L’hypocrisie
Comment pourrait-il exister un semblant d’égalité dans une « société » vouée toute entière à l’inégalité, dont c’est le fondement et le but ?!
Dès la naissance, des inégalités sociales, culturelles, « ethniques » (minorités, diversités comme on dit), éducatives, économiques, sexuelles (de genres)… impriment partout leurs marques, et on veut nous faire croire que l’école, de vagues mesures de discriminations positives, des bourses ou des campagnes médiatiques vertueuses pourraient contrecarrer ce système ?!
Nos « sociétés » sont stratifiées en classes sociales, où le but est de grimper, d’être plus riche et/ou plus puissant que les autres, et tout le monde pourrait avoir les mêmes armes pour ce combat ?
Ce ne sont pas les cas isolés, aidés ou pas, qui peuvent démentir l’existence d’un ordre social inégalitaire dès la naissance des individus et qui le demeurera. L’éducation scolaire ne rétablit pas l’égalité des chances, elle entérine les inégalités et permet aux entreprises de disposer de la main d’œuvre plus ou moins qualifiée dont elles ont besoin pour enrichir cadres, patrons et actionnaires grâce à une répartition des revenus inégalitaires.
Tout dépend du milieu dans lequel on naît : quartier bourgeois, famille de « haut niveau socioculturel », ghetto de pauvre en banlieue, famille de petits paysans de province…
Tout dépend si on est blanc de blanc ou avec la peau plus ou moins bronzée, si on est femme ou homme, athlétique ou handicapé, etc.
Tout le monde le sait et les gesticulations des pédagogues et autres démagogues politiciens ne sont que de l’hypocrisie ou de l’auto aveuglement.
De plus, chaque être humain est différent et dispose de dons et talents propres. Comment alors, plus fondamentalement, pourrait-on être égaux par rapport à ce système qui favorise et valorise certains types de talents, de personnalités au détriment d’autres jugés moins utiles à la « société », moins glorieux ou dérangeants ?
Pourquoi un infirmier ou une éboueuse devraient-ils être payés moins qu’un avocat ou un joueur de foot connus ?
Il devrait exister une réelle égalité de droits, mais une égalité des chances dans la compétition scolaire et sociale est impossible, car chacun est différent, et celles/ceux qui ne correspondent pas au modèle dominant seront écrasés et se retrouveront au bas de l’échelle.
Mais ça ne fait rien, tout le monde continue la fiction de « L’Egalité Des Chances », pour faire rêver les pauvres et leur faire croire qu’ils peuvent véritablement s’élever socialement. Ce qui permet ensuite de leur reprocher leur misère : « si vous êtes pauvres, c’est de votre faute, vous êtes fainéants, vous n’avez pas su saisir votre chance, tout le monde peut devenir un riche PDG, il suffit de le vouloir et de profiter des occasions ».
L’idéologie de la compétition
Dans « L’Egalité Des Chances », il y a aussi l’idée que tout le monde peut avoir des chances égales dans la grande compétition générale. Est donc entériné d’emblée le principe que la vie et les activités se déroulent dans la concurrence permanente, le chacun pour soi. Et personne ou presque n’y trouve à redire ni ne songe à renverser ce système.
Il faudrait donc arriver à ce que tout le monde ait des chances égales de pouvoir s’écharper en toute égalité afin de conquérir les meilleures places permettant de construire des inégalités !
Il faudrait donc amener chaque nouvelle génération à l’égalité (ce qui déjà est impossible comme on l’a vu auparavant), pour ensuite reconstruire les fortes inégalités qui empêcheront les générations suivantes d’accéder à l’égalité des chances !!!
Joli programme : générer une égalité des chances dans une compétition tout azimut visant à asseoir des inégalités ! Il y en a qui aiment jouer les sisyphes et qui n’ont pas peur de l’absurde…
L’égalité des chances est donc au service d’un système de compétition scolaire, sexuel, familial, économique, médiatique, etc., lequel système fonctionne sur le principe fondamental et universel de l’inégalité (des salaires, de la reconnaissance sociale, des droits, etc.).
Dans la course à l’inégalité de concurrents fictivement égaux, c’est à qui décrochera par ses mérites, ses ruses, ses violences (contrôlées), le meilleur emploi, l’épouse/époux modèle, la belle voiture vue à la TV, la maison individuelle parfaite, etc.
La fiction de « L’Egalité Des Chances » contribue à faire accepter « l’ordre » établi par la grande compétition acharnée servant à distribuer les places inégalitaires qui détruiront toute égalité des chances (et égalité tout court).
On prend vraiment les gens pour des idiots.

La loterie
Dans « chances », on trouve aussi la notion de loterie. En effet, c’est comme le Loto, il y a de nombreux candidats et peu d’élus pour les hautes sphères des systèmes pyramidaux.
La loterie socioéconomique joue aux dés, brasse les cartes, lance les boules humaines dans la roulette, et avec « l’égalité des chances », quelques uns tireront le bon numéro, les autres lècheront les miettes ou ramasseront les fientes.
Quelle alléchante et merveilleuse perspective que celle de l’égalité des chances dans la compétition et la loterie !
Les exclus ont eu leur chance, point barre, qu’ils ne viennent pas se plaindre ; se plaint-on aux dirigeants du Loto de n’avoir pas eu la timbale ?
« L’Egalité Des Chances » dit que les inégalités ne sont pas un problème, du moment que tout le monde a pu remplir une grille pour le tirage. _ « L’Egalité Des Chances » entérine le libéralisme, la compétition générale, la propriété, la misère et la désespérance.
Si un jour on n’entend plus parler d’égalité des chances, ce sera un signe que le monde aura fait de grands pas en avant vers l’égalité et la liberté.


