Le but totalitaire, poursuivi depuis des siècles, demeure obstinément le même et il n’est pas très difficile à définir : il s’agit d’amener la totalité des pseudo- citoyens à penser et à se comporter de manière totalement identique dans la totalité des secteurs de leur vie publique et privée. Comme le dit excellemment le philosophe Baudrillard, cité par E. Morin dans son livre : “Pleurer, aimer, rire, comprendre” : “Ce que l’Occident veut imposer désormais au monde entier, sous couvert de l’universel, ce ne sont pas des valeurs, c’est justement son absence de valeurs. Partout où survit, persiste quelque singularité, quelque minorité, quelque idiome spécifique, quelque passion ou croyance irréductible et surtout quelque vision du monde antagoniste, il faut imposer un ordre différent...Nous distribuons généreusement le droit à la différence mais, secrètement, et, cette fois inexorablement, nous travaillons à produire un monde exsangue et indifférencié”. Un idéal aussi élevé exige énormément d’efforts et beaucoup de suite dans les idées, ce dont l’Etat français n’a jamais manqué , reconnaissons-lui ce mérite... d’autant plus évident que, dans sa bonté d’âme et pour afficher son libéralisme, il continue à tolérer, par exemple, que l’on préfère la glace au chocolat à la glace à la vanille, que l’on porte un tricot jaune plutôt que rouge, où même que l’on ait des pratiques homosexuelles au lieu des conduites réputées normales en la matière. On pourrait donc juger qu’il pousse trop loin le laxisme, si l’on oubliait qu’une telle indulgence, qu’on serait tenté d’apparenter à de la faiblesse, trouve ses limites dans l’interdiction absolue de remettre en cause sa mainmise universelle et les principes idéologiques qui guident son action et auxquels tous doivent adhérer. Voici les plus importants.
, qui sous le couvert d’une pseudo-démocratie et d’une pseudo-république, théorise et renforce la suprématie de l’Etat. Aucune personne sérieuse ayant un minimum d’honnêteté et de lucidité ne soutiendra que c’est le peuple qui gouverne. Comme le disait giscard, la France est dirigée en fait par une poignée de privilégiés, par des cercles très fermés, ce que j’appellerais des camarillas, des establishments et des nomenklaturas, qui occupent l’Etat en permanence, de génération en génération, le gèrent à leur convenance et le pillent à l’occasion. Les grands pouvoirs effectifs, l’économique, le médiatique, l’administratif, le militaire et, de plus en plus, le judiciaire, sans compter d’innombrables lobbies, parfois très influents, sont formés de gens qui ne sont pas “consacrés” par le suffrage universel, mais qui n’en imposent pas moins leur “loi” aux élus... ceux-ci l’étant d’ailleurs dans des conditions rocambolesques que nous avons étudiées dans le détail, qui faussent complètement le sens et la valeur de leur désignation et font de tous les scrutins des mascarades honteuses auxquelles il est déshonorant de participer. De toute façon, les parlementaires sont entièrement placés sous la tutelle de l’exécutif...et des partis dont ils émanent et qui font écran entre eux et le peuple.
Quant à la “chose publique”, que l’on fait mine d’assimiler vertueusement à l’intérêt général, il y a longtemps qu’elle s’est privatisée et dégradée en “choses” bien grasses et bien juteuses, en avantages de toutes sortes que les nantis s’approprient et se disputent, comme des gamins qui plongeraient à pleines mains dans les pots de confiture. Il ne reste plus à l’Etat, pour justifier son hégémonie, que d’invoquer le bien commun dont il serait le garant et, grâce à ses aptitudes gestionnaires, le créateur. Encore une belle rigolade ! S’il était soumis aux mêmes obligations que les particuliers, il y a longtemps qu’il serait en faillite et “condamné” ! On n’en finirait pas d’énumérer ses défaillances et, parfois, ses crimes, perpétrés dans le cadre d’un système irréformable qui, fonctionnant de manière aberrante et sans véritable contrôle, engendre continuellement négligences, imprudences, imprévoyance, incompétence, irresponsabilité, absurdité, cocasserie et inhumanité dans les rapports quotidiens avec les administrés, gaspillages innombrables portant sur des sommes énormes et perpétrés impunément, même s’ils sont parfois dénoncés en vain par les Cours des Comptes, enfin, last but not least, tous les faits de prévarication, parfois commis même aux sommets de la hiérarchie et dont les médias ne nous donnent qu’une bien faible idée. Tout cela n’est pas très brillant de la part d’un Etat qui se prend, en tant que tel, pour une entité supérieure, de caractère quasi métaphysique, qui, de toute éternité, aurait reçu pour mission de diriger et de mettre en esclavage un troupeau de sujets nommés “citoyens”, tout aussi fictifs que Lui, tout aussi dépourvus de réalité, mais si bien “formés” qu’ils acceptent de se laisser conduire et dominer par une pure, ou plutôt, par une bien impure Abstraction, par un Ectoplasme inconsistant qui a su pourtant, à force de manipulation et de bourrage de crâne, se doter d’une existence et même d’une toute-puissance que nul ou presque n’ose désormais contester ou mettre en échec. Certes, il existe des fonctionnaires et des politiciens probes et de bonne volonté, mais à supposer qu’ils puissent le rester dans un contexte éminemment défavorable, leur présence et leur action ne modifient en rien les effets meurtriers de mécanismes qui en sont arrivés à jouer d’eux-mêmes, comme s’ils avaient appris depuis des millénaires à s’auto-programmer. Mis en place progressivement par une longue suite de générations et donc, au début, simples reflets de leurs comportements, ils ont acquis avec le temps une sorte d’autonomie qui en ont fait des entités agissantes et toute-puissantes contre lesquels les gens bien intentionnés ne peuvent rien. C’est là une des grandes constantes de l’Histoire : les minorités ont toujours été vaincues et n’ont jamais infléchi le cours des événements.
, éminemment pratico-pratique, qui s’interroge sur les moyens à utiliser pour obtenir une concentration des richesses toujours plus forte au profit d’Etats, de firmes et de ploutocrates qui ne cessent de s’engraisser par l’accaparement et l’accumulation. Le “concept-clé” qui ouvre à cette expansion les espaces indéfiniment élargis et renouvelés de la mondialisation peut ainsi se résumer : tout peut s’acheter et tout peut se vendre, les biens matériels naturellement ainsi que le talent, l’intelligence, le savoir-faire, la force de travail, le dévouement illimité et inconditionnel de cadres intoxiqués et asservis par le culte et la culture de l’entreprise, mais aussi les outils de la mort (armements et drogue), les molécules brevetées, certains procédés génétiques, le corps humain en pièces détachées, les cellules embryonnaires en attendant les androïdes et les êtres bioniques, ou encore les vestiges archéologiques, les animaux protégés, les apparences de l’amour et même les consciences, les compromissions et les trahisons.
Deuxième idée-force : la réalisation de bénéfices maximaux, qui demeure le but suprême, exige une mobilisation et une exploitation tout aussi maximales, mais aux moindres frais, de toutes les matières premières et ressources techniques et humaines indispensables. Sans se soucier des dégâts éventuellement gravissimes et irréparables infligés aux vivants, qu’il s’agisse de la Terre considérée globalement comme un organisme complexe aux équilibres fragiles ou, plus précisément de la faune et de la flore, ou bien sûr, des êtres humains menacés dans leur santé ou dans leur vie, soit par les conséquences assassines des diverses pollutions, soit par des conditions de travail inhumaines engendrant usure prématurée, maladies, infirmités dues aux accidents, soit, au contraire, par la privation soudaine et durable d’activités rémunérées dont on ne se préoccupe même pas de savoir (disons-le brièvement, bien que ce soit d’une extrême importance) s’ils correspondent aux goûts et aux aptitudes de gens qui devraient s’estimer “trop heureux”, comme on dit, d’avoir un job, n’importe lequel, qui leur permette de survivre n’importe comment. Et naturellement, il faudrait s’étendre sur les paradis fiscaux et sur le blanchiment de l’argent sale, qui relèvent uniquement de la fraude et du crime, ainsi que sur ces transferts permanents et inopinés d’une masse colossale de capitaux flottants qui déstabilisent l’économie planétaire et ne favorisent que la spéculation. Certes, l’Etat français n’est pas le seul, ni même le principal coupable, mais il participe allègrement et de toutes ses forces à une mêlée furieuse qui laisse sur le carreau des millions de cadavres. Ce qui ne l’empêche pas, comme toujours, de multiplier les déclarations “humanistes” !
Justement, à ce propos, je suis toujours sidéré par certaines manifestations énormes d’imposture ou de naïveté d’autant plus étonnantes qu’elles ne semblent pas provoquer de réactions à leur mesure. C’est d’abord l’imposture de tous ces bons apôtres, bien placés et bien nantis, (économistes, industriels, banquiers, spéculateurs, journalistes du “Monde” etc..) qui vous assurent, la main sur le coeur et alors que tout démontre le contraire, que les “excès” du capitalisme peuvent être corrigés et qu’ils le seront par des législations et des institutions nationales et internationales appropriées...et même éventuellement par la générosité spontanée de grands affairistes chez qui de terribles crises de conscience déboucheraient sur de nobles prises de conscience. A qui fera-t-on croire de telles balivernes ? Comme le dit très bien R. Clauteaux, pp. 104-105, dans sa postface du livre de B. de Kermel “Libéralisme et pauvreté”, Editions de l’Harmattan : “ L’ultralibéralisme est irréformable parce qu’il est une idéologie totalitaire” “Comment imaginer un instant que les grands vautours du capitalisme mondial puissent revêtir soudain une casaque philanthropique ? Alors qu’ils ont tout intérêt à maintenir l’état de choses actuel”. Et encore : “...si l’exclusion, la misère ne sont pas voulues en soi, elles sont nécessaires. 22 à 25 % de miséreux dans les villes garantissent à relativement peu de frais de l’inflation, comme les camps et leurs pensionnaires garantissaient de la contestation” op. cit. p. 109. Et à supposer même que de telles velléités taraudent les grands possédants, ils ne pourraient même pas les mettre en oeuvre, car eux aussi sont (délicieusement !) entraînés par une machine qui s’emballe et que nul ne peut plus maîtriser. Il faudrait la briser , mais qui, parmi ceux qui seraient en état de le faire, voudrait casser un joujou aussi précieux ?
Les résultats, nous les connaissons. Chaque année, même les organismes officiels publient des chiffres terrifiants qui ne semblent plus émouvoir personne. On compte par millions les victimes de la famine, de la misère, de la maladie, du chômage de l’analphabétisme..., qui ne se trouvent pas seulement en Afrique, en Amérique latine, dans certaines régions de l’Asie ou en Europe de l’Est, mais aussi dans le monde occidental. Même en France, près de 7 millions de personnes gagnent moins de 4.200 F. par mois. Et quel cynisme mensonger lorsque le gouvernement institue, à grand fracas d’auto-satisfaction, une “couverture maladie universelle”, à laquelle on n’a plus droit à partir d’un revenu de... 3.650 F. ! La situation est encore plus grave dans les pays anglo-saxons. En Grande-Bretagne, la pauvreté touche plus de dix millions de malheureux. Les dégâts sont pires dans le plus riche de tous les Etats. Et en même temps, on nous fait savoir que le montant des trois premières fortunes mondiales équivalent au P.N.B. de je ne sais plus combien de pays et qu’il suffirait d’utiliser cet argent pour leur assurer un bien-être décent. Les inégalités scandaleuses ne cessent de s’accroître, y compris dans ce pays où l’on a pu entendre récemment un député socialiste conseiller une réduction des impôts frappant les hauts revenus, de peur que leurs titulaires ne s’échappent vers des contrées plus attractives ! Pour en terminer avec l’imposture, j’évoquerai les sommets de Rio et d’ailleurs qui prétendent se réunir pour sauver la Terre des catastrophes écologiques qui la menacent, et qui sont en fait des sommets d’hypocrisie. Car personne n’est vraiment décidé à faire quoi que ce soit de sérieux. Si on se fiche totalement du sort de notre planète, on pourrait agir au moins pour des raisons intéressées, pour préserver l’avenir de l’humanité. Même pas. L’obsession du profit immédiat est telle qu’elle prime toute autre considération et se moque pas mal des dommages, éventuellement irrémédiables, infligés aux générations futures. Avec son cynisme arrogant, bush n’essaie pas d’en faire accroire, à la différence des politiciens français qui nous régalent de belles paroles, comme ils savent si bien faire, et s’entourent de ministres écolos plus ou moins décoratifs qui jouent les utilités et doivent se contenter de prendre des mesurettes insignifiantes qui ne gênent en rien l’évolution d’ensemble vers un désastre final.
Certes, mes remarques débordent de beaucoup le cadre du seul Etat français, mais, je le répète, dans la mesure, pleine et entière, où il se fait le complice d’un système abominable, il se rend pleinement coupable des ravages engendrés sur toute la surface de la Terre par la machine folle et tueuse qu’il accepte de servir avec empressement, même à titre de rouage secondaire.
Quant à la naïveté confondante que je mentionnais plus haut, elle s’exprime chez ces ouvriers, ces employés, ces cadres et même ces responsables syndicaux qui, après quelquefois des dizaines d’années de bons et loyaux services, sont chassés d’une entreprise plus que jamais prospère et semblent s’en étonner et s’en indigner outre mesure, alors que c’est tout à fait “normal”. Je ne vais pas me faire l’avocat des patrons et, en particulier des plus grands, mais tout de même, il faut se mettre à la place de ces pauvres gens, pressurés par l’Etat, contraints par leurs actionnaires, harcelés par les revendications de leurs personnels et menacés par des rivaux impitoyables. Ils sont entraînés dans une spirale infernale sur laquelle ils n’ont aucune prise. On ne leur a jamais demandé de se comporter en assistants sociaux. Leur seul rôle consiste à réaliser des bénéfices à l’avantage des fournisseurs de ces capitaux qui font tourner leurs entreprises. Et s’ils réussissent dans leur mission, ce succès sera interprété comme le signe et la preuve qu’ils pourront et devront encore faire mieux l’année suivante, et pas du tout comme une incitation à se charger d’une main d’oeuvre excédentaire, et donc parasitaire, dont l’entretien compromettrait justement l’obtention de gains encore plus substantiels. Les suppressions d’emplois et de sites, les délocalisations et les fusions répondent à un unique objectif : faire toujours plus d’argent au profit de ceux qui en ont déjà beaucoup... mais jamais assez ! Les salariés ne sont là que pour contribuer à l’enrichissement ininterrompu des riches et dès lors que pour des raisons diverses, techniques ou économiques, certains d’entre eux ne remplissent plus cette fonction et deviennent des outils inutiles ou nuisibles, il est tout à fait naturel qu’on s’en débarrasse, même en très grand nombre. Les licenciements s’inscrivent dans une logique impérieuse et irréfragable. Si l’on n’y procédait pas, que se passerait-il ? L’entreprise serait distancée, détruite ou absorbée par des concurrents féroces, et les personnels qui avaient survécu à la dernière purge seraient à leur tour congédiés. C’est donc pour préserver leur emploi, pour une raison humanitaire en quelque sorte, qu’il avait fallu, la mort dans l’âme, se défaire des premiers.
Pour avoir insisté sur de telles évidences, j’ai peur de passer pour un benêt. Car il n’est vraiment pas nécessaire d’être grand clerc pour les connaître et pour les comprendre. D’où ma perplexité face à la stupéfaction, sincère ou simulée, d’exclus qui ne pouvaient ignorer la nature, les buts et les moeurs de la foire d’empoigne dans laquelle ils avaient accepté d’entrer, avec laquelle eux aussi, à leur niveau, avaient pactisé et dont ils savaient très bien qu’ils risquaient un jour d’en devenir les victimes et les déchets. Là encore, ne relèverait-on pas comme une once de tartuferie ? La conclusion, je l’emprunte à Claude Serfati, auteur de “La mondialisation armée”, Editions Textuel, p. 172 :” La marchandisation de la planète est donc rien moins que l’expression des forces anonymes du marché. Derrière la “main invisible” de la mondialisation, il y a plus que jamais la “dimension politique”, c’est-à-dire le bras secourable des politiques néolibérales des gouvernements et des organisations internationales, et au besoin la “poigne de fer” du militarisme. Et ceci pour défendre des rapports économiques et sociaux profondément inégalitaires qui perpétuent un mode de développement non soutenable pour la majeure partie de la population de la planète, mais également par les destructions environnementales et écologiques qu’il produit.”
qui, sous prétexte d’exalter et de servir la raison, la discrédite et l’ampute. Elle forme donc un curieux mélange de réductionnisme et d’inflationnisme. Disons, pour résumer les choses et pour fixer les idées, qu’elle consiste à négliger deux des trois fonctions de la raison pour accorder à l’unique survivante une place et des pouvoirs démesurés, et l’amener ainsi, toute boursouflée, à énoncer des vérités quasi dogmatiques qui excèdent de beaucoup ses capacités, et même à se prononcer sur toutes sortes de questions qui ne sont pas de son ressort.
La fonction logico-expérimentale se trouve à l’aise et s’exerce légitimement dans le domaine de la matière dont elle étudie les manifestations et les propriétés en dégageant des constantes reproductibles à partir d’échantillons généraux et impersonnels. C’est une tâche utile et efficace qui comporte d’innombrables applications, quelquefois heureuses (même dans ce cas, tout dépend de l’usage qu’on en fait) dans le domaine des diverses techniques, y compris génétiques. Mais il ne faut jamais en oublier le caractère empirique, pragmatique et limité. La raison n’observe que les apparences des choses (les “phénomènes”, en grec) et elle a vite fait de patiner et de perdre pied dès qu’elle s’aventure dans l’infiniment grand, l’infiniment petit et l’infiniment complexe. C’est ce que l’on cache au grand public en lui faisant croire qu’elle pourra un jour rendre parfaitement compte de la substance de la réalité, ainsi que de ses modes de fonctionnement passés, présents et à venir. Et on lui en fait accroire en le régalant de grandes hypothèses (Big Bang, évolutionnisme, schéma et composition de l’atome, théories des supercordes, plus anciennement, théories de la relativité et des quantas etc..) qui ne sont jamais que des représentations dues à l’ingéniosité et à l’imagination de leurs auteurs, mais qui ne sauraient en aucune manière prétendre à la vérité. Comme le disait Poincaré dès 1912, elles sont simplement “commodes”. Il faut admettre que la matière demeurera pour nous un mystère, dans son essence et dans ses origines, et la réalité, obstinément “voilée”, pour reprendre le mot de B. d’Espagnat. Notre esprit n’est pas taillé pour aller au fond et au bout des choses : il devrait se borner à une description et à une expérimentation macroscopiques qui ont fait leurs preuves. Pour le reste, on a tout à fait le droit de se livrer au jeu infini des théories, des exercitations intellectuelles de haute volée, des suppositions, des images et des métaphores, à condition d’y voir surtout un amusement et de ne pas leur attribuer un crédit excessif.
D’autant plus que la raison est dotée de deux autres fonctions, plus importantes, qui restent inconnues de la plupart des gens et donc atrophiées chez eux. Je ne vais pas m’étendre sur elles, comme je l’ai fait en d’autres écrits dont je vous recommande la lecture (passionnante !), parce que ce serait beaucoup trop long : c’est toute une nouvelle épistémologie qu’il faudrait vous présenter. Je signalerai seulement qu’il s’agit d’abord de la fonction symbolique. Elle permet de repérer l’incroyable architecture signifiante de l’Univers, qui n’est évidemment due ni au hasard, ni à la nécessité, tellement elle se révèle subtile, complexe, ajustée dans le détail...et féconde. Car, grâce au déchiffrage de son agencement et de ses mouvements, on peut déduire le SENS de toutes les “structures évolutives”, j’emprunte l’expression à Lévi-Strauss, (on peut dire aussi “entités autonomes de dépendances internes” ou, tout simplement, personnes) qui l’habitent et dont chacune est rendue précieuse et indispensable par la mission singulière, unique et irremplaçable qui lui est inhérente et qu’elle doit accomplir, si elle veut d’accomplir elle-même et jouer le rôle qui lui est dévolu au sein de l’univers. Le principe général du décryptage est le suivant : la façon dont le monde se présente à nous lorsque nous nous présentons à lui au moment et au lieu de notre naissance indique la façon (politique, économique, intellectuelle, créatrice etc...) dont nous devrons nous rendre présents à lui tout au long de notre existence. Ou encore : la manière dont nous nous situons dans l’univers à l’instant et à l’endroit où nous faisons notre apparition dans l’espace-temps détermine la manière dont nous devrons ensuite nous situer dans la vie et la société. On passe d’une position géographiquement objective à un positionnement normatif. Et l’on ne se contente pas de définir très concrètement le SENS particulier dont un individu est porteur, mais on l’incite à aller dans ce SENS pour réussir sa propre “individuation” autant que pour servir au mieux la communauté des êtres vivants. Ces explications peuvent sembler un peu confuses et obscures , mais je n’ai pas ici le loisir d’en dire plus. En tout cas, mesdames et messieurs les scientifiques, il faudra vous résigner : le monde n’est nullement absurde, il déborde d’un SENS (j’écris ce mot en capitales, parce qu’il désigne une réalité capitale) qui lui a été infusé par Dieu, il est donc intelligent en profondeur et pas seulement intelligible en surface, dans ces apparences phénoménales qui, au-delà de leur compréhension scientifique et de leur utilisation technique, constituent le langage de notre conversation avec Dieu, comme l’avaient déjà bien saisi Malebranche et Berkeley. Le plus triste est que ces données absolument essentielles, qui modifient du tout au tout le regard que nous portons sur le monde, sur la vie et sur notre destinée, ne seront évidemment jamais enseignées dans les lycées et dans les universités.
La troisième fonction de la raison, qu’on peut appeler providentielle et sur laquelle, pour ne pas trop allonger cet exposé, je n’insisterai pas en dépit de son immense intérêt, nous permet de prendre conscience et de tirer parti du SENS (toujours Lui !) inhérent aux événements qui forment la trame de l’Histoire universelle autant que de nos histoires individuelles, et qui s’offrent à nous comme des invites, des avertissements, des perches tendues, des panneaux de signalisation, parfois des auto-sanctions salutaires, dont le but est toujours de nous tracer le chemin et de nous aider à “effectuer” le SENS virtuel dont nous sommes porteurs et à l’inscrire dans les faits jour après jour. C’est un accompagnement très concret qui nous guide dans notre progression et facilite le dévidement de notre cocon intérieur. Lui non plus, bien sûr, n’est pas fortuit et l’on ne peut en profiter que si on en a découvert l’existence, si on lui prête attention et si l’on se montre docile. Mais hélas ! la grande majorité des gens auront passé toute leur vie sans noter la présence à leurs côtés de cette espèce d’ange gardien qui est là pour les épauler sans pour autant les prémunir (car notre liberté reste entière) contre leurs erreurs, leurs fautes et les conséquences qui en découlent. Comme disait Claudel, “ils ne se seront doutés de rien !”.
Le réductionnisme rationaliste ne se traduit pas seulement par l’amputation des “deux tiers” (les plus importants !) des possibilités de la raison, mais aussi par des dérives matérialistes et athées qui affectent les scientistes et ceux qui les révèrent. Sous le prétexte fallacieux, tyrannique ...et tellement simpliste que tout ce qui est “valable” doit pouvoir se soumettre aux règles de la causalité expérimentale et de la reproductibilité, les réalités qui, de par leur nature plus subtile et plus complexe, échappent à ce mode de validation sont déclarées nulles et non avenues, inauthentiques, relevant de la superstition , du pré-logisme etc.. C’est à partir de ces présupposés ridicules et tout à fait contraires au véritable esprit scientifique qu’on a entendu un astronaute naïf déclarer que Dieu n’était qu’une chimère parce qu’il ne l’avait pas rencontré dans le ciel, ou de nombreux praticiens assurer que l’âme n’existe pas du fait qu’ils ne l’avaient pas observée sous leurs scalpels ! De manière à peine moins infantile, mais beaucoup plus insidieuse, vous pouvez, comme cela m’est arrivé maintes fois, lire, sous la plume de scientifiques éminents, que leurs recherches les amènent inévitablement à l’athéisme et au matérialisme, alors qu’il s’agit uniquement chez eux de prises de position “philosophiques”, d’ailleurs tout à fait respectables, mais qui n’ont rien à voir avec des travaux dont la nature, toujours “superficielle” comme je l’ai dit plus haut, ne leur permet évidemment pas d’aboutir à de telles conclusions. Il y a là une sorte d’escroquerie : on se sert d’une compétence et d’un prestige incontestés, et l’on s’abrite sous le parapluie de la science pour se livrer à des affirmations intempestives qui dépassent de beaucoup les limites dévolues à la rationalité expérimentale. Je serais même tenté d’attribuer au même réductionnisme cette stérilisation et cet appauvrissement de la pensée qui frappent chez beaucoup de “grands savants”, et même chez des prix Nobel, lorsqu’on les invite à sortir de leurs spécialités (où ils sont souvent de passionnants vulgarisateurs) pour aborder des sujets divers dont ils parlent de manière tellement primaire, en sortant les clichés les plus éculés et les plus conventionnels, qu’on en reste éberlué. Ca fait penser à ces chanteurs et à ces acteurs qu’on interroge sur de graves questions politiques, sociales etc. et qui se révèlent incapables d’aligner deux phrases qui tiennent debout ou d’émettre la moindre réflexion personnelle. Comme si leur notoriété, acquise dans des domaines bien restreints, leur donnait une autorité particulière pour s’exprimer sur des problèmes complexes qui leur sont complètement étrangers !
Le monopole conféré à la fonction logico-expérimentale de la raison et la mise en oeuvre des règles impérieuses fixées arbitrairement par ses zélateurs exclusifs pour décider officiellement si telle ou telle étude, recherche ou discipline est “sérieuse” entraînent les abus et les excès les plus graves. Dès lors que la raison “raisonnante” occupe toute la place, au détriment de ses deux soeurs, elle se laisse aller à un inflationnisme hégémonique insupportable. Non seulement, comme nous l’avons vu, elle surestime de beaucoup ses possibilités dans le domaine qui lui est propre, mais elle envahit par usurpation dominatrice d’autres domaines qui ne sont pas de sa compétence et où son impéritie devrait lui interdire d’intervenir. Je fais d’abord allusion aux “sciences humaines”, expression contradictoire dans les termes. Les sciences physiques , qui étudient des échantillons et des phénomènes généraux et reproductibles, devraient s’abstenir d’appliquer leurs méthodes à des réalités humaines bien plus subtiles, faites uniquement de cas particuliers, individuels, subjectifs et irreproductibles qui échappent à la grosse cavalerie des vérifications et des affirmations matérialistes dont sont coutumiers les scientistes. Prenons l’exemple de la psychologie qui, sous la conduite de ses sectateurs modernes, a tout envahi en exagérant monstrueusement ses prétentions. Pour ne pas excéder sa légitimité et ses capacités, elle aurait dû se borner à décrire le fonctionnement des grandes opérations mentales (intelligence, mémoire, imagination..), sans porter (j’insiste beaucoup là-dessus) aucune appréciation normative. Car tout a déraillé lorsqu’on s’est mis en tête (avec Freud, par exemple) de définir des critères de normalité conformes aux exigences de l’Etat et de l’opinion au nom desquels on s’est permis de juger et de “guérir”. C’est ainsi que le vieux réactionnaire viennois entendait bien que l’on pratiquât ce qu’il appelait une sexualité “utile à la société”. Depuis quelques années, les commandos de psys déferlent partout, à l’imitation des cars de flics, pour imposer leur éthique réactionnaire non seulement dans les prétoires (où les “experts” vaticinent comme des oracles sans jamais cesser de se contredire mutuellement !), les cabinets de consultation, les écoles, les services sociaux, les entreprises, mais aussi sur les lieux d’accident où leur assistance est devenue indispensable !
Les débordements vont encore plus loin. Il n’est pas rare d’entendre des sociologues, des “philosophes” ou, naturellement, des “savants” affirmer, comme Platon, que ceux-ci devraient diriger la “société”, alors qu’ils n’ont, en tant que tels, aucune compétence particulière pour le faire. Et l’opinion publique, dûment chambrée, est tout à fait prête à emboîter le pas, les considérant comme les prêtres et les mages des temps modernes. C’est également à eux et à leurs suiveurs que l’on doit l’incroyable et si malfaisante fascination techniciste qui provoque une surconsommation télévisuelle, informatique et communicationnelle qui décervelle les gens (spécialement les jeunes) et qui les rend vulnérables à toutes les manipulations des pouvoirs. Se dissoudre dans les jacasseries perpétuelles et inutiles véhiculées par les portables, s’étourdir dans des mondes virtuels, dans l’artifice de jeux spectaculaires, dans l’admiration béate suscitée par les performances d’un nouvel objet, voilà qui ne peut que réjouir nos geôliers et les encourager à promouvoir ce genre d’aliénations. C’est tout profit pour eux. Alors que l’ordinateur dernier cri n’est en soi pas plus intéressant qu’une vieille casserole bosselée jetée à la décharge : ce n’est qu’un outil, et la seule question qu’il pose est de savoir quelles finalités supérieures il doit servir. A cette interrogation majeure, la “société” déboussolée et pervertie où nous vivons (si l’on peut dire...) n’apporte, la plupart du temps, que des réponses dérisoires ou criminelles.
Autre abus inacceptable : l’intolérance impérialiste manifestée à l’égard de types de recherches qui s’écartent de la démarche rationaliste et qui sont immédiatement, comme ceux qui s’y adonnent, décriées et condamnées. Que d’hommes et de femmes de laboratoires, pourtant ornés de tous les titres requis, de l’expérience, des qualités et des compétences nécessaires, ont été déconsidérés, pourchassés, menacés, privés de moyens et de subventions, contraints au chômage ou à l’exil uniquement parce qu’ils n’adhéraient pas aux dogmes officiel ou, pire encore, parce que le succès de leurs travaux risquait de porter atteinte à de puissants intérêts financiers, en matière de médecine ou de pharmacie, par exemple. J’évoquerai, pour terminer, cette mythologie du bonheur et du progrès, liée à la progression des sciences (mais justement, il ne faut surtout pas confondre “progrès” et “progression”), que l’on continue à répandre et dont tout le siècle écoulé (le plus meurtrier de l’Histoire) a montré l’inanité. Il y a beau temps que nous ne devrions plus nous faire les illusions que Condorcet a payées de sa vie. Je reviendrai sur ces questions. Pour l’instant, une dernière précision : ce ne sont évidemment pas les sciences (elles ont leur place et leur utilité) qu’il faut dénoncer, mais ceux qui s’en arrogent la pratique et l’interprétation, ceux qui les amènent à se prononcer sur des questions qui ne sont pas de leur ressort, ceux qui les corrompent, les détournent, les verrouillent et les font verser dans l’enflure et dans le fanatisme idéologiques.
se rattache, elle aussi, à l’obscurantisme des prétendues Lumières, puisqu’elle s’inspire d’une vision de l’homme tout à fait “surfaite”, encouragée, il est vrai, par beaucoup d’autres traditions, y compris ennemies comme la judéo-chrétienne, qui ont conflué avec elle et l’ont fortifiée. Toutes sont d’accord pour développer une “philosophie” raciste de l’espèce humaine qui ne mériterait la qualification de “supérieure” que par ce qu’elle se serait affranchie des servitudes d’une Nature qu’elle aurait appris à domestiquer et à qui elle imposerait légitimement sa Loi. Les “hommes” auraient le droit d’en disposer à leur convenance et à leur profit, sans autre limite que celle de leur propre intérêt qui exigerait une gestion de “bon propriétaire”. Mais leur sauvagerie, leurs convoitises et leur bêtise sont telles qu’ils n’observent même pas le minimum de retenue qui leur permettrait d’utiliser sans fin ce qu’ils considèrent comme une sorte de garde-manger, comme un fonds de ressources que la Providence ou le Hasard auraient créé uniquement pour satisfaire leurs besoins et leurs caprices. Les autres vivants n’ont aucune dignité “en eux-mêmes, aucune raison d’être intrinsèque, aucune finalité “spécifique” ni, bien sûr, aucun droit, sinon celui de se faire trucider.
Ces conceptions primitives, barbares et dégoûtantes, qui se trouvent exprimées dans la bible et dans de nombreux textes dits “religieux”, abaissent l’homme à un niveau bien inférieur à celui des “bêtes” qu’il a réduites en esclavage et à qui il inflige un martyre permanent. Pauvre homuncule qui se prend pour un petit dieu, maître d’une Terre où il s’est installé pour l’exploiter, la piller, la massacrer sans vergogne et en jouir, alors qu’il devait, en tant que dernier fleuron de l’évolution, y installer un règne de concorde et d’harmonie. Oui, il se devait de jouer le Grand Frère de la Création, d’exercer un rôle démiurgique de pro-création continuée et déléguée, d’organisation et de régulation, qui aurait prévenu les “spéciations” défectueuses ou monstrueuses, le pullulement incontrôlé et nocif des individus, l’abominable cycle des entre-dévorations mutuelles que chacun trouve tout à fait normal, sinon bienfaisant, ainsi que ces catastrophes qui ne sont pas aussi “naturelles” qu’on veut bien nous le dire. De manière encore plus positive, son intervention adéquate aurait eu surtout pour but et pour effet d’amener et d’aider les autres êtres vivants et la Terre dans son ensemble à poursuivre leur “évolution”, dans tous les sens de ce terme. Mais non ! Sa Seigneurie le Préhomme, mâle et femelle, se croit tout permis ! J’aimerais savoir de qui il détient le mandat qui l’autoriserait à asservir et à détruire cette planète et ses hôtes. Certainement pas de Dieu, comme l’affirme une certaine lèpre ecclésiastique, qu’elle soit chrétienne, judaïque ou islamique, dont les propos sont blasphématoires et sacrilèges. Car (mais je ne puis malheureusement pas traiter ce point capital) c’est toute une théologie de la Création et toute une perception de Dieu et de sa nature qui sont ici en cause.
Contrairement à tant de discours scandaleux, d’origine laïque ou pseudo-religieuse, il me faut ici déclarer solennellement que la préhumanité sacrifie chaque année des millions d’êtres vivants (et en particulier, d’animaux) non seulement sans en avoir le moindre droit, mais aussi sans aucune nécessité pratique. Rien ne justifie cette répugnante hécatombe. Le préhomme n’en a besoin ni pour se nourrir, ni pour se vêtir, ni même pour se soigner. Les maladies sont , la plupart du temps, des auto-sanctions que l’on se délivre à soi-même à titre d’avertissements salutaires. Elles sont le signe que nous ne vivons pas conformément aux dons et à la mission qui nous habitent et elles ne devraient donc pas exister (pas plus que le gâtisme) si nous étions fidèles et exigeants envers nous-mêmes. Certes, les défaillances (et les pathologies qui en résultent) sont pardonnables, mais la guérison des symptômes ( purement “extérieurs”, car la véritable étiologie est de nature existentielle) peut être obtenue sans recourir aux médicaments sophistiqués et coûteux dont l’efficacité ne saurait, soi-disant, être garantie que grâce à l’expérimentation sur l’animal. Les balivernes dont on nous régale à ce sujet ne sont que bourrage de crâne déversé par certains magnats de la finance et leurs complices étatiques. Les mauvais traitements (j’ai essayé d’en dresser la liste :elle est interminable) que le préhomme fait endurer à ceux qu’il a parfois le culot de désigner sous l’expression de “frères ( !?) inférieurs” ne trouvent donc leur source et leur explication que dans sa cruauté, dans le plaisir qu’il éprouve à tourmenter, à torturer, à tuer. D’une certaine manière, ça se comprend : puisque l’un de ses plaisirs favoris -et peut-être le plus raffiné- consiste à faire souffrir, à supplicier et à éliminer ses semblables, brutalement ou à petit feu, et par tous les moyens imaginables (y compris psychologiques et affectifs), on ne voit pas pourquoi, afin de mettre le comble à sa volupté, il n’étendrait pas aux autres vivants le bénéfice de ses “touchantes “attentions. Tout le “monde” doit en profiter.
Les atrocités sans nombre et sans fin commises au détriment d’êtres sans défense que l’on devrait épauler et protéger au lieu d’en faire les victimes d’un carnage universel constituent sans doute le crime le plus grave perpétré par une préhumanité que l’on serait donc fondé à condamner sans nuances et sans appel, même si elle ne se rendait pas coupable d’un véritable génocide à ses propres dépens..., le plus affreux et le plus répréhensible étant que la quasi totalité des gens, toutes opinions et croyances confondues, ne s’émeuvent en aucune manière de cette horrible boucherie qu’ils trouvent tout à fait normale et même indispensable. Et ils ne pourront que s’esclaffer à la lecture du jugement péremptoire et tellement “excessif” que je porte ici et qu’ils ne manqueront pas d’ imputer à la bizarrerie d’un esprit faux et à un sentimentalisme déplacé.
Mais il est vrai que quelques précisions s’imposent. Mon allusion au “crime le plus grave” ne signifie nullement que j’accorde plus d’importance aux espèces animales qu’à l’espèce humaine, bien au contraire. Ce que je veux dire, c’est que le fait de s’attaquer lâchement, sans aucun motif valable et avec la dernière sauvagerie à des compagnons de vie qui ne peuvent même pas résister aux sévices dont ils sont l’objet implique et entraîne le maintien des hommes dans un état d’arriération et de férocité dont ils se chargent de se faire faire mutuellement les frais et dont chaque jour nous apporte de nouveaux témoignages. Ce qu’il faut considérer avant tout, ce n’est pas la qualité “spécifique” et la dignité plus ou moins élevée de celui qu’on extermine, mais plutôt l’intention, l’état d’esprit, les sentiments et les dispositions de l’exterminateur et, plus encore, les effets dégradants sur lui-même que comportent ses actes , même s’il n’en est pas conscient. Et si l’on veut prendre en compte le statut et la nature des victimes, un rapprochement saute aux yeux. L’exécution en masse des animaux et des végétaux ne peut se comparer qu’aux massacres des innocents (c’est-à-dire des bébés humains ou des jeunes enfants) relatés par l’Ancien et le Nouveau Testament, et perpétrés à l’époque contemporaine. Car il faut malheureusement reconnaître que les adultes n’ont pas le droit à la même compassion, dans la mesure où ils se sont compromis (et c’est le cas de presque tous) avec un système politique, social etc.. abominable qu’ils ont accepté et auquel ils ont collaboré. D’une certaine manière, ils n’ont que ce qu’ils méritent lorsque ce système se retourne contre eux, puisqu’ils sont toujours plus ou moins coupables de complicité.
Où faut-il chercher l’ultime degré de l’abjection et de l’infamie ? Dans l’inconscience, ou plutôt dans la bonne conscience totale qui “accompagnent” les animaux que l’on mène à l’abattoir ou ceux que l’on fait mourir en laboratoire dans des conditions atroces qui devraient briser le coeur du préhomme le plus endurci ? Ou bien dans les “cérémonies” répugnantes des chasses à courre et de la tauromachie au cours desquelles, bien loin de se réfugier dans la honte et le secret des officines, on ose se pavaner dans des “habits de lumière”, exalter un idéal de grandeur, de noblesse et de beauté, s’attribuer des qualités de bravoure face à des animaux dont on a le toupet de prétendre qu’ils “auraient leur chance”, comme si le combat mortel auquel on les contraignait était loyal, se déroulait à armes égales et représentait à leur égard ...une preuve d’amour, comme certains n’hésitent pas à l’affirmer ! Oui, on atteint sans doute ici le comble de l’ignominie et de l’imposture, que pratiquait même l’ancien évêque de Nîmes , heureusement décédé aujourd’hui, aficionado enthousiaste qui, dans une interview au “Monde”, exprimait son faible pour les corridas et son admiration pour les toreros ! Irai-je cracher sur sa tombe ? Une fois de plus, je constate que les termes les plus énergiques sont impuissants à exprimer la perversité criminelle de certaines réalités, ainsi que l’indignation et la douleur qu’elles suscitent en vous.
“L’intérêt” exceptionnel, unique, du spécisme en idées et en actes, c’est qu’il constitue (et j’insiste énormément sur ce point) le test le plus probant qui soit, le plus incontestable, le plus implacable, du primitivisme et de l’inhumanité de la préhumanité. Tous les thèmes que j’ai abordés et que je traiterai encore sont plus ou moins complexes et sujets à controverses. Mais le spécisme, lui, se dresse monstrueusement dans toute la simplicité et dans toute l’évidence de son horreur. Je défie quiconque, s’il a un minimum de bonne foi, de le justifier et de réfuter mes propos. De tels agissements et les discours qui tentent de les cautionner et de les légitimer apportent, sans le moindre doute et de manière indiscutable, la certitude que l’espèce humaine s’est volontairement engluée depuis le Mésolithique dans une dépravation intégrale et jusqu’ici irrémédiable que confirment, s’il en était besoin, tous ses autres comportements.
, qui ne s’est jamais mieux portée qu’aujourd’hui, après avoir été abondamment célébrée par le fameux triptyque pétainiste. Les puissantes associations qui les regroupent ne cessent de réclamer et d’obtenir de nouveaux avantages pour elles et pour leurs protégées. A maintes reprises, jospin a confirmé l’attachement qu’il leur voue et sa volonté de les aider. Un hebdo “de gauche”, le Nouvel Obs, va lancer un mensuel qui sera entièrement consacré à toutes les sortes de familles, ordinaires, monoparentales , recomposées, pacsées etc.. Pourquoi cet engouement si durable ? La réponse paraît évidente et inattaquable. Je l’ai entendue dans la bouche d’un chanteur qui essaie depuis longtemps de se donner des allures “anar”, peut-être pour se faire un peu plus de fric et de pub, et qui confiait à un journaliste surpris par ses positions conformistes dans ce domaine : ” Mais la famille...c’est naturel !” Eh bien non, Monsieur Renaud, la famille , ce n’est pas du tout naturel . Ne méritent ce qualificatif que les rapports sexuels aboutissant ou non à des naissances. Tout le reste n’est qu’une institution artificiellement fabriquée à son profit (comme tant d’autres, et en particulier l’école) par la pire d’entre elles, l’Etat, qui s’est servi de données naturelles incontestables pour sacraliser la construction factice qu’il organisait autour d’elles et lui conférer artificieusement un caractère objectif et “indépassable”. Tour de passe-passe habile et parfaitement réussi.. Le but de l’opération est de produire de la chair à Etat, sans laquelle ce vampire dépérirait. On comprend qu’il consente aux familles des “sommes phénoménales”, comme disait récemment “Le Monde”. Il y va de sa survie, comme de celle de tous ses congénères, sans distinction de tendances politiques . On a vu des dictatures d’extrême-gauche qui prétendaient, lors de leur installation, supprimer une institution “bourgeoise” détestable, et qui s’empressèrent ensuite de la rétablir avec tous les honneurs et de la façon la plus rigide. Et quelle que soit l’importance des fonds qui leur sont alloués par la puissance publique, celle-ci ne paiera jamais à leur juste valeur les services inestimables qui lui sont rendus par des “cellules”, si bien nommées, qui sont, en fait, des lieux d’enfermement et d’étouffement, de contrainte et de violence.
Bien sûr, il existe des faits plus ou moins spectaculaires : les crimes passionnels , les multiples infidélités, le divorce d’un couple sur trois, les femmes battues ou les hommes ( car il y en a), les dizaines de milliers de cas de maltraitance dont sont victimes les enfants. A ce sujet, il est “plaisant” d’entendre toujours dénoncer les “sectes” qui seraient expertes en la matière, alors qu’on fait beaucoup mieux dans les familles. Mais, à mon avis, le plus monstrueux réside dans des situations qui attirent beaucoup moins l’attention, qui sont extrêmement répandues et qui détruisent les gens à coup sûr au long des années ou des dizaines d’années. Je veux parler de confrontations, d’affrontements ou de simples face-à-face entre époux ou entre parents et enfants qui sont faits d’aversion, de peur ou d’indifférence plus ou moins silencieuses et mal exprimées. On s’endommage mutuellement à petit feu et c’est pour toute la vie. Paradoxalement, l’action des familles sur leurs membres est d’autant plus nocive que tout fonctionne en leur sein ou semble fonctionner “normalement”. D’une certaine manière, les anomalies graves constituent une chance : elles tendent à favoriser les prises de conscience et les prises de distance. Tandis que lorsque tout “se passe” bien , la famille peut exercer son influence mortifère en toute quiétude et sans rencontrer de résistance. L’encroûtement des hommes, l’asservissement des femmes deviennent tout “naturels” ainsi que, et je vais insister sur ce point, l’instrumentalisation et la déification des enfants.
Ceux-ci, en vertu d’un amour complètement dévoyé, sont considérés comme des choses, des biens, des objets, des prolongements chargés de prendre la suite des parents, d’assouvir les ambitions qu’ils n’ont pu réaliser, de combler leurs frustrations. Les géniteurs se convertissent en managers, en imprésarios ou, plus simplement, en prestataires de services en tous genres qui vont “pousser” au maximum leurs progénitures afin qu’elles se taillent la part du lion dans le struggle for life. Rien ne sera assez beau ni suffisant pour eux : on les accablera d’apprentissages, d’activités, de sorties, de voyages, de cadeaux. De manière à ce qu’ils soient le mieux armés possible ! La complaisance illimitée à l’égard de ces petits êtres les rend tyranniques, malfaisants, capricieux, cyniques, blasés, uniquement préoccupés de leurs aises et de leur confort. On leur enseigne un idéal de cancrelats ou de porcelets à l’engrais qui ne songent qu’à jouir, à consommer, à posséder, à courir après le “bonheur”, comme si c’était le but de la vie. Ces petits animaux favoris, chasse gardée de leurs parents, sont intouchables. On a vu des instituteurs poursuivis en justice parce qu’ils s’étaient permis de donner deux coups au derrière de chenapans qui les avaient bien mérités. Il n’est évidemment plus question ni “d’élévation”, ni d’éducation.
Ce dernier mot suggère une double “sortie” hors de soi-même que l’adulte devrait accompagner et guider. D’abord, en aidant l’enfant à extraire de ses profondeurs les capacités et les virtualités qui les habitent. Ce qui implique à la fois un inventaire complet obtenu grâce à l’emploi de méthodes précises et efficaces qui ne sont évidemment pas en usage à l’Education nationale, et leur mise en oeuvre systématique acquise au prix de rudes efforts. Ensuite, en aidant l’enfant à s’extraire de lui-même, à s’intéresser aux autres, à accéder à une vision du monde qui soit authentique et non brouillée, censurée, édulcorée, faussée, tendancieuse, comme celle qui est imposée dans l’enseignement officiel.
Quant à “l’élévation”, qui sied à ceux qu’on appelle des “élèves”, elle consiste, d’une part, à prendre du champ par rapport aux réalités contemporaines ou passées en adoptant une attitude résolument critique, d’autre part, à cultiver de très hautes exigences morales et spirituelles qui vont aboutir à la formation d’ habitus, c’est-à-dire de dispositions pratiques et fécondes solidement ancrées (esprit d’initiative, de responsabilité, de persévérance, de service etc..) et génératrices en permanence d’actes et de gestes qui leur correspondent. Bref, un menu quotidien fait, entre autres (pas seulement) d’ascèse et d’héroïsme, ce qui est bien le moins que l’on puisse demander à un homme (et non à un lombric) désireux de s’accomplir. En lieu et place de ces aspirations, règne partout un laxisme écoeurant destiné à faire le bonheur, c’est-à-dire en fait le malheur de ses “bénéficiaires”. L’éducation et l’élévation ont été remplacées par l’élevage : on se donne pour buts de satisfaire des besoins, beaucoup plus que d’inciter à des réalisations supérieures qui réclameraient vertu et constance. On nage dans la facilité, dans la médiocrité, on se contente de profiter de l’instant présent et l’on ne va pas s’embarrasser de grandes et nobles perspectives qui pourraient troubler l’exercice d’un hédonisme à courte vue. Il ne s’agit pas de s’ériger en censeur rigoriste, en moraliste impitoyable, mais de prendre l’exacte mesure des possibilités de chaque homme et une conscience aiguë de la destinée vertigineuse à laquelle il est appelé et qu’il partage avec tous ses semblables. Mais non ! Tout cela est systématiquement ignoré et repoussé. Quel gâchis !
Les innombrables méfaits commis par la famille auraient dû susciter depuis longtemps des réaction de rejet motivées par une observation et une réflexion approfondies qui l’auraient fait apparaître pour ce qu’elle est : une institution forgée de toutes pièces, fausse, postiche, “arrangée” (comme les mariages d’autrefois), “rapportée” sur une “nature” prise en otage, et destinée à servir d’étouffoir, de mouroir, de conservatoire des pseudo-valeurs les plus éculées, de lieu d’incarcération terriblement étroit, de carcan où sévissent les fermentations anaérobies, les infections réciproques et la compression insupportable des affects humains, comme aurait dit Fourier.
Car le premier reproche, immense, incommensurable que l’on doit adresser aux familles, c’est d’empêcher l’épanouissement des individus et l’harmonie sociale en codifiant et en restreignant à l’extrême, de la façon la plus arbitraire et la plus abusive, les rapports humains. Sauf le cas rarissime de l’adoption (d’ailleurs considérée comme un pis aller et interdite aux couples homosexuels) toutes, y compris les plus “modernes”, les plus ouvertes, les plus tolérantes et les plus sophistiquées, continuent à reposer sur les deux bonnes vieilles bases traditionnelles : les “liens du sang” et l’hétérosexualité. L’inceste (mot qui renferme par lui-même un jugement inadmissible) est repoussé avec horreur, comme une abomination épouvantable. Or le motif de consanguinité, souvent invoqué, ne tient pas, même -et cela reste à prouver- s’il est valable, car ce type de relation n’implique pas nécessairement une intention procréatrice. L’autre argument, historique, selon lequel il aurait été proscrit par toutes les “civilisations “depuis les origines est lui aussi dénué de toute portée. Ce n’est pas l’ancienneté, ni même l’universalité (à supposer qu’elle existe vraiment) d’une coutume ou de certaines moeurs qui les rendent respectables. Il faudrait alors approuver l’excision et l’anthropophagie et, à plus forte raison, les tares et les vices affreux (comme l’esprit de domination ,d’appropriation , de compétition etc..) qui ravagent sans discontinuer la préhumanité depuis 10.000 ans environ. Dans le monde où nous stagnons, on sait comment se forment les unanimités et quel prix il faut leur attacher, comme à celle qui a présidé au vote de la loi du 30 mai. Ainsi que le disait à peu près Valéry, qui n’était malheureusement révolutionnaire que la nuit, dans nos sociétés, lorsque huit personnes sur dix sont d’accord sur un sujet d’intérêt collectif, il y a huit chances sur dix pour qu’elles se trompent volontairement ou non.
Ce qui s’impose au contraire, c’est d’examiner les questions litigieuses sans passion et sans préjugé, quelles que soient les pressions et les menaces qui s’exercent de toutes parts. Or ce serait une chose magnifique (comme cela s’est pratiqué dans certaines tribus, mais il vrai que c’étaient des sauvages !) que parents et enfants consacrent et couronnent leur amour mutuel (à condition qu’il soit bien réel) par la création entre eux d’une nouvelle forme d’intimité. Quand à la pédophilie, qui rend actuellement les gens fous et dangereux parce que les pouvoirs publics, les médias , les associations ne cessent de les ameuter, elle se justifierait pleinement dans la mesure où elle répond à une demande saine, normale et pure qui existe effectivement chez tout enfant. N’en déplaise à ségolène royal, le véritable crime contre son humanité consiste, de la part de l’adulte, à négliger et à repousser cette attente légitime et à compromettre ainsi toute son évolution ultérieure. Les éducateurs, enseignants, psys, parents etc.. ne cessent de prôner le développement de toutes les facultés de l’enfant (intelligence, imagination, mémoire, sens esthétique, créativité..), sauf une, la sensualité devenant progressivement sexualité, réputée sans doute honteuse, qui demeure inconnue au bataillon et exclue de ces beaux programmes de formation, alors qu’elle est présente dès la naissance et qu’elle ne demande, comme les autres, qu’à s’exprimer de manière féconde. C’est à croire que les organes sexuels poussent subitement dans la nuit qui précède le quinzième anniversaire, puisque la loi et les gens bien-pensants en ignorent complètement l’existence et le fonctionnement jusqu’à cet âge. Selon l’inénarrable roudinesco, les enfants doivent en attendant se contenter de ...”touche-pipi” ! Voilà le noble idéal qui leur est proposé par “l’éminente” psychologue ! On croit rêver en lisant de telles âneries, hélas rabâchées sur un ton comminatoire par à peu près tout le monde.
Certes, on ne voit pas pourquoi, dans le monde dépravé où nous “vivons” (si l’on peut dire !), ce genre de relations échapperait à la corruption quasi générale. Et je suis bien d’accord pour condamner sans réserves certains actes pédophiles qui n’expriment que contrainte, violence et déchaînement égoïste des instincts. Mais cette sorte d’attitude se manifeste en préhumanité dans toutes les formes de rapports, à commencer par les plus répandus d’entre eux, les hétérosexuels, qui ne sont pas condamnés sous prétexte qu’ils donnent lieu à la “commission” d’innombrables délits et crimes. L’on devrait observer le même comportement à l’égard de la pédophilie, au lieu de se livrer à des amalgames inadmissibles qui tendent à faire croire qu’elle ne peut être pratiquée que de manière perverse et qu’il faut donc la proscrire par principe et dans tous les cas. On ne veut pas savoir que dans la Grèce antique, au Japon, en Inde et dans plusieurs ethnies, la pédophilie s’inscrivait, de façon tout à fait positive et fructueuse, dans un programme éducatif d’ensemble où elle occupait (et ça devrait toujours être le cas) une place essentielle, parce qu’elle avait pour but de favoriser l’épanouissement et l’harmonie intérieure de l’individu tout autant que son apprentissage de la relation altruiste. Comme le rappelle P. Brulé dans son livre “Les Grecs et leur monde”, << la pédérastie joue sur plusieurs registres le scénario du rite de passage. Initiation à l’amour, bien sûr, dans toutes ses composantes, initiation à la vie d’homme adulte aussi, là encore, dans toutes ses composantes >>. Les Anciens avaient donc ouvert la voie, d’une manière certes insuffisante et incomplète. Or, au lieu d’aller plus loin qu’eux dans la bonne direction, la préhumanité, une fois de plus, a régressé, en partie sous l’influence indécente et oppressive des religions officielles, et, notamment, du christianisme et de l’islam. De même, évoquant le Kâma Sûtra dans son ouvrage “Le cardinal et l’hindouiste”, Emmanuelle de Boysson nous dit qu’il considère “l’érotisme” comme “une voie scientifique qui fait partie de l’éducation des enfants et des adolescents”.
Même en laissant de côté les précédents historiques, qui n’ont jamais de valeur absolue, on se trouve en présence d’une réalité physique et affective en principe incontournable (pour ne citer que les garçons, 80 % d’entre eux, entre dix et treize ans, éprouvent des orgasmes secs) dont on s’obstine pourtant à ne pas tenir compte, en prétendant, par exemple, que les jeunes intéressés ne seraient pas en mesure de donner leur consentement. S’il s’agit de sexualité en général, cette réflexion est stupide : c’est comme si on leur demandait de “consentir” à manger ou à respirer. Encore une fois, ça va de soi, étant donné leur constitution... et des désirs intenses qui, je le répète, ne trouvent toujours, à cause des interdits scandaleux qui les entourent, que des issues malsaines et dégradantes, celles que les “grandes personnes” leur destinent... pour leur bien ! S’il s’agit maintenant de tel ou tel “contact” avec tel ou tel adulte, les enfants sont également tout à fait capables d’exprimer un choix , une acceptation ou un refus, pourvu qu’on leur en laisse la liberté et qu’on se conforme à leurs décisions. Sans quoi, on retombe -et j’en suis tout à fait d’accord avec les contempteurs inconditionnels de la pédophilie- dans le cas intolérable, mais malheureusement omniprésent et banal dans nos pseudo-sociétés, de la coercition, alors qu’il s’agirait en fait d’accéder à une invite spontanément formulée et, par la suite, d’accompagner, de favoriser, de guider et de stimuler une croissance d’ensemble, mais sans jamais la forcer ou la devancer outre mesure.
Le plus affreux se trouve dans le regard sale des adultes, dans leur interprétation systématiquement dégoûtante de tout rapport pédophile sans exception, dans lequel ils projettent leurs refoulements, leur obscénité et leur haine, sous couvert de morale et de pédagogie. Non seulement, ils causent des torts irréparables à certains innocents animés d’intentions pures et admirables, mais ils souillent éventuellement leurs propres enfants en leur inspirant des sentiments de honte et de culpabilité qui n’ont aucune raison d’être. Bref, la pédophilie se trouve à peu près de nos jours dans la situation où était l’homosexualité à la fin du XIX ème siècle, lors du procès d’Oscar Wilde, ou même encore il y a quarante ans, lorsqu’un député français utilisait, pour la désigner, exactement la même expression employée par royal pour stigmatiser la pédophilie : un “fléau social”. C’est dire tout le chemin qui reste à parcourir ! Etant donné l’ambiance actuelle, le pilonnage ininterrompu auquel se livrent organes officiels et médiatiques pour créer dans le public, sans mesure et sans discernement, une véritable psychose antipédophile, mes propos ne peuvent que susciter horreur et fureur... et d’éventuelles retombées à mon encontre. J’en prends le risque, d’autant plus que je n’incite nullement à désobéir à la loi (même si je la condamne), mais à la modifier. C’était l’attitude observée, dans les années soixante et soixante-dix, par certaines personnes qui militaient en faveur de l’avortement. J’exprime une tout autre vision des choses, mais c’est mon droit, et c’est encore mon droit de le faire sans être inquiété.
Les conduites humaines devraient être régies par deux principes essentiels. D’abord, la pansexualité, qui ne signifie pas qu’on fait l’amour à tout bout de champ n’importe comment avec n’importe qui, mais qui exprime le fait que toute relation, pour être pleinement valable, doit être intégrale et devrait donc comporter un élément charnel qui est postulé par notre condition incarnée et qui s’impose souverainement et universellement, quels que soient les sexes, les âges, les liens de parenté, les différences de caractère ou de culture etc.. des partenaires en présence. C’est une exigence de perfection. Pour éviter que la “quantité” ne prime sur la qualité, la deuxième règle capitale porte sur les conditions morales d’un rapprochement, que l’on peut résumer en trois points : le respect, la tendresse et, le plus important des trois que l’on oublie toujours, la définition de buts communs établis à partir d’une analyse précise des deux personnalités. L’attachement qui unit les êtres n’a de sens, de prix et de solidité que s’il est ordonné à la réalisation d’une oeuvre qui leur est adaptée et qu’ils accomplissent ensemble. Certes, la pansexualité brise les cloisonnements indus grâce auxquels l’Etat nous sépare, nous isole, nous mutile et nous désarme, mais en même temps et contrairement à ce que ses adversaires voudraient nous faire croire, elle se situe aux antipodes de la luxure et de la débauche. Encore une fois, ce qui compte, ce n’est pas le type de rapports et les noms plus ou moins barbares dont on les qualifie (homos, hétéros, pédos..), mais leur qualité et leur valeur, appréciées par les fruits qu’ils portent. Peu importe leur appellation plus ou moins “contrôlée”, pourvu qu’ils expriment un amour authentique.
Oui, la “société”voulue, entretenue et “disciplinée” par l’Etat nous prive criminellement d’une immense part de nos possibilités relationnelles, en invoquant, et c’est le comble, des arguments qui se veulent scientifiques et moraux ! Le lieu premier et fondamental de cette amputation, qui a des répercussions incalculables sur une vie sociale où vont désormais régner l’indifférence, l’incommunicabilité, la méfiance, les tensions, l’hostilité et les conflits, est naturellement la sacrosainte famille qui procède par éliminations, interdictions, restrictions, codification et hiérarchisation. Non seulement l’homosexualité, “l’inceste” et la pédophilie sont proscrites, mais l’hétérosexualité elle-même est réservée au seul conjoint, ce qui n’empêche pas les coups de canif... ou de couteau, hypocrites et clandestins ! Même si l’on se croit et si l’on se déclare très “heureux” (car on a été suffisamment “chambré” pour tremper dans cette illusion), on macère dans une ambiance plus ou moins empoisonnée qui vous anesthésie, vous oppresse, vous aliène et vous dépossède de votre capacité d’amour. Il n’y a plus qu’à aller se défouler en participant à la violence dont ne cessent de se pétrir les collectivités préhumaines et en observant la gradation lepéniste (je préfère ma fille à ma nièce, ma nièce à ma cousine, ma cousine à une parente éloignée, celle-ci à une “étrangère”, etc..) qui est fondée sur l’exclusion et qui fonde, à son tour, celle dont sont victimes tant de gens dans nos prétendues “sociétés”. Comme le disait Emmanuel Mounier, elle ne mériteront ce qualificatif que le jour où les “inconnus” n’hésiteront pas à s’aborder dans la rue et à se livrer en toute confiance. Mais elles continueront à n’y avoir aucun droit tant qu’elles resteront formées de ces bastions exclusivistes, de ces cellules cancéreuses et invalidantes sur lesquelles s’appuie l’Etat pour nous dresser et pour nous châtrer.
C’est la même action, terriblement réductrice et appauvrissante, qu’elle exerce dans le domaine de la “parentalité”. Contrairement à ce qu’affirme une propagande grossière et simpliste dont on nous abrutit constamment et qui est reprise par nombre de parlementaires, ce n’est pas d’abord de “son” père et de “sa” mère qu’un enfant a besoin, mais d’une présence paternelle et maternelle qui peut fort bien ne pas être assurée par les parents “naturels” et, en tout cas, non par eux seuls. “Faire” un enfant est à la portée de presque tout le monde. Ce n’est pas très difficile, en particulier pour l’homme. Mais ça ne garantit en aucune manière qu’on aura les talents pédagogiques, la patience et, surtout, l’amour nécessaire pour l’élever. Ce n’est pas livré automatiquement avec le bébé. La “voix du sang” n’est qu’un mythe. Comme le disait Madame Badinter, “l’instinct” paternel et “l’instinct” maternel, ça n’existe pas. Et, de toute façon, il faudrait les convertir en amour agissant, lucide et attentif. Ce qui ne va nullement de soi, ainsi que le montre la vie de tous les jours. Car enfin, il faut se rendre à l’évidence : beaucoup de parents n’aiment pas leurs enfants (et réciproquement) et ils n’ont aucune envie de s’en occuper, même s’ils ne l’avouent jamais et n’en ont même pas conscience parce que ce serait une honte de le reconnaître. Et s’ils font preuve d’une réelle bonne volonté et de sentiments sincères, ces excellentes dispositions, souvent fort mal “éclairées”, donnent alors des résultats catastrophiques. On ne s’improvise pas éducateur. C’est pourquoi il est scandaleux et terriblement nuisible d’établir, par le biais de la famille, un lien nécessaire, rigide et restrictif entre engendrement et éducation, d’autant plus aberrant que, conformément à des conceptions simplistes démenties par la réalité, on continue à attribuer systématiquement le “rôle” masculin au père et le “rôle” féminin à la mère. Alors que l’expérience nous montre à l’envi que beaucoup de femmes sont beaucoup plus viriles, au meilleur sens de ce terme (courage, esprit d’entreprise et d’indépendance etc..) que beaucoup d’hommes et qu’inversement beaucoup d’hommes sont plus féminins (tendresse, sens de l’intimité et de l’hospitalité etc..) que beaucoup de femmes. Et l’on peut même aller jusqu’à affirmer que toute personne est capable ( à condition qu’elle le veuille car aimer, c’est d’abord vouloir aimer, avec tous les efforts et la peine que cela implique) d’assumer en même temps les deux fonctions, car elle est formée d’un ensemble de féminité et de virilité qui se trouvent présentes en elle selon des proportions et des nuances originales, totalement indifférentes au sexe physique, qui en font non seulement un être unique, singulier et irremplaçable, mais aussi un être autonome et plénier qui n’a nullement besoin, pour se compléter et combler de prétendus manques, de s’encastrer en des “moitiés” diverses lui permettant enfin de former un tout ! Une véritable relation humaine n’est donc pas le fruit d’une obéissance à des tropismes plus ou moins aveugles et déterminants, mais le résultat d’un pacte souverain entre deux êtres intégraux qui décident librement de s’unir et d’oeuvrer en commun, afin de poursuivre ensemble la réalisation de buts supérieurs précisément déterminés par leurs capacités individuelles et mutuelles.
Pour en revenir à la “famille” traditionnelle, recomposée ou non, on voit à quel point elle repose sur des schémas affreusement étriqués, simplistes et primaires, intolérants et stérilisants, parce qu’uniquement biologiques et hétérosexuels. Non seulement elle condamne et proscrit toutes les formes non conventionnelles de sexualité, mais elle condamne l’enfant à subir le joug d’un couple d’adultes qui lui sont imposés par les hasards génétiques et qui, même lorsqu’ils ont “voulu l’avoir” (parce que c’est la mode !), ne sont pas disposés la plupart du temps, pour des raisons diverses et d’abord par inconscience, à le prendre véritablement en charge, et se révèlent ainsi dramatiquement inaptes à le faire. Les carences, les erreurs et les faiblesses les plus graves se manifestent. Au contraire, une famille digne de ce nom offrirait aux enfants et aux adultes un milieu infiniment plus ouvert, plus riche et plus constructif, en particulier, mais pas seulement, sur les plans relationnel, affectif et sexuel. N’en seraient exclus que les parents naturels qui s’excluraient eux-mêmes par leurs comportements. Mais surtout, elle comprendrait d’autres adultes, car même si chacun d’eux forme une personne “intégrale” qui peut donc suffire à l’enfant, pourvu qu’elle décide réellement de mobiliser ses qualités à son service, celui-ci trouverait un épanouissement incomparable dans des contacts multiples et variés avec plusieurs aînés qui accepteraient de se consacrer à lui et le feraient bénéficier “d’apports” intellectuels, créatifs, psychologiques, affectifs, etc.. pluriels, multiformes et substantiels propres à nourrir sa personnalité et à exalter son individualité dans des conditions et avec des résultats bien supérieurs à ceux que l’on observe dans ces cellules-croupions ordinaires qui ne mériteraient le beau nom de “familles” que si elles acceptaient un jour de se transformer de fond en comble et de s’orienter ainsi vers une formule communautaire extrêmement féconde. Les laudateurs de l’institution traditionnelle, et en particulier les gens de “gauche”, prétendent se faire “éclairer” par les Lumières dont l’une des principales caractéristiques, nous l’avons vu, consiste, selon eux, à échapper aux diktats et aux contraintes de la Nature. Or, il est savoureux de constater que, dans cette affaire, ils continuent à patauger dans le naturalisme le plus épais, le plus primitif et le plus arriéré !
J’ai longuement insisté sur le rôle castrateur de la famille qui est chargée par l’Etat de nous rendre exsangues et dociles en brisant et en étouffant, en réprimant et en canalisant nos énergies affectives, dont la libre expression, même dans un contexte de respect, d’affection et de connivence active entre partenaires, présenterait un caractère bien trop subversif et incontrôlable pour être toléré par notre despote. D’autant plus que cet étranglement et cette “débilitation” systématiques ne font que préparer la voie à d’autres conditionnements, encore plus larges, que la famille (encore elle, et c’est la deuxième grande fonction qui lui est dévolue, dans le prolongement de la première) a pour mission d’inscrire dans le psychisme et les comportements de ses rejetons. Je veux naturellement parler de l’insertion professionnelle et, plus généralement, de l’intégration sociale qui sont considérées comme des bienfaits évidents et indispensables auxquels seuls des fous ou des méchants pourraient songer à se soustraire et qui doivent être obtenus à tout prix, même en marchant à côté de ses pompes toute sa vie, même en menant une existence misérable jalonnée, par exemple, de boulots inintéressants, inadaptés, mal payés etc.. qu’on sera trop heureux (et forcé par l’administration !) d’accepter pour ne pas mourir de faim. Car, après tout, on n’est pas si exigeant que ça à l’égard de la famille. On lui demande simplement de caser sa progéniture n’importe où n’importe comment, pourvu qu’elle se laisse faire et que ce soit dans la termitière. Les ambitions excessives ne sont même pas recommandées. Chacun doit rester à sa place. C’est ce qu’on appelle “la reproduction sociale”, plus que jamais en vigueur. La bonne marche de la “société” et les intérêts de ses grands dirigeants veulent que les fils d’ouvriers, de paysans, de petits employés etc.. restent dans le même “état” que leurs parents. Dans leur très grande majorité, les femmes occupent toujours des emplois subalternes et mal rétribués qui s’ajoutent aux besognes domestiques dont elles assument la plus grande part. Certes, pour la montre, on exhibe une préfète ou une générale perdue au milieu de ses collègues masculins, ou, avec effets émotionnels garantis, un fils de manoeuvre, “tel-le-ment- mé-ri-tant”, devenu P.D.G. ou énarque. Ce qui n’empêche pas les “grandes” écoles de recruter de moins en moins dans les classes populaires. Bref, la famille, à qui l’Etat doit de nombreuses fières chandelles, s’oblige à respecter et à faire respecter in aeternum par sa progéniture les hiérarchies, les cloisonnements, les limites et les interdits qui assurent le règne des privilégiés.
Voilà donc, résumés de manière bien sommaire, les principaux articles du Credo auquel chacun est tenu d’adhérer. On peut les critiquer, c’est vrai, (les pouvoirs adorent se donner des allures accommodantes), mais à condition de ne pas dépasser la dose prescrite, d’éviter les dénonciations fondamentales (immédiatement taxées d’extrémisme ou de fanatisme), de se contenter de remarques modérées et de bon ton, courtoises, partielles et superficielles, empreintes d’une “sincère intention réformatrice” et, surtout, d’en rester à des discours en l’air qui bénéficieront de l’indulgence de l’Etat puisqu’ils seront dépouillés de toute force persuasive et de toute crédibilité par leurs auteurs mêmes qui ne désireront rien tant que poursuivre simultanément une carrière paisible et confortable dans leur famille et dans leur profession. C’est le cas de beaucoup d’intellectuels, de journalistes etc.. Mais l’insoumis qui, par ordre de gravité,
1° rejette entièrement l’un des dogmes économistes, étatistes, rationalistes, spécistes, familialistes ou, à plus forte raison, leur ensemble,
2° s’engage dans une action militante particulièrement raide, provocatrice et corrosive,
3° tente, en prenant de gros risques, de mettre sa vie à l’unisson de ses paroles, offrant ainsi un exemple d’authenticité déplorable et,
4° s’abandonne à ces déviances inqualifiables en compagnie, plus ou moins organisée, d’autres trublions (qui vont donc former une “secte” !)... un tel individu, aussi insane que dangereux, est marginalisé tout doucement et tout “gentiment” jusqu’à ce qu’il soit mis hors d’état de nuire, c’est-à-dire qu’en dehors même de toute intervention spéciale, en laissant jouer d’eux-mêmes les mécanismes d’exclusion prévus à cet effet, il est réduit progressivement, insensiblement, à l’impuissance, au silence et à la misère. Quelle discrétion, quelle élégance, d’autant plus remarquables qu’elles ne compromettent nullement l’efficacité ! Vous êtes ramené à rien, vous êtes précipité dans une inexistence aussi profonde que si l’on vous avait supprimé physiquement. Une démocrature, qui n’est qu’une variété de dictature, plus subtile, plus raffinée, plus habile et plus roublarde, tente, en les rendant inutiles, de s’épargner des gestes sales et un peu trop voyants qui ne siéraient pas à la devanture avantageuse qu’elle aime se peinturlurer pour abuser les vrais et les faux naïfs. Mais, en dernier recours, elle n’hésite pas une seconde, au nom des “intérêts supérieurs de l’Etat”, à les commettre en organisant, si besoin, des accidents déguisés, des suicides simulés et des attentats bien réels. Car, pour l’essentiel de ses buts, rien ne la distingue des tyrannies les plus féroces. Rappelons pour mémoire que, dans une démocratie (difficile à imaginer, tellement nous en sommes éloignés !) les responsables veillent avec un soin jaloux à la protection de leurs minorités, sachant non seulement que leurs singularités les exposent à des violations de leurs droits et de leurs libertés, mais aussi que certaines d’entre elles peuvent représenter un véritable ferment d’avenir pour la société et qu’il convient de se mettre à leur écoute... sans forcément gober tout ce qu’elles racontent.