J’aime les homos puisque j’aime les infirmes

30 juillet 2010
Par Christian Singer
Contacter l'auteur

Cette déclaration d’amour, formulée à peu près dans ces termes par un prélat catholique (et il n’était pas le seul) n’a pas recueilli l’adhésion unanime de ses destinataires ! Cet évêque a fait d’une pierre deux coups : il a réussi à insulter les homos par le biais des infirmes et les infirmes par le biais des homos. Bravo, Monseigneur ! Mais creusons la question et élargissons le débat.

La théorie classique encore couramment enseignée, par exemple dans l’ouvrage récent de Thierry de Saussure intitulé "L’inconscient, nos croyances et la foi chrétienne" et paru aux Editions du Cerf, veut qu’à chaque stade de l’évolution infantile corresponde un type particulier -et virtuel-de sexualité. Et je pense que les auteurs ont tout à fait raison de déplorer l’interruption de ce processus par "fixations " et "blocages". Mais voilà ! Moi, je croyais qu’ils regrettaient cet arrêt parce qu’il privait l’individu d’une partie de ses potentialités sexuelles et amoureuses. Mais non ! Patatras ! Tout s’effondre. Je découvre avec une stupeur comparable à celle du Persan de Montesquieu que, pour eux, il ne doit pas y avoir cumul de toutes les étapes, mais élimination de toutes celles qui précèdent la dernière, celle de l’hétérosexualité, seule digne d’être conservée. Pourquoi cette terrible mutilation ? Pour des raisons qui semblent concerner la filiation, la procréation, la reproduction de l’espèce par l’intermédiaire de la famille. En somme, devraient être rejetées toutes les formes de sexualité qui ne sont pas susceptibles de participer à la poursuite des lignées !

Seule est prise en compte "l’utilité sociale" (comme disait Freud) de la sexualité qui est donc soumise à des lois qui lui sont étrangères et qui l’obligent à se corseter dans un modèle unique ainsi décrit, à travers l’acte sexuel "normal" , dans l’ouvrage précité : "...normal, se référant ici à l’obtention de l’orgasme par pénétration génitale entre partenaires de la même espèce, de sexes opposés, de même catégorie d’âge et sans liens familiaux étroits...les perversions sont généralement définies comme des déviations par rapport à l’acte sexuel normal" (P.203). Donc, il suffit que vous fassiez l’amour avec une personne à laquelle vous unit une certaine différence d’âge pour entrer dans la voie de la perversion psychologique qui ne peut que vous mener à la perversité morale ! Le plus drôle, et le plus significatif, est que notre psy admet que, "dans les préliminaires du coït", on puisse, pour mieux s’exciter, se régaler en catimini de fantasmes s’alimentant aux "vestiges" des formes de sexualité honnies qu’il énumère ainsi : voyeurisme, exhibitionnisme, sadisme, masochisme, homosexualité, pédophilie". Et il ajoute curieusement :"Cela fait partie de l’érotisme le plus sain" (P.205). Quelle largeur d’esprit, quelle audace et quelles contradictions ! On serait tenté de croire que ce genre d’élucubrations ne se trouve plus que chez des cathos ultras. En fait, vous pouvez lire dans "Le Petit Robert" des analyses et des jugements tout à fait identiques concernant "l’acte sexuel normal" et les perversions, parmi lesquelles la "gérontophilie", dues à des "troubles psychiques" !

En fait, ces considérations puent la fabrication arbitraire et artificielle. On se donne au point de départ la conclusion à laquelle on veut parvenir et qui n’est pas dictée par la volonté de faciliter l’épanouissement de l’amour, mais par un certain ordre familial, social et politique que l’on veut conserver à tout prix. Alors on fait comme l’historien dont le talent, selon Renan, "consiste à faire un ensemble vrai avec des traits qui ne sont vrais qu’à demi". Ou comme le procureur qui procède à une reconstitution éblouissante où les faits et gestes du meurtrier sont dépeints avec une précision et une apparente exactitude telles qu’elles ne peuvent qu’emporter la conviction. L’ennui est que, entre la "plausibilité", la parfaite vraisemblance, la probabilité extrême et, d’autre part, la réalité et la vérité, il existe souvent un abîme, celui de l’erreur judiciaire, où s’abîme la prétendue Justice.

Il ne faut pas cesser de le rappeler : dans le domaine qui nous occupe ici, celui des relations humaines, la vraie "normalité", la seule qui mérite ce nom parce qu’elle tend à la mise en oeuvre totale des capacités et des aspirations les plus profondes de l’être humain, c’est une pansexualité où chaque personne, aidée et encouragée par une société digne de ce nom, se rendrait petit à petit apte, au cours d’une longue maturation, à nouer des rapports complets (incluant la sexualité puisque nous sommes des êtres incarnés) avec des représentants de n’importe quelle catégorie d’individus sans aucune distinction d’âge, de sexe, de lien de parenté etc.., mais avec un interdit absolu, celui de la contrainte et de la violence, et quatre sortes exigences : la tendresse, le respect, la définition et l’atteinte de buts communs, enfin la fidélité qui, notons-le au passage, ne signifie nullement exclusivisme et jalousie, mais persévérance et suite dans les idées. Chacun appartiendrait à plusieurs couples dont la vie propre s’enrichirait et s’équilibrerait grâce à la contribution des autres.

Si l’on fait remarquer que beaucoup d’expériences révolutionnaires échouent, dans ce domaine comme dans tous les autres d’ailleurs, il sera facile de rétorquer qu’elles doivent se dérouler dans un tel climat de menaces, de condamnation, d’opprobre, de persécution et de répression qu’il faudrait être un surhomme ou un saint pour le supporter sans l’intérioriser et un fameux veinard pour ne pas être inquiété. Comment s’épanouir lorsque l’on doit vivre dans la hantise d’être découvert, dénoncé, rejeté de tous, emprisonné etc.. A ce sujet, je ne saurais trop vous conseiller (ô paradoxe !) de ne pas vous engager dans les voies de votre accomplissement intégral, si vous ne voulez pas vous exposer aux pires ennuis de la part d’une "société" immonde qui demeure un monument de stupidité, de cruauté et d’intolérance. Il suffit de les évoquer, comme je le fais ici, pour se mettre en danger.

En conclusion, je préfère imaginer (même si elle est moins que jamais à l’ordre du jour !) l’extraordinaire métamorphose qui affecterait les actuelles collectivités préhumaines et les transformerait en sociétés humaines, si elles évoluaient vers un complet "décloisonnement" sexuel et la fin de prohibitions immorales et d’amputations castratrices inadmissibles et inhumaines. Les moeurs y seraient considérablement adoucies et apaisées parce que disparaîtraient peu à peu les refoulements, les frustrations et la possessivité ainsi que les défoulements sauvages et les déchaînements d’agressivité publics et privés qui en sont les inévitables et permanents exutoires. Tous les types de relation sexuelle et (ou) sensuelle seraient célébrés et pratiqués, quels que soient les partenaires en présence, selon une exigence de "normalité" très bien définie par Freud lui-même lorsqu’il affirme dans "Les trois essais" que "le caractère normal de la vie sexuelle est assuré par la conjonction vers l’objet et le but sexuels de deux courants, celui de la tendresse et celui de la sensualité".


- Répondre à cet article

( Accueil . Thèmes . Présentation . Contact . Newsletter . Plan du site . Recherche )

RSS A Boulets Rouges est un Blog de Mutations-Radicales.org

http://www.mutations-radicales.org/J-aime-les-homos-puisque-j-aime.html
Articles Suiv./Préc.
Sur le même thème
/ Article : J’aime les homos puisque j’aime les infirmes
-A Boulets Rouges, Blog corrosifBlog critique
Accueil