L’histoire de France 6/6

Histoire future

Après la mise en lumière des mensonges volontaires et de la bonne conscience criminelle, nous invitons à la résistance des derniers hommes au nom de la dignité personnelle et de l’espérance. Pour résister à Big Brother, même si c’est sans espoirs...

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Je vais maintenant caractériser brièvement les dispositions des auteurs de la loi en les regroupant sous deux grandes têtes de chapitres, après m’être appuyé, pour les déceler, sur les interventions qui se sont produites dans l’une et l’autre assemblées. Une remarque préliminaire : le nombre de députés et de sénateurs qui se sont exprimés à la tribune est évidemment très réduit. Mais ils n’étaient que les porte-parole de leurs collègues que je tiens donc pour tout aussi coupables, d’autant plus que l’acquiescement des muets s’est manifesté par des votes quasi unanimes sur la valeur desquels je reviendrai tout à l’heure.

1° Le mensonge, l’hypocrisie, la duplicité, la mauvaise foi et le culte de l’arbitraire.

On nous a rabâché pendant des années que “l’arsenal” (étrange mot belliqueux !) juridique existant suffisait à lutter contre les agissements des “sectes”, qu’il n’était pas nécessaire de prendre des mesures particulières contre elles, que de légères retouches suffiraient...et voilà qu’on nous impose une lourde et volumineuse loi d’exception et de circonstance spécifiquement dirigée contre “les mouvements sectaires”, comme il est dit explicitement dans son intitulé. Et ce n’est qu’un début : on nous en promet d’autres !

L’imposture va encore plus loin : certains orateurs reconnaissent qu’il est impossible de définir, et donc d’identifier à coup sûr, les groupes que l’on prétend néanmoins viser. Qu’à cela ne tienne : on fera comme en Afghanistan, on tirera en aveugle sur tout ce qui bouge ou ne bouge pas pour anéantir un ennemi que l’on présentera comme d’autant plus redoutable qu’il est insaisissable, multiforme, sournois, partout menaçant. Et cette description épouvantable permettra de justifier tous les procédés, y compris les plus scandaleux, utilisés à son encontre. Ainsi le flou et le vague le plus complets qui entourent la détermination des “sectes”, cet épais brouillard est habilement revendiqué, cultivé et exploité, non seulement pour faire admettre que tous les coups sont permis contre elles, mais surtout pour y inclure l’ensemble des groupes gênants dont on voudra se débarrasser. Le stratagème n’a pas échappé au sénateur Caldaguès, à qui il faut rendre un vibrant hommage pour son courage et son discernement : “J’ai été frappé de voir l’intitulé du texte utiliser l’appellation avant même que la définition ait été donnée. C’est extraordinaire”.

Autre tromperie éhontée : les bons apôtres de l’antisectisme nous ont toujours juré leurs grands dieux qu’ils étaient trop respectueux des “croyances” pour se permettre de les juger et de les attaquer. Or c’est exactement ce que fait picard (et elle n’est pas la seule) lorsqu’elle s’autorise à stigmatiser “ les escroqueries intellectuelles pseudo-religieuses, pseudo-philosophiques ou pseudo-spirituelles ” commises par les “sectes”. Elle va même jusqu’à parler “d’aliénation spirituelle” : ça vaut son pesant d’or ! J’aimerais savoir de quelle compétence et de quelle expérience personnelle cette femme peut se prévaloir pour s’aventurer avec autant d’assurance dans des affirmations aussi hasardeuses. Sutor, ne ultra crepidam ! Il ne faut pas s’y méprendre : le gouvernement mène un combat idéologique inspiré par le scientisme athée ou agnostique. Les Eglises chrétiennes s’imaginent qu’en lui faisant des risettes et en chargeant éventuellement un peu plus les “sectes”, elles vont passer à travers les mailles du filet. Eternelle complaisance, pour ne pas dire connivence, des institutions religieuses face aux pouvoirs, afin d’être traitées par eux comme des égales Mais elles se feront baiser à leur tour et ne l’auront pas volé. Lorsque le piège se refermera sur elles, il sera trop tard pour invoquer le ciel et ululer des cantiques.

Complétons la liste des entourloupettes. On s’en prend au lobbying des “sectes”, mais on admet parfaitement celui qui s’exerce en force auprès des parlementaires par quantité de puissants groupes de pression qui ne représentent que des intérêts privés. On traite la Scientologie “d’odieuse pompe à fric” en oubliant, à supposer qu’elle en soit une, qu’il en existe beaucoup d’autres, infiniment plus détestables et plus nocives, qui, elles, sont couvertes de fleurs et de privilèges : je veux parler des innombrables pieuvres industrielles, commerciales et financières, nationales et transnationales, qui vampirisent le monde et y créent partout inégalités et misère. On fait également un tri entre les associations de lutte contre les “sectes” : il faut bien “contrôler la conformité des activités mises en oeuvre par lesdites associations avec les objectifs affichés dans leurs statuts” ! On vous voit venir avec vos gros sabots !

Mais, dans la série des “deux poids, deux mesures”, le chef d’oeuvre demeure incontestablement l’affaire de “la manipulation mentale” qui frise le comique et atteint le summum de l’hypocrisie. De même qu’il y a les bons et les mauvais lobbyings, les bonnes et les mauvaises “pompes à finances”, les bonnes et les mauvaises associations de défense des libertés, de même il y a les bonnes et les mauvaises formes de bourrage de crâne. La Commission nationale consultative des droits de l’Homme pousse à la roue : “elle n’a pas contesté la nécessité d’un renforcement de l’arsenal (encore lui !) juridique face aux agissements (sectaires)... l’actualité de cette question nécessite de nouvelles avancées etc..”. Et surtout : l’institution d’un “délit de manipulation mentale respecte la liberté fondamentale de pensée, de conscience et de religion... bien qu’il soit jugé inopportun”. Alors là, c’est à n’y plus rien comprendre. Que signifie cette contradiction ! On est en pleine tartufferie et, une fois de plus, on est amené à penser que ces prétendues Commissions “indépendantes”, comme l’Informatique libertés ou le CSA, n’ont été créées par les pouvoirs que pour servir de cautions morales à leurs exactions.

Le plus drôle reste à venir. Plusieurs parlementaires, ainsi que certains “spécialistes (!)” auditionnés par eux, qui ne sont pas complètement cons, ont senti venir le danger. Ils savent parfaitement que la manipulation mentale, universellement pratiquée dans leurs “sociétés”, en constitue un fondement essentiel auquel ils tiennent comme à la prunelle de leurs yeux, puisqu’elles ne fonctionneraient pas sans elle. Et ils n’ignoraient pas non plus que certains mauvais esprits eussent été tentés de faire des rapprochements, de s’interroger sur les raisons d’une si partiale sélectivité dans le domaine de la “manipulation mentale”. Peut-être même eussent-ils poussé l’inconvenance jusqu’à utiliser ce motif pour attaquer à très juste titre devant les tribunaux des institutions et des gens officiellement très honorables et qu’il fallait donc absolument préserver de toute fâcheuse mésaventure. Il faut lire les déclarations apeurées : c’en vaut vraiment la peine ! Voici quelques échantillons : “...les organisations syndicales ou politiques, pour ne citer qu’elles, pourraient tomber sous le coup de telles dispositions” (bussereau). Quel aveu ! “...certaines formes de publicité commerciale (pourraient) être assimilées à de la manipulation mentale” (thiard) et gélard “s’est demandé si (ce délit) ne risquait pas de pouvoir être appliqué à “certaines structures” présentes “au sein des grandes religions”, à certains médecins ou psychiatres, voire à certains responsables d’enseignement..., voire à l’armée”.
J’insiste sur le cynisme de ces déclarations. Leurs auteurs ont pour seule préoccupation, non pas de mettre en cause les abus qu’ils évoquent, mais de les protéger afin d’en assurer la perpétuation... ce qui ne les empêche pas de condamner avec la dernière énergie et de façon totalement discriminatoire ceux qui seraient commis par les “sectes”. C’est pour assurer cette protection, je le rappelle, qu’au mépris de toute honnêteté intellectuelle et morale, a été précisé dans l’intitulé de la loi qu’elle concernait uniquement “les mouvements sectaires”, ces fantômes insaisissables. Et pourtant, que d’autres pourraient être concernés. E. Morin, dans son ouvrage précité, a bien raison d’affirmer : “TV et journaux sont pleins de sectes. Parce qu’une secte conduit au suicide collectif ()ce qui, encore une fois, n’est pas certain, c’est moi qui l’ajoute, les sectes sont en accusation, et certains voudraient une loi antisecte. D’autres voudraient même un article pénal contre “le viol psychique”. Que de curés, rabbins, ayatollahs, profs, grands théoriciens et autres gourous seraient passibles de la peine max !... Partout on se croit rationnel parce qu’on dénonce le délire des sectes, alors que l’aveuglement règne chez les plus réalistes de nos “techno-éconocrates” .

Donc, pour ne pas se laisser entraîner sur un terrain glissant et pour donner le change, on supprime la dénomination “manipulation mentale”. Mais on la remplace -et la démonstration de mon ami juriste est particulièrement éloquente sur ce point- par un charabia à rallonges qui la réintroduit, parfois au mot près, et qui même l’aggrave ! On modifie l’étiquette pour mieux préserver le contenu et l’empoisonner davantage. Répugnante magouille et comble de l’hypocrisie ! Venons-en au texte lui-même, sur lequel je ne m’attarderai pas pour éviter une répétition, beaucoup moins intéressante, de l’analyse qui vient d’en être faite. Je me bornerai à exprimer le point de vue de tout homme de bon sens qui serait stupéfait à sa simple lecture, parce qu’il se rendrait compte qu’il est absolument impossible, même pour une personne parfaitement intègre, de décider à coup sûr que tel “groupement poursuit des activités ayant pour but ou pour effet de créer ou d’exploiter la dépendance psychologique ou physique” ou que l’on exerce sur les victimes des “pressions graves ou réitérées” (le “et” a été remplacé par un “ou”, comme le souhaitait pignier). Et d’après quelles références va-t-on qualifier de “ gravement préjudiciable ” l’acte ou l’abstention auquel on les aurait conduites ? Même lorsqu’il existe des critères généraux fiables, il est extrêmement difficile de les appliquer valablement aux cas particuliers. A plus forte raison lorsqu’ils relèvent de la plus haute fantaisie, c’est-à-dire d’appréciations purement subjectives éventuellement dictées, y compris chez les juges, par la bêtise ou par la haine. C’est pourquoi on a la très nette impression que picard se fout de notre gueule lorsqu’elle ose s’exclamer avec une touchante sincérité : “Qui peut se sentir, de bonne foi, visé par une telle disposition, placée de surcroît, sous le contrôle de magistrats responsables”. Comme si la plupart d’entre eux l’étaient ! Le seul élément recevable de cet article inconcevable a trait aux “techniques propres à altérer le jugement” parce qu’elles peuvent, du fait de leur caractère “matériel”, être détectées avec certitude en certaines occasions et à condition d’y mettre beaucoup de prudence.

Autres faussetés et mensonges. La gardeuse des sots a le toupet de nous assurer que les infractions pour lesquelles une association peut être dissoute sont “limitativement énumérées”. En réalité, comme le dit encore excellemment le sénateur Caldaguès, elles forment une liste “impressionnante par sa longueur, mais aussi par sa disparité”. C’est un véritable fourre-tout rempli au maximum des ingrédients les plus hétéroclites, à seule fin de pouvoir épingler les “sectes” à propos de tout et de n’importe quoi. La ministresse en question, qui décidément n’en rate pas une, continue sur la lancée de son impudence en affirmant qu’une association ne pourra être supprimée qu’à la suite de “plusieurs” condamnations, cet adjectif étant synonyme pour les gens naïfs de trois, quatre ou plus. En fait, il s’agit de deux et même éventuellement d’une (!), puisqu’elles pourront concerner “l’une la personne morale et l’autre son dirigeant, ou deux personnes morales appartenant en réalité à un même mouvement sectaire”. On donne ainsi aux tribunaux le pouvoir de faire disparaître de manière discrétionnaire tous les groupes marginaux ou rebelles qui, par leurs idées et par leur action, emmerdent le gouvernement et les autres puissances en gênant leur oeuvre totalitaire d’asservissement et d’uniformisation. Je laisse le dernier mot au sénateur Caldaguès qui, une fois de plus, résume très bien les choses : “Une association ne peut être dissoute que pour ses propres turpitudes, non pour des condamnations d’autres associations sur des affaires sans rapport avec son activité propre et quelquefois anodines”. Tout est dit et bien dit.

Quant à la mère lebranchu, elle peut, certes, vanter “l’efficacité” du dispositif qu’elle a approuvé et rassurer un badinter qui pousse à la répression, ce qui m’a beaucoup déçu de la part d’une personne pour qui j’avais conservé une certaine vénération à cause du rôle qu’elle avait joué dans l’abolition de la peine de mort, mais qui n’a pas daigné me répondre lorsque je lui ai envoyé une lettre fort courtoise où je lui demandais d’exercer une fonction modératrice au Sénat lorsque viendrait en discussion la proposition de loi visant les sectes. C’était le dernier socialiste à m’inspirer un minimum de respect... Encore un mot au sujet de la préposée à la Justice (! ?). Je la soupçonnais, malgré ses airs peu engageants, d’être une plaisantine. J’en ai eu confirmation en apprenant qu’elle avait affirmé sans rire que la France était “un Etat démocratique soucieux de respecter les droits de l’homme”. Au moins a-t-elle la franchise de reconnaître que la “ nouvelle définition ” du “ délit d’abus frauduleux de faiblesse ” est “ inspirée du délit de manipulation mentale ”. C’est bizarre qu’elle ait ainsi mangé le morceau ! A la différence de toute cette collection de faux culs des deux assemblées qui, au mépris de toute évidence, n’ont cessé de répéter en choeur qu’ils ne créaient pas de nouveau délit, mais qu’ils se contentaient de renforcer ou d’améliorer la législation existante. Je le répète : ils nous prennent vraiment pour des demeurés ! Un dernier petit détail pour illustrer de manière non exhaustive (je me suis limité à quelques exemples) l’hypocrisie de la plupart de nos “représentants”, avant de clore ce petit chapitre par des considérations plus générales : reprochant aux “sectes” de faire durer artificieusement les procédures qui les concernent, ils semblent ne pas voir les poutres émergeant des regards douteux de beaucoup de leurs voisins, amis et connaissances, députés, ministres, patrons, etc.. (et peut-être même quelqu’un de plus haut placé !) qui réussissent de main de maître à faire indéfiniment traîner en longueur ou à contrer les procès ou les actes d’instruction qui les visent. Alors de grâce, un peu de décence ! Commencez donc par balayer devant vos officines.

Quant aux “considérations générales” par lesquelles je veux conclure ces quelques remarques sur l’imposture et les imposteurs qui nichent dans certains “palais nationaux”, elles se rapportent aux grandes motivations et idées que l’on met hypocritement en avant pour justifier les basses oeuvres auxquelles on se livre en observant, d’ailleurs, un impeccable formalisme légaliste. Il faut toujours sauver les apparences. Le premier principe toujours invoqué avec un succès grandissant est la protection des individus contre eux-mêmes. Dès lors qu’on entre dans cette voie admirable, il n’y a plus de garde-fous... ou plutôt, il y en a beaucoup trop ! Nos bons amis, les pouvoirs qui nous veulent tant de bien, ne cesseront d’inventer de nouveaux risques et de nouveaux préjudices contre lesquels ils voudront nous prémunir sans aucune arrière-pensée (tiens donc !), réalisant ainsi leur projet de mise en tutelle de toute une “société” d’assistés et d’éternels mineurs qui viendront chercher refuge et provende dans le giron d’une bonne mère républicaine acharnée à les défendre contre tous les méchants déviationnistes, séparatistes, etc.. qui voudraient les induire en erreur et leur faire quitter le droit chemin.

Je veux encore faire allusion à tout ce pathos insupportable, ronflant et périmé, qui suppure des discours de tant d’élus du peuple et qui est relatif à “la lutte contre l’obscurantisme”, à “l’émancipation des hommes”, au progrès, etc.. Mes pauvres amis, quand donc aurez-vous compris que vos fameuses Lumières sont éteintes définitivement... et depuis longtemps. Au départ, c’était un foyer de bons sentiments et de nobles intentions qui ne flamboyait guère, parce qu’il ne s’alimentait à rien de solide, à rien d’objectif, à rien de Transcendant. C’était purement gratuit, mais plutôt gentil et sympa. Et après tout, la très faible lueur qu’il émettait aurait pu aider l’humanité à évoluer quelque peu, mais celle-ci s’est révélée indécrottable et elle a refusé le peu de clarté qu’il pouvait lui apporter. De sorte que vos Lumières se sont comportées comme des quinquets fumeux ou des tubes de néon clignotants, incapables d’éclairer la marche de l”humanité vers un authentique perfectionnement moral et spirituel, le seul qui compte vraiment ou qui, en tout cas, rend les autres positifs. Depuis le XVIIIème siècle, la préhumanité a continué à s’enfoncer dans la sauvagerie et dans la barbarie. Les “événements” récemment survenus, dès la première année du XXI ème siècle, montrent bien que cette progression se poursuit sans désemparer, qu’on peut s’attendre aux pires horreurs au cours des cent années à venir, qui seront -à moins qu’un miracle se produise que rien actuellement ne permet d’espérer- bien plus affreuses que les cent précédentes, elles-mêmes beaucoup plus terribles que leurs devancières. Je sais bien que la plupart d’entre vous n’êtes pas des lumières, même si vous vous prétendez illuminés par elles, mais enfin, tout de même, vous pourriez, sans être particulièrement futés, vous apercevoir que vous contemplez (à moins que vous ne fassiez semblant) un rayonnement parfaitement illusoire, identique à celui que nous recevons aujourd’hui de ces astres morts depuis des millénaires.

2° L’immunité-impunité qui favorise l’irresponsabilité, l’ignorance, l’inconscience et la bonne conscience.

Peu avant de se suicider (mais, il est vrai, pour d’autres raisons !), Prévost-Paradol soutenait que le “pauvre pape” (le bienheureux Pie IX !) abusait de sa “nouvelle” infaillibilité pour multiplier les déclarations et les textes ineptes. Sans me prononcer sur cette question, je dirai que vous faites exactement la même chose en utilisant à tort et à travers votre immunité-impunité pour accumuler sottises et iniquités. Sous prétexte que nous n’avez finalement de comptes à rendre à personne, même pas en période électorale, vous vous croyez autorisés à dire et à voter n’importe quoi. J’en veux d’abord pour preuve la façon dont vous accueillez le fameux rapport de 1996. Depuis sa parution, un nombre grandissant d’observateurs (y compris parmi les adversaires jurés des “sectes”) se sont aperçus, mais un peu tard, que ce document bric-à-brac n’était pas crédible parce qu’on l’avait confectionné à la va vite en se contentant de collationner sans en vérifier la valeur des renseignements partiaux émanant de la police et des associations antiseptiques. Ca n’empêche pas bussereau d’affirmer que “nous disposons d’une liste des groupements”. Quant au dénommé foucaud, il est encore plus affirmatif lorsqu’il évoque “la présence d’une secte dangereuse, dont la liste a été dressée en 1996 dans le rapport de la commission d’enquête sur les sectes en France”. Je n’ai évidemment aucune raison de penser que ces individus n’expriment pas l’opinion quasi unanime des deux assemblées chez qui l’on n’observe donc aucun esprit critique. Et il ne faut pas se lasser de répéter que, depuis cinq ans, quantité de personnes et de groupements ont été molestés, parfois très gravement, sur la base de ce document dans lequel se drapent, afin d’échapper à tout blâme et à toute condamnation, ceux qui en font usage (p. ex. des journalistes) pour se donner une autorité indue et attaquer sans retenue et sans vergogne des innocents. Il faudra bien qu’un jour on établisse le bilan de ces violences inadmissibles qui ont parfois entraîné mort d’homme et que nos parlementaires ignorent superbement, jusqu’au jour où ils feront “repentance” et verseront des larmes de crocodile sur les “erreurs” commises par leurs prédécesseurs. Mais ce sera trop tard. Pour l’instant, ils estiment partager l’infaillibilité papale ou, mieux encore, divine.

Mêmes remarques au sujet des célèbres dix critères qui auraient, paraît-il, été “inventés” (c’est le cas de le dire !) par la femme géniale qui dirige actuellement (ou dirigeait il y a peu) le service des R.G. de l’Isère. Quel honneur pour nous ! S’agit-il d’une promotion pour la récompenser ou d’un éloignement pour la mettre à l’abri des questions indiscrètes qui lui sont posées par la “Justice” et auxquelles elle s’efforce de ne pas répondre, si j’en crois un ouvrage (dont j’ai malheureusement oublié le nom) où il est souvent question d’elle à propos d’affaires étranges. Quoi qu’il en soit et à la différence de beaucoup de sectivores, je n’attache qu’une importance toute relative aux ragots. Ce qui m’intéresse, c’est de constater qu’une fois de plus nos “braves” (?) parlementaires avalent tout, sans discernement et sans recul. C’est ainsi que salles et andré entérinent et approuvent lesdits critères sans s’interroger le moins du monde sur leur pertinence. Résumant l’analyse détaillée que nous en avions faite à l’époque de leur apparition, je dirai que seul peut être accepté sans réticences celui qui concerne “les atteintes à l’intégrité physique”, et encore à condition que les faits soient dûment avérés.

Quant aux autres, ils se rangent en trois catégories. D’abord, les “très vagues” et donc susceptibles des interprétations et des applications les plus abusives (la déstabilisation mentale, l’embrigadement des enfants, les troubles à l’ordre public). Ensuite les “comiques” qui méritent cette appellation parce que, à tort ou à raison, ils reprochent aux “sectes” d’exercer en miniature ce que la “société” pratique sur une très large échelle. Si elles sont coupables, elles ne font que suivre un exemple venu de haut. Les exigences financières exorbitantes ? Elles nous cernent de toutes parts et se manifestent spécialement, mais non exclusivement, au sein de certaines professions libérales... L’importance des démêlés judiciaires ? On a vraiment envie de rigoler quand on songe à toutes ces “personnalités” plus ou moins connues qui passent une bonne part de leur existence dans les cabinets des juges d’instruction et dans les prétoires. Mais eux sont des gens normaux et respectables ! Les tentatives d’infiltration des pouvoirs publics ? Mais on ne fait pas tant d’histoires lorsqu’elles émanent de certaines coteries et confréries proches du gouvernement qui leur tend la perche ! Je joindrai à ce petit ensemble cocasse “la rupture avec l’environnement” lorsque, ce qui arrive souvent, c’est l’environnement qui provoque la rupture afin de punir et d’isoler “l’adepte”, mais aussi “parce-qu’on-ne-dialogue-pas-avec-les-sectes” (leitmotiv souvent entendu) et surtout dans l’espoir de rejeter sur la “secte” la responsabilité de la cassure. L’énoncé des deux dernières “déviances”, comme dit salles, ne fait plus rire du tout. La première est inquiétante, et la seconde révoltante. “ Le détournement des circuits économiques ” n’est mis au pilori que pour éliminer, j’y ai déjà fait allusion, des formes d’entraide et de solidarité rendues pourtant tout à fait nécessaires par une politique gouvernementale qui réduit à la pauvreté, à l’indigence ou à la misère des millions de gens. Qui aurait pu croire que l’existence de quelques S.E.L ou initiatives de ce genre pourrait mettre en péril des finances et une économie françaises qui, par ailleurs, ne semblent pas trop souffrir du “détournement” (pour employer le même mot) vers certaines grandes lessiveuses, continentales ou off shore, de sommes gigantesques issues des magnats du capitalisme ! On nous prend vraiment pour des cruches et on essaie de nous faire gober n’importe quoi, y compris des énormités de ce calibre.

Mais la palme de la putasserie revient au grief que l’on fait à certains groupes (pour les discréditer et les ruiner) de tenir “ un discours plus ou moins antisocial ”. On use volontairement d’une formulation qui prête à confusion en laissant croire que les malheureux qui se livrent à des propos aussi insensés ne peuvent être que des fous furieux ou des monstres pervers et asociaux, c’est-à-dire ennemis de toute société. Alors que beaucoup d’entre eux, qui ne sont ni des brutes, ni des forcenés, s’en prennent uniquement (comme c’est leur droit absolu de le faire sans être soupçonnés de démence) à un certain type de “société” et non à toutes, ou plus exactement, à des collectivités arriérées qui ne méritent même pas, à leurs yeux, d’être saluées du beau nom de “société” qu’ils révèrent au point de vouloir que lui corresponde un jour une réalité digne de lui. Est-ce vraiment à Notre Dame des R.G. que nous devons l’essentiel du chef d’oeuvre constitué par ces Dix Critères que l’on pourrait assimiler, du fait de leur valeur intrinsèque et de leur portée historique, aux Dix Commandements ? Je l’ignore, mais si c’est vraiment le cas, je tiens à la féliciter pour ce travail remarquable qui fait honneur à sa finesse et à sa probité.

A titre d’intermède récréatif ou de pause édifiante, comme vous voudrez, je vais refaire une incursion dans les jardins fleuris de salles et de andré dont je n’arrive décidément plus à me passer. Ils sont tellement mignons ! Le premier s’irrite ingénument de ce que “aucune organisation ne se reconnaît dans le terme” de secte et dans les définitions (parfaitement objectives et neutres, ça va sans dire !) que les “spécialistes” en donnent. C’est comme si on s’étonnait de ce que salles, ayant fait l’objet d’une sale description de la part de ses ennemis, refusât d’identifier son image dans leur tableau. A moins qu’il ne lui faille se livrer à eux pieds et poings liés, sans mot dire et sans se défendre ! Evidemment, si les “sectes” suivaient cette recommandation, ça lui faciliterait bien la tâche ! C’est la même (fausse) candeur que l’on trouve chez andré qui, lui, s’énerve à propos des “difficultés rencontrées par la Justice pour établir la culpabilité de l’unique prévenu” dans l’affaire de l’O.T.S. Propos effarants ! Pour notre ami, “la culpabilité de l’unique prévenu” va de soi... Ca ne fait pas un pli ! Il semble n’avoir jamais entendu parler de la présomption d’innocence. Ce qui le tourmente n’est pas de savoir si, en définitive, le chef d’orchestre est fautif ou non, puisqu’il a déjà réglé la question, mais de constater (du moins le croit-il) qu’on ne l’accable pas suffisamment. Comme dit Topaze : “ Les coupables, il vaut mieux les choisir que les chercher ”. Surtout si l’on a absolument besoin d’un bouc émissaire ! Je rappellerai pour mémoire que “l’unique prévenu” a été acquitté par le TGI de Grenoble... en attendant, selon toute vraisemblance, d’être condamné par la Cour d’appel : je ne me fais aucune illusion ! Je mentionnerai également, toujours à titre d’information, qu’a été soutenue, avec des arguments non négligeables, la thèse de l’organisation ou de la facilitation, par l’Etat français ou par des “milieux” très proches de lui, du massacre du Vercors, juste au moment où paraissait le fameux rapport de la Commission parlementaire. Je n’ai évidemment aucun avis sur la question. Je me bornerai à redire que ce genre d’intervention n’est nullement impossible a priori. Ce n’est un secret pour personne que les services secrets de nombreux pays, dans l’intérêt supérieur de leur patrie, s’entend !, sont à l’origine d’attentats éventuellement très meurtriers qu’ils imputent ensuite aux gens dont la destruction est exigée par la déraison d’Etat. Lire à ce sujet l’article troublant et bien documenté paru dans le “Technikart” du mois de novembre. Allez ! Finie la récréation ! On attaque à nouveau dans le dur.

Après avoir pointé les malfaisances de la liste noire et des dix critères, j’en viens maintenant à dénoncer un procédé odieux, inqualifiable, qui a été employé par la quasi-totalité des perroquets qui se sont succédé aux perchoirs des deux assemblées. C’est l’utilisation, apparemment anodine, et pourtant lourde de conséquences, de l’article défini “les” qui permet de mettre tout le monde dans le même sac et d’attribuer indifféremment à l’ensemble des groupes désignés comme suspects toutes sortes de forfaits dont ils sont parfaitement innocents. Voici quelques échantillons : “.. les sectes, formes modernes d’obscurantisme et d’oppression.. cultivent le secret et la dissimulation, et ne poursuivent que le pouvoir et l’argent” (brard) ; “nous empêchons les sectes de développer leur business lucratif” (vuilque) ; “les sectes sont passées maître dans l’art de se dissimuler” (lagauche) ; “il y a dans les sectes des enfants dénutris, des enfants privés de soins, des enfants tenus à l’écart de l’école (ça, c’est un comble : “l’honorable” sénateur ignore-t-il que sa république elle-même autorise, sous certaines conditions, les enfants à ne pas fréquenter l’école, et veut-il tromper l’opinion publique ?), des adultes assujettis et escroqués... les sectes font des massacres dans le monde entier (about... qui, décidément, se surpasse dans l’exagération pour ameuter les “braves” gens, coup tordu bien connu ). Naturellement, charvoz, du C.C.M.M. a ajouté, je ne dirai pas son grain, mais sa montagne de sel, en évoquant “le formidable pouvoir économique et intellectuel des groupes sectaires”.

Qu’on n’aille pas dire que je cherche la petite bête : la personne de bonne foi qui cherche à s’informer, comment va-t-elle être amenée à raisonner ? Les mêmes parlementaires qui lui dépeignent les sectes sous les couleurs les plus noires lui assurent en même temps qu’on en trouve une liste fiable (celle des 172), dont ils garantissent la valeur en lui conférant leur autorité. Mon “Candide”, à plus forte raison celui qui ne le serait pas tout à fait..., va conclure nécessairement que tous les groupes ainsi répertoriés constituent de puissantes et “criminelles associations”, comme le soutient vuilque. Prenons l’exemple de la communauté de la Thébaïde, à laquelle j’ai l’honneur d’appartenir et qui a l’honneur de figurer parmi les maudits : qui, sans se couvrir de ridicule, oserait prétendre qu’elle développe un business lucratif, qu’elle ne recherche que le pouvoir et l’argent (alors qu’elle a toujours vécu dans la misère ou dans la pauvreté), qu’elle a assujetti et escroqué des adultes, qu’elle a privé ses enfants de soins et de nourriture, qu’elle se dissimule (alors qu’elle a toujours crânement “affiché la couleur”), etc.. etc.. Au nom de quoi devrions-nous (et nous ne sommes pas les seuls) subir ces outrages et ces calomnies ? Ce n’était pourtant pas difficile de se comporter correctement. Il suffisait de prendre quelques précautions, d’introduire quelques nuances, d’évoquer “certains” ou “plusieurs” groupes, de recourir à des formules dubitatives : “il est possible ou probable que certaines organisations” se soient... mal comportées ! Bref, il fallait absolument éviter les généralisations abusives. Ce dont nos parlementaires se sont préoccupés comme d’une guigne. Ils y sont allés franco, bille en tête, en confondant et en écrasant tout sur leur passage. Dieu reconnaîtra les siens ! Ils n’ont manifesté aucun scrupule, aucun souci de la vérité, aucun respect pour autrui.

Et j’en arrive ainsi à déplorer ce qui les caractérise essentiellement : leur irresponsabilité morale, issue d’une irresponsabilité constitutionnelle qui les met à l’abri de toute poursuite et interdit tout recours. C’est même vrai pour les écrits : lorsqu’un groupe demandait à l’inénarrable gest d’être radié de sa liste des réprouvés, il répondait invariablement, en utilisant ce style officiel impayable destiné à vous impressionner favorablement par son apparente rigueur : “Comme vous le savez, l’existence de la commission d’enquête parlementaire sur les sectes ayant cessé du fait même de la publication de son rapport, il n’entre désormais dans la compétence d’aucune autorité parlementaire d’apporter au contenu de ce rapport quelque modification que ce soit”. Dans ces propos impeccables et si courtois, on décèle, comme c’est souvent le cas dans les documents administratifs, un brin d’ironie sous-jacente qui pourrait se traduire par une injonction beaucoup moins polie, du genre : “Tu peux aller te faire foutre”. Quoi qu’il en soit, le tour est joué : on se retranche derrière une loi faite sur mesure, qui perpétue l’injustice et garantit l’impunité de ceux qui la commettent.

Une autre façon de “s’en laver les mains” résulte de cette organisation des pouvoirs qui crée, en faveur des parlementaires, une troisième sorte d’irresponsabilité, que j’appellerai “judiciaire”, faute d’un meilleur mot, et qui consiste pour eux à s’en remettre à autrui du soin d’appliquer les lois de leur cru. C’est un peu facile. A nous le beau le rôle de fabricants des armes absolues destinées à terrasser l’hydre des sectes, aux magistrats les emmerdes provenant du maniement de ces armes, particulièrement délicat du fait qu’elles sont mal conçues, inadaptées et dangereuses. S’il y a des bavures trop voyantes, c’est eux qui seront incriminés, et non les députés et sénateurs qui, une fois de plus, tireront leur épingle du jeu et se trouveront mis hors de cause. Il leur aura suffi d’adresser quelques courbettes aux magistrats, comme le fait picard en rappelant que l’application de la loi se fera “sous leur contrôle”, rouerie qui permet de les flatter tout en laissant croire que sa mise en oeuvre se fera dans les meilleures conditions, sans qu’on n’ait rien à en craindre. Ce qui est évidemment fort sujet à caution.

Certes, il existe une minorité de juges intègres et indépendants. Mais on comprendra que je sois beaucoup plus préoccupé par la légion de ceux qui ne le sont pas et sur lesquels s’exercent d’innombrables pressions. On admettra que je sois troublé quand je constate que la quasi-totalité des affaires concernant les “sectes” se terminent à leur désavantage. On ne s’étonnera pas que je me pose des questions devant l’attitude d’une cour d’appel tortilleuse qui blanchit guyard en reconnaissant qu’il a tenu des propos diffamatoires contre les associations anthroposophiques, mais en lui accordant aussi le “bénéfice de la bonne foi”... évidemment impensable de la part d’un vieux requin affamé qui grenouille dans le marigot des “sectes” depuis de longues années et qui sait parfaitement à quoi s’en tenir. Qu’un novice ait pu se laisser abuser de “bonne foi”, d’accord, mais pas lui... ou alors il a fait preuve d’une légèreté tout à fait “condamnable”, c’est le cas de le dire. En somme, la triple irresponsabilité que je viens de mentionner se manifeste chez ses tenants par une indifférence de principe aux conséquences de leurs actes... qui sont effectivement ignorées. Et cela est gravissime.

Il nous faut donc creuser un peu la notion de cette “ignorance” des parlementaires qui soutient et qui accroît leur irresponsabilité. Il m’a fallu du temps pour découvrir, à ma grande surprise, que les élus du peuple ne savent pas ce qui se passe autour d’eux. Ou, du moins, des pans entiers de la réalité leur échappent, dont ils sont séparés par les écrans-pièges qu’on leur tend, par les prismes déformants, par les filtres sélectifs et les philtres assoupissants qui leur sont distribués généreusement par leurs ennemis autant que par leurs courtisans. Ce ne sont encore que des manières de personnages, mais suffisamment en vue pour ne plus voir grand-chose par eux-mêmes. Coupés de la vie par les rideaux de la complaisance et de la flatterie, ils n’en reçoivent plus qu’un écho affaibli, altéré, gangrené par les partis pris optimistes qu’il convient d’afficher en toutes occasions, après avoir tenté de s’en pénétrer soi-même. Ces efforts d’auto-persuasion ont plus de chances d’aboutir, si l’on se refuse à voir en face quantité de faits gênants. Par exemple, combien de parlementaires sont-ils au courant des injustices et des violences ; flagrantes et brutales ou, au contraire, insidieuses et dissimulées, qui, venant de la police, de la justice, des administrations excitées et cornaquées par les sectes antisectiques, ont, depuis cinq ans et de la façon la plus inique, frappé, dans leurs activités professionnelles et dans leur vie privée, des centaines de gens irréprochables, les perdant définitivement de réputation parce que victimes d’une rumeur indéracinable, brisant leurs familles, les obligeant à déménager ou à quitter la France (certains l’ont fait dès 96), les menant parfois à la ruine, au désespoir et au suicide. Même ceux qui n’ont pas (encore ?) connu de telles extrémités ont eu à endurer toutes sortes de désagréments dans leur vie quotidienne, sans parler des attaques médiatiques. Je n’exagèrerai certainement pas en affirmant que nos “élus”, dans leur grande majorité, n’en ont rien à cirer et qu’ils ne tiennent aucunement à être informés de l’existence de tels sévices. Même et surtout quand ils les subodorent, ils n’ont aucune envie d’en savoir plus. On en revient toujours à la doublepensée et au double langage grâce auxquels on maintient obstinément dans la fiction ou dans l’inexistence des événements et des comportements qu’on écarte délibérément tout en sachant très bien qu’ils se sont produits ou manifestés et qu’ils sont toujours d’actualité.

L’ignorance plus ou moins volontaire de certains faits se double d’une ignorance des dossiers. Et ce fut là pour moi l’objet d’une stupéfaction non moindre que celle dont je fus saisi en constatant le déni de réalité que je viens d’évoquer. Ne nous leurrons pas : la très grande majorité des députés et des sénateurs qui ont eu à se prononcer sur la proposition de loi picard n’avaient aucune idée précise sur la question, ils ne s’étaient livrés à aucune réflexion, à aucune recherche, à aucune enquête personnelles, en étaient restés aux préjugés courants, aux arguments simplistes sommairement exposés par leurs chefs de file qui, à vrai dire, n’avaient qu’un souci en tête, c’est que leurs ouailles respectassent les consignes de leur parti et la discipline de vote. Ce qu’ils ont pratiquement tous fait, ne voyant pas pourquoi ils se singulariseraient, mais mesurant très bien les inconvénients d’une fronde, même exceptionnelle. Au moment du scrutin décisif, il n’y avait, paraît-il, que dix-huit députés en séance. Les autres, ainsi qu’ils en ont l’habitude, se sont “laissés voter”, comme on dit qu’on se laisse faire ou qu’on se laisse aller. C’est lamentable, mais c’est encore beaucoup plus terrifiant lorsqu’on songe qu’il en est ainsi pour la totalité des sujets et des problèmes, parfois très complexes, abordés et tranchés par des assemblées dont la plupart des membres (pas toujours les mêmes, mais c’est la proportion qui compte) sont complètement dépassés par les questions qui viennent en discussion, non seulement parce qu’elles se succèdent à un rythme trop rapide, mais surtout parce qu’ils n’ont ni le temps, ni les compétences, ni le désir de les étudier en profondeur. Le résultat, c’est qu’ils votent en pleine méconnaissance de cause.

Bien sûr, on invoquera la multiplicité de leurs occupations et leurs inévitables limites individuelles. Peu importent les raisons et les excuses, aussi valables fussent-elles. Dès lors qu’on bute en permanence sur la situation globale que je viens de décrire, absurde, scandaleuse et infiniment préjudiciable, on devrait se rendre compte que c’est tout le système de la “représentation nationale” qu’il faut remplacer et, comme tout se tient, on s’apercevrait vite que, de proche en proche et dans toute son étendue, c’est toute la prétendue société où nous croupissons qu’il faudrait transformer de fond en comble, ainsi que le préconise depuis longtemps déjà la Thébaïde à la suite d’analyses approfondies. Contrairement à ce que raconte jospin, ce dont nous avons besoin et à quoi il faut viser, ce n’est pas “changer la société” (tellement bloquée et dévoyée que tout effort en ce sens se traduit par des effets pervers, une aggravation et un empirement dont nous pâtissons chaque jour davantage), mais changer de société, comme l’avaient compris les soixante-huitards, malheureusement très inférieurs à leurs ambitions et à leurs tâches.

Mais en attendant que se concrétisent ces exaltantes perspectives (nous pouvons toujours attendre !), revenons-en à l’objet précis de notre investigation qui va nous mener (c’est l’étape suivante) en plein grotesque. En effet, l’irresponsabilité et l’ignorance de la grande majorité des parlementaires débouchent sur les sommets ridicules et honteux de l’autosatisfaction appuyée, des congratulations empressées et de la suprême inconscience de cette bonne conscience dont Bloy et Bernanos nous ont enseigné, plus encore par leur vie que par leurs discours, qu’elle constituait la marque la plus caractéristique et la plus dégradante de l’esprit bourgeois. D’abord, un vrai morceau d’anthologie. Dans un premier temps, on reste interloqué. Et puis ensuite, on part d’un grand éclat de rire. Ca vaut le voyage et ça se trouve dans le compte-rendu de la séance de l’assemblée nationale qui, le 30 mai 2001, a examiné en deuxième lecture la proposition de loi. A cinq reprises, salles embouche la trompette héroïque en répétant : “Honneur du Parlement qui.. !” A chaque fois, suit un éloge enflammé et, bien sûr, tout à fait déplacé, de l’auguste aréopage. On se fend la poire devant ce lyrisme boursouflé, emphatique, devant cette enflure (je parle du style, et non de l’auteur), mais on éprouve aussi un sentiment de malaise face à tant d’infantilisme.

Dans le même genre, on pourrait citer les rodomontades de picard : “Ce texte contre les agissements sectaires constituera une première mondiale... la France se positionne résolument à la pointe de la lutte contre l’obscurantisme et pour les libertés” Quand on voit ce qui se cache derrière ces grands mots pompeux, on se dit qu’il n’y a vraiment pas de quoi se vanter. C’est pourtant ce que fait vivien lorsque, mettant en pratique ces nobles déclarations, il donne des leçons de totalitarisme à une Chine qui ne semblait pas en avoir besoin. Il y a également ceux qui, dans un registre mineur et dégoulinant d’hypocrisie, font mine d’exhiber la délicatesse de leur conscience. Ah ! les contorsions de bussereau : c’est à vous donner le torticolis. Mais, que voulez-vous, les scrupules l’étouffent ! C’est ainsi qu’il pose une série de bonnes questions où il exprime ses doutes et il conclut par ce paroles magistrales : “Le risque d’arbitraire est présent dans toute volonté de protection des individus contre eux-mêmes”. Bravo, Domi ! Et puis tout de suite après, il sort le vrai bout de son nase en montrant que ses mises en garde n’étaient que pures clauses de style : “Je sais cependant que les choses sont claires pour les tenants du texte qui considèrent qu’il ne peut porter atteinte qu’aux sectes”. Ben voyons ! Dès lors qu’ils l’affirment, on ne peut que les croire sur parole ! Que sont devenues tes exigences ? Eh bien, elles refont surface : “(Ne votons pas) des lois qui, aujourd’hui bonnes, pourraient demain... devenir scélérates. Faisons attention à ne pas avoir, au nom de la liberté, des comportements liberticides”. Tu te surpasses, Domi ! Et puis, catastrophe : ce n’était qu’un dernier soubresaut de sa conscience avant la “chute” finale qui lui apporte enfin l’apaisement : “Connaissant l’excellent travail des rédacteurs de la loi, je n’ai pas d’inquiétude”. J’espère que le lecteur aura goûté la progression dramatique et les phases contrastées de ce terrible débat intérieur.

Bourrelé de sentiments identiques, andré estime “en conscience” que “ces dispositions ne mettent pas en cause les principes fondamentaux..”, puis, dans un élan de vertu, il précise que “si, par extraordinaire, ces principes étaient mis en cause, nous réagirions avec vigueur..”. Quelle bouffonnerie ! Quand ce genre d’excès se produira (et, pas plus que moi, tu ne doutes un instant qu’il en sera ainsi), il sera trop tard pour protester et l’on se moquera pas mal de tes objurgations. A moins peut-être que tu ne te livres à un geste spectaculaire et fortement médiatisé : par exemple, je te suggérerais de te faire cramer au super sur les marches du Palais Bourbon. Ce serait super. J. larché s’en tire avec une pirouette : “L’avenir dira si nous avons eu raison”. D’ici là, tu peux te carrer dans ton fauteuil en fredonnant : “Qui vivra verra !” Tu n’en as rien à foutre : si les choses tournent mal, c’est pas toi qui va morfler ! On relève le même cynisme, mais en plus doucereux et donc en plus dégueu, chez about qui, après avoir dressé, une fois de plus, un tableau apocalyptique des méfaits perpétrés par les “sectes”, ose conclure “ Voilà à qui je pense, et pas à d’éventuelles dérives auxquelles ce texte pourrait donner lieu ”. Ces “dérives” le laissent d’autant plus indifférent qu’il entonne ensuite, pour se “couvrir”, le couplet habituel en faveur des magistrats à qui “il fait confiance”. Quelle bassesse !

Je ne puis achever ce petit tour d’horizon sans faire part des impressions que me laissent les protagonistes de cette affaire. Je ne les donne pas pour argent comptant, d’autant plus qu’elles s’appuient uniquement sur des comportements et des discours. Je ne juge pas les personnes : il y a longtemps que je ne confonds plus les actes d’un sujet avec le sujet de ces actes. Je crois, comme Baden Powell, qu’il y a au minimum 5% de bon chez tout individu, même chez ceux dont je vais parler. D’abord, brard. C’est un privilège que je lui attribue, puisqu’il ne fait pas partie du couple infernal, mais c’est une vieille connaissance que j’ai retrouvée inchangée. Toujours le même sectarisme obtus, “hyèneux” et poussiéreux, la même intolérance, le même goût pour la répression et l’alignement, le même anticléricalisme primaire, la même invocation grandiloquente de Lumières dont ses propos et attitudes suffiraient à attester qu’elles ont bien définitiverment disparu, bref, tous ces relents de stalinisme dont il ne parvient pas à se débarrasser, comme cela se produit pour les gens qui, à force de fréquenter les égouts, ne peuvent plus se départir de leur odeur.

Mais je veux naturellement insister sur les caractéristiques du picarabou (certains scientifiques l’appellent picarabosses à cause de ses deux “éminences”), ce monstre bicéphale, archaïque, horrifique et prolifique, dont on croyait l’espèce éteinte, mais qui s’est introduit dans les enceintes parlementaires pour y faire des ravages et des petits. La première tête me semble appartenir à un mélange d’Homais et de Prudhomme, ce personnage de Monnier dont un commentateur du Grand Larousse Encyclopédique disait qu’il symbolisait “le conformisme bourgeois”, qu’il “était épanoui de nullité satisfaite” et qu’il affectionnait “les formules lancées avec une solennelle niaiserie”. Oui, c’est bien ainsi (mais je peux me tromper !) que j’imagine mon bonhomme : un petit bourgeois frileux et ringard, hypertraditionaliste, archiconventionnel, grand amateur et défenseur des clichés les plus rebattus, des banalités les plus éculées, des institutions les plus périmées, acharné sectateur des idées reçues et du désordre établi, friand de tout ce qui est “commun”, qu’il s’agisse des “lieux” ou du “sens”, tellement cher à gest et digne d’inspirer toutes ses conduites. Bref, une incarnation réussie de l’insignifiance.

J’en dirai autant de l’autre “chef” (il faut bien que règne une certaine homogénéité au sein d’un organisme), même s’il arbore des airs plus glorieux et s’exhibe à l’envi dans les médias pour débiter ses habituelles platitudes. J’ai une remarque personnelle à lui faire et vais donc m’adresser directement à elle. Ecoute-moi bien, ma jolie. La théorie (moi, je dirais plutôt la fiction) constitutionnelle française veut qu’un député ne le soit pas seulement de sa circonscription, mais de “la nation tout entière”. De sorte que si un citoyen, peu importe son origine géographique, te pose des questions sur la gestion de ton mandat et, bien plus encore, t’interroge sur une proposition de loi dont tu es l’auteuse, tu te dois absolument de lui répondre. Ce n’est pas une faveur que tu lui accordes, c’est un devoir strict que tu remplis, c’est une obligation élémentaire ou, plus simplement, la moindre des choses. On t’a pas enseigné à répondre à ton courrier, mais j’aimerais que tu commences ton apprentissage en faisant écho à la lettre que je t’ai envoyée en juin 2000 et qui est demeurée sans suite. Certes, son contenu n’était pas de nature à te plaire, le style ne manquait pas de raideur, mais la formulation restait tout à fait polie. De sorte qu’en fait de grossièreté, tu ne peux que déplorer la tienne, parfaitement insupportable. Tu me copieras cent fois, à tous les temps et à tous les modes, cette sage devise : “Je dois honorer ma correspondance et mes correspondants”.

Non mais, dis donc, pour qui te prends-tu ? Que signifie cette politique du silence et du mépris ? C’est ça, “l’humanisme socialiste” ? J’exige que tu me manifestes le minimum de respect et d’égards auquel j’ai droit, et, moi aussi, je changerai de ton. En attendant d’éprouver la joie de te lire, qui marquera notre réconciliation, souffre que je t’ouvre mon coeur et te communique le fruit de mes réflexions à ton sujet. J’aimerais savoir par quel étrange cheminement tu as été amenée à jouer les pasionarias de l’antisectisme et quelles compétences singulières t’y autorisent. Car, bien sûr, pour se permettre d’intervenir à bon escient dans un domaine aussi subtil et aussi complexe, il faut des connaissances approfondies en maintes disciplines et une riche expérience personnelle. Allez ! crache-moi à la figure (il faut bien que j’emploie des expressions qui s’adaptent à ta vulgarité) les qualifications, diplômes et titres divers qui te désignent à l’évidence pour écraser la vermine sectaire et qui devraient se situer en histoire et en sociologie générales, en microsociologie des groupes, en théologie et en spiritualité, en histoire comparée des religions, etc. Quelles sont les thèses de tes mémoires et doctorats, as-tu suivi les cours de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, etc.. Nous avions déjà une éminente Catherine, celle de Sienne, spécialiste en doctrine religieuse et en vie spirituelle, sans compter celles d’Alexandrie, de Gênes ou de Bologne qui s’étaient élevées, comme toi peut-être, jusque sur les hautes cimes de la mystique. A ces illustres devancières, il nous faudra donc ajouter Sainte Catherine de l’Eure qui, à la différence des deux dernières et donc à son avantage, joint l’action à la contemplation et aux études, et se comporte donc également comme une nouvelle Jeanne d’Arc chargée de bouter hors de France l’hydre des sectes. O grande Katherine (c’est plutôt à celle de Russie que je m’adresse maintenant), les Untermenschen te saluent bien, avant que tu ne les estourbisses ! Je crains que, chez toi, le féminisme ne se réduise à ajouter des “e” partout et à singer les pires côtés des hommes. En fait, pour te dire toute la vérité, je te considère comme une entité négligeable, quel que soit ton pouvoir de nuisance, et je ne te crois même pas capable d’avoir rédigé toute seule le rapport que tu as présenté au nom de la commissions des lois ; tu as dû te faire “aider” par une équipe de spécialistes, de techniciens, de juristes, d’intellectuels et de nègres dont tu n’es, si j’y vois clair, que le sous-produit. A en juger par l’extrême médiocrité de tes prestations télévisées, je te crois même tout à fait inapte à soutenir un vrai débat de fond sur les “sectes” qui serait enfin honnête, parce qu’il ne se situerait plus dans le cadre habituel des émissions partisanes qu’on nous sert à foison depuis au moins cinq ans, et qui t’obligerait à te confronter à armes égales avec des gens informés qui ont l’habitude de la parole et qui ne s’en laisseraient pas conter. C’est le défi que je te lance, en sachant que tu ne le relèveras pas, puisque tu appartiens à une race supérieure qui ne fraie pas avec les excréments de la terre. Du moins est-ce le prétexte que tu invoquerais, la véritable raison gisant dans ton incompétence et dans ta lâcheté. Il est tellement plus facile d’aller fourguer ses salades dans des émissions où ne se trouve aucun contradicteur valable et où l’animateur est tout à ta dévotion et ne songe qu’à te cirer les pompes, comme ce fut encore récemment le cas dans un numéro de cirque intitulé “Des racines et des ailes” et interprété sur FR3.

Cette brève incursion dans les coulisses des exploits parlementaires ne peut que susciter l’indignation et l’écoeurement. Ce qui frappe avant tout et qui résume beaucoup de mes remarques, c’est l’incroyable manque de sérieux (approximations, superficialité, amalgames, manque de rigueur intellectuelle et morale...) d’une bande de gamins qui, se sachant à l’abri de toute punition, fait joujou et se défoule sur des citoyens lambda dont elle se moque éperdument. Et c’est là précisément le deuxième point sur lequel je veux insister : le mépris infini pour le populo ou pour les groupes anonymes, qui se mue parfois en une véritable haine (toujours elle !), telle qu’elle s’exprime dans les propos insupportables tenus par salles (quelle couche décidément !) lorsqu’il appelle de ses voeux “un grand soir des sectes”, ou par vuilque, quand il utilise un vocabulaire guerrier tout à fait déplacé chez un député assimilant certains de ses concitoyens à des “ennemis” auxquels il faudrait “livrer bataille”. On me dira qu’il ne faut pas prendre ces termes au pied de la lettre : j’en conviens, mais ils n’en dénotent pas moins un état d’esprit détestable et dangereux. Il est vrai que ce mépris et cette haine sont peut-être en rapport, à titre de revanche et de surcompensation, avec le dédain dont les parlementaires sont eux-mêmes l’objet de la part d’un gouvernement qui ne donne leur chance qu’aux propositions de loi qui lui conviennent ou qu’il inspire directement, et qui réduit ses “législateurs”, comme le rappelait récemment l’un d’entre eux, Noël Mamère, à la triste condition de béni-oui-oui.

De façon plus générale, on prétendra que je fais de l’antiparlementarisme primaire. Antiparlementarisme ? Bien sûr que oui ! Primaire ? Bien sûr que non ! Car il repose sur trente-cinq ans d’observation assidue. Certes, les ingrédients qui composent la loi du 30 mai et la manière dont elle a été discutée et votée en font une curiosité presque unique, en lui conférant un caractère extrême et caricatural. Les sentiments et les comportements qu’elles révèlent au grand jour sont tellement frustes et primitifs, bruts et brutaux qu’ils sont exceptionnellement riches en enseignements, concernant, par exemple, la qualité et le degré d’évolution réel d’une nation qui se choisit de tels représentants et qui continue à se croire la plus fine et la plus intelligente du monde. Et ce qui accentue encore beaucoup l’intérêt “frappant” de cet épisode, c’est que la loi a été votée à une quasi-unanimité. C’est-à-dire que tout le monde ou presque a eu “tort”, s’est planté dans les grandes largeurs, a barboté dans la même ignominie. On objectera que la portée de cette “unanimité”, dont se félicitent à n’en plus finir picard and co., s’atténue fortement lorsqu’on songe que de très nombreux députés et sénateurs, n’y voyant pas malice, n’ont voté que par bêtise, irréflexion, défaut d’information, couardise, panurgisme etc.. Et il ne faut pas en faire tout un plat : ils se sont bornés à suivre l’usage... qui, d’une certaine mesure, leur fournit des excuses.

Bref, quoi qu’il en soit de l’originalité de cette loi, incontestable (même s’il est difficile d’en apprécier le degré) dans son contenu, dans sa confection et dans les modalités de son adoption, il ne faut pas tout de même pas la considérer comme un cas isolé, encore moins comme un arbre qui cacherait la forêt. Il convient, au contraire, de la relier, comme je n’ai cessé de le rappeler, à tout le reste, dont elle fait partie intégrante. Sa monstruosité et sa nocivité ne sont que les fruits, parmi tant d’autres, de tout un système politique, social, économique et culturel, qui a commencé à se mettre en place au Mésolithique pour se répandre ensuite progressivement sur presque toute la surface de la Terre et qui conserve, sous des apparences policées et sous tout un vernis de boniments “éthiques”, philosophiques, religieux..., les stigmates de son arriération. Le résultat, c’est le monde atroce et abject dans lequel nous pourrissons, une sorte de géhenne qui ne cesse de s’enfoncer dans la barbarie et dans l’inhumanité, dans la souffrance et dans la mort.

Vérités et Réalité effrayantes que tous les leaders d’opinion, relayés par la quasi-totalité des participants au développement accéléré de la “communication”, de “l’information” et de la mondialisation, s’efforcent de gommer avec soin... et avec succès, puisqu’ils détiennent le monopole des médias. Inlassablement, ils rafistolent et fardent un cadavre en décomposition jusqu’au jour (mais je ne crois guère à son avènement) où momies et momificateurs tomberont peut-être en poussière. Les moyens inexistants dont nous disposons, il nous faut les mettre en oeuvre pour hâter, s’il est possible, la venue de cet écroulement, qui, de manière plus positive, amorcerait le basculement majoritaire vers un monde tout à fait différent (dont il n’est pas difficile d’esquisser dès maintenant les principaux traits) d’une population mondiale saisie d’un vertigineux, d’un incoercible, d’un irréversible ras-le-bol. Vues de cette altitude où j’ai essayé de me débarbouiller de toute la fange dont m’a couvert la lecture des débats parlementaires, paraissent bien dérisoires les petites saloperies et combines trafiquées par les insectes qui grouillent dans les deux Assemblées. Je rappelle à ce sujet que le mot “insecte” signifie “destructeur de sectes” puisqu’il comporte le préfixe latin “in” qui correspond ici à l’alpha privatif grec. Pour en terminer avec les hauteurs où j’ai essayé finalement de sublimer cet exposé, j’exhorterai députés et sénateurs, trop aptères pour être capables de se propulser à leur niveau, de suivre, au moins et à défaut de mieux, l’exemple de Lamartine qui entendait “siéger au plafond” et non, comme vous le faites, dans les bas fonds. Je vous y laisse bien volontiers.

Certes, on peut se tromper dans l’interprétation d’une parole, d’une attitude ou d’un événement, mais pas devant une masse himalayenne de faits, de comportements et de discours qui vont presque tous dans le même sens, celui d’un avenir que je vais évoquer rapidement en conclusion et qui se présente sous des couleurs très sombres. Selon toute probabilité, nous ne sommes qu’au début d’une persécution qui va s’intensifier et gagner de nouveaux domaines. Pour se donner une apparence de sérieux et de légitimité, on a commencé par s’en prendre à de puissantes associations qui semblaient sujettes à caution, puis dans le tintamarre qui a suivi, on leur a adjoint subrepticement un grand nombre de groupes parfaitement inoffensifs dont le seul tort consistait à ne pas s’aligner sur les doctrines et les méthodes officielles. Comme le dit très bien J.Veillard dans “Technikart” : La menace est tangible : désormais, la moindre pratique spirituelle, éducative ou médicale alternative est jugée suspecte. Et susceptible de sanctions pénales . Dans un premier temps, on tâche d’éliminer tous ceux qui refusent d’adhérer aux dogmes rationalistes promus et imposés par le gouvernement et ses supporters. Nous en sommes là. Mais, dans une deuxième phase, on va s’attaquer aux institutions religieuses, sous prétexte qu’elles abritent en leur sein des “dérives sectaires”. Bien sûr, on épargnera le judaïsme et l’islam, pour des raisons d’opportunisme politique et pour semer la division. Ce sont les Eglises chrétiennes qui vont déguster. Et, comme je l’ai déjà dit, leur esprit de boutique, leur inqualifiable propension à détourner sur les autres le glaive de l’injustice pour s’en préserver, leur attitude franchement “collaboratrice” constituent une sorte d’appel à la “vengeance” divine. Dans la Bible, Yahvé nous explique souvent qu’il se sert des pires ennemis du peuple élu pour le châtier et le purifier. Rien ne prouve qu’Il ait changé sa ligne de conduite. Mais ce n’est pas fini : au cours d’une troisième étape et en se servant de tous les moyens de propagande et de manipulation mentale dont elle dispose (médias et établissements scolaires, principalement) la caste des dirigeants de gauche tentera d’extirper des esprits jusqu’à la notion même de Transcendance personnelle et à toutes celles qui en dérivent, comme celle d’une survie dans l’au-delà.

Et il va sans dire que l’on sacrifiera dans un même autodafé tout ce que la police de la pensée considèrera comme des reliquats de superstitions, en particulier ce qu’elle dénomme “parasciences” et occultisme. Nous devrons tous nous convertir aux enseignements et aux bienfaits exclusifs d’une Raison raisonnante pure et dure. Ainsi comblera-t-on et même dépassera-t-on le voeu bien connu de R. Ikor, le fondateur du C..C.M.M., l’une des principales associations antisectiques, ensuite présidée par vivien : “Si nous nous écoutions, nous mettrions un terme à toutes ces billevesées, celles des sectes, mais aussi celles des grandes religions”. Il est dommage, cher ami, qu’ayant disparu dans le néant, comme tout bon athée qui se respecte, vous ne soyez plus là pour jouir de votre triomphe posthume. N’oublions jamais que jospin et son âme damnée, vivien, (pardon, Alain, de parler “d’âme” et de “diable” à un esprit aussi avancé que le tien) mènent un combat idéologique sans merci au nom d’une incroyance fanatique qui se donne pour but la création d’une société matérialiste où, vous faisant prendre des vessies pour des lanternes, on appellera “spirituelles” certaines activités supérieures de type culturel ou amoureux qui, tout estimables qu’elles soient, n’ont strictement rien à voir en elles-mêmes avec l’approche d’un authentique “Sacré” dont l’étymologie nous suggère qu’il est effectivement “séparé” et absolu, et donc totalement différent des créations humaines “relatives”.

L’extrémisme du couple infernal risque d’avoir les plus graves conséquences. Citons-en quelques-unes.

1° Une application très sévère de la loi du 30 mai qui se traduira par d’innombrables voies de fait commises par les tribunaux et les administrations.
2° Une influence croissante et dictatoriale de la MILS qui ne cessera de pousser à la roue de l’écrasement et qui en arrive dès maintenant, par ses outrances, à indisposer et à effrayer... même les autres professionnels de l’antisectisme. C’est un comble ! J’y reviendrai.
3° L’adoption d’autres mesures législatives qui rendront intenable l’existence des groupes et communautés que le gouvernement voudra se farcir et qui les obligeront à se faire hara-kiri ou à quitter le pays.
4° La création d’une législation européenne.
5° La multiplication d’initiatives aberrantes prises par ces associations reconnues d’utilité publique qui peuvent désormais “exercer les droits de la partie civile”. Comme le dit très justement le sénateur Caldaguès : “Cela peut porter au pire”.
6° Le renforcement du rôle désastreux joué par les médias. Certes, quelques articles plus objectifs ont paru dans la presse écrite. Mais leur impact est évidemment minime, comparé à celui des émissions télévisées dont il faut dire le plus grand mal. Presque toujours, elles dénotent de la part de leurs auteurs un manque total de probité et de conscience professionnelle. Elles témoignent d’une servilité sans nuances par rapport aux thèses officielles qu’elles embrassent à fond sans manifester aucune circonspection et sans prendre la moindre distance. Où est cette recherche sincère et impartiale de la vérité dont se targuent tant de journalistes qui se contentent de faire caisse de résonance, de lisser l’opinion dans le sens du poil, de relayer et d’amplifier les rumeurs, les préjugés et les calomnies.

Les émissions sont pratiquement toutes bâties sur le même modèle. De grossiers “reportages”, tendancieux et orientés, tournés plus ou moins clandestinement au préjudice d’une demi-douzaine de “grandes sectes”, toujours les mêmes (Scientologie, Enfants de Dieu, Raëliens etc..) qu’il s’agit de décrédibiliser et de ridiculiser en insistant sur des détails bien croustillants et sensationnels propres à créer l’horreur, l’effroi et la panique, tout en laissant supposer que les choses se passent de la même manière dans tous les groupes officiellement cloués au pilori. Ensuite, on interviewe les représentants des associations antisectiques, les politiciens qui se situent à la pointe du combat, les psychologues chargés du lavage de cerveau nommé “deprogramming”, etc..etc.., dont on connaît d’avance les discours stéréotypés. Puis on fait intervenir la grosse artillerie des “anciens adeptes” qui sont forcément lucides et de bonne foi (alors que les actuels sont obligatoirement paumés, conditionnés et délirants), mais dont on aimerait savoir dans quelles conditions réelles ils sont entrés dans la “secte”, ce qu’ils y ont vraiment trouvé et vécu, et pour quelles raisons véritables ils l’ont quittée.. ou en ont été chassés malgré eux à la suite de comportements “incorrects” ! Ce genre d’investigations nous réserveraient bien des surprises. Et si, d’aventure, on a convoqué sur le plateau un membre ou un dirigeant de “secte”, on s’arrangera pour le déstabiliser, lui couper la parole, l’empêcher de s’exprimer, lui faire dire le contraire de ce qu’il pense. Isolé au milieu d’une foule hostile, il sera livré à une sorte de lynchage et constamment interrompu par les huées, les vociférations et, parfois, les menaces. Ce tableau n’est pas caricatural : il reflète bien la sorte de corrida et de mise à mort à laquelle j’ai maintes fois assisté. Cédant à la facilité, à la complaisance et à la flagornerie, les “responsables “ et coupables de tels spectacles sont assurés de remporter un franc (?) succès auprès du public et des pouvoirs. Ce ne serait sans doute pas le cas s’ils organisaient des débats dignes de ce nom, loyaux et approfondis, où l’on prendrait le temps d’échanger sereinement des arguments solides, et qui feraient appel à des intellectuels divers, philosophes, historiens, sociologues, juristes etc. connus ou pas, dont la compétence et la hauteur de vues constituent justement des vices rédhibitoires pour les bateleurs de la TV qui ne risquent pas de les inviter !

Les élections de l’année prochaine n’arrangeront pas les choses, bien au contraire. Quelle que soit la coalition victorieuse, elle s’autorisera de son succès pour faire de la surenchère sécuritaire, pour enfermer les gens dans des cadres de plus en plus resserrés et des normes de plus en plus contraignantes, pour éliminer les indésirables, donner des tours de vis supplémentaires, invoquer le terrorisme pour semer la terreur, créer à tout bout de champ de nouvelles infractions et sanctionner plus lourdement les anciennes, de manière à provoquer une augmentation constante de la délinquance qui, à son tour, conduira à définir de nouveaux crimes et délits et à aggraver les peines encourues. C’est ainsi que l’on tient en main une “société” ! Comme toujours, les causes profondes seront occultées et les questions essentielles éludées. On se contentera d’observer les multiples effets négatifs de ces “négligences” volontaires pour mieux les réprimer. Quant aux “figures de proue” qui se disputeront la conduite du pays, elles forment ensemble le Janus de la négativité. Comme on l’a vu sous la cohabitation, 0 + 0 = 0. Un même et unique fantoche au double visage. Deux nullités sans envergure, mais non sans prétentions.

Le personnage risible qui habite l’Elysée et dont on a fait des gorges chaudes un peu partout dans le monde ressemble à une couche de cire molle où ne s’accrochent (sauf exception : son refus méritoire de la peine de mort, par exemple) ni convictions ni déterminations. Insaisissable, protéiforme, dépourvu de substance et de jugement, expert en gaffes, en palinodies, en contradictions et en reniements, mené par son entourage, il s’aligne sur tous les souffles de l’opportunisme comme une girouette-cymbale creuse qui retentirait des divers échos de la démagogie. Ce qui ne l’empêche pas de montrer quelque rouerie lorsque, soupçonné par la justice à propos de multiples affaires, il excelle à passer à travers les mailles du filet. Ses prédécesseurs depuis 1958 n’étaient sans doute pas des individus très recommandables, mais, au moins, ils ne manquaient pas d’intelligence. Tandis que... En fait, il y a eu erreur de casting en 95 et la troisième tentative aurait dû se solder, elle aussi par un échec, si delors s’était présenté. Chirac n’a été élu que par défaut. Sans être les seuls, nous lui avons demandé de déférer la loi du 30 mai devant le Conseil constitutionnel. Etant donné le genre de controverses que ce vote avait soulevées, une telle initiative allait de soi et c’était en même temps, pour les zélateurs de l’antisectisme, une excellente occasion de prouver leur bonne foi et la validité de leur texte. Sans doute n’étaient-ils pas très sûrs d’eux-mêmes puisqu’ils ont “conseillé” au président de s’abstenir, à moins que celui-ci, comme un grand garçon habitué à sonder les sondages, ait pris sa décision tout seul. Et, naturellement, nous n’avons reçu de lui aucune réponse : la politique du silence et du mépris n’est pas l’apanage de la gauche.

A propos de cette dernière, venons-en à l’autre frère siamois “inséparable” et passons ainsi du “souple” au coriace. Voilà un mélange de peau de chagrin et de peau de vache, également rêches, qui retiennent dans les plis de leur rétrécissement et de leur ressentiment quelques hantises, telles l’antireligion. Sans compter les chiens de sa chienne, une abondante nichée, qu’il doit équitablement réserver à certains de ses amis autant qu’à ses adversaires. Il ne semble ni très liant, ni très avenant, mais il se peut qu’à l’imitation de J. Ferry, il cache ses roses à l’intérieur et ne montre que ses épines. Et je suis sûr qu’à l’occasion des prochains scrutins, des intimes vont nous le dépeindre sous les traits d’un être exquis, sensible, charmant, ouvert à toutes les formes de pensée et à toutes les convictions, en somme, pétri de tolérance. Dans la vie privée, pourquoi pas ? Mais, vu de l’extérieur, il apparaît plutôt comme un esprit étroit, rigide et doctrinaire. Julien Green disait que l’athéisme aussi a ses bigots. C’est le cas du pisse-vinaigre jospin dont je citerai deux mesquineries. Le première concerne le pauvre pape dont l’intention de battre la nouvelle monnaie, usant ainsi d’un droit qui lui est reconnu depuis des siècles, l’indisposerait singulièrement. La deuxième dépasse de loin le stade de l’anecdote. Il s’agit de son intervention, couronnée de succès si j’ai bien compris, en faveur du remplacement, pour désigner l’apport que l’Europe a hérité du Moyen Age, du mot “religieux” par le terme “spirituel”, très vague, très confus, très à la mode et très commode pour caractériser n’importe quelle manifestation “culturelle et humaniste” dépourvue de toute dimension proprement religieuse. En fait, ce sont bien des “religions”, aux sens très précisément institutionnels et doctrinaux de ce mot, qui ont façonné l’Europe, le catholicisme occidental et byzantin, d’abord, puis l’Islam, enfin l’orthodoxie séparée de Rome. Et tout de suite après l’époque en question, les diverses branches du protestantisme. Vouloir occulter de telles évidences au nom d’une espèce de hargne personnelle ou sous des prétextes constitutionnels, c’est faire du révisionnisme de bas étage. Je dois à la vérité de reconnaître que, selon un article du “Monde” paru le 22 novembre, le premier ministre s’est défendu sur ces deux points. Circonstances préélectorales obligent ! Qui croire ? De toute façon, reste un comportement d’ensemble qui ne trompe pas. Et le seul fait, indéniable, de s’acoquiner avec un vivien révèle des tendances profondes... Je rappellerai pour mémoire une seconde évidence, à savoir que jospin, en digne épigone (mais parfois ingrat !) de mitterrand, a consciencieusement trahi les idéaux du socialisme, qu’il s’agisse de la contestation économique, de la préférence accordée aux plus faibles (pauvres, sans-papiers etc..), de réformes institutionnelles fondamentales urgentes et toujours repoussées ou, bien sûr, du respect des droits et des libertés de l’homme. Je plains les Français qui vont se faire un devoir de choisir entre ces deux maîtres ès bouffonneries.

Interminable serait la liste exhaustive des menaces qui pèsent sur nous et dont la concrétisation va s’accélérer avec la venue au pouvoir d’un “nouveau” (et pourtant très usé, quel qu’il soit !) chef d’Etat. Il en est une, particulièrement alarmante, qui exige une solennelle mise en garde. C’est l’attitude de plus en plus arrogante de la police, encouragée par un gouvernement qui capitule et se met aux ordres. Certes, l’actuel ministre de l’Intérieur est un personnage tellement falot qu’il doit, chaque matin en se réveillant, se frotter les yeux pour se convaincre qu’il occupe réellement un poste excédant à ce point ses capacités générales, et que lui ont sans doute valu ses remarquables aptitudes de chien couchant auprès du maître dont il est la voix. Mais ce sera encore pire lorsque, dans quelques mois, il y aura quelqu’un place Beauvau. Il y a tout à parier que le nouveau promu déploiera la même complaisance tout en utilisant (ou en laissant utiliser) des méthodes plus musclées. Lorsque la corporation policière se plaint d’être la victime d’embuscades et de guets-apens ou la cible de malfaiteurs dangereux, lorsqu’elle s’indigne des morts qui en résultent, lorsqu’elle dénonce les conditions de travail qui lui sont imposées ainsi que les insuffisances, parfois criantes,de son équipement, de sa rémunération, de sa formation et de ses effectifs, on ne peut que lui donner raison dans le contexte de la “société” actuelle, je le dis sans ironie et sans arrière-pensées.

Malheureusement sa réflexion s’arrête là, selon une habitude partout répandue qui incite à ne voir dans une question épineuse que les aspects qui vous arrangent, en négligeant ceux qui peuvent, dans une certaine mesure, expliquer ou excuser les mauvais traitements qui vous sont infligés et que l’on n’est donc plus autorisé à condamner avec la même force. Les gardiens de l’ordre (?) devraient s’interroger sur les raisons qui sont à l’origine de la haine (encore elle !) dont ils sont l’objet. Elles brillent pourtant par leur clarté. D’abord et quoi qu’ils en aient, ils représentent de manière officielle et semblent approuver, ne serait ce que par leur uniforme, une “société” profondément injuste, inégalitaire, raciste (comme le rappelait dans “le Monde” le sociologue Laurent Mucchielli), impitoyable pour les démunis, les marginaux et les dissidents. Ensuite -c’est déjà beaucoup plus grave et c’est hélas ! très fréquent- ils manquent de finesse, de culture, de psychologie, de courtoisie, d’humanité... tout simplement, ils prennent des airs rogues avec tous ceux qui les approchent et qui sont vite traités en suspects, quels que soient les motifs de leur visite, ils se croient trop souvent au-dessus des lois qu’ils sont chargés de faire respecter, certains d’entre eux, là encore trop nombreux, se livrent à des brutalités et à des sévices gratuits, inadmissibles et couverts par leurs supérieurs, quelques-uns en arrivent même à commettre des meurtres qui sont parfois de véritables assassinats. Enfin, grâce à l’esprit de corps qui les unit entre eux et grâce à la complicité qu’ils partagent avec la “Justice”, celle-ci acquitte presque toujours ou condamne à des peines purement symboliques même les policiers qui se sont rendus coupables des bavures les plus graves et qui atteignent le plus souvent des jeunes et des étrangers. Doit-on alors s’étonner que s’embrasent les quartiers sensibles ? Les doléances et les revendications exprimées par les policiers seraient infiniment plus acceptables et plus respectables, s’ils commençaient par balayer devant leur porte.

Pour en terminer avec ce trop bref examen des périls qui nous menacent dans un avenir proche, je citerai plusieurs faits tout à fait récents, d’importance inégale et d’origines diverses, qui montrent bien que le mouvement de suffocation et de strangulation dont nous sommes les victimes se confirme et s’accélère.. D’abord, l’une des dernières saloperies du “Monde”. Avec sa distinction habituelle de vieille douairière, ses airs de ne pas y toucher et son unique souci d’information objective (!), “le-grand-journal-du-soir” s’est inquiété de savoir s’il n’existerait pas un lien entre sectes et terrorisme. A qui a-t-il posé la question, je vous le donne en mille ! A abgrall en personne, un obsédé sectuel bien connu, un vieux routier qui a participé à toutes les campagnes d’extermination et qui fait (ou a fait ) partie de tous les organismes chargés de mener à bien la liquidation des ordures. Evidemment, les gens du “Monde” n’avaient pas la moindre idée préconçue en s’adressant à ce spécialiste impartial, et ils ignoraient totalement la réponse qui serait faite à leur demande et qu’ils attendaient dans l’angoisse ! Aussi est-ce avec stupeur qu’ils apprirent l’horrible vérité. Oui, abgrall était formel. Les benladénistes et assimilés ont été poussés au crime grâce à l’emploi de méthodes en vigueur dans certaines sectes, notamment apocalyptiques. Mais qui ne voit (c’est ce qu’on nous laisse à penser) que toute secte recèle des ferments de fanatisme et de violence qui ne demandent qu’à lever. La Croix et l’A.D.F.I., épaulés comme il se doit par d’autres psys, ont sauté sur l’occasion et enfourché le même dada. Peut-être n’ont-ils pas tort : la meilleure preuve en est que nous, les clampins de la Thébaïde à qui on donnerait le Bon Dieu sans confession, préparons une bombe artisanale destinée à faire sauter, le 14 juillet prochain, la petite réplique de la fameuse statue de la liberté qui se trouve dans notre village. Sans parler de notre laboratoire souterrain où nous nous livrons à de secrètes expérimentations sur de toutes petites bêtes microscopiques... Je n’en dirai pas plus, craignant de dévoiler nos batteries à “charbon”... Revenons au site de l’A.D.F.I. : on y lit en toutes lettres, sous la signature d’un certain psychanalyste J. sédat, (c’est effarant, mais je n’invente rien) que “les membres de ces mouvements ont la conviction d’appartenir à une race d’élus et ont la prétention de réformer le monde”. Qu’on se le tienne pour dit : désormais, les malheureux qui se sentiraient appelés à transformer radicalement la “société” seront soupçonnés d’être des fous dangereux, tellement leurs objectifs paraîtront insanes, exorbitants, pervers et, tout bonnement, injustifiés, car, après tout, n’était ce la présence de ces sales sectes, nous vivrions dans un monde à peu près parfait. A quand l’ouverture d’hôpitaux psychiatriques voués à la rééducation de ces trublions ? On notera une fois de plus le rôle extrêmement pernicieux joué par les psys de tout acabit qui se placent au premier rang des flics les plus réactionnaires chargés de la maintenance en l’é(E)tat du désordre établi.

Deuxième agression, que l’on doit, celle-ci, à la Commission européenne et qu’évoque “Le Monde” du 14 novembre. Il s’agit d’un “projet de décision-cadre relative à la lutte contre le terrorisme”. Un collectif international de “70 avocats, magistrats, professeurs de droit” déclare que “les droits démocratiques ne doivent pas devenir les dommages collatéraux de la guerre contre le terrorisme” et s’en prend à ce texte pour des raisons tout à fait identiques à celles que nous avons mises en avant pour stigmatiser la loi antisectes ou les dix critères de “déviance”..

1° “La nouvelle législation... n’ajouterait aucune “plus-value” à l’arsenal légal qui permet (dans chaque pays) de combattre des actions de cette nature”. Elle est donc inutile et n’a d’autre objet que de restreindre les libertés en se servant du prétexte du terrorisme.

2° “La liberté d’association, (...) sont.. gravement menacées par ce projet”, comme elles le sont par la loi picard et les dix critères qui, eux aussi, impliquent “un retour au délit d’opinion”.

3° “La définition unifiée (du terrorisme) proposée par la Commission est à ce point large (comme celle donnée pour les sectes, c’est moi qui l’ajoute) qu’elle permettrait de criminaliser et de qualifier de “terroriste” toute forme de lutte sociale... Cette législation deviendrait une véritable machine de guerre... contre ceux qui, pour diverses raisons, se trouveraient “en opposition” avec un système économique, politique et social de plus en plus “mondialisé” et injuste”. Ces griefs coïncident exactement avec ceux que nous avons formulés à l’encontre des censeurs qui veulent interdire ce qu’ils appellent, selon une expression volontairement ambiguë et fallacieuse, “un discours antisocial”. Décidément, les mêmes germes infectieux vicient partout l’air du temps.

Autre menace qui point depuis longtemps et qui se précise : “Plus de 40 pays occidentaux (vont) signer une convention sur la lutte contre la cybercriminalité” que “des ONG et des collectifs d’usagers d’Internet” dénoncent comme un “texte liberticide”. Le Monde du 24 novembre.

A une échelle plus restreinte, mais non moins significatives, sont les mesures décrétées par le nouveau maire (socialiste !) de Lyon (encore lui !) pour purifier et nettoyer sa ville. S’il s’agit de demander aux gens qui cassent du verre de ramasser les morceaux, s’il est question d’éviter que les trottoirs ne soient pollués par les crottes de chiens, d’accord. Mais il en va tout autrement de l’affichage libre ou “sauvage” qui pourrait désormais être puni d’une amende de 25.000 f. Un grand nombre d’associations, desquelles “le premier magistrat de la cité” devrait pourtant se sentir proche, se sont coalisées pour lutter contre ses initiatives. Elles font remarquer à juste titre que l’étalage illimité, partout dans les vitrines etjusquesur des panneaux géants, de la publicité commerciale ne soulève aucune objection, bien au contraire, puisqu’elle tend à la promotion du fric, mais que la manifestation désintéressée de prises de position éventuellement critiques ou contestataires par des individus qui, eux, ne disposent ni de moyens financiers importants ni de devantures pour se faire entendre, agace souverainement une municipalité qui met en avant la netteté physique, alors qu’elle vise, en réalité, la propreté idéologique. Certes, un affichage trop anarchique pourrait à la longue se révéler déplaisant. Mais justement, la loi, si j’ai bonne mémoire, ne fait-elle pas obligation aux maires d’installer des panneaux d’expression libre ? Or, j’ai beau me promener dans le centre de la ville (même entendu au sens large du terme), je n’en vois aucun. Peut-être sont-ils relégués dans les quartiers excentrés où personne ne passe. De toute façon, ils seraient en permanence recouverts d’annonces de spectacles. Le but, à Lyon comme ailleurs, est de créer des villes mortes et sans taches, aseptisées et chloroformées, où rien d’inconvenant ne vienne souiller de beaux décors de théâtre ni déranger la quiétude de bons citoyens vaccinés contre toutes les formes de “saleté” matérielle ou morale. Nous vivons dans un monde de plus en plus irrespirable. Je crois que cet adjectif résume à lui seul tous les aspects de cette situation. Pour en revenir à la petite fronde lyonnaise, elle a donné lieu à une manifestation extrêmement dangereuse et de nature à perturber gravement la tranquillité publique. Pensez donc : les participants étaient lourdement armés de seaux et de pinceaux symboliques. Ce qui explique la charge de C.R.S. dont ils ont été victimes et qui s’est soldée par des blessés. Voilà comment “l’ordre règne à Lyon”. Il n’est pas jusqu’aux vespasiennes traditionnelles qui n’aient été supprimées, moins à cause du look ou de l’odeur que pour des raisons de décence !

Cette “société”, foncièrement immorale dans son organisation et dans ses fonctionnements politiques, économiques et sociaux, se donne des allures de sainte-nitouche, de vierge effarouchée, lorsqu’il s’agit de morale privée, qui est, en fait, confondue avec le familialisme, l’hygiénisme et le culte réglementé du corps (alcool, tabac, sexualité, soins de beauté etc..). La nouvelle “éthique” a défini strictement les comportements acceptables en y incluant, il est vrai, certaines moeurs qui n’étaient pas admises autrefois (relations entre adolescents, homosexualité, accession à la “pornographie” etc..), mais à condition que leur pratique se plie à des normes rigides, afin de les rendre inoffensives, de leur faire perdre tout caractère subversif et de les utiliser comme exutoires. En fait, il n’y a plus aucune permissivité, parce que tout est contrôlé, récupéré, désinfecté, voué à l’affadissement et à l’insipidité. La “débauche” ne doit sortir, ni de l’intimité, où elle est parfaitement admise, ni de certains lieux ad hoc où elle est assignée en résidence surveillée. En l’adaptant à notre époque, on pourrait reprendre la célèbre formule de Claudel : “La tolérance ? Il y a des maisons pour ça !” A plusieurs reprises, je le rappelle, Orwell et son commentateur insistent sur le lien évident qui existe entre totalitarisme et puritanisme. La France actuelle en offre une illustration éclatante et son premier ministre une incarnation caricaturale. Mais il est vrai que l’action de ce dernier s’inscrit dans un processus inauguré bien avant lui par ses amis politiques. En 2002, vingt et un ans se seront écoulés depuis l’élection de mitterrand. Or, au cours de cette période, le premier ministre aura appartenu à la “gauche” pendant quinze ans, et à la droite pendant seulement six ans ! C’est dire à qui nous devons principalement l’incroyable régression des moeurs, des mentalités et des idées à laquelle nous assistons depuis quatre lustres.

Existe-t-il des signes encourageants qui nous permettraient d’espérer le renversement à plus ou moins long terme de l’évolution en cours ? Pratiquement pas. J’en citerai tout de même un, pour nous remonter un peu le moral : l’enquête menée par Technikart, à laquelle je me suis déjà référé. Rien ne prédisposait cette publication à se pencher sur la question des “sectes”, qu’elle a donc abordée avec un regard vierge et neutre, ce qui rend son appréciation particulièrement intéressante. Or ses collaborateurs ont été épouvantés par leurs trouvailles. Ils évoquent “une secte peu condamnée : celle des antisectes. Et si c’était la plus dangereuse ?” conclut J.Veillard. Ils parlent “d’une hystérie française”. Et ils posent une excellente question “Pourquoi tant de haine ?” (toujours cette haine qui est au coeur des régimes oppressifs comme celui de la France actuelle, ainsi que le confirme J. Baubérot cité p.71 : “On est entré dans une sociorigidité, souvent déguisée en douceur totalitaire cool”). Il est vrai qu’on a de la peine à comprendre la psychologie de ces psychologues et autres spécialistes enragés qui semblent avoir trouvé dans la chasse aux sorcières une raison de vivre. De qui cette bande d’allumés et de forcenés, ravagés par leur idée fixe, veulent-ils se venger ? De quoi ces excités veulent-ils se punir ? Quels problèmes personnels non résolus se trouvent à l’origine de leur frénésie ? Qu’ils règlent donc ce genre de difficultés individuelles entre eux (psys et clients de psys) et cessent de nous en faire profiter sous la forme dévoyée de la hargne, du ressentiment et de la persécution.

Nous devons encore à Technikart un véritable morceau d’anthologie : l’interview accordée par tavernier. Je ne résiste pas au plaisir de vous conter les tribulations de Janine la repentie. C’est l’histoire de l’arroseuse arrosée, d’une lanceuse de boomerang qui se le reçoit en pleine poire. La voilà rattrapée par son propre fanatisme, et dépassée par des zélotes acharnés qui la soupçonnent de modérantisme, sinon de déviationnisme ou de fractionnisme, ces crimes impardonnables qu’on attribue généralement aux traîtres déguisés en vipères lubriques. La grande championne de la dératisation est accusée, par fille et petits-enfants interposés, de fréquenter les rats qui animent les “écoles Steiner”. Notre héroïne est sincèrement outrée et elle se laisse aller à des propos impensables dans sa bouche il y a peu. Après avoir allumé le feu, la pyromane se joint aux pompiers pour l’éteindre. “De plus en plus, les gens voient des sectes partout” dit-elle, confirmant les alarmes du sénateur Caldaguès : “On emploie le mot “secte” à tout propos et hors de propos, on s’en sert contre n’importe quoi et n’importe qui pourrait être atteint par cette imputation”. “Si on fait du yoga, poursuit-elle, si on se soigne à l’homéopathie ou à l’acupuncture, on fait partie d’une secte... De plus, on se sert du phénomène sectaire pour dénoncer et créer des rumeurs”. Par exemple, celle qui a mené au suicide le docteur Julien, c’est moi qui pose la question ? Qui a contribué à sa formation ? Notre redresseuse de torts ajoute : “En gros, si on en veut à son voisin, on l’accuse d’appartenir à une secte” ? Que voilà d’excellentes paroles, et comme celle qui les prononce eût été bien inspirée de les mettre en pratique avant d’être elle-même mise en cause ! Quand on connaît l’action et les écrits de l’A.D.F.I., on reste sidéré par le toupet monstre, par l’indécence et l’impudence de cette femme qui, retournant sa veste sans vergogne, ose dénoncer les multiples amalgames commis, entre autres, par sa propre association et en plaindre les victimes innocentes... au nombre desquelles elle n’hésite pas à se compter ! On croit rêver. Merci donc à Technikart pour la pertinence de son dossier et j’en profite pour saluer au passage les parlementaires (une vingtaine de sénateurs et l’unique député dont j’aimerais bien savoir le nom) qui ont essayé de s’opposer à la mise en place de la nouvelle chape de plomb gouvernementale destinée à écraser un peu plus encore nos libertés. Savoir que le torchon brûle entre sectivores et que subsiste une petite minorité de gens conscients et avertis ne peut que nous réjouir. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps, même s’il a suffi d’une colombe pour annoncer la fin du déluge. Au contraire, bien loin de se retirer, la marée noire qui nous submerge et qui nous infeste ne cesse de progresser. Peut-on lui résister et comment ? C’est ce que nous allons maintenant examiner.

Nos efforts devraient s’orienter dans deux directions principales...

1° Recueillir, divulguer et commenter toutes les catégories d’informations, qu’il s’agisse des lois votées par le Parlement, des décisions gouvernementales, administratives et judiciaires, des prises de position médiatiques singulières ou de témoignages sur les vilenies et turpitudes commises sur le terrain par les autorités, qui sont généralement étouffées et restent donc ignorées, je veux parler de toutes les formes courantes d’intimidation et de persécution, menaces, chantages, pressions, discriminations, vexations, humiliations, tracasseries, brutalités physiques et psychologiques. Ce sont là des faits concrets qu’il serait nécessaire de porter à la connaissance du public, parce qu’ils ont une force probante considérable. L’ennui est qu’il s’agit ici d’une mission quasi impossible, car les gens hésitent (comme il est normal dans un pays totalitaire) à dénoncer les abus de pouvoir dont ils ont été victimes, par crainte de représailles. C’est tout juste s’ils acceptent de s’exprimer sous le couvert de l’anonymat. De plus, vous ne bénéficierez pas du concours des médias qui pourraient naturellement jouer un rôle capital dans la diffusion de ces informations, mais qui sont, comme chacun sait, presque tous attachés corps et âme aux doctrines et à la propagande officielles. Ils ne feront que vous ignorer, vous ridiculiser et vous contrecarrer. Même si vous avez les moyens de louer une salle, vous aurez énormément de peine à en trouver une. Vous pâtirez d’un black out total. Je parle d’expérience.

Vous serez donc livrés à vos seules ressources (correspondances privées, Internet, affichage (?), auto-édition), à condition que vous en possédiez et en sachant que leur rendement sera, de toutes manières, fort limité. Tout est fait pour vous empêcher de nuire. Néanmoins, des démarches insistantes pourraient être tentées auprès des organismes mondiaux, des instances européennes, de quelques O.N.G. et de certains pays choqués par ce qui se passe en France et qui, le cas échéant, considéreraient avec bienveillance les demandes d’asile politique qui leur seraient adressées. Il est des groupes français qui, ces dernières années et sans attendre davantage, se sont installés en Italie ou au Québec, à la façon des Allemands qui ont fui le Reich dès 1933. Ce mouvement devrait s’intensifier avec l’application de la nouvelle loi et conformément à une autre “loi”, historique celle-ci, qui semble se vérifier inexorablement depuis Louis XIV. A la fin de chaque siècle ou au début du suivant, l’on observe en France une phase de persécution religieuses qui s’accompagne à chaque fois de départs à l’étranger. XVIIème-XVIIIsiècles : révocation de l’Edit de Nantes, dragonnades, guerre des Camisards... et expatriation des huguenots vers les Pays-Bas, la Prusse etc.. Fin du XVIIIème siècle : déchristianisation révolutionnaire provoquant une émigration vers l’Angleterre, la Russie etc.. Fin du XIXème siècle et début du 20ème : lutte contre les congrégations catholiques, écartées de l’enseignement, dissoutes,... qui prennent le chemin de l’exil. Et maintenant, fin du XXème et début du XXIème, la guerre antisectique qui en cache d’autres à venir et qui va chasser de leur pays des citoyens tout aussi innocents que pouvaient l’être les Protestants du grand Siècle qui prennent peut-être leur revanche aujourd’hui par l’intermédiaire de l’un d’entre eux, aussi athée soit-il ! A quoi tient ce délire cyclique, il serait intéressant de le découvrir.

Quelles qu’en soient les origines, il se manifeste bien à la date prévue et tous ceux qui sont conscients de son absurdité et de sa nocivité devraient se regrouper pour en atténuer les effets. Car il ne faut pas s’imaginer que la loi du 30 mai ne touchera forcément qu’une frange d’originaux et d’extravagants qui auraient plus ou moins mérité leur sort et dont on pourrait donc se désintéresser. Comme l’a très bien fait remarquer le sénateur Caldaguès, elle est rédigée de telle sorte que n’importe qui peut se trouver pris dans ses filets, y compris les personnes à qui nous faisons parvenir cet écrit comme une bouteille jetée à la mer, et qui peuvent s’estimer à tort complètement à l’abri de toute atteinte. Nous ne leur demandons pas seulement de témoigner leur solidarité à l’égard des parias et des citoyens de seconde zone arbitrairement choisis et désignés à la vindicte publique par le gouvernement et les activistes à sa solde. Nous les incitons aussi à faire preuve de discernement et de prévoyance, et à ne pas négliger leur intérêts personnels bien compris. C’est l’occasion de se rappeler les célèbres paroles du pasteur Niemöller : “Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit. Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai rien dit. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit.. Quand ils sont venus me prendre, il n’y avait plus personne pour me défendre”. Même si vous estimez que la loi du 30 mai, sur laquelle il ne faut pas se braquer, ne constitue pas un motif de mobilisation suffisant, vous ne pouvez manquer d’être frappé, tout comme nous, par l’apparition dans tous les domaines de la vie publique, de signes d’une infestation totalitaire sourde et sournoise qui forment un ensemble cohérent sur la nature duquel on ne saurait se méprendre. Ce glissement insidieux devrait susciter une réaction organisée par tous ceux qui sont conscients de ce danger mortel et qui sauraient se rassembler au nom de l’urgence, en faisant taire leurs différends, idéologiques ou autres, et en faisant ainsi échouer la stratégie des pouvoirs qui encouragent les tendances à la division pour mieux régner. Seule une telle union sacrée pourrait peut-être conférer quelque efficacité à l’autre série de tâches que nous devrions entreprendre.

2° Constituer un Front de “résistance à l’oppression”, ainsi que la Déclaration des droits de l’homme en reconnaissait déjà la légitimité dans son article 2. A vrai dire, ce n’était pas nouveau. Nous savons, depuis qu’Antigone l’a proclamé il y a 2.500 ans, qu’il existe des agrapta nomima, des lois non-écrites et néanmoins profondément inscrites dans la conscience, qui sont inaliénables, sacrées et supérieures aux Etats, aux pactes sociaux et aux législations, lesquels ont donc l’obligation stricte de les respecter et de s’y conformer. Lorsqu’ils s’y refusent et les bafouent, nous sommes déliés de toute allégeance à leur égard et avons le devoir non moins impérieux de les combattre pour sauvegarder nos libertés et notre dignité. Mais pas avec les armes de la violence, qui doit rester le monopole de l’Etat. Ce qui nous met d’emblée dans une position de vaincus et nous y maintiendra, tant qu’une grande majorité d’humains continueront à se faire les complices de leur servitude. Mais si un jour, qui n’est apparemment pas près de se lever, une importante minorité d’entre eux se livraient à des actes pacifiques de “défense passive”, d’abstention (électorale, pour commencer ! “Si les élections servaient à quelque chose, il y a longtemps qu’elles seraient supprimées” !)), de désobéissance civile, qui engendreraient la déconsidération de nos tyrans à face “débonnaire” réduits à l’état de pantins inoffensifs, la paralysie de leur action et le blocage de leur système, alors naîtrait un grand espoir de libération. Encore faudrait-il qu’à la différence des acteurs de mai 68, les artisans de cette révolution tranquille soient à la hauteur de leur victoire et assez évolués pour imaginer (ce qui n’est pas très difficile) et aménager (ce qui est déjà beaucoup plus délicat) une société entièrement nouvelle, en laissant toute latitude de ne pas y adhérer à ceux qui n’en voudraient pas et feraient d’autres choix ou voudraient perpétuer les anciens.

Comme vous le voyez, nous nous enfonçons dans une utopie qui vire de plus en plus à la chimère. Et pourtant, il faudrait essayer, ne serait ce que pour la beauté du principe, la noblesse de l’aventure... et pour conserver l’estime de soi-même. C’est à quoi nous vous convions et, dans la mesure très modeste de nos moyens, nous sommes prêts à accueillir et à coordonner vos initiatives et vos suggestions, de façon à réaliser une sorte de plate-forme commune d’idées et de projets sur laquelle pourraient se rejoindre tous les gens épris de leur délivrance et aspirant à un autre avenir. Nous vous proposons également de consulter notre site Internet : http://www.mutations-radicales.org. De toute façon, prenez contact avec nous pour envisager la manière dont nous pourrions nous organiser et agir de concert. L’heure n’est plus aux conciliabules séparés, à l’esprit de chapelle, aux entreprises dispersées et aux controverses byzantines. Lorsque la maison brûle, on demande à chacun d’apporter son concours et non de produire ses opinions. A supposer que démarre un tel mouvement, peut-on en attendre des résultats substantiels ? Notre réponse sera crue et brutale : non. Il est de mise et de bon ton de saupoudrer la fin d’un texte d’une bonne once de cet optimisme dont Bernanos (à qui il faut toujours revenir, parce qu’il a tout compris et tout exprimé) disait, dans “La liberté, pourquoi faire ?” qu’elle était “une fausse espérance à l’usage des lâches et des imbéciles”. Nous sommes trop conscients des réalités qui nous entourent pour nous permettre cette facilité et cette faiblesse. Et nous sommes bien obligés de souscrire à la lugubre litanie qu’égrène F. Brune à la fin de son petit chef d’oeuvre, (pp.157-159).

Il y a, il y aura toujours, plus ou moins personnalisés, les discours de propagande et d’intimidation des pouvoirs qui monopolisent la morale pour culpabiliser les opposants ; il y a, il y aura toujours, plus ou moins médiatisé..., le droit de regard des institutions chargées de faire rentrer dans l’ordre politico-social les citoyens tentés de vivre à leur façon...

“Il y a, il y aura toujours des conflits lointains, réels ou virtuels, mobilisant nos esprits à point nommé, pour nous faire oublier les injustices trop proches. Il y a, il y aura toujours le spectre de la Crise chargé d’épouvanter les citoyens normaux, dans le but tantôt de les renforcer dans la peur frileuse de leurs bonheurs conformes, tantôt d’exacerber en eux d’inutiles haines envers de fantasmatiques puissances.”

“Il y aura toujours des marginaux et des déviants, comme pour plaire à nos besoins de rejet, qu’on nous encouragera à pointer du doigt et à matraquer du regard, pour mieux nous installer dans l’intolérance majoritaire.”

“Il y aura toujours des spécialistes de l’Histoire employés à refaire le passé pour justifier le présent... et des experts de la Communication chargés de nous imposer comme Réalité la fantasmagorie sonore dont le système des médias habille et falsifie notre environnement.”

“Il y aura toujours des théoriciens habiles à nous faire accepter l’oppression de l’homme par l’homme, pour nous y faire participer, et de fieffés “humanistes” qui justifient la torture au nom de la Liberté et les ventes d’armes au nom de la Fraternité, et tous ces experts du double langage, du double jeu et de la double-pensée, qui s’emploient à circonvenir nos coeurs en faisant vaciller notre raison.”

A quoi Bernanos, dans “Le journal d’un curé de campagne” fait écho en employant exactement la même formule :
Il y aura toujours des pauvres parmi vous, pour cette raison qu’il y aura toujours des riches, c’est-à-dire des hommes avides et durs qui recherchent moins la possession que la puissance.” Et ce n’est pas sur nos “socialistes” qu’il faut compter pour modifier un état de choses dont ils profitent de manière éhontée.

Les événements du 11 septembre et l’exploitation qui en est faite donnent à ces textes un relief supplémentaire et une valeur prophétique.

S’il n’y a vraiment aucun espoir, à quoi bon lever le petit doigt ? Autant tout laisser tomber. C’est évidemment la tentation qui menace les plus lucides d’entre nous, tellement la tâche est ingrate. Il faudra vous habituer à vivre sans obtenir de résultats et sans espoir... Il n’y a aucune possibilité pour qu’un changement perceptible ait lieu pendant la durée de notre existence. Nous sommes des morts. Notre seule vie réelle est dans l’avenir .” (p.90). Tel est bien le sort réservé aux dissidents. Alors pourquoi observer une telle intransigeance, se condamner à une telle “irréductibilité” ? N’est-ce pas pure folie suicidaire inspirée par l’orgueil et comparable à celle qui anime les kamikaze du “terrorisme” ? En fait, les intentions et les buts sont totalement différents, puisqu’il ne s’agit pas pour nous d’ensevelir le monde dans la destruction et dans la mort, mais d’empêcher l’extinction définitive d’une lueur tremblotante (celle d’une préhumanité moralement et spirituellement sous-développée et cernée par les ténèbres), en l’entretenant au plus profond de nous-mêmes afin de la transmettre aux générations futures, qui consentiront peut-être un jour à l’attiser suffisamment pour déclencher au sein d’un nombre croissant de personnes le processus d’hominisation et d’individuation qui en ferait des êtres en voie d’aboutissement et pour s’irradier, à l’extérieur, sur des institutions archaïques et perverses qui entreraient ainsi en “déliquescence” dans un creuset où s’élaboreraient, au profit de tous les vivants (hommes, animaux , végétaux et la Terre dans son unité organique) les principes d’organisation et de relation enfin “civilisés” qu’une société digne de ce nom appliquerait à elle-même ainsi qu’à l’ensemble de la biosphère.

Il faut donc persister contre vents et marées, assurer la suite, “maintenir” coûte que coûte. D’abord “parce que demeurer rebelle reste le seul moyen de demeurer humain”(4ème de couverture). Ensuite, parce que “à travers chaque cas particulier se joue l’avenir de tous. En tout homme sont présents tous les hommes. La défense de soi est indissociable de la défense de l’humanité en soi.” (p.160). Tant que subsistera, même au fin fond d’une campagne reculée, un être humain, aussi ignoré et méprisé soit-il, qui s’acharnera à préserver en lui un dépôt sacré, qui s’accrochera au trésor de son humanité pour le bien de tous ceux qui sont appelés à le partager, rien ne sera définitivement compromis. Du moins théoriquement. Car si l’on envisage les choses dans la pratique, si l’on prolonge dans l’avenir, comme tout nous y invite, la folle trajectoire d’une préhumanité qui s’acharne à sa ruine et court à sa perte en brusquant l’allure, il n’y a raisonnablement plus aucun espoir à nourrir. C’est à ce moment précis, en cet instant crucial que, sur les décombres de l’espoir, peut surgir l’Espérance, fruit d’une “ détermination héroïque de l’âme... qui surmonte le désespoir ” (Bernanos) et qui, porteuse d’un message émanant de la Personne transcendante, nous avertit de sa part qu’Elle saura et voudra tirer un Bien du désastre dans lequel se sera engloutie la préhumanité, à qui il sera inlassablement proposé d’en faire usage, jusqu’à ce qu’elle émette une acceptation ou un refus sans appel. Dans ce dernier cas, Dieu avisera... Peut-être décréera-t-il, pour leur faire plaisir, ceux dont l’aspiration au néant serait devenue obsessionnelle. Quant aux autres rescapés du grand naufrage terrestre, ils ne seront pas embarrassés pour trouver une nouvelle destination. Dans l’Univers ou dans les Univers, ce ne sont pas les terrains de construction, d’aventure et d’évolution qui manquent., mais plutôt les maîtres d’oeuvre efficaces. Comme on aimerait que chacun assume les missions qui lui reviennent, quels que soient les temps, espaces ou plans de réalité où elles sont appelées à se déployer, tant il est vrai, comme le disait le P. Teilhard dans “Etre plus” que : “Pour une part infime, mais réelle, le succès de l’énorme affaire, de l’immense enfantement universel, est entre les mains du moindre d’entre nous”.

 
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PP + Christian Singer
18 mai 2005
Màj : 16 janvier 2006
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