Le pire ne réside pas forcément dans la loi, ni peut-être même dans son application future. Le pire est constitué par le climat “raciste” (à défaut de meilleur mot), par la haine et l’incitation permanente à la haine, à la discrimination et au mépris, déclenchées et entretenues par l’Etat à l’égard de groupes, de convictions et de modes de vie originaux, voire farfelus, éventuellement dissidents, alors que ces groupes (en tout cas l’immense majorité d’entre eux) n’ont rien à se reprocher, et qu’ils n’ont fait et ne feront l’objet d’aucune poursuite ni condamnation (même sur le fondement de la nouvelle loi).
Les pouvoirs, et leur plus fidèles collaborateurs privés, délateurs en puissance, ramassis de frustration, de puritanisme et de sadisme, ces compères se sont servis de réels abus pour mettre tout le monde dans le même sac. Parce que cela les arrange. Parce que cela permet de détruire tout ceux qui tentent de vivre autrement.
Dans la proposition de loi, après le passage à l’assemblée nationale, le délit de “manipulation mentale” avait fait son apparition. Devant un amoncellement de critiques, tant internes qu’externes, le gouvernement et le parlement sont parvenus à un accord pour supprimer le délit de manipulation mentale et pour lui substituer une modification de l’abus de faiblesse.
Le malaise n’est pas dissipé, bien au contraire. La “disparition” du délit de manipulation mentale n’est qu’une manoeuvre destinée à permettre l’adoption d’un texte apparemment plus attentif aux craintes exprimées par les représentants des religions officielles.
Avec la présente loi, le danger est grand de voir des techniques partout, et donc des “sectes” partout ! Là est notre principale préoccupation. A partir de quand parlera-t-on de “techniques propres à altérer le jugement” ? Les levers de nuit dans les monastères, les prières répétées (orthodoxes, bouddhistes...), la danse soufi, la méditation prolongée qui, selon ses pratiquants, modifie la perception et la conscience, etc. seront-ils considérés comme des “techniques propres à altérer le jugement” ?
Il faut craindre comme la peste les associations antisectiques et les RG qui voient des techniques partout, notamment dans le fait de prôner le végétarisme !
Nous avons d’autant plus de raisons de nous inquiéter que nous savons comment et pourquoi les RG ont classés la plupart des groupes dans la catégorie des “sectes”.
Les RG reprochent à l’un d’entre eux et en particulier à son supposé “gourou” d’enfermer les adeptes et de les conditionner :
Voilà les techniques que ce groupe utilise et voilà peut-être ce qu’un tribunal sera tenté de qualifier de “techniques propres à altérer le jugement” !
N’y a-t-il pas là matière à s’inquiéter ?! Sont-ce là des “techniques propres à altérer le jugement” ?!
Plus énorme encore, les RG (et demain les tribunaux ?) voient un signe de l’existence et de l’efficacité des techniques de conditionnement dans le fait qu’un “adepte” écrive : << il paraît évident qu’il faut tout changer, tout reprendre à la base, radicalement >> !!! Cette affirmation est véridique, nous tenons à votre disposition ce rapport des RG.
En réalité, l’imprécision de la loi est voulue, consciente et délibérée. Elle permettra, répétons-le, de réprimer qui l’on voudra. Il n’y a là finalement que l’une des applications d’un principe général de fonctionnement du Droit.
Que feront les magistrats sur qui va peser la lourde tâche d’interpréter et d’appliquer la loi !?
D’autre part, on nous assure aujourd’hui que les religions n’ont rien à craindre (voir débats parlementaires). Mais c’est retomber alors sur le problème de la distinction entre religion et secte que tout le monde veut à tout prix éviter (ou du moins fait semblant, nous y reviendrons) !!
Le fait que les associations antisectiques vont pouvoir se constituer partie civile, en l’absence même de plainte de la “victime”, signifie qu’elles vont pouvoir faire la chasse à tout ce qu’elles estimeront “gravement préjudiciable”. Bien sûr, les tribunaux trancheront ! Mais cela permet des procès innombrables, des mises en examen, des abus possibles en cours de procédure, le tout constituant une intimidation permanente de tous ceux qui pourront craindre de déplaire à ces associations.
Il faut citer un passage effrayant des débats du sénat du 16 décembre 1999. Un certain FOUCAUD, là encore se réfugiant derrière son immunité parlementaire, s’est permis, dans l’intention de faciliter le travail du juge, de préciser qui était concerné par la dissolution : << Une association ou un groupement, dès lors qu’il aurait fait l’objet de plusieurs condamnations pénales pour des délits qui laissent soupçonner la présence d’une secte dangereuse - dont la liste a été dressée en 1996 dans le rapport de la commission d’enquête sur les sectes en France -, tomberait sous le coup de cette loi. >>.
Ce seul passage mériterait un livre entier. Une seule remarque : d’un côté, ce FOUCAUD affirme que deux condamnations sont nécessaires pour “laisser soupçonner la présence d’une secte dangereuse”, mais de l’autre, protégé par son immunité, il affirme que les 172 sont tous des “sectes dangereuses”, alors que sur le lot, il y en a une majorité écrasante qui n’a jamais été condamnée.
Messieurs les juges, vous savez qui vous devez dissoudre !
De plus, ne risque-t-on pas de chercher les faits qui, comme par hasard, vont correspondre à la vision a priori de la notion de “secte” ? Je rappelle que les RG n’ont pas hésité à conclure à l’enfermement des “adeptes” en raison d’un rejet critique de la société, du travail, de l’école, des conceptions traditionnelles en matière de sexualité et de parentalité... Cet “enfermement” pourrait bien correspondre à une sujétion psychologique ! On chercherait en vain les “activités” y conduisant, mais après tout, puisqu’il est également question d’astrologie, n’y aurait-il pas là ce fameux moyen de mettre en état de sujétion !?
Pour d’autres, ce seront les médecines parallèles, le yoga, la méditation, le jeûne, la danse africaine... Tout peut désormais, au bon gré des magistrats, devenir le moyen de “créer, maintenir ou exploiter la sujétion psychologique”.
On le voit, il pèse sur les juges une lourde responsabilité. Les parlementaires ont laissé aux juges, là encore, un pouvoir considérable. Que vont-ils en faire ?