorables à la suppression d’un nouveau-né gravement mal-formé.
Continuons. Dans un sondage SOFRES, on apprend que 69 % des gens interrogés préfèrent l’avortement en cas de maladie mentale et 73 % en cas de mongolisme ou de débilité mentale. Cela en sachant qu’il leur était posé. la question suivante : "si une détection prénatale montrait que votre enfant à naître était atteint d’une des déficiences génétiques ou partiellement génétiques suivantes et qu’il soit possible de la corriger sans danger ni pour la mère ni pour l’enfant, seriez-vous plutôt d’accord pour faire cette correction, pour avorter ou bien préfèreriez-vous laisser faire la nature ?"
Les Français ne supportent pas les atteintes au cerveau (peut-être parce qu’il leur en reste déjà si peu...), ils préfèrent éliminer d’entrée de jeu plutôt que de guérir. Pour d’autres maladies, telles que diabète, hémophilie, pied bot, malformation cardiaque, agressivité excessive, les pourcentages pour l’avortement tournent autour de 30 %. C’est encore beaucoup trop, puisqu’il devrait y avoir un zéro partout.
On aurait pu ajouter, pour rire : sida, homosexualité, velléités révolutionnaires, esprit très critique, tendance au vol ou à la désobéissance... Maintenant, le sida et l’homosexualité sont pris en compte ; le reste viendra peut-être bientôt... Récemment, des chercheurs américains ont prétendu avoir découvert un gène qui serait co-responsable de l’homosexualité de certaines personnes. La biologie moléculaire est en marche... Prenons patience, les critères d’élimination vont s’élargir...
Beau témoignage d’Humanisme et de respect des Droits de l’Homme : éliminons les débiles, ceux qui sont improductifs, qui ne peuvent pas se débrouiller tout seuls, qui n’ont pas une identité sexuelle claire et "conforme". Il nous faut des gens fonctionnels, sains de corps et d’esprit, pour conduire nos guerres, notre recherche sur l’embryon, notre économie dévorante ; des gens qui savent se battre et bouffer les autres pour réussir dans cette belle société. Pas de place pour les faibles. Eliminons-les tout de suite au lieu de s’en encombrer, de ne pas savoir qu’en faire, de les parquer dans des hôpitaux et des asiles en faisant semblant de s’en occuper pour faire propre et se donner bonne conscience.
En plus, avec la crise et la compétition économique actuelle, on a autre chose à faire, y a déjà pas assez de travail pour les valides... etc etc.
Remarque : en fait, n’en déplaise à tous ces barbares, les foetus qu’ils veulent empêcher de naître ont un thème de naissance aussi riche que n’importe lequel d’entre eux, qui se considèrent comme normaux. Les "malformés" divers ont aussi une mission à accomplir sur terre, comme tout le monde, Les débiles par exemple ont simplement des capacités intellectuelles plus petites. Pour caricaturer, si leur mission est de compter jusqu’à cinq et qu’ils y parviennent , ils réussissent leur vie. Tandis qu’une personne dite normale, qui peut compter jusqu’à 10 milliards et qui s’arrête à 10 millions "rate" sa vie (voir article sur l’astrologie). J’ajouterais que les maladies génétiques ne sont pas le fruit du hasard. Les personnes qui se mettent dans cette situation dès le début de leur vie en ont besoin pour des raisons mystérieuses que l’on doit respecter. Et des "phénomènes" comme l’autisme ne relèvent peut-être pas de la maladie et exprimeraient plutôt une sorte de refus.
Cela ne veut pas dire non plus que si on peut supprimer des problèmes génétiques, sans danger pour les foetus, il ne faille pas le faire.
Maintenant, on fait plus raffiné que l’avortement et l’enfermement des débiles. "...la biologie humaine a changé de visage depuis le début du siècle, mais les dangers de l’eugénisme demeurent, plus que jamais, d’actualité" (Le Monde, 21 nov 90). Je dirais plutôt que la biologie préhumaine a gardé le même visage de monstre froid. Elle a juste progressé dans ses découvertes et s’est affublée d’un masque d’humanisme, d’éthique, de débats pour la forme qui ne changent absolument rien à ses visées perverses.
Et comme le dit Testard : "Les jolies phrases sur la soif irrépressible de connaître et la neutralité de la recherche ne doivent pas faire illusion : on ne cherche aujourd’hui que ce qu’on a choisi de trouver et la consommation publique de la trouvaille ne dépend que des lois du marché". On connaît les motivations et les souhaits des préhommes, ainsi que les mécanismes du marché...
De plus, ils veulent aller de l’avant, sans se soucier des dégâts, des conséquences et des appels à la modération des comités d’éthique. Et de toute façon, comme le dit le biologiste Robert Edwards : "..l’époque de la bêtise est révolue (...). Jamais l’opinion publique n’a pu arrêter le progrès scientifique". Avertissement, au cas où il y aurait malgré tout des récalcitrants, un peu bêtes. Jolies perspectives...
Et puis comme le dit le gynécologue Jean Cohen cité par un Nouvel Obs de décembre 86 : "Si l’homme est plus heureux dans la perspective d’avoir un enfant grand et sportif, pourquoi ne pas essayer d’influer dans ce sens ?". Continuons ce joyeux raisonnement : si les préhommes sont plus heureux sans PD, sans séropositifs, sans débiles, sans révolutionnaires, sans nains, sans mongoliens, sans voleurs, sans femmes aux chromosomes XY, sans hermaphrodites, sans... pourquoi ne pas essayer d’influer dans ce non-sens ?
Plutôt que de les mettre au four ou à l’asile, il vaut mieux les tuer avant leur naissance, c’est plus simple. Plutôt que l’avortement, douloureux pour les parents, ou la thérapie génique, coûteuse et incertaine, mieux vaut utiliser le DPI et éliminer les indésirables tout de suite, avant leur implantation. C’est le massacre indolore, invisible, efficace et économique, un Auschwitz feutré portant sur de simples cellules, des préembryons, de vagues potentialités d’humains. Du beau travail !!
Après avoir influé dans ce sens, il ne reste que des clones d’Arnold Schartzenegger, grands et sportifs, obéissants, travailleurs, avec une sexualité conforme aux souhaits de l’Etat et de ses auxiliaires. Ca serait super ! Qu’est-ce qu’on serait heureux en boeuf obéissant au milieu d’un troupeau de boeufs tous pareils !
En fait, c’est ce que sont déjà les préhommes : des photocopies dans leur choix et dans leur vide. Mais pour être encore plus heureux, ils voudraient aussi être identiques dans leur apparence extérieure. La similitude de leur pourrissement intérieur ne leur suffit plus !
Tous des clones d’Arnold, voilà leur souhait le plus cher.
Pour influer efficacement dans ce sens, il faut développer les diagnostics prénataux. C’est ce que souhaite Francis Crick, prix Nobel de médecine : "Aucun enfant nouveau-né ne devrait être reconnu humain avant d’avoir passé un certain nombre de tests portant sur sa dotation génétique. S’il ne réussit pas ces tests, il perd son droit à la vie". Joli programme ! On devrait aussi l’appliquer aux adultes, à certains prix Nobel de médecine par exemple.
Jacques Testard, dans un article de J.Y.Nau (le Monde, 17 septembre 92), pose bien les problèmes : "Avec le diagnostic génétique préimplantatoire (...) on "travaille" en amont de la grossesse sur de nombreux embryons et avec le projet de faire vivre le meilleur. Les marqueurs génétiques vont très rapidement se multiplier. On va alors progressivement démontrer que tous les oeufs sont, d’une manière ou d’une autre, anormaux, Il n’y aura plus d’individus "normaux" parmi ceux en devenir et il ne faudra conserver que les embryons les moins mauvais, selon des critères qui restent à définir.
A court terme, si l’on ne s’y oppose, ces techniques vont devenir de plus en plus disponibles, de moins en moins coûteuses et de plus en plus efficaces... Imaginez, il ne s’agira plus seulement d’avoir un enfant, mais de se donner un enfant, sinon "normal", du moins ne portant pas tel ou tel risque génétique, à la fois pour lui et pour sa descendance".
L’homme normal, moyen, n’existe pas. Les êtres sont par nature uniques, irremplaçables. Chaque individu est un cas particulier. Chaque personne a une mission spécifique à remplir sur Terre et dispose pour cela des "instruments psycho-physiques" adéquats.
Il n’y a pas d’anormalité, il n’y a que des différences, nécessaires et bénéfiques. Avec la mise en oeuvre du DPI, "il s’agit d’exclure l’autre quand le spectacle de son altérité met en question la normalité dont chacun est censé être porteur" (Testard, "le désir du gène").
Les préhommes nivellent depuis longtemps l’espèce humaine, à grands coups de bulldozer. Il suffit de se rappeler quelques cas : les Aborigènes, les Indiens d’Amérique, l’esclavage des Africains, la constitution des Etats au détriment des entités ethniques préexistantes, etc, plus toutes les contraintes étouffants les individus. Les exemples sont infinis. Maintenant, avec l’endoctrinement des familles, de l’école, des médias, des penseurs... ils modèlent des citoyens-travailleurs modèles, esclaves et contents de l’être. Cet arasement monstrueux est de plus en plus efficace, indolore et camouflé. Le summum du vice étant le système faussement appelé démocratique que l’on observe principalement en Occident.
Mais niveler les mentalités, les esprits et les volontés ne suffit plus : la préhumanité veut s’attaquer aussi aux chairs, à l’intimité génétique. Dans un but soi-disant de progrès, elle veut éliminer les trop grandes différences, elle veut empêcher de naître ceux qui sont gênants. "Il ne s’agit plus que de supprimer l’étrange avant la naissance, dans un univers blanc et soigneux, poli avant que d’être policé" (Testard, idem). N’est-ce pas là le sommet de l’horreur ?
La préhumanité a déjà griffes mises sur l’apparence et la fonction des corps. Elle dicte à ses adhérents quels sont les comportements sexuels conformes, quel est l’aspect corporel à la mode, les odeurs... (lire a ce sujet "Les corps investis" de Michel Dostie). Maintenant, elle veut aller encore plus loin.
La tâche ne sera pas aisée, il sera très difficile de trouver des critères valables pour trier les embryons. Ne nous inquiétons pas pour si peu : les préhommes trouveront bien quelque chose, quitte à commettre des tas d’aberrations. Avec des critères flous et lâches, à apprécier au cas par cas, ils arriveront bien à faire tout ce qu’ils veulent.
En plus, de grands intérêts financiers sont en jeu, qui vont pousser à la roue pour le développement du DPI.
Pour les fabricants de tests génétiques, un marché juteux en perspective. Pour la Sécurité Sociale, de grandes économies sont espérées.
Explications : "On compare le coût de la mise en oeuvre de ces techniques (de diagnostic prénatal) avec le coût de la prise en charge des enfants handicapés, c’est-à-dire le prix de journée de l’accueil dans un établissement spécialisé multiplié par la durée de vie moyenne en fonction du handicap et on calcule ce qui est le plus "économique". C’est ce qu’on appelle le rapport "coût-bénéfice" : coût du dépistage et bénéfice de l’éradication du handicap" (La Vie, 11 novembre 93).
C’est de l’ignominie alambiquée. Comme on n’ose pas "euthanasier" les handicapés, on préfère les éliminer avant la naissance ! Ce sont plutôt les gens qui mettent en pratique ce genre de connerie qu’il eût fallu empêcher de naître.
Prenons un exemple, la mucoviscidose, une grave maladie dont le traitement coûte environ 150000 F par an, tandis que le dépistage prénatal seulement 20000 F. Les trésoriers sans scrupules ont vite fait le compte. Il vaut mieux empêcher la naissance des malades de la mucoviscidose, surtout qu’ils risquent de survivre de nombreuses années, les salauds.
L’élimination avant naissance de tous les porteurs (réels ou potentiels) de maladies graves et coûteuses sera visée.
Ca comblera un peu le gouffre de la Sécu et les gentilles familles seront soulagées de ne pas avoir à subir un enfant "diminué" qui ne pourrait pas réussir valablement dans la vie, surtout dans le contexte compétitif actuel...(les familles sont un peu excusées par la faiblesse de l’aide consentie par l’Etat en cas d’enfant "déficient").
Et si on n’est pas sûr du diagnostic, éliminons quand même ; de toute façon on a des tas d’embryons en stock, on va bien en trouver un moins mauvais. Ne nous embêtons pas à essayer la thérapie génique car : "Par quel illogisme en viendrait-on à normaliser les oeufs déviants, alors que ceux qu’on juge convenables sont presque toujours en excès" (Testard, idem).
On en arrive à l’affirmation de Bentley Glass, généticien "...l’avortement d’un foetus gravement malformé ne devrait-il pas être obligatoire ?". Sauf que maintenant l’avortement c’est ringard : on a le DPI, tout frais, tout neuf, bien propre.
"Pourvu que les intérêts des prescripteurs ou des entreprises spécialisées rencontrent les "désirs" du public, on voit mal ce qui empêcherait le développement des techniques et de leurs indications, même au prix de graves dérives, dans les actes comme dans les libertés" (Testard, idem).
Effectivement, on ne voit pas du tout ce qui peut arrêter ça, surtout que les entreprises en question vont tout faire pour influer sur les "désirs" du public en fonction de leurs intérêts. Les graves dérives ne seront que des pets de moustiques ; face aux cyclones des multinationales, elles seront emportées dans la tourmente et ignorées.
"Pourquoi aussi ne pas envisager une convergence d’intérêt des lobbies précités et des couples angoissés, qui amènerait à reconnaître le "droit au DPI" comme constitutif d’une sociétémoderne ? Et au-delà, le recours au tri des embryons ne peut-il pas devenir obligataire, au moins pour les "sujets à risque", coupables, par laxisme, d’entraîner des charges indues pour la collectivité ?" (idem).
C’est ce que dit déjà la loi espagnole : "...interdiction de transférer dans l’utérus des gamètes ou préembryons sans les garanties biologiques ou de viabilité exigibles".
Après le droit à l’avortement : le "droit au DPI", sans souffrance pour les parents. Le DPI, c’est moderne et propre. Seulement on oublie (?) qu’après ce diagnostic un choix se pose : détruire ou implanter. On voit bien quel lent et inexorable processus est en marche.
D’abord, le DPI est proposé aux couples "à risque", ceux qui souffrent déjà d’une pathologie et qui ne veulent pas la transmettre. Ensuite, le DPI devient obligatoire pour ces couples qui n’ont plus le droit de procréer des "tarés". Et pour finir, le DPI devient obligatoire pour tout le monde, dans l’intérêt de la collectivité. Il est alors interdit de laisser vivre les malformés et autres anormaux et le tri devient la règle, un devoir civique même. La loi est prête à punir ceux qui auraient laissé échapper, volontairement ou non, les oeufs indésirables.
Dans le même optique, on peut déceler trois autres types de progressions, reliées entre elles :
- avant, avec le DPN et l’avortement, c’était plutôt les parents qui décidaient du devenir de leur progéniture. Maintenant, avec le DPI, ce sont les médecins qui vont décider, en effectuant un tri des oeufs humains.
- avant, le DPI n’était utilisé qu’exceptionnellement, pour des maladies très graves. De plus en plus, il sera appliqué à toutes sortes de caractéristiques, pour tout et n’importe quoi.
- avant, les techniques de PMA n’étaient réservées qu’à un tout petit nombre de couples stériles. Maintenant, la procréation médicalisée va s’étendre énormément, en mettant sous la coupe du DPI de plus en plus d’oeufs.
Bien sûr, les acteurs de ces "évolutions" fourniront des tas d’explications, des motifs humanitaires, des objectifs nobles et généreux. Ils diront, par exemple, que le DPN évitera des avortements à des couples qui étaient persuadés de porter un enfant mal-formé. Ils affirmeront aussi, comme ce juriste texan, J.A. Robertson, cité par J. Testard : "Il n’est pas certain que des utilisations non éthiques ou indésirables suivraient nécessairement le recours au DPI pour des raisons génétiques sérieuses." Mais toutes ces bonnes paroles, justificatrices ou rassurantes, ne sont que des leurres, qui cachent l’horreur en marche. En fait ce qui nous attend, c’est le tri des oeufs humains. Le DPI sera obligatoire pour les oeufs de tous les couples ; les embryons d’hommes seront hiérarchisés en fonction de critères statistiques et, bien sûr, les "déviants" de toutes sortes seront systématiquement écartés. Mais j’anticipe un peu sur le paragraphe suivant.
Ce qui est sûr, c’est qu’avec des intentions pareilles : faire vivre les meilleurs, avoir un enfant normal, DPI obligatoire... on ne peut que craindre le pire.
Ce pire semble techniquement possible, de plus, il est ardemment désiré par les couples et par les multinationales intéressées à ces nouveaux marchés. Alors, le pire arrivera, un jour ou l’autre, à un endroit ou à un autre, d’une manière ou d’une autre.
b. Bientôt
Dans ce paragraphe, j’ai essayé, à partir des souhaits préhumains et des faits actuels, de montrer ce qui se passera, si rien ne change... Commençons par quelques extraits.
"Ils arriveront sans l’ombre d’un doute à intervenir sur le patrimoine génétique lui-même, dans le meilleur des cas pour éviter les malformations, dans le pire pour créer des catégories d’êtres humains utiles au bon fonctionnement social, élus dotés de gènes considérés comme "supérieurs", mais aussi sous-hommes destinés, comme dans "Le meilleur des mondes" d’Aldous Huxley, à accomplir des tâches subalternes. Ou encore, nains programmés pour voyager dans l’espace sans alourdir les navettes..." (N.O. 86, Catherine David).
Dans "Synthèse Ecologique" de P. Duvigneaud ; "Il sera regardé comme un honneur et comme un privilège, sinon comme un devoir, pour une mère, de procréer les meilleurs enfants possibles, même si ce dernier implique un contrôle artificiel, quoique toujours volontaire, de la procréation".
Demain, même si la part de l’inné et de l’acquis reste floue, la préhumanité tranchera. Si un oeuf recèle un gène lui donnant 10 % d’intelligence en plus, il sera favorisé. Si un gène est soupçonné d’être co-responsable de l’homosexualité, il sera écarté.
Demain, les "mal-formés", les déviants... seront encore plus exclus et montrés du doigt. Leurs parents et/ou les médecins responsables seront traînés en justice, car ils n’auraient pas dû les laisser naître.
Dans La Vie du 11 nov. 93, Pr. Mattéi : "Si on commence par la trisomie 21, on risque d’aboutir à la discrimination de toutes les autres malformations pour arriver ainsi à une société véritablement fondée sur l’eugénisme".
"Jamais, au grand jamais, nous ne devons accepter l’idée d’un eugénisme positif", clament les sages des comités d’éthique. Intention fort louable, mais combien de temps nous préservera-t-elle de la tentation ? Dejà, l’eugénisme "négatif", l’élimination avant la naissance des porteurs de gènes défaillants, se porte bien et les nouveaux tests génétiques qui vont faire leur apparition ne font qu’en faciliter la pratique.
Les doutes, les craintes, la prudence, les recommandations, les cris d’alarmes.., ne changeront rien : la tentation d’aller plus loin est déjà bien trop forte.
Au début, il y a les grandes déclarations, les promesses de prudence et de rigueur, les motifs humanitaires impératifs (c’est pour éviter les maladies graves incurables).
Et puis, et puis, au fil du temps et des progrès, quand les nouveautés techniques ne font plus peur, quand on s’habitue au DPI, au tri statistique... de nouveaux pas vers le précipice sont franchis.
Après les maladies graves, ce seront les maladies moins graves, et puis les handicaps bénins, la corpulence physique, le sexe, l’intelligence, la couleur des yeux ou des cheveux, le goût pour le tennis ou le cheval, les probabilités d’avoir telle ou telle maladie...
L’arbitraire et la confusion règneront. On trouvera des gènes responsables de tout et de n’importe quoi. Les oeufs seront triés, classés, hiérarchisés tout comme les humains. La compétition touchera aussi les hommes non-nés, chaque couple voudra se faire implanter le meilleur, pour faire mieux que son voisin.
Il y aura des charlatans, des escrocs, des spécialistes désintéressés, des dictateurs et des gentils démocrates qui veulent le bien de leur pays. Chacun proposera la meilleure méthode de tri au monde, infaillible, "satisfait ou remboursé", garantie 30 ans pièces et main d’oeuvre.
Et les heureux élus, ceux qui seront passés au travers des cribles du DPI ? Ils ne seront pas tranquilles pour autant : "Jacques Ruffié propose d’organiser la niche écologique de chacun en fonction de son patrimoine génétique. On pourra malgré tout faire du jogging, du tiercé et du sexe, mais avec mesure et sur ordonnance" (Testart,"le désir du gène"). Une vie totalement programmée, quoi ! Prenons un exemple : les gènes de Mr X montrent un fort risque de cancer du poumon. En conséquence, X devra faire deux heures de vélo par jour et ne pas dépasser trois cigarettes par semaine. S’il ne respecte pas cette "ordonnance préventive" et qu’il se fabrique un cancer, il sera emprisonné et ses soins seront à sa charge. Plus de spontanéité ni de liberté, mais des règles d’hygiène ridicules basées sur des probabilités.
Et si les gènes révèlent de grandes aptitudes commerciales et que le sujet opte finalement pour la poésie ? Pire que les besoins du marché et la projection des désirs de carrière des parents sur leurs enfants, 1’analyse génétique pourrait enfermer les sujets dans des rôles prédéterminés, au détriment de leurs aspirations et de leur liberté. Chacun dans son cocon bien propre, à se surveiller, à bien vivre son existence comme elle a été prévue, obsédé par la prévention et par la peur de faire partie des 0,2 % de cancers inévitables de l’auriculaire gauche. Des gens qui éviteraient jusqu’à la folie tout ce qui pourrait augmenter leurs malchances d’être malades.
Par souci d’efficacité et commodité, on peut imaginer des banques de foetus, gérées par de gentils médecins et contrôlées par de gentils démocrates. Les gentils couples viendraient volontairement choisir leur modèle de gentil bébé. A moins qu’ils ne préfèrent un sujet fait sur commande (plus cher). Ensuite, ils se le feraient mettre dans le ventre ou ils utiliseraient une mère porteuse agréée, une noire : c’est plus costaud. A moins qu’ils ne préfèrent la gestation en bocal de culture de tissus vivants. Certains autres, plus écologistes, feront prélever l’oeuf fécondé "naturellement" en vue d’analyses génétiques. Ils ne le remettront en place que si l’embryon est déclaré conforme. Et à la naissance, tous regarderont si le paquet correspond bien à ce qui était prévu. S’ils ne sont pas satisfaits, ils feront marcher la garantie : ils se débarrasseront du raté (en Afrique, comme pour les déchets industriels ?) et auront droit à un autre essai gratuitement. Quand ils seront comblés, les heureux parents s’emploieront à faire fructifier efficacement le capital génétique de leur bambin chèrement acquis. Le cher petit aura intérêt à suivre ses gènes, sinon...
Pour nous aider dans ce programme, l’inquisition n’a pas fini de sévir : "Le proche avenir nous promet une carte d’identité génétique pour tous les enfants à naître" (Monette Vacquin, citée par Testart).
Certains n’attendent pas ce progrès : "A la fin des années 70, déjà, certaines entreprises américaines effectuaient des analyses pour déterminer quels candidats à l’embauche étaient vulnérables aux maladies favorisées par leur environnement de travail. Un procédé qui leur aurait permis de sélectionner des employés particulièrement résistants, plutôt que de diminuer leur exposition à certaines substances toxiques (...) Selon Mark Rothstein, il est probable que se développent à présent des tests plus généraux, destinés à repérer les candidats à l’embauche que leur conformation génétique rend particulièrement sujets aux déficiences cardiaques ou au cancer. Cela permettrait aux firmes de réaliser des économies considérables sur leurs charges sociales. Ces tests, pour l’instant coûteux, pourraient bientôt devenir très abordables. Beaucoup d’employeurs et de représentants de Compagnies d’assurances affirment, en privé, que ce type de test est inéluctable à terme..." (Nouvel Obs, mars 89).
Nul doute qu’avec une carte d’identité génétique pour tous, le dur labeur des employeurs sera facilité. Parmi la masse des chômeurs, ils trouveront tout de suite la bête de somme qui leur convient. Les acheteurs d’esclaves regardaient la dentition et la musculature, les patrons scruteront les patrimoines génétiques. C’est beau le progrès !
Nul doute que les patrons et les assureurs feront tout pour que le développement des tests et des cartes génétiques soit inéluctable.
Continuons un peu l’anticipation.
Imaginons une espèce de totalitarisme scientiste et démocratique qui régulerait tout, d’avant la conception jusqu’à la mort. L’Etat disposerait d’une gigantesque banque de foetus aux premiers stades, avec leur carte génétique. Les embryons seraient mis en route en fonction des besoins de la société. Une espèce de machinerie froide, implacable et invisible déterminerait les quotas de poètes, de juges, de policiers, d’ingénieurs, de paysans, de balayeurs...
Un calculateur d’existence probabiliste donnerait pour chaque être les facteurs de risque pour toutes les maladies et obligerait à prendre telle substance préventive ou à éviter tel travail ou tel sport. Une mécanique bien huilée : des clones esclaves déshumanisés à volonté pour les basses besognes et des esclaves volontaires et heureux pour les tâches intelligentes, complexes ou de commandement. Le "Meilleur des (im)mondes" à la lumière, glauque, des avancées de la Science et en considérant que la préhunanité poursuivra toujours les mêmes buts.
On peut cauchemarder pire encore. Pourquoi ne pas trier, manipuler et transformer les gènes eux-mêmes ? On pourrait cultiver ceux qui plaisent et éliminer les affreux, comme pour les foetus : l’épuration ethnique finale du patrimoine génétique. Les gentils démocrates, dans le souci d’améliorer la race humaine, créeront de toutes pièces et à volonté les êtres nécessaires au bon fonctionnement du pays. Génial ! On serait tous beaux, lisses et propres, comme dans les pubs à la télé. On en aurait fini une bonne fois pour toutes avec ces déviants, ces anormaux tarés qui risquaient de nous faire réfléchir.
Je ne vais pas aller plus loin dans ces perspectives car, même si la réalité dépasse toujours en horreur ce qu’on peut s’imaginer, j’ai peur malgré tout de sortir de ce que la préhumanité sera capable de faire.
Il me faut quand même ajouter que ce nouveau totalitarisme pourrait être facilité et aggravé par la technique du clonage. En effet, quand un foetus aux "bonnes" configurations génétiques est disponible, il suffirait de le cloner pour avoir des tas de sujets d’élite, Il pourrait aussi exister des sous-clones, "déshumanisés", et génétiquement adaptés aux tâches répétitives.
"..au dix-huitième siècle de la déesse Raison, a succédé le vingtième, de la déesse Science. Et, même dans une démocratie rondouillarde et bon enfant, cette science peut engendrer l’enfer." (Nouvel Obs, fév 89 )
Mais vous le savez, on vous l’a déjà dit, le Pire des Mondes, l’enfer est déjà là. Simplement et malheureusement, les préhommes n’ont de cesse de le perfectionner et de l’étendre.
Note : pour achever la critique il faut bien se dire que l’on ne connaît pas toutes les expériences tentées. Allez savoir ce qui se trame dans les laboratoires secrets de l’armée...

