Il nous reste donc à examiner les procédés banals, courants, on ne peut plus ordinaires, que l’Etat français, à l’instar de tous ses copains, utilise pour maintenir le régime d’oppression qui constitue sa raison d’être en même temps que sa rente. Je vais les évoquer, tout en ayant conscience, plus que jamais, que le caractère extrêmement sommaire de mes propos est totalement disproportionné à la gravité des faits.
toujours plus resserré, plus sophistiqué et plus clandestin, qui a pour but d’établir un climat permanent de peur, de menace et d’intimidation qui dissuade et qui paralyse. Comme le disait le sinistre pasqua, avec peut-être un rien de prétention : << Nous savons qui peut faire quoi >>. Toutes les occasions, tous les événements locaux, nationaux et internationaux sont utilisés pour renforcer la pression, en toute sécurité... C’est le cas de le dire, puisque c’est précisément au nom de la sécurité des “citoyens” (qui ne souscrirait à de si louables intentions !) que l’emprise étatique se referme sur eux, qui en demandent toujours plus ! La société civile a été si bien dressée qu’elle se rue vers l’aveuglement et la servitude volontaires. Elle exige de l’Etat (qui en profite outrageusement) une protection de tous les instants, l’abolition de tous les risques de l’existence dont on veut oublier la tonalité tragique, au point que la mort elle-même devrait en être bannie. Encore une fois, l’Etat utilise à merveille ces excellentes dispositions en allant jusqu’à “protéger” les citoyens... contre eux-mêmes, par exemple dans le cas des “sectes”. L’espace de notre vie privée, et donc de notre liberté, diminue à vue d’oeil. La plupart de nos démarches laissent une trace qui sera éventuellement exploitée par les officines ad hoc. En fait, nous ne sommes plus en.. sécurité, puisque devenus les proies et les victimes d’un quadrillage omniprésent assorti de fichages divers, auxquels participent des réseaux plus ou moins occultes et obscurs qui s’agitent dans notre ombre pour mieux s’emparer de ce qu’elle projette : services secrets, R.G, barbouzes, polices parallèles et privées, vigiles, sociétés de gardiennage etc.., et qui s’ajoutent aux administrations officielles ou visibles à l’oeil nu, déjà bien étoffées. Même les bases de loisirs et autres piscines sont envahies par la police, qui ne fait après tout que son devoir : nous défendre contre les vandales ! Il existe des Commissions “indépendantes” chargées, en principe, de veiller au respect de nos libertés : quand on les voit fonctionner, on peut se demander, à l’instar de certains de leurs membres, si leur véritable rôle ne consiste pas à cautionner les empiètements de l’Etat. On multiplie les réglementations. Bientôt, on ne pourra plus faire un pas ou respirer une bouffée d’air sans avoir une autorisation à solliciter, une prescription à observer, une formalité ou des paperasses à remplir. On pratique la chasse au vide juridique. De nouveaux délits sont constamment inventés. Il s’agit de pénaliser et de condamner toujours davantage. D’où une judiciarisation croissante qui frise le ridicule et se retourne parfois contre l’Etat lui-même, puisqu’il faut absolument trouver des “responsables” à tous les maux de l’existence. Un jour, on traînera devant les tribunaux les animaux (comme au Moyen Age), les nuages de grêle et Dieu lui-même. On entretient ainsi un effroyable cercle vicieux. Plus on crée d’incriminations, plus on appelle la délinquance, et plus celle-ci, à son tour, génère pénalisations, condamnations et incarcérations. Cette course éperdue à la répression signe l’échec global d’une “société” incapable de se gouverner moralement, avant de le faire politiquement. C’est aux causes profondes qu’il faudrait s’attacher et non se contenter (dans le meilleur des cas) d’une prévention frileuse, superficielle et donc inefficace, et (dans le pire) d’une répression aveugle et machinale
Parlons-en justement, à l’aide de quelques mots notoirement insuffisants pour exprimer une affreuse réalité quotidienne. Que se passe-t-il vraiment dans les commissariats (suspicion immédiate, gardes à vue, tabassages ..), dans les cabinets des juges d’intruction, dans les centres de rétention, les “abris” officiels pour S.D.F., les prisons, les quartiers sensibles ou au cours des perquisitions ? Comment les catégories de gens (étrangers, ouvriers, basanés, jeunes au look “incorrect”, manifestants pacifiques mais résolus, vagabonds, drogués, prostitués, pédés etc..) traditionnellement méprisées, redoutées ou haïes sont-elles traitées ? Et les opérations “homo” ? Y faire simplement allusion suffit à vous donner la chair de poule. Une fois de plus, la France s’est fait récemment épingler par le Conseil de L’Europe pour ses brutalités policières. “Le Monde” du 19 juillet rappelait que la France fait figure de lanterne rouge de l’Europe pour les conditions d’incarcération. On est ahuri par l’impudence d’un Etat qui ne cesse de se poser en modèle et qui viole à tour de bras les principes qu’il prétend respecter et faire respecter. Et pourtant il n’y a pas de quoi s’étonner. C’est là une pratique courante, y compris chez les particuliers. L’insistance douteuse avec laquelle on met en avant son attachement pour les grandes idées indique souvent qu’on cherche ainsi une couverture pour mieux les bafouer impunément. Les policiers inquiétés à la suite de graves bavures sont généralement acquittés ou condamnés à des peines symboliques. On me citait il y a peu l’exemple d’un magistrat qui avait tué une cycliste parce qu’il conduisait en état d’ébriété et qui s’était vu infliger la peine considérable de cent jours de travaux d’intérêt général ! En dépit de la loi sur “la présomption d’innocence”, les pouvoirs des juges d’instruction, dont certains agissent beaucoup plus à charge qu’à décharge, demeurent exorbitants, surtout lorsqu’ils s’exercent en dehors de toute légalité. Même en ce qui concerne la détention préventive, les juges des libertés ainsi que les Chambres de l’instruction suivent presque toujours leurs avis. Et que signifie la “présomption d’innocence” pour un individu qui passe quatre ans en prison avant de comparaître devant un tribunal ? En fait, c’est un “présumé coupable” que les juges du siège s’interdiront d’acquitter pour ne pas “déjuger” leurs collègues et qu’ils condamneront au minimum à la peine d’incarcération déjà accomplie.
Quand on suit de près, comme je le fais depuis bien longtemps, le déroulement ordinaire de la “Justice”, on est frappé par la “fantaisie” (je pense que c’est le mot le plus approprié) qui règne dans des milieux affectant, au contraire, de se donner des apparences de rigueur et de vertu. Toute la littérature qui, sans remonter à l’Antiquité et en laissant de côté des écrits plus contemporains, a fustigé, de Marot à Courteline, la honte judiciaire, est plus que jamais d’actualité. Elle illustre des vices profonds, inhérents à la nature préhumaine et qu’on ne saurait seulement imputer à des manques d’effectifs ou à des défauts d’organisation. Ici, la matière est immense : elle m’écrase. Je mentionnerai seulement l’abattage judiciaire des flags avec avocats commis d’office, les soudains et incompréhensibles revirements jurisprudentiels, la loterie des décisions, des arrêts et des verdicts qui constituent parfois de véritables défis à l’équité ou au simple bon sens et qui se contredisent d’un tribunal ou d’une Cour à l’autre. Ces “flottements” improbables, aléatoires et parfois franchement cocasses (on en rirait si l’on oubliait que sont en jeu la liberté, les biens, la réputation, la vie même de leurs victimes) sont dus aux problèmes personnels de leurs auteurs (physiques, affectifs etc..), mais aussi à leurs limites, à leurs ignorances, à leurs préjugés, à leurs partis pris, à leur éventuelle bêtise, au besoin de se faire mousser, à un éventuel sadisme ainsi qu’aux pressions de toutes origines qui s’exercent sur eux. Voilà de quoi on est tributaire et qui n’empêche pas les beaux discours sur l’impartialité et sur la sérénité de la “Justice” de prospérer... Comment peut-on pousser l’inconscience et l’outrecuidance jusqu’à souhaiter devenir magistrat, c’est là un mystère qui continue à me dépasser.
Autre source d’iniquités innombrables : le formalisme étroit, le légalisme rigide qui ont parfois des effets tout à fait inattendus et même comiques, lorsqu’ils renversent complètement l’issue d’un procès déterminée par une faute de procédure, même bénigne, commise par la partie “innocente” et suffisante pour lui donner tort, après que le tribunal s’en est saisi comme d’un prétexte pour refuser d’examiner l’affaire au fond. On est également confondu par l’assurance, pour ne pas dire l’arrogance de beaucoup de membres du parquet (sans parler des experts, psychiatres, toxicologues etc..) qui, de manière quasi automatique et sans états d’âme, décrètent la culpabilité d’un accusé sur de simples présomptions, sur des apparences, sur les impressions purement subjectives qu’ils prétendent éprouver sincèrement, qui ont, à leurs yeux, valeur de certitude et qui s’apparentent à la scandaleuse, à la criminelle “intime conviction” qui suffit pour emprisonner, parfois à vie, et qui suffisait autrefois pour envoyer les gens à cet échafaud dont certains procureurs se vantent en pleine audience de regretter la disparition ! Que de gens sont condamnés sur des indices extrêmement ténus et fragiles, sur des hypothèses plus ou moins gratuites, sur des reconstructions imaginaires non étayées par des faits et par des preuves, et à la suite d’enquêtes bâclées et orientées où le coupable est plus désigné d’office et d’entrée de jeu que vraiment recherché, où certains témoins sont écartés, des pistes d’investigations volontairement négligées, des expertises refusées, qui pourraient mettre à mal les thèses préfabriquées par l’accusation !
Et que dire de tant d’avocats opportunistes et sans convictions qui profitent de la réputation d’altruisme et de désintéressement attachée à leur profession pour magouiller de la façon la plus éhontée, la plus amorale et la plus cynique, parfois même, comme je l’ai vu, au détriment de leurs clients. On n’en finirait pas d’énumérer les tares d’une machine à écraser les justiciables anonymes qui, au lieu d’être remplis d’effroi, débitent (mais y croient-ils vraiment ?) la célèbre et aberrante formule : << Je fais confiance à la Justice de mon pays >> que certains, heureusement, prennent au second degré et tournent en dérision. Dois-je répéter, pour conclure, qu’il existe évidemment, par exemple à la 17ème Chambre de Paris, des magistrats “intègres” et soucieux de bien faire, dans la mesure de leurs moyens personnels et de ceux qui leur sont laissés par un système extravagant, mais ils sont emportés par un tourbillon d’absurdité et d’arbitraire où ils risquent de se noyer sans pouvoir aucunement modifier une trajectoire insensée. Je me souviens de l’ahurissement d’un Secrétaire d’Etat et d’un Président de conseil général qui avaient eu maille à partir avec la “Justice” et qui n’en revenaient pas !
dont les spécialistes incontestables sont la famille et l’école qui n’en ont tout de même pas le monopole, puisqu’elles partagent leur mission “moralisante et civilisatrice” avec les éducateurs, les psys, les enseignants, les travailleurs sociaux et, naturellement, les médias. A vrai dire, il n’est pas une seule catégorie de fonctionnaires qui ne participent à cette sale besogne. Pire encore : c’est la “société” tout entière qui se comporte comme un milieu empoisonné dans lequel circulent, tels des poissons dans l’eau, ses victimes consentantes. C’est une imprégnation totale qui passe inaperçue et qui n’est pas ressentie de la sorte. Chacun se flatte de conserver sa personnalité et de préserver sa liberté. L’intoxication ordinaire, qui a évidemment pour but d’enfourner dans les cerveaux le catéchisme étatique dont nous avons feuilleté les grands chapitres, ne paie donc pas de mine : elle est banale, “spontanée”, elle va de soi et revêt les beaux atours de l’éducation. Beaucoup de ceux qui la pratiquent et qui ont subi non sans plaisir les mêmes conditionnements au cours de leur jeunesse les retransmettent avec la même satisfaction et le sentiment du devoir accompli. Comment mettraient-ils en cause tout un acquis hérité du passé, des traditions qui leur paraissent valables parce qu’elles constitueraient, non seulement les fondements de toute collectivité avancée, mais, tout simplement, l’expression de la sagesse et le produit de l’expérience. Comment des idées “communément admises” et des attitudes partout approuvées et adoptées pourraient-elles être sujettes à caution et, à plus forte raison, pernicieuses ? Certes, on peut, on doit (et c’est bien ce que l’on fait !) améliorer l’état de choses existant, ainsi que s’y adonne, paraît-il, jospin, qui nous a déclaré que “changer la société” était pour lui (soi-disant !) à l’ordre du jour... mais point du tout en changer ! C’est l’éternelle rengaine de tous les prétendus “réformateurs” qui se contentent, en fait, d’épousseter à leur avantage le désordre établi. Mais il ne s’agit en aucune manière de le mettre à bas. Ceux qui le préconisent ne peuvent être que des cinglés, des aigris, des débiles, des fanatiques, des pervers, des faibles d’esprit, des insensés qui ont perdu “le sens commun” abusivement assimilé au bon sens. Il faut se mettre à la place des nantis et considérer le triste paradoxe de leur situation ! Par exemple, les ministres, même “socialistes”, qui nous font part de leur “sincère” désir de remédier aux injustices, aux abus et aux inégalités, n’ont aucun intérêt personnel à le faire et c’est pourquoi ils s’en abstiennent, tout en essayant de nous persuader du contraire. De toute façon, n’ayant jamais connu, pour l’immense majorité d’entre eux, la vraie misère matérielle et culturelle, ils seraient inaptes à la combattre et à la supprimer, même s’ils le voulaient vraiment. Heureusement ce n’est pas le cas, et donc ce problème angoissant ne se posera pas pour eux. Ce sont les déshérités qui devraient, y compris dans les hautes sphères gouvernementales, régler leurs propres problèmes, parce qu’eux seuls sauraient de quoi ils parleraient, connaîtraient les solutions et seraient vraiment désireux de les mettre en oeuvre. Les “élites” se contenteraient de mettre à leur disposition les moyens techniques et financiers nécessaires, et de leur en expliquer l’usage. Evidemment, je rêve. Comment imaginer qu’un chirac (mais cette remarque concerne beaucoup d’autres privilégiés et profiteurs) puisse se résoudre à transformer fondamentalement et même à critiquer intégralement une “société” qui a eu le bon goût de faire de lui un président de la “république”... et qui ne saurait donc être radicalement mauvaise ! Il ne va tout de même pas cracher dans la bonne soupe dont il se sert à grandes louches depuis si longtemps et dont il espère bien continuer à se sustenter jusqu’à plus soif, si tant est que son avidité lui permette de parvenir au rassasiement !
Reprenons le fil de notre discours, après cette petite digression amusante. Au-delà d’une manipulation des esprits constante, “normale”, standardisée, qu’on en arrive presque à ne même plus remarquer tellement elle est intégrée au tissu social, il y a ses applications plus vicieuses, parce que plus marquées, plus délibérées et mieux organisées, telles qu’elles ressortent de l’action des médias officiels, et, en particulier, de la TV. J’en distinguerai quatre aspects. D’abord, tout à fait évidente, une oeuvre d’abrutissement populaire poursuivie grâce à une accumulation de pubs, de jeux, de feuilletons, de reportages, de talkshows, de variétés, de pseudo-discussions etc.. plus infantiles, conformistes et dégradants les uns que les autres. Les faux débats, en particulier, méritent quelque attention. Je pense d’abord à ceux, dominés par l’insipidité et la vulgarité, qui sont organisés à grand spectacle devant une nombreuse figuration vouée à la claque et figée dans son admiration pour l’animateur vedette. Ce sont des festivals de bêtise et de conformisme terre à terre où défilent tous les clichés et les lieux communs assaisonnés d’infantilisme, de démagogie, de sensationnalisme et d’émotion à fleur de peau.
Plus délétères peut-être apparaissent ces discussions en cercle restreint auxquelles se livrent des gens compétents et reconnus, des intellectuels, des scientifiques, des politiciens, des économistes, des experts, des spécialistes..., bref des sommités dont on boit les paroles et qu’on écoute bouche bée. Ce ne sont, en fait, que des conversations de bon ton, des mondanités qui, elles aussi, même si leur style est plus relevé, se bornent à distiller les “idées” à la mode. Tous les participants sont d’accord. Seules des différences de détail et de surface les séparent, qui vont alimenter des simulacres de controverses. Jamais ou presque, on ne va au fond des choses. On évite soigneusement tout ce qui pourrait vraiment troubler, déranger, choquer. Quel que soit le sujet abordé, surtout s’il est sensible, les réalisateurs de ces émissions se gardent bien de faire appel à des gens qui auraient des points de vue radicalement discordants et subversifs, à moins qu’on ne les convoque que pour les ridiculiser et les écraser sous une masse déchaînée de contradicteurs. Il m’est tout de même arrivé de constater des erreurs de casting : c’était d’une drôlerie achevée ! Tout à coup, un invité sort de son “rôle” (c’est le cas de le dire !) et se met à faire des remarques aussi provocantes et virulentes que pertinentes, qui cassent la baraque commune et détruisent le consensus de bon aloi qui régnait sur le plateau entre personnes de bonne compagnie. Consternation des interlocuteurs, embarras et gêne du responsable qui ne se laisse tout de même pas démonter et qui, jusqu’à la fin du dialogue bidon, va isoler la brebis galeuse, l’empêcher de s’exprimer, lui couper la parole, la contrer systématiquement etc.
Troisième point caractéristique : la diversion culturelle, très en vogue de nos jours et qui tend, elle aussi, à domestiquer, à chambrer et à neutraliser les esprits, ce qui constitue un crime contre eux et contre la culture elle-même qui n’a pas seulement pour office d’instruire et de divertir, mais d’abord de stimuler, d’éveiller et d’inquiéter les intelligences et les coeurs. Je serais bien le dernier à regretter qu’on cultive le théâtre, la musique, le cinéma, la littérature etc.., mais à condition que les pouvoirs ne les fassent pas ingurgiter comme des émollients et des stupéfiants démobilisateurs qui incitent à se perdre dans des espaces raffinés, éthérés et enchantés où se désagrègent toute pensée et toute volonté contestataires. Dans le genre, une réussite parfaite est constituée par la promotion universelle et l’idolâtrie des pseudo-sports dans lesquels se retrouvent, comme dans un microcosme effrayant, toutes les tares qui ravagent la préhumanité : vedettariat, compétition, règne absolu du fric, esprit de clocher manifesté par des “supporters” trop souvent fanatisés et violents, brutalités, triches et dopages, entraînements inhumains et dangereux, exploitation sans pitié du monde animal.. Tout cela est à vomir.
J’en arrive maintenant au pilonnage médiatique qui sert à forger les vérités officielles qu’on veut nous emboquer. C’est tout bénéfice pour l’Etat qui se crée ainsi une complicité artificielle avec les foules, détourne leurs mécontentements, leur donne des os à ronger, entretient chez elles des paniques et des obsessions sécuritaires qui les occupent et le mettent à l’abri. Constamment, sous prétexte de répondre à des préoccupations collectives qu’on exacerbe à dessein, reviennent de façon lancinante les mêmes sujets traités sans nuances et sans lucidité critique, se déchaînent les mêmes attaques, les mêmes campagnes de presse contre les mêmes têtes de Turcs, nationales ou internationales. Il suffit d’apposer des étiquettes infamantes et tout est dit : extrémiste, gourou, terroriste .. On a l’impression que les crimes et délits commis en France ne se rapportent plus qu’à la catégorie pédophile, puisqu’on l’on ne cesse de les ressasser. Les médias privés sont bien obligés de suivre, de hurler avec les loups et de faire caisse de résonance, sans quoi ils s’exposeraient à de fâcheux mécomptes, au lâchage de leurs lecteurs et spectateurs, aux représailles indirectes de l’Etat, au tarissement de leurs sources et ressources financières.
Les événements terribles récemment survenus aux Etats-Unis et la manière d’en rendre compte illustrent mes propos jusqu’à la plus énorme caricature. On s’appuie sur l’horreur des forfaits et l’émotion qu’ils suscitent légitimement pour en présenter une analyse partielle, superficielle et partisane. Les “terroristes”, que l’on baptise ainsi et que l’on maudit sans autre forme de procès, sans s’interroger objectivement sur leur psychologie et sur leurs motivations (il suffit de les traiter de “monstres”), ne font que répondre à un terrorisme bien plus grave, parce que permanent, insidieux, institutionnalisé et approuvé, celui des Etats et, en particulier, celui du plus puissant d’entre eux qui, non seulement à l’intérieur de ses frontières, mais partout sur la planète et, plus spécialement, en maints pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie a semé la ruine militaire et économique en se faisant le principal soutien et propagateur d’un système d’oppression qui ne peut accumuler à son profit capitaux et luxe superflu qu’en provoquant la misère de nombreux peuples et qui n’invoque la liberté que pour mieux les plier à son hégémonie. Les terroristes ont suivi son exemple, se sont inspirés de ses leçons, ont recouru aux mêmes combines et circuits financiers occultes et inavouables. Et le fondamentalisme islamiste est-il si éloigné du primitivisme religieux de dirigeants et de citoyens qui s’en tiennent à la loi du talion et vont dans les églises prier Dieu avec la rage de se venger et d’ajouter de nouveaux morts à une liste déjà bien longue. C’est d’ailleurs la même “logique” qui préside aux ignobles exécutions capitales de plus en plus fréquentes dans un pays dont je dis depuis longtemps que sa mentalité générale est fortement teintée “d’infantilisme pervers.” De façon plus générale, comme le remarque S.Gardebled dans son polar “Sans homicide fixe” paru en 1996 : << En matière de terrorisme, toute hypothèse est crédible, hormis la version officielle >> p.50. Les Etats ne sont pas les derniers à l’organiser, ainsi que le firent les services secrets italiens qui s’adjugèrent quelques centaines de morts en gare de Bologne. Car ce genre de provocations peut se révéler très utile, surtout en certaines périodes. L’auteur que je viens de citer ajoute : << Rien ne vaut une bonne cure d’insécurité pour amener les citoyens fluctuants à apprécier les bienfaits de la rigueur toute paternelle d’un gouvernement en perte de vitesse. Surtout à l’approche d’élections difficiles >> p. 51. A ce point de vue là, la mise en vigueur du plan Vigipirate, ainsi que certaines investigations et arrestations opérées par jospin et ses sbires, sont pain bénit pour lui. Voilà ce que ne nous dira jamais la TV à qui on reprochera, non pas de s’apitoyer sur le sort des victimes, mais de ne voir qu’un côté des choses, de ne mentionner les “terroristes” que pour les condamner sommairement, de nous livrer une présentation et une interprétation des “faits” tronquée, truquée, tendancieuse qui s’apparente à une gigantesque entreprise de désinformation quotidiennement à l’oeuvre et pas seulement en de grandes conjonctures, comme pendant la guerre du Golfe.
va de pair avec le bourrage de crâne généralisé. On touche là une des plus énormes et une des plus évidentes hypocrisies parrainées par l’Etat, mais dont personne ou presque ne semble s’indigner, tellement elle arrange tout le monde. On ne perd pas une occasion de nous rappeler qu’il s’agit d’un acquis essentiel procuré par la grande Révolution et infiniment respecté par notre “démocratie”. Rien n’est plus faux. La première manoeuvre consiste, ainsi que je viens de le rappeler, à fabriquer en tous domaines des prêts-à-penser que l’on amènera 99% des gens à endosser en leur faisant croire (et c’est le fin du fin !) qu’ils expriment leurs idées... personnelles ! Merveilleuse découverte, que traduit drôlement le titre d’un autre ouvrage de F. Brune : “Les médias pensent comme moi !”. Ravis de constater que les journaux, la TV, les radios.. ne font que traduire et projeter l’insondable profondeur et originalité de ses réflexions, le vulgum pecus s’en remet volontiers aux plus talentueux pour leur donner une forme séduisante. Bref, le but, largement atteint, est de convaincre la multitude de renoncer d’elle-même à prendre la parole.
Reste 1% de la population, qui se compose de deux minorités. La première est, en quelque sorte, abonnée aux médias où elle ne cesse de s’exprimer. Reviennent continuellement les mêmes bobines et les mêmes signatures qui accaparent la communication en vertu d’une sorte de pacte tacite et mutuel conclu entre des loups aux dents longues qui font alterner entre eux, selon des rapports de force fluctuants, les coups de Jarnac et les faveurs, celles-ci à charge de réciprocité et de renvois d’ascenseur. Dans ce marigot où trempent journalistes, politiciens, affairistes qui s’épient et qui se redoutent, “on se passe la rhubarbe en échange du séné” en attendant de pouvoir faire usage de strychnine. Mais les vides sont bien vite comblés par de nouveaux struggleforlifers, comme disait A. Daudet. La seconde minorité regroupe des gens aux opinions bien différentes, et souvent même opposées, mais qui ont en commun de critiquer âprement tel ou tel aspect du fonctionnement de la “société” ou leur ensemble et qui, de ce fait, sont bannis des médias, empêchés de faire connaître leurs idées et condamnés au silence, ce qui constitue une violation éhontée de leurs droits les plus élémentaires. Lors d’un colloque tenu à Grenoble en 1986, j’avais interpellé à ce sujet un socialiste, aujourd’hui ministre, qui n’avait pas contesté les faits et qui même, plus pessimiste que moi, avait évalué à 15% le pourcentage de la population ainsi “maltraitée”. C’est exactement le mot, un peu étrange mais finalement très juste, qu’il avait employé. Mais inutile de dire que ça ne lui faisait ni chaud ni froid, puisqu’il ne figurait évidemment pas dans le lot des réprouvés. De quel droit un éditeur, un directeur de publication ou un réalisateur d’émissions, qui ne sont finalement que de simples particuliers, s’arrogent-ils la prétention de faire vivre ou de vouer à l’inexistence un livre, un article, un discours, sous prétexte qu’ils ne leur plaisent pas ou qu’ils vont à contre-courant des idées reçues ? Bien sûr, on dira qu’il ne s’agit finalement que de marchands de papier ou d’images, avant tout préoccupés, pour des raisons légitimes de finances et de concurrence, d’écouler leurs numéros et leurs stocks, ou de faire de l’audience. Mais alors pourquoi l’Etat qui, pour une fois serait dans son rôle, ne crée-t-il pas des structures ouvrant à toute personne qui le désire la possibilité de se faire imprimer et diffuser dans des conditions convenables et aux moindres frais. La réponse, on la connaît : une telle organisation n’est concevable que sous un régime totalement étranger au nôtre, qu’on appelle “démocratie” et qui se donne pour fin privilégiée d’assurer à tous, sans exception, le respect effectif de leurs droits et de leurs libertés. Je dis bien “effectif”, ce qui implique la capacité donnée à tout un chacun (et en particulier aux plus faibles) de se faire entendre réellement de tous, sans pour autant, bien sûr, forcer leur adhésion.
C’est tout le contraire qui se produit en démocrature-imposture (rime très caractéristique) où l’on se contente, pour donner le change et tromper les gens de bonne foi, d’édicter des non-interdictions purement formelles baptisées libertés, en sachant très bien que seuls pourront en profiter ceux qui en auront les moyens financiers, relationnels ou autres. Car leur exercice “coûte cher”, dans tous les sens de cette expression, et surtout pour les “mauvais sujets” qui voudraient rompre leur allégeance au royaume des menteurs et des oppresseurs. Même le simple affichage dans les rues est devenu pratiquement impossible, non seulement parce que les panneaux prévus à cet effet sont absents ou en nombre très insuffisant, volontairement mal placés et recouverts en permanence d’annonces de spectacles, mais parce qu’on risque de se faire prendre à partie par les tenants de l’ordre moral, de plus en plus abondants et agressifs. Quant au Net, il est déjà (ce n’est qu’un début) gangrené par l’autocensure induite, chez les hébergeurs de sites, par les menaces directes ou indirectes que font planer sur eux l’Etat et ses vigilants chiens de garde. La presse ordinaire n’échappe pas à ces menées. Récemment, un petit journal de province s’est vu retirer les avantages financiers accordés par la “commission paritaire” et qui conditionnent la survie d’une publication, parce qu’il avait eu le malheur de faire paraître un article sur les “sectes” qui ne plaisait pas en haut lieu et qui risquait de lui valoir, précisait une lettre émanant du ministère de l’Intérieur, des poursuites en rapport avec la loi du 30 mai. Bien souvent, les menus faits sont plus significatifs et en disent plus long que les théories abstraites.
Voici une anecdote particulièrement édifiante. Il existe à Lyon un groupe qui s’intitule Eglise réaliste mondiale. J’en parle d’autant plus à mon aise que ses positions se trouvent aux antipodes des nôtres. Mais justement, là n’est pas la question. Il a cherché à se faire connaître, comme c’est son droit absolu, en dressant des tréteaux garnis de documentation dans le hall de la Faculté de Bron (Lyon II). Evitant d’interpeller les étudiants pour ne pas donner prise à l’accusation de prosélytisme intempestif, les trois ou quatre personnes qui en faisaient partie se sont contentées de faire acte de présence, attendant que des passants leur adressent éventuellement la parole et engagent la conversation. Ce qui se produisit effectivement, dans un climat de calme et de courtoisie qui aurait dû faciliter la poursuite de l’entreprise. Or il n’en fut rien. Certains étudiants affiliés à des syndicats de “gauche” s’en émurent et les dénoncèrent à l’administration qui dépêcha sur place quelques-uns de ses gros bras dont le chef fit remarquer qu’une autorisation était nécessaire pour s’installer dans les locaux. Dans un souci d’apaisement, les membres du groupe firent savoir qu’ils enverraient une demande en ce sens, à quoi il leur fut répondu qu’elle serait, de toute façon, rejetée, car (je cite) “les Renseignements généraux avaient signalé qu’ils nous suivaient, et que nous étions classés comme secte dangereuse !” .La démarche fut pourtant faite auprès du président de l’université (un certain gelas) qui répliqua par un arrêté interdisant “l’accès de ses locaux à toute personne se réclamant de l’Eglise réaliste mondiale” sous prétexte que “la distribution des tracts (par cette association) sur le campus Porte des Alpes constituait un désordre dans l’enceinte du domaine universitaire”. Puis on en resta là pendant quelques semaines où le groupe continua à tenir ses permanences. Jusqu’au lendemain de l’élection du nouveau maire de Lyon ! Le 5 avril, un commando d’étudiants de “gauche” (j’insiste !) “se jetèrent sauvagement sur notre stand, s’emparèrent de la majorité de nos tracts, nous arrachant même des mains ceux que nous essayions de sauver du désastre, puis allèrent arracher des panneaux situés en face toutes nos affiches”. Quelques instants plus tard, survint une quinzaine de policiers qui emmenèrent les récalcitrants au commissariat de Bron où ils furent retenus trois heures, mais traités correctement, et d’où ils purent ressortir “sans même faire l’objet d’une quelconque amende”. On pourra trouver de plus amples détails dans le numéro de “L’ami du peuple” rédigé par cette association et paru le 28 avril 2001. Cette aventure est riche d’enseignements. Je laisse de côté les “forces de l’ordre” qui n’ont fait, justement, qu’obéir à un ordre et qui se sont conduites honorablement ou presque. Mais le reste est stupéfiant. Au Moyen Age et conformément à l’étymologie du mot, l’Université ne regroupe pas seulement la communauté des professeurs et des étudiants attitrés, mais elle s’ouvre largement à tous les courants d’idées, quitte, il est vrai, à encourir les foudres de l’Eglise. Et c’est tout à son honneur que de se vouloir tolérante en dépit des menaces qui pèsent sur elle. Or voici un établissement qui aurait dû rester fidèle à ces traditions et qui se comporte, au contraire, comme une forteresse assiégée expulsant par la force quelques personnes inoffensives, auparavant “caftées” et insultées par des étudiants (c’est le comble), uniquement parce qu’elles exposent des idées hétérodoxes vite qualifiées de “fascistes” et sous le faux prétexte qu’elles troubleraient l’ordre public !
Voilà où l’on en est dans un pays “géré” par une gauche particulièrement intolérante qui prétend se faire éclairer par les Lumières et qui prend exactement le contrepied de la célèbre formule de Voltaire disant à peu près “Je ne suis absolument pas d’accord avec vos idées, mais je me battrai pour que vous puissiez les exprimer”. Ce n’est pas de trente ans que nous sommes séparés de mai 68, mais de trois siècles !
L’aspect peut-être le plus odieux des faits que je viens de mentionner est la dénonciation effectuée par quelques étudiants syndiqués. Comment peut-on, à cet âge, se faire les valets et les nervis d’une autorité constituée ? Et pourtant, ça n’a rien de si extraordinaire puisqu’il s’agit là d’une des “manies” les plus enracinées dans la bonne vieille terre de France. Mais il faut admettre qu’elle connaît depuis quelques temps, toujours sous l’impulsion d’un gouvernement “socialiste”, un regain de vigueur singulier. Les lettres, anonymes ou non, affluent dans les bureaux des procureurs, du fisc ou dans les commissariats. Des indics improvisés et “désintéressés” proposent leurs services. Tout le monde surveille tout le monde, et particulièrement dans les campagnes, comme nous le faisait suavement remarquer un gendarme qui savait de quoi il parlait et qui ne se gênait pas pour exhiber devant nous le volumineux dossier qui nous concernait. J’ai récemment publié sur Internet un article qui abordait de façon non conventionnelle, mais tout à fait mesurée, réfléchie et respectueuse de la loi, un sujet particulièrement délicat qui provoque tout de suite la fureur en ces temps réactionnaires que nous traversons sous l’égide de la “gauche” (je me répète : c’est obsessionnel !). Encore une fois et à condition de respecter certaines règles, c’est mon droit absolu de présenter, dans quelque domaine que ce soit, des conceptions totalement différentes des habituelles, sans pour autant être menacé et pourchassé. Pourtant un quidam m’a immédiatement fait savoir qu’il avait déféré ce texte scandaleux au procureur en portant plainte contre moi. Ces pratiques deviennent courantes, mais comme ceux qui s’y adonnent ou qui les conseillent, les savent tout de même honteuses et déshonorantes, ils ont recours à cette hypocrisie également bien française qui consiste à gommer les choses en édulcorant les termes qui les désignent. C’est ainsi qu’on va parler de “signalement”, tout comme on évite le vilain mot d’avortement pour désigner, sous une forme neutre, l’horrible réalité qu’il exprime.
Qu’on me permette, là encore, d’évoquer un “fait divers” édifiant : le procès de l’évêque de Bayeux dénoncé et condamné pour ne pas avoir dénoncé... Je ne sais plus qui faisait observer, à tort ou à raison (je ne saurais le dire), que c’était la première fois depuis la Révolution française qu’un porteur de crosse et de mitre avait affaire à la justice pénale. Ce prélat a lui-même reconnu qu’il avait sans doute manqué d’humanité à l’égard des familles des “victimes” et qu’il avait certainement commis une erreur d’appréciation en confiant à son prêtre un ministère qui le mettait en contacts fréquents avec des enfants. Mais il y avait une chose qu’il ne pouvait pas se reprocher, celle précisément pour laquelle on l’a traduit en justice ( !) alors qu’il eût fallu l’en féliciter : s’être abstenu de “rapporter”, comme le ferait un gamin vicieux. C’est complètement méconnaître le type de relations qui doit exister entre évêques et prêtres et vouloir les fausser à l’avenir dans tous les diocèses de France que d’obliger les premiers à se comporter en mouchards, même quand leurs informations ne trouvent pas leur origine dans une confession ou dans des confidences. Un évêque n’est pas un haut fonctionnaire chargé de surveiller et de réprimer ses subordonnés. A cette occasion, on saisit, de façon générale, à quel point ce pays a perdu un certain sens du sacré, et l’on devine, de façon plus concrète et par rapport à l’avenir, qu’une formidable vague d’anticléricalisme se prépare qui fera le lit d’une offensive antireligieuse, et plus précisément antichrétienne, beaucoup plus grave. J’y reviendrai. En conclusion, il est bon que le procès du P. Pican se soit achevé par une condamnation. Malheureusement, on s’est trompé de cible : ce n’est pas lui qu’il fallait épingler, mais plutôt les faiseurs et les applicateurs d’une loi scélérate qui blesse les consciences et incite les gens à s’avilir. Un dernier détail : il y a un siècle et plus, les assomptionnistes de “La Croix”, farouches antidreyfusards, léchaient les fesses de l’Etat représentées par la magistrature et par l’armée. Si j’ai bien compris, certains d’entre eux n’ont toujours pas renoncé à cet exercice appétissant, puisqu’ils semblent approuver le jugement du tribunal en suggérant à la victime de présenter sa démission, alors qu’elle devrait non pas se retirer, mais arborer sa condamnation avec fierté comme un encouragement à se maintenir en fonctions. Or ça, les fils du P.d’Alzon, encore une petite repentance en perspective ? En attendant, je vous prie de bien vouloir trouver ici l’expression de mon profond mépris.
, la création de psychoses collectives viennent à point nommé pour alimenter une soif inextinguible de délation qui va “s’élargir” en chasse aux sorcières et en persécution. Ce sont là des comportements on ne peut plus banals adoptés par tout gouvernement digne de ce nom, qui ne peut subsister sans faire élection de brebis galeuses destinées à porter le poids et à payer le prix de ses carences constitutives. Elles seront jetées en holocauste et en pâture à l’opinion publique, aux médias et à des juges (en particulier d’instruction) qui sauront parfaitement s’acharner sur elles, au mépris de toute justice et en toute impunité. Les extrémistes, les révisionnistes, les communautaristes, les gourous et leurs organisations, les “charlatans de l’irrationnel”, les terroristes, les anarchistes, les pédophiles..., mais aussi les Milosevic, les Saddam Hussein, les Ben Laden, les Papon..., bref les divers ennemis publics et “monstres” ( d’assises ou d’ailleurs) vont déguster, même s’ils ne correspondent que de manière approximative à la définition infamante qu’on leur colle sur le dos avec une glu tellement forte, celle de la rumeur plus ou moins calomnieuse, qu’ils ne parviendront jamais à s’en débarrasser, y compris dans le cas où les tribunaux les déclareraient innocents. Les journaux n’ont peut-être pas leurs pareils pour ruiner définitivement des réputations et des vies. On ne fait pas dans le détail et dans la nuance. L’Etat et la meute de ses chiens enragés s’en prennent à tout ce qui s’éloigne un tant soit peu du modèle courant et paraît le contester, même dans un secteur très limité. Les justiciers deviennent paranos : ils ne souffrent plus le moindre écart et tiennent à l’oeil une masse considérable de suspects, de gens qu’on affecte de considérer et de dénoncer comme potentiellement dangereux. C’est ainsi que prospère en France un régime policier qui ne cesse de s’étoffer et de se consolider, et qui sait faire “avaler” n’importe quoi par les “gens de bien”, leur faire accepter ses excès et ses débordements au moyen d’un argument massue : le renforcement continu des mesures et des actions répressives n’a d’autre justification que leur intérêt !
A ce point de vue, les événements du 11 septembre constituent une aubaine inestimable pour le pouvoir, qui s’apprête à étendre “les contrôles aux voitures et à certains sites Internet” (Le Monde du 5octobre), “tombant (ainsi) dans les lois d’exception”, dit le président de la Ligue des droits de l’homme, et suscitant “la profonde inquiétude” du Syndicat de la magistrature. D’ailleurs on s’aperçoit que presque toutes les hantises et phobies répandues à dessein dans le public pour se l’assujettir ont une caractéristique sécuritaire et “hygiéniste”, physique, mentale et morale. “ Si vous saviez tous les périls qui vous menacent, disent Big Brother jospin et consorts, et si vous saviez, tas d’ingrats, tout le zèle que nous déployons pour vous en préserver. Heureux et privilégiés Français que vous êtes ! Consacrez-vous donc à vos petits bien-être, à vos petites santés, à vos bronzages, à vos frusques et à vos bouffes à la mode, à vos petits loisirs, distractions, voyages et activités culturelles, à vos comptes en banque, à vos idoles et à vos stars frelatées, à vos amourettes et à vos baises, à vos couples et enfants, ces chers petits anges, à vos spiritualismes de bazar.., bref à vos petits bonheurs standardisés, à votre idéal de lombric qui se résume en une recherche de plaisirs et en la satisfaction de vos envies, maître mot contemporain. Quant à NOUS.. nous nous chargeons du reste.. de tout le reste : vous pouvez nous faire confiance ! Et nous éliminons vos ennemis, ceux qui voudraient vous empêcher de jouir de la vie !”. Mais attention, un hédonisme trop poussé pourrait conduire au désordre. D’où la note “hygiéniste” et moralisatrice que je signalais plus haut, qui constitue l’un des aspects les plus comiques de l’action gouvernementale actuelle et qui rejoint cette pudibonderie dont F. Brune montre les liens étroits qu’elle entretient avec le totalitarisme. Il est vrai que, dans tous ces domaines, société politique et société civile s’épaulent mutuellement, chacune à son tour marchant sur les brisées de l’autre. Quelle merveilleuse communion et quelle admirable ruée vers la servitude ! Mais dans ces feintes exhortations à la vertu, l’Etat veille bien à ne pas trop offusquer les pouvoirs économiques et il n’oublie pas de se remplir les poches au passage. La meilleure façon de nous prémunir contre les “méfaits” de l’alcool, du tabac et de la pornographie n’est-elle pas d’augmenter continuellement les taxes ? On refuse de dépénaliser le simple usage des drogues douces, ce qui est anachronique au point qu’un magistrat du parquet reconnaissait que, dans certaines juridictions, on avait en fait renoncé à poursuivre dans ce cas. Mais ça fait bien dans le tableau que de maintenir une législation répressive. Au lieu de s’attaquer aux racines mêmes de la pollution urbaine, automobile et industrielle, ce qui contristerait de puissantes entreprises, on se contente de mesurettes ridicules et parfaitement inefficaces et, là encore, rentables pour l’Etat ou les collectivités locales : journées sans voitures, stationnement de plus en plus onéreux, détermination de seuils au-delà desquels est décrétée une limitation de vitesse que personne n’observe. Certains films sont de nouveau interdits aux mineurs de dix-huit ans.... et le seront bientôt les fessées par tous et pour tous !
Un petit récit illustrera bien ces tendances actuelles : il décrit ce que j’appellerai “l’affaire des caleçons de Lyon” ! Cet été, un très grave problème s’est posé aux responsables des piscines de cette ville. Ce fut une guerre picrocholine entre les shorts et les maillots de bain. Au nom d’un hygiénisme bactéricide très poussé, les autorités ont banni l’usage des premiers au profit exclusif des seconds que des musulmans (peut-être entre autres) se refusaient à adopter pour des raisons de pudeur offensée. Police et muftis s’en sont mêlés pour aboutir enfin à un compromis historique reposant sur le port du... boxer ! Cet épisode pourrait ne paraître que grotesque si l’on n’y percevait en filigrane la confrontation de deux “intégrismes”, l’un physique, l’autre moral, également outrés et tout à fait caractéristiques de l’air du temps. En censurant, si j’en crois Act up, des images destinées à une campagne de prévention contre le sida et jugées trop osées (ce n’est qu’un exemple), le gouvernement donne le ton et, en particulier, son chef qui semble coincé, timoré, puritain, très marqué par l’idéologie (j’en reparlerai), tel un apparatchik de troisième catégorie et sans envergure qui n’aurait jamais dû dépasser le grade de sous-chef du bureau de l’Inquisition au P.S. Il opère un véritable retour à l’ordre moral d’antan. Ne nous faisons pourtant aucune illusion : ces poses avantageuses, ces contorsions éthiques qui ont pour but de donner à la gauche une image de marque sérieuse et vertueuse et qui auraient pour objet de préserver votre intégrité physique, mentale et morale ne sont, pour la plupart, que de la frime et sont bien vite abandonnées lorsque l’intérêt, sous toutes ses formes, le commande.
Mais je voudrais en revenir à ce qui constitue l’essentiel de ce sixième point, la mise au pilori de certains groupes et de certains individus, parfois nommément désignés, qui sont ensuite victimes d’une sorte de lynchage public. Je vais centrer mon exposé sur l’obsession et le fanatisme sectivores, mais il en existe bien d’autres, largement répandus et délibérément entretenus parmi les foules. Encore une historiette personnelle. La petite localité dauphinoise que j’habite s’agrémente d’un lac dont l’environnement ne manque pas de charme et qui est naturellement le siège de diverses activités balnéaires. Bien que je n’y participe pas, j’aime bien me promener l’été (et même en d’autres saisons) dans ce lieu reposant dont la fréquentation, pourtant, n’est plus du tout pour moi de tout repos. Pas plus tard que le 29 juin dernier, je me suis fait apostropher de manière menaçante et méprisante par une demi-douzaine de jeunes gens apôtres de la bienséance. Il est vrai que je m’étais mis dans le tort impardonnable de porter, en dépit de la chaleur et du beau temps, un imperméable gris qui jurait avec le décor et ne pouvait que provoquer la suspicion. Et mon cas s’aggravait du fait que la doublure de ce vêtement incongru était déchirée. Pourquoi un tel accoutrement ? Tout simplement à cause des poches profondes qu’il m’offre et où je puis enfouir les multiples affaires que je trimbale avec moi. C’est ce que j’expliquai de bonne grâce à mes interlocuteurs qui ne voulurent rien savoir et demeurèrent persuadés que c’étaient mes poches qui avaient été intentionnellement trouées par mes bons soins afin d’y faire passer une partie de mon individu destinée à susciter la curiosité et l’intérêt des enfants dont ils entendaient bien protéger l’innocence contre des individus de mon acabit. Ensuite, ils m’intimèrent l’ordre de décamper immédiatement et je ne me fis pas prier. Cet épisode, à peu près impensable il y a dix ans, témoigne d’une évolution des mentalités très inquiétante : les gens, chauffés à blanc par une propagande grossière et incessante, se prennent tous pour des flics et voient des coupables partout. C’est encore dans ce site “enchanteur” que je suis régulièrement moqué et insulté depuis environ cinq ans par des adolescents (hé ! le gourou... et la secte, comment ça va ? etc..etc..), tandis que je lis dans les regards de certains adultes la peur ou la haine. Evidemment, je pourrais m’abstenir de me rendre en ces lieux, mais j’ai décidé de ne pas céder à l’intimidation. Sinon, un jour, je n’oserai même plus sortir de chez moi et ce serait de ma part comme un manque de dignité ou un aveu. Je ne veux pas entrer dans les détails, car ce serait vraiment trop long, mais l’on peut me croire si je dis que les membres de notre communauté n’ont cessé de subir avanies et calomnies depuis 1991, avec l’appui des médias naturellement.
A qui et à quoi devons-nous ces agissements inadmissibles dont nous ne sommes pas les seuls à pâtir ? C’est ici qu’il convient de rappeler quatre types d’intervention combinés, particulièrement exécrables et préjudiciables pour ceux qui en sont les victimes. D’abord, l’action des R.G., cette police politique minable héritée de Vichy que certains gouvernements ont songé à supprimer tellement elle se révélait inefficace et risquait d’induire en erreur et de ridiculiser ceux qui les employaient. Il nous a fallu traîner en justice le préfet de l’Isère pour obtenir qu’il veuille bien respecter la loi qui l’obligeait à nous communiquer le rapport des R.G. nous concernant. Nous l’avons publié sur un site Internet. Qu’on le consulte si l’on veut s’indigner ou se marrer, au choix ! C’est un tissu de fautes de français et d’orthographe, d’erreurs de fait et de mensonges, d’insinuations gratuites et d’interprétations tendancieuses, particulièrement insupportables lorsqu’elles touchent à un suicide. Les rédacteurs de cet immonde torchon n’ont montré, en le faisant sous eux, aucune conscience, aucune pudeur, aucun scrupule. Peut-être y a t-il beaucoup plus grave. J’entends dire de toutes parts et j’ai lu sous la plume de gens bien informés que les R.G sont impliqués dans toutes sortes de coups tordus dont certains tout à fait pendables, comme ceux qui seraient relatifs à la fameuse affaire Doucé définitivement enterrée, semble-t-il. Qu’en est-il exactement ? Bien sûr, je n’en sais et n’en saurai jamais rien. Seules les hautes sphères du pouvoir, qui cultivent tant de secrets, comme il est normal en démocrature, connaissent le fin mot de ces histoires. Et après tout, même les R.G. doivent bénéficier de la présomption d’innocence !
Après ces malheureux qui, à vrai dire, excitent plus ma pitié que mon courroux, je voudrais épingler des groupes ou des individus isolés dont les menées me paraissent encore plus haïssables. Je fais allusion principalement à ces associations regroupant des gens qui, sans aucun mandat ni aucune compétence particulière, se sont autoproclamés justiciers, usurpant à l’origine sur la puissance publique, se comportant en officines parapolicières, pour traquer les “sectes” ou prétendues telles, collecter dans l’ombre des renseignements ou des ragots les concernant, intervenir lâchement dans leur dos auprès d’administrations, de collaborateurs ou de proches pour leur nuire. Comment un Etat qui se dit démocratique peut-il tolérer de telles pratiques ? Mais il a fait bien pire. Il a accordé à plusieurs de ces commandos qui se sont constitués hors la loi une véritable légitimité en les stipendiant, en les reconnaissant d’utilité publique et en leur donnant le droit de se substituer aux victimes ( ?) des “sectes” pour les attaquer devant les tribunaux. Je me suis laissé dire que vivien et sa clique reprochaient à l’A.D.FI. et à sa présidente leur mollesse et leurs erreurs, en somme leur amateurisme, et qu’il entendait bien reprendre l’affaire en main ou la faire reprendre, afin de lui insuffler une bonne dose de professionnalisme, psys à l’appui, et de la rendre beaucoup plus performante. Une fois de plus, je livre cette information sous toutes réserves.
Ce qui est sûr, c’est que le personnage que je viens de citer est sinistre et redoutable. Quelqu’un me confiait que la lecture de ses textes, aussi policés qu’inexorables, faisait froid dans le dos. On aimerait connaître ses arrière-pensées, savoir où il voudrait finalement en venir. Je crains que ses visées ne dépassent de loin l’élimination des “sectes” (j’y reviendrai en conclusion) et qu’il rejoigne sur ce point le non moins triste sire jospin qui l’a nommé à la tête de la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (M.I.L.S.). Deux remarques à ce sujet. Autant on peut concevoir l’existence d’un Observatoire à qui l’on donnerait pour tâche d’étudier le phénomène des “sectes” avec le recul et l’objectivité indispensables, et qui serait dirigé par une personnalité “au-dessus de tout soupçon” connue pour son impartialité et son indépendance, autant il est intolérable de créer un organisme “guerrier” qui met en joue une catégorie de citoyens prédéterminés, les considérant comme des ennemis à abattre, et de remettre la direction de cette milice officielle à un individu que ses prises de position et ses responsabilités antérieures (chef d’une autre association antisecte, le C.C.M.M.) et son appartenance au Grand Orient disqualifient de prime abord pour occuper des fonctions aussi délicates et aussi sujettes à contestation.
J’en viens maintenant à ce que je considère comme un scandale majeur qui aurait dû valoir à ses auteurs d’être mis sous les verrous. C’est la publication il y a cinq ans, en annexe d’un rapport d’une commission parlementaire cornaquée par gest, guyard et brard, d’une liste de proscrits désignés nommément. On renouait avec la tradition inaugurée par Sylla et par les triumvirs qui se payèrent ainsi la tête de Cicéron. Certes, il ne s’agissait pas ici de condamnations à la mort physique ou à la confiscation de biens. Mais le procédé est exactement le même et je serais curieux de connaître l’ampleur et la gravité des dégâts de toutes sortes qui ont été ainsi causés à des centaines et à des milliers de personnes innocentes. Comment peut-on pousser aussi loin l’inconscience et le mépris d’autrui ? A l’extrême rigueur, on aurait pu admettre la dénonciation publique de très rares groupes contre lesquels on aurait amassé des preuves multiples et irréfutables. Ou alors si vraiment et par extraordinaire les 172 étaient tous dangereux au point de mériter une “punition” aussi exceptionnelle et aussi lourde de conséquences, il eût fallu, pour le prouver et pour éviter toute injustice, se livrer, à propos de chacun d’entre eux, à des enquêtes très longues et très difficiles. Or, de l’aveu même des députés en cause, ils se limitèrent, si j’ai bonne mémoire, à une vingtaine d’heures d’audience, durée absolument dérisoire pour conclure avec certitude à la “culpabilité” d’un aussi grand nombre de groupes et, ce qui est encore beaucoup plus répréhensible, à la nécessité de les “exposer” publiquement. Même le chroniqueur religieux du “Monde” H. Tincq, très hostile aux “sectes”, reconnaissait que les résultats de leurs travaux ( ?) étaient issus “d’investigations bâclées”. Et je rappelle pour l’anecdote que l’ensemble du rapport fut définitivement voté par les sept membres présents d’une commission qui en comptait trente ! Dans un livre que j’ai analysé dans le détail, gest essaie naïvement de se justifier en invoquant, comme il fallait s’y attendre, les rapports des R.G, dont on sait ce qu’il faut penser et la valeur qu’il convient de leur attribuer. A supposer que les parlementaires aient eu assez d’ingénuité (ce dont je doute) pour prendre au sérieux ce genre de billevesées, il leur fallait, c’était la moindre des choses, vérifier par eux-mêmes la fiabilité de ces rapports de police avant de les cautionner et de les officialiser, les revêtant ainsi d’une autorité renforcée sur laquelle ont spéculé tant de gens de bonne ou de mauvaise foi pour s’adonner à une chasse aux sorcières effrénée. Une fois de plus, je pense à certains journalistes dénués de tout sens moral dont on ne stigmatisera jamais assez le comportement indigne et qui sont à l’origine de malheurs incalculables provoqués uniquement par opportunisme financier, parce que le thème antisectique est à la mode et qu’il est, de ce fait, porteur et rentable. Honte sur eux ! Je me souviens d’un membre de cette corporation, écrivant dans un hebdo très connu, qui tentait de se couvrir en invoquant le crédit qu’on ne pouvait manquer d’accorder à un rapport parlementaire. Comment aurait-il pu mettre en doute la véracité des assertions contenues dans un document aussi estimable et aussi crédible. Pardine, chacun sait que les députés sont comme le Bon Dieu : ils ne peuvent ni se tromper, ni nous tromper !
(et parfois suivie d’effets concrets !) contre des pratiques anodines, ou même contre de simples tendances ou opinions qui sont jugées déviantes, parce qu’elles s’écartent peu ou prou de la pure orthodoxie et de la stricte orthopraxie, et qu’il faut donc extirper des consciences, de la vie et de la “société”. J’ai gardé pour la fin, en quelque sorte pour la bonne bouche, la description de ce phénomène, parce qu’il représente actuellement le stade le plus avancé, et le plus effrayant, de la coercition exercée par l’Etat et ses souteneurs privés. Tout ce qui, sans même relever d’une contre-culture hostile, se veut pacifiquement alternatif est considéré comme suspect et indésirable. Prenons quelques secteurs. Celui de la médecine et de l’alimentation, par exemple. La méfiance à l’égard des vaccinations, l’attrait pour le végétarisme et le jeûne, même sagement pratiqués, le refus de l’hypermédicalisation, de l’excès pharmaceutique, des analyses et des examens abusifs, la volonté d’accoucher à domicile, la préférence accordée aux médecines douces etc.. sont perçus par les “officiels” soit comme les fantaisies dangereuses de quelques inconscients victimes d’illuminés ou de charlatans avisés, soit comme des faits de quasi-dissidence. Ce qui est tout de même un peu fort quand on songe au primitivisme de la médecine courante et aux risques qu’elle fait courir. Certes, elle bénéficie de techniques ultra-perfectionnées, mais ces équipements de pointe sont peu répandus et bien loin de profiter à tous ceux qui en auraient besoin. Il est des malades qui consentiraient à crever plutôt que de se faire soigner dans beaucoup d’hôpitaux publics où sévissent le manque de personnel, de compétence ou de conscience, à moins qu’on ait affaire à des gens réellement dévoués, mais débordés, surmenés, qui commettent des fautes et des négligences parfois fatales (10.000 morts par an, autant qu’on puisse en juger), qu’il s’agisse d’erreurs de diagnostic ou de traitement, d’accidents chirurgicaux évitables, ou de l’apparition d’infections nosocomiales. Les victimes ont naturellement toutes les peines du monde à faire reconnaître le préjudice qui leur a été infligé et à obtenir une indemnisation qui, de toute façon, ne représente qu’une bien faible consolation et compensation.
Mais au-delà de pratiques et d’attitudes éventuellement insensées et criminelles, il faut s’en prendre aux conceptions de fond, au rationalisme étriqué animant une collection disparate de disciplines trop spécialisées et même éclatées qui réifient les patients en les abordant, non comme des sujets malades, mais comme des objets de pathologies qu’on bourre de composés chimiques et dont on étudie, de manière beaucoup trop rapide et fragmentaire, les symptomes de surface sans les relier ni à l’ensemble des fonctions corporelles et mentales, ni surtout aux causes existentielles des affections constatées, qui devraient constituer la véritable étiologie médicale. Comme toujours, on souffre d’un défaut de synthèse et de profondeur.
Il est également très mal vu de s’intéresser à des pédagogies et à des systèmes scolaires différents qui seraient de nature à remettre en cause les décervellements et les conditionnements opérés dans les collèges, lycées etc.. ou même, simplement et sans aucune intention subversive, les méthodes en usage dans ces établissements. La loi autorise l’enseignement à domicile, mais, en dehors des cas de force majeure (déplacements continuels imposés par le genre de vie ou la profession), les parents qui osent exercer cette liberté, surtout s’ils sont supposés appartenir à une “secte”, se voient opposer toutes sortes de contrôles, de contraintes et parfois de tracasseries destinées à les faire renoncer. De toute façon, les tribunaux sont là pour obliger les fortes têtes à réintégrer le droit chemin.
Dans la même veine, se situent les “réticences”, pour ne pas dire plus, à l’égard des initiatives en tous genres, énergétiques, architecturales, relationnelles.. qui pourraient porter atteinte au modèle de développement économique partout adopté et imposé par les nantis, y compris par les moindres d’entre eux, comme les petits patrons. Même les S.E.L. font l’objet d’une surveillance constante, et même parfois d’actions répressives, comme s’ils allaient entraîner l’écroulement du capitalisme et entraver les progrès de la mondialisation. Mais que voulez-vous ! Il faut étouffer les choses dans l’oeuf avant qu’elles ne dégénèrent et ne prennent de l’extension. Car, après tout, ces associations, qui paraissent inoffensives, reposent en fait sur des vertus et des pratiques intolérables, le troc, les échanges désintéressés, l’esprit d’entraide et de solidarité, qui favorisent les plus faibles et les plus démunis, mais lèsent les intérêts des artisans, des commerçants et de l’Etat. Ces comportements anormaux doivent être sévèrement circonscrits pour éviter qu’ils ne fassent tache d’huile.
A l’égal de beaucoup d’autres qui peuvent, eux aussi, mais bien à tort, sembler insignifiants, alors qu’ils annoncent et amorcent une évolution dangereuse. C’est ainsi que les “experts” vous conseilleront la plus grande vigilance, ainsi que des interventions “pressantes”, si vous observez des changements, même imperceptibles, chez l’un de vos proches. S’il commence à se distinguer par une singularité quelconque, il faut tout de suite mettre le holà ! S’il modifie plus ou moins brusquement ses habitudes, par exemple alimentaires ou vestimentaires, ou son aspect physique, s’il n’assume plus convenablement ses devoirs stéréotypés de production, de consommation, de relations, de distractions, de communications (portables et tout le saint-frusquin), s’il a tendance à s’isoler pour lire, rêver, réfléchir, méditer ou, pire encore, pour s’adonner à des gestes ou à des rites superstitieux, s’il reçoit trop souvent des lettres ou des visites mystérieuses, s’il se laisse aller à des rendez-vous non identifiés, s’il fréquente des groupes douteux, c’est qu’il se trouve probablement sous l’emprise d’une “secte”. Vous devrez donc réagir vigoureusement, l’admonester, le gourmander, ne plus le lâcher d’une semelle, pour l’amener à résipiscence et le reprendre en main. Au besoin, vous recourrez aux procédés plus efficaces et plus expéditifs qui vous seront suggérés et mis en oeuvre par les anges gardiens spécialisés (enlèvements, deprogrammings ..) !
Je vais conclure par ce qui me paraît constituer, du moins pour l’instant (car on fera certainement mieux dans un avenir proche) la fine pointe de l’intolérance. Depuis quelques années, je lis ou j’entends dire de plus en plus souvent que certaines opinions ne devraient pas avoir le droit de s’exprimer ! Je suis d’autant plus abasourdi par de telles énormités qu’elles ne sont pas seulement proférées par tel ou tel chantre du fanatisme et de l’exclusion, mais qu’elles semblent être admises par un nombre croissant de Français moyens. C’est ainsi que l’un d’entre eux, un certain lamazou, qui, si j’ai bien compris, aime faire du bateau (pourquoi pas ?), n’hésite pas à affirmer dans ses “Carnets de voyage”, p. 16 : “Il y a vraiment des opinions qui méritent châtiment”. Vous avez bien lu : il ne s’agit pas de menaces, d’insultes, de diffamations, d’incitations au crime, mais de simples opinions. C’est ahurissant, affolant.. Et l’on décèle ici aussi bien le degré de sectarisme auquel est parvenue l’opinion publique, stimulée par l’Etat et les médias, que la volonté de censure qui en résulte et qui règne partout. Un précédent, extrêmement fâcheux, a inauguré et encouragé cette dérive : la loi gayssot, qui fleure bon le stalinisme résiduel de son auteur. Même lorsqu’on estime qu’une “opinion” équivaut à un déni de réalité, on n’a pas à la sanctionner en instituant un délit d’opinion. Devrai-je être puni si j’affirme que Louis XIV n’a jamais existé ! La vérité objective et “scientifique” est un mythe et l’on ne doit pas chercher à l’établir à coups de condamnations pénales, mais uniquement à force de discussions, de démonstrations, de réfutations etc.. La loi et les tribunaux n’ont pas à intervenir dans ce genre de débats. C’est pourtant ce que, dans la voie ouverte par la loi gayssot, souhaiteraient un nombre important de minorités, dont beaucoup de gays, par exemple, qui voudraient que soient réprimés les propos homophobes. Il faut s’y opposer, dès lors qu’il s’agit uniquement d’appréciations, non accompagnées d’injures et de menaces, et aussi stupides, injustes, fausses et méchantes soient-elles. Une fois de plus, inlassablement, je rappelle que, si nous étions en démocratie, il irait de soi
Voilà ce que va illustrer le petit florilège annoncé plus haut (chose promise, chose due), qui est tiré du roman d’Orwell “1984” ainsi que de son commentaire par François Brune. Une excellente façon d’évacuer les terribles descriptions contenues dans le texte original est de plaider leur péremption, de soutenir qu’elles s’appliquaient (ou s’appliquent) uniquement aux régimes communistes ou fascistes maintenant disparus ou à ceux qui pourraient encore susbsister. F.B. nous met en garde contre cette facilité suspecte et souligne “la permanente actualité de 1984” (p. 8), “sa portée universelle”(p. 7). Il vise, je le rappelle, “tous les systèmes de pouvoir et d’oppression, y compris ceux qui sévissent dans les dites démocraties capitalistes” (p. 7). “Dès qu’on scrute les manifestations souvent anodines de l’actualité (nationale ou internationale), dès qu’on examine les divers processus de normalisation qui nous environnent (de l’étiquetage du citoyen-consommateur au terrorisme du médiatiquement correct), dès qu’on découvre les jeux des pouvoirs qui se jouent de nos vies, on ne doute plus : Orwell est parmi nous, les systèmes de répression ou de rééducation qu’il a imaginés sont bien là, en nous et en dehors de nous, moins grinçants peut-être (ça dépend pour qui) parce que mieux huilés, moins voulus (croit-on) mais non pas moins réels” (P. 8). Certes les “modèles” institutionnels inventés par Orwell n’existent pas toujours dans les faits, mais ce qui importe, ce sont “les mécanismes qu’ils dévoilent” et qui, eux, “sont bien là” (p.9). Ainsi, les falsifications opérées par “le ministère de la Vérité”... correspondent au “mensonge-fait-système qui est l’occupation prioritaire des “services de communication” des organismes de pouvoir” ainsi qu’à “cette perversion du langage qui consiste à couvrir les réalités inavouables par des dénominations valorisantes, ou du moins euphémistiques” (ibid..). Oui, “1984” nous offre le portrait tout craché de la France contemporaine dont la réalité rejoint chaque jour davantage la fiction orwellienne. Et, dans cette progression, la savante exploitation des événements du 11 septembre constitue une nouvelle étape, décisive.
Big Brother et l’Etat français se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Ils sont tout-puissants, omniprésents, constituent “une instance d’auto-normalisation” qui s’intériorise en chacun de nous “pour corriger toute déviance” (p.13). Le B.B. français, comme tous les autres, “vous surveille et veille sur vous ; il est en permanence l’Inquisiteur et le Sauveur” (p.11). Et cette observation est capitale, puisque, effectivement, l’Etat français essaie de justifier tous ses abus de pouvoir, “sa fonction dominatrice”, par “une fonction protectrice”. Il s’agit toujours pour lui, soi-disant, de défendre les citoyens contre toutes sortes de périls et de dangers réels, imaginaires ou exagérés, dont certains, insaisissables, diffus ou mythiques (comme Goldstein) apparaissent et sont présentés comme d’autant plus redoutables... et d’autant plus susceptibles de provoquer une soumission inconditionnelle au Père, Mère et Patron. Ainsi se développe toute une philosophie étroitement conjuguée de la Haine et de la Peur. Ainsi défilent pêle-mêle dans les colonnes des journaux et sur les écrans de TV les ennemis que nous devons exécrer et combattre (Milosevic, Saddam Hussein, Goldstein-Ben Laden, les sectes, les gibiers d’assises, les jeunes des banlieux, Papon, les pédophiles et tant d’autres. On crée une “fantasmaphobie” (p.28) qui s’accroche à toute une série de boucs émissaires, “chaque nouvel objet de haine chassant l’autre au gré des humeurs du public”, p.31. Car “l’objet de la haine n’importe pas : c’est l’état de haine qui compte”, p.32,et qui est entretenu, dans “notre monde en mutation”, par “la pérennité des injustices sociales, l’esprit de compétitivité, la brutalité de l’économie libérale..., d’un côté ; les campagnes médiatiques de l’autre (la bonne guerre du Golfe..., la bonne guerre du Kossovo...., les bonnes bombes américaines contre les méchantes fusées venues de l’Est” (p.33) et maintenant (c’est moi qui l’ajoute), la bonne guerre contre l’Afghanistan présentée, selon un usage constant, comme une croisade du Bien contre le Mal. Ces “manifestations rituelles de l’horreur collective (sont) chargées d’unifier nos majorités aveugles dans des détestations communes”, p.33. Comme c’est bien dit et comme c’est juste !
Mais il ne faudrait pas croire que la haine se pratique uniquement et passivement à l’encontre de quelques cibles spectaculaires, individuelles ou collectives, jetées en pâture à l’opinion publique. Les gens sont aussi invités (et ils ne se font pas prier !) à la projeter activement sur leurs voisins et connaissances. J’ai déjà rappelé que la dénonciation s’accordait parfaitement avec le génie de la population française qui s’y adonne avec délices. N’est-il pas fait obligation aux bons citoyens de “signaler” les délits et les crimes dont ils auraient connaissance... ou même simplement leurs soupçons, plus ou moins sincères ? Le fisc ne leur attribue-t-il pas une prime lorsqu’ils “vendent” un contrevenant ? Plus que jamais, la délation est à la mode, et encouragée par les pouvoirs. “L’oeil du chef la suscite toujours. Espionnez-vous les uns les autres comme je vous espionne moi-même”, recommande Big Brother, qui “se démultiplie ainsi en des millions de petits émules... La délation, qui permet d’être à la fois normalisé et normalisant, devient un principe de vie quotidienne, d’équilibre intérieur, d’occupation civique... On inverse sa panique d’être marginal en triomphe de se sentir majoritaire. On entre pour toujours dans le cycle persécuté/persécuteur” (p.14). Et ces derniers mots sont bien ceux qui conviennent. Car le mouchardage généralisé et fortement préconisé fait partie d’un ensemble beaucoup plus vaste, “une persécution permanente.. engendrée logiquement par la poursuite du pouvoir”(p.82). Car celui-ci ne peut s’établir sans conteste que s’il “traque, non seulement les conduites déviantes, mais aussi les opinions, la parole, la pensée différentes qu’il tend à priver du droit de cité” (p.79). On croirait entendre jospin et ses affidés réfléchir tout haut ! Mais il est vrai que pour atteindre cet idéal, la “prévention” peut se révéler plus efficace que la répression, sans que, pour autant, celle-ci cesse jamais, puisqu’elle est indispensable (comme nous le verrons plus loin) aussi bien à la survie du bourreau qu’à celle de son système. La “prévention”, comme nous pouvons le constater autour de nous et comme le confirme Orwell, s’exerce d’une double manière.
D’abord, par le maintien des divisions, des conflits et des inégalités, qui structure toute la société et la fait vivre dans “ une mentalité, dans une hystérie de guerre qui rendent les peuples, crédules, craintifs et fanatiques, et donc maniables à souhait ” (p.37). Cette hostilité n’est pas seulement dirigée contre certaines têtes de Turcs habilement choisies à l’intérieur et à l’extérieur, réellement dangereuses ou non. Elle est au coeur des collectivités, se manifeste dans les incivilités, les brutalités, les rudesses de la vie quotidienne (cf. les comportements incroyablement grossiers et meurtriers qui sévissent sur les routes), dans une compétitivité universelle et impitoyable (sportive, scolaire, professionnelle, économique... chaudement célébrée par tous les pouvoirs, dans la “culture”, sciemment orchestrée, d’une envie assassine générée par le spectacle et l’entretien des inégalités et des privilèges. Dans “1984”, comme chez nous en 2001, existent trois classes sociales. D’abord “une oligarchie comprenant environ 2% de la population, résolue à garder le pouvoir en écrasant toute opposition, et disposant de tous les moyens modernes de propagande et de surveillance” (p.39) Nous savons très bien que la France est entièrement gouvernée par quelques centaines de personnes dont les plus importantes, je le rappelle, ne sont même pas élues. Cette “caste dirigeante” s’impose à un groupe intermédiaire formé par les classes moyennes qui la jalousent et qui la haïssent, mais qui sont bien obligées de la servir pour en obtenir des avantages supplémentaires et pour écarter la menace représentée par les “prolétaires” exploités et tyrannisés qui, eux, sont voués à l’impuissance, à la misère et à l’abrutissement.
F. Brune développe admirablement le contenu et la signification de ces deux derniers termes. La misère : dans les pays du Tiers Monde, elle est “sciemment organisée” par des tyrans qui se remplissent les poches et “elle va de pair avec le maintien des systèmes en place”. Dans les pays riches.., la surconsommation des uns n’exclut pas la paupérisation des autres : le chômage (dont la hantise démobilise le contre-pouvoir ouvrier) et l’exclusion, qui caractérisent la “société à deux vitesses”, favorisent l’instauration du pouvoir et de ses hiérarchies en fragilisant les résistances individuelles. Même chez les semi-nantis qui forment la classe moyenne, on peut dire que la “pénurie” continue à jouer son rôle disciplinaire en prenant la forme de la frustration : les modèles publicitaires inscrivent dans la tête des gens l’idée d’un manque perpétuel qu’ils ne pourront combler qu’en se soumettant docilement au système, dont ils attendent l’argent qui donne droit à la consommation... (p.46). Quant à l’abrutissement, il est obtenu grâce aux “procédés classiques d’aliénation des masses”. Elles “jouissent” d’une “morale permissive qui les maintient dans l’esclavage de leurs instincts” (p.42). Orwell évoquait déjà la loterie et le cinéma de bas étage. Et F. Brune complète la description en l’actualisant : “La permissivité dans laquelle baignent les prolétaires nous invite à voir d’un autre oeil les divertissements de masse (docudrames, émissions de variétés grossières, téléporno, abêtissements collectifs, etc..) que nous livrent les médias actuels, la télévision en particulier, aux heures de grande écoute. Dans la prison publicitaire, chacun est libre de brouter sans penser” (p.46). La liste qu’il propose pourrait être allongée ou précisée en y incluant quantité de manifestations “sportives”, “musicales” ou simplement festives, de commémorations “patriotiques”, d’émissions de pseudo-débats et même, à l’usage des classes moyennes instruites, de prestations “intellectuelles” qui se veulent de haut niveau, mais qui ne font que distiller avec une apparente érudition les idées reçues et imposées en haut lieu. Il s’agit, en fin de compte, d’obtenir de chacun “une oblitération du moi”, “une abdication de sa volonté propre”, une dépersonnalisation typiques de ce que recherchent “les institutions perverses” et, en particulier, les vraies sectes dont le Big Brother français constitue l’une des incarnations les plus redoutables.
Et nous en arrivons ainsi à la deuxième série de techniques et de mesures “préventives”, celles qui ont pour but la normalisation des cerveaux et du langage. Tout peut être résumé par cette formule aussi savoureuse que pertinente : “ Bien parler pour ne rien dire et bien penser pour ne rien réfléchir ” (p.67), qui pourrait être adoptée comme devise par les histrions mortellement ennuyeux (politiciens, affairistes, “penseurs” à la mode, artistes et amuseurs dans le vent etc..) qui se succèdent sans interruption sur les ondes et sur les écrans, et qui remplissent de leurs salades indigestes et insipides l’ensemble des publications journalistiques et livresques, sans compter Internet. Dans tous les cas, il s’agit d’implanter dans les psychismes des réflexes, des instincts, des tropismes qui vont jouer mécaniquement et tenir lieu de conscience, de raisonnements et de jugements personnels. Ces visées s’appliquent aussi bien à la reconstitution du passé qu’à la description des réalités contemporaines ou à la construction de l’actualité.
J’ai déjà eu l’occasion de dénoncer les falsifications et les déformations historiques qui s’étalent à pleins bords dans les manuels et les cours imposés dans les établissements scolaires... tout aussi bien que les omissions délibérées qui y brillent par leur absence. J’espère qu’un jour des gens de talent et de courage mettront en valeur ces tricheries monumentales qui culminent peut-être dans les livres “d’instruction civique” où, sous prétexte d’expliquer le fonctionnement des institutions, on essaie de faire croire (exercice typique de la “doublepensée” orwellienne) qu’elles sont remplies de substance humaine et vertueuse, alors qu’elles se réduisent à des mécanismes d’oppression durs et secs. Ceux qui vantent les mérites et chantent les louanges de la “république” et de la “démocratie” françaises sont précisément les mieux placés pour savoir qu’elles n’existent pas dans les faits. Et que dire de tout le bourrage de crâne triomphaliste concernant les résultats scientifiques de la “connaisssance” rationaliste et les bienfaits de ses applications techniques !
Quant à l’actualité, “notre système médiatique... affecte de nous “informer” de la réalité telle qu’elle est, alors qu’il la construit sans cesse en fonction d’un schéma préétabli qu’on peut nommer le modèle événementiel. Des milliards de “faits” se produisent effectivement dans le monde ; les médias, en fonction des intérêts de leurs propriétaires et de ce qu’ils décident être les besoins des publics, sélectionnent et dramatisent un certain nombre de ces faits, qu’ils érigent en “événements”, censés à eux seuls résumer tout ce qui “se passe” sur la planète ” (pp.72 et73). Pour aboutir à l’extinction des intelligences et des libertés individuelles et collectives, on a recours à des techniques subtiles, telle la “ doublepensée ” (p.53) qui implique un long et méritoire entraînement. Car, au début, ceux qui nous régalent de mensonges éhontés, comme nous en voyons et en entendons tous les jours, ceux qui déforment et trahissent sciemment les “faits” ou les inventent, au besoin, ceux qui en donnent une version outrageusement et systématiquement optimiste et unilatérale ne sont pas dupes de leurs manigances. D’où certaines maladresses qui peuvent nuire à leur crédibilité et un certain embarras pénible à supporter. Il leur faut donc acquérir une parfaite aisance et c’est là où les choses se corsent et exigent patience et discipline. Il s’agit pour eux de passer de la mauvaise foi à la “bonne foi”, de se convaincre eux-mêmes de la véracité ou de la réalité d’affirmations dont ils continueront à savoir inconsciemment qu’elles sont illusoires et trompeuses.
Ainsi parviendront-ils à une véritable “sincérité” qui leur permettra de franchir une deuxième et décisive étape, celle qui les mènera à la pratique spontanée de “ l’arrêtducrime ” (p.57), qui consiste en “ la faculté de s’arrêter net, comme par instinct, au seuil d’une pensée dangereuse,.. le pouvoir de ne pas saisir les analogies, de ne pas percevoir les erreurs de logique, de ne pas comprendre les arguments les plus simples... Cette stupidité protectrice, ce refoulement préventif... parachève(nt) l’auto-aliénation de l’individu et institue(nt) en lui un état de schizophrénie permanente ”, mais désormais parfaitement assimilée. Qui ne voit que ces définitions correspondent exactement aux procédés utilisés sans désemparer par les innombrables beaux parleurs (journalistes, politiciens, hommes et femmes d’argent, “experts” et divertisseurs en tous genres..) chez qui ils sont devenus une seconde nature et qui les manient avec plus ou moins de brio et de succès. “La plupart des effets d’annonce gouvernementaux visent à mystifier le public en lui faisant prendre les intentions du discours pour la réalité des choses... Les euphémismes du “politiquement correct” supposent une certaine maîtrise de la doublepensée : il faut bien connaître la cruauté d’une certaine réalité pour estimer devoir la nier par un langage châtié : “classes de perfectionnement” (pour) cours-dépotoirs, “promotion du temps choisi” (pour) “perte de travail” (ou chômage !), “réservoir de croissance” (pour) “retard français” en équipement informatique” (p.59). Et, plus prosaïquement, employé de maison (pour) domestique, gardien pour concierge, technicien de surface pour balayeur, ouvrier spécialisé pour manoeuvre etc.. Il faut toujours embellir, édulcorer et dénaturer les choses pour les rendre présentables et “positives”. “ Plus généralement, le citoyen d’aujourd’hui vit dans un brouillage idéologique qui l’oblige à adhérer, sans sourciller, aux “certitudes” les plus opposées. Il doit tout avaler, tout croire ; il doit croire à la fois les sirènes de la croissance, et les enquêtes sur la misère du monde. D’un côté, l’euphorie publicitaire, de l’autre, les réalités de l’exclusion. L’idéal du tout automobile ; la saturation des routes et des villes. Le triomphe de la communication mondialisée ; l’expansion des solitudes et des désespoirs. Le culte de tous les contacts et la hantise de toutes les contaminations. Le dynamisme de l’époque et l’essoufflement des vies privées. Le modèle du “battant” et la marée du chômage. La consommation illimitée et la rigueur très nécessaire ” (pp.59 et 60). Constats on ne peut plus judicieux qui reçoivent chaque jour de nouvelles confirmations !
Comme on a déjà pu le noter, la langue de bois (qui traduit tout naturellement une pensée unique spécialement dénoncée par ceux qui en font un usage quotidien) est composée d’expressions toutes faites, de formules convenues, de stéréotypes, d’assertions encourageantes dictées par un optimisme de commande, de flatteries destinées à des “citoyens” qui sont toujours “adultes et responsables”, elle se caractérise par “l’appauvrissement du langage” (p.62), par “l’uniformisation de la morphologie et du style qui (devient) télégraphique”, par une simplification “ grossière” de la syntaxe,(p.63), “par la multiplication des abréviations et des sigles” (p.72) plus ou moins ésotériques, “par la réduction des jugements de valeur à de grossiers schémas binaires, tels que super/nul, débile/génial etc..” (p.72). Décidément, Orwell avait tout prévu... jusqu’aux tics de langage observables chez nos politiciens (prononciation mécanique, élocution monotone..), qui trahissent chez eux le découplage entre l’éructation sonore et l’activité cérébrale. Les mêmes thèmes sont partout développés avec l’aide des mêmes automatismes sommaires et standardisés. Cette anémie générale, qui atteint une pensée et un langage de plus en plus indigents, et qui donne lieu à la “ canelangue ” ou “ caquetage du canard ” (p.61), n’est pas l’apanage des “élites”. Elle nous environne et nous débilite de toutes parts : il suffit d’écouter les “conversations” qui se tiennent dans les lieux publics. Cette évolution ne peut que servir des pouvoirs qui la favorisent. Car “le champ de la conscience diminue avec celui des mots” et “l’hérésie est supprimée à travers ses possibilités d’expression” (p.62). Et je conclurai avec ce passage magistral : “ Tout contrôle idéologique, étant contrôle des représentations collectives, implique un contrôle du discours social ; et réciproquement, dès que se manifeste une forme de novlangue, c’est que sévit une forme de pouvoir. La langue politiquement correcte, le langage fonctionnel des technocrates, les lieux communs médiatiques et les expressions “branchées” dans lesquels doivent se mouler nos paroles quotidiennes, tout cela contribue à l’édification d’un vaste discours anonyme qui discipline la pensée de tous en faisant taire la singularité de chacun ” (p.72).
Nous avons évoqué successivement les moyens de la répression, puis ceux de la prévention. Lorsque, par extraordinaire, cette accumulation dissuasive ne suffit pas, il subsiste une méthode dont l’efficacité est pratiquement garantie à 100 %. C’est la récupération. Ainsi se boucle la boucle dont on ne peut s’échapper, ainsi se resserre l’inexorable noeud coulant. Dans le “roman” d’Orwell (qui est plutôt un reportage prophétique sur notre époque), ces basses besognes sont accomplies par “La Fraternité”, si bien nommée par antiphrase, qui se donne pour une société secrète réunissant les adversaires de Big Brother, mais qui, en fait, a été créée par Lui pour les éliminer. Transposée dans la France actuelle et ailleurs, la manoeuvre s’apparente à toutes les pratiques d’entrisme et de noyautage effectuées avec succès par les sbires de l’Etat qui s’infiltrent dans les groupes suspects, non seulement pour se renseigner à leur sujet, mais aussi et surtout pour faire de la provocation en les incitant et en les aidant à commettre les violences dont la puissance publique va s’emparer et se prévaloir pour les détruire. D’une certaine manière, rien que de très banal. Mais là où le génie de l’auteur de “1984” fulgure, c’est lorsqu’il montre l’importance pour le tyran d’entretenir une opposition et, au besoin, d’en favoriser la naissance et le développement. C’est pour lui une nécessité vitale directement liée à son Projet totalitaire. “ On n’embrasse pas Tout tant que le contraire de ce Tout vous échappe. On n’englobe pas Tout tant qu’on ne suscite pas son Contraire pour le dominer ” (p.94).
Mais il y a encore plus vicieux... et très caractéristique de la plupart des “hideux personnages qui nous gouvernent”, comme disait S. de Beauvoir. C’est le plaisir sadique éprouvé par les représentants d’un Etat qui s’amuse comme un chat avec ses victimes, qui tient à préserver chez eux l’illusion de l’indépendance, de l’efficacité, du salut à plus ou moins long terme et qui, pour ce faire, n’hésite pas à “relâcher sa proie pour mieux la ressaisir... à redonner un peu d’espace à l’humain pour jouir de l’asservir à nouveau” (p.93). Répétons-le : c’est bien ce que nous remarquons dans la vie courante. Pour nous faire oublier qu’ils nous piègent et qu’ils tirent les ficelles, nos despotes au grand ou au petit pied nous donnent du mou, allongent plus ou moins la laisse, en affichant un libéralisme en trompe-l’oeil, de pure façade. Mais c’est pour mieux nous ferrer et nous étrangler. Ainsi apparaît une certaine image de l’homme de pouvoir, par laquelle je terminerai provisoirement cet excursus dans les oeuvres combinées d’Orwell et de F.Brune (que je tiens à féliciter et à remercier pour ses analyses lumineuses) et qui est saisissante de vérité contemporaine.
L’homme de pouvoir, le vrai, “ recherche le pouvoir pour le pouvoir.. Le bien des autres ne l’intéresse pas. Il ne recherche ni la richesse, ni le luxe, ni une longue vie, ni le bonheur.. Le pouvoir n’est pas un moyen, il est une fin... Le pouvoir a pour objet le pouvoir... Et l’on ne s’en empare pas avec l’intention d’y renoncer ” (p.76). Voilà une description qui s’applique parfaitement à un de gaulle ou à un mitterrand. Mais il faut bien reconnaître que grouille autour de ces personnages toute une vermine qui n’est pas insensible à certains avantages “collatéraux” : fric, places, médailles, titres, prestige, médiatisation etc.. Revenons à l’ homme de pouvoir pur et dur. “Il légitime son action en l’inscrivant dans un ordre supérieur... Il agit au nom d’une réalité collective. Cela lui permet de se justifier à ses propres yeux tout en enflant son sentiment de puissance” (p.139). Ainsi font, font, font les petites ou grandes marionnettes nationalistes de droite ou de gauche qui abondent dans ce pays et qui sacralisent la FRANCE à l’égal d’une divinité éternelle. “L’homme de pouvoir cherche toujours à exercer un empire cérébral sur l’esprit des autres, qu’il soit inquisiteur, ou tortionnaire, technocrate ou bureaucrate, autocrate, aristocrate ou idéocrate” (p.139) ou même, pourrait-on ajouter, “démocrate” ! Un petit jeu intéressant : choisissez, parmi tous ces qualificatifs, celui qui vous semblera le plus approprié pour désigner chacun des dirigeants les plus notables qui se sont distingués à la tête de ce pays depuis une cinquantaine d’années. Si j’ai bien compris, ce sont tous des gourous qui veulent, d’une manière ou d’une autre et selon leurs génies propres, imposer à tous “leur vision de la réalité... leur interprétation du monde... leur dogme personnel” (p.139). Continuons. “L’homme de pouvoir pratique quotidiennement la double-pensée : il lui faut sans cesse nier la réalité objective qui le contrarie et, cependant, tenir compte de cette réalité pour mieux la nier, pour en extirper les traces dans le cerveau des autres”. Et encore : “L’homme de pouvoir... s’oblige constamment à l’affirmation dogmatique et à la persécution maladive. Il ne fait pas souffrir pour simplement jouir ou punir : il lui faut... persécuter d’avance, détruire par une sorte de légitime défense anticipée, tout ce qui menace, de près ou de loin, la construction mentale qui le traverse”... Et cette conclusion qui résume tout : “ L’homme de pouvoir n’en finit jamais de susciter une opposition qui lui permette d’exercer ses griffes : il lui faut cultiver son contraire pour le piétiner, et faire renaître ce qu’il a besoin de tuer. La Haine est une passion qui a besoin d’objet. Le désir de nettoyer nécessite de la crasse. Pour tous ceux qui ont besoin de massacrer des hérétiques, les hérésies sont aussi nécessaires que les dogmes ” (ibid.).
Avec “le délire de persécution qui anime les puissants”, nous retrouvons en plein notre sujet, celui des “sectes”, et, plus précisément, la loi du 30 mai, au déchiffrement de laquelle tout ce qui précède n’a servi que de prélude. On pourra juger mon “introduction” beaucoup trop longue et disproportionnée à l’importance réelle de son objet. Mais j’ai estimé indispensable de montrer dans quel terreau en décomposition, dans quelle pourriture s’enracine la fleur vénéneuse que nous ont “faite” les parlementaires. J’ai voulu prouver que la faute (ou pire, “l’erreur”, ainsi qu’aurait dit Talleyrand) commise par eux, aussi monstrueuse fût-elle, ne fait que s’inscrire dans une logique ancienne et inexorable et prolonger une ligne d’agressivité et de persécution qui prend sa source aux origines mêmes de l’Histoire. Il s’agit d’un mal immémorial et constitutif, par définition et par application universelle, de tous les Etats, même s’il revêt, chez le monstre français, des formes particulières et une virulence accrue à certaines époques.