Infection et infestation psychologistes

Dénonciation critique du psychologisme tyrannique, de ses abus et de ces fondements

Les psys et la psychologie ont trop tendance à sortir de leurs limites et à imposer des normes répressives qui confortent « l’ordre » social. Les psychologues et psychanalystes ne sont pas des références inébranlables. La nouvelle mode est celle des cellules psychologiques d’urgence, qui visent à vous enfermer bien au chaud pour éviter les ébranlements consécutifs à des événements dramatiques.

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Il s’agit d’un envahissement universel. Les psy sont sortis de leurs cabinets, comme des rats quittant leurs égouts, pour tout investir : entreprises, écoles, services sociaux, prétoires, orientation professionnelle, et même, c’est la dernière mode, cellules de soutien à l’usage des divers traumatisés ! On en voit qui pontifient, qui badinent ou qui se font mousser dans des émissions ou des publications branchées. Leurs avis, constamment sollicités en tous domaines, se présentent sous la forme de “sentences” que l’on recueille pieusement comme des oracles et que l’on exécute sans sourciller.

La plupart de ces interventions sont hautement contestables aussi bien dans leur principe que dans leurs applications. Comme toujours en préhumanité, tout est brouillé par les confusions et les amalgames volontaires. Donc il importe d’opérer les distinctions nécessaires. Certes, il existe une certaine légitimité de l’approche psychologique. Par exemple, on peut, dans une certaine mesure et avec quelque profit, tenter l’étude du fonctionnement des grandes opérations mentales : mémoire, attention, intelligence, imagination etc.. Il est encore beaucoup plus aléatoire et beaucoup plus risqué de s’aventurer dans les profondeurs du psychisme, ainsi que l’ont fait, bien avant Freud, des moralistes et des littérateurs comme Fénelon. Il ne faut jamais oublier qu’on se trouve dans le flou, dans l’insaisissable, dans l’immatériel et, surtout, dans l’individuel. On doit faire preuve d’une grande modestie, éviter les généralisations hâtives et abusives, les simplismes réducteurs, les dogmatiques rationalistes, les a priori matérialistes, et, finalement, ce qui représente le comble de la prétention insupportable en elle-même et terriblement nocive dans ses conséquences pratiques : les pseudo-explications normatives et moralisatrices.

Les seules démarches acceptables doivent être purement descriptives, étroitement personnalisées et aboutir à des conclusions qui seront toujours formulées comme des suppositions dépourvues de tout caractère de certitude. Ces limites et ces doutes ne sont pas seulement imposées par la nature évanescente du domaine qui est ici évoqué, mais par une donnée métaphysique fondamentale que l’on oublie trop souvent et qui vaut même dans le monde physique, à plus forte raison dans celui de l’esprit. Le fait que nous soyons totalement immergés et comme enfermés dans ces univers nous empêche d’en avoir une vision “objective” et globale. Seul un observateur situé “à l’extérieur”, comme Dieu, pourrait se prononcer sur les questions d’essence, d’origine et d’accomplissement final. C’est pourquoi les scientifiques, nonobstant leurs déclarations plus ou moins triomphalistes, patinent à la surface des “phénomènes” (apparences, en grec), sont et seront toujours incapables d’aller en profondeur, de rendre compte de la substance des choses, mais continueront sans doute à nous en faire accroire en nous régalant de « grandes hypothèses » vagues, indécises et changeantes, de verbiage mathématique ou faussement philosophique propres à créer l’illusion et à entretenir leur prestige auprès de foules non averties.

Je le répète : ces remarques sont encore beaucoup plus vraies et pertinentes lorsqu’on aborde le monde psychique. L’esprit humain est incapable de se connaître lui-même parce qu’il se confond avec l’objet de son étude. Il ne peut se percevoir qu’à travers des effets individuels dont il ignorera toujours les causes véritables. C’est pourquoi une investigation psychologique est et ne peut être que doublement “subjective”. Parce qu’elle est liée, d’abord, à un sujet observant dont la vision est relative à sa position dans le monde et à sa constitution, et, ensuite, à un sujet observé dont les motivations et les règles de fonctionnement ne peuvent qu’échapper en leur fond à celui qui tente de les découvrir ou, dans la meilleurs hypothèse, ne lui apparaître que sous la forme... d’hypothèses ambiguës et douteuses.

Ces conditions étant précisées, qui inclinent à une grande humilité, on ne peut qu’être choqué, ahuri, terrifié, lorsqu’on songe à leurs suites préjudiciables, par l’assurance, par l’impudence, par l’arrogance avec lesquelles un très grand nombre de psys tranchent de tout sans rien savoir ou presque et provoquent injustices, catastrophes et répression...en toute “inconscience”, laquelle est, après tout, leur spécialité naturelle ! Entrons un peu dans le détail.

-  1° L’exploration psychotechnique effectuée grâce à des batteries de tests n’est qu’une farce ridicule. On vous “évalue”, on vous “soupèse” comme un sac de pommes de terre, de la manière la plus sommaire, avec pour souci principal de définir la façon la plus efficace et la plus rentable dont la “société” pourra vous exploiter, et non de déterminer les aptitudes subtiles et singulières qui vous habitent, dont seul l’exercice approprié favoriserait votre épanouissement, et que ces méthodes grossières sont d’ailleurs incapables de détecter et de préciser. Je me souviens du cynisme d’un patron déclarant que les exigences de l’économie moderne rendaient impossible désormais l’application du fameux adage : « the right man in the right place ». Ca voulait dire en clair que pour obéir aux diktats capitalistes et enrichir toujours davantage les multinationales et les nababs, chacun doit se contenter de ce qu’on lui offre, accepter n’importe quel boulot (trop heureux d’en avoir un !) éventuellement inintéressant, servile, payé à coups de lance-pierres et totalement inadapté ou inférieur aux capacités de l’intéressé.

-  2° Les abus intolérables et parfois criminels du discours interprétatif. Que des praticiens se livrent impunément dans le secret de leurs cabinets à ces jeux arbitraires sans les présenter comme tels à ceux qui les subissent et qui vont les rétribuer à prix d’or, c’est déjà scandaleux ! Mais on est encore plus effaré et indigné quand on pense à ce qui se passe quotidiennement dans les tribunaux où des gens sont condamnés à de très lourdes peines, en grande partie à cause de l’impression considérable faite sur les jurys par les délires de soi-disant experts psychiatres qui, sans se laisser démonter par les contradictions formulées par leurs pairs ( !), s’autorisent à porter des jugements péremptoires sur le degré de responsabilité des accusés, expliquent de manière infaillible leurs comportements, décrivent avec un aplomb incroyable leurs intentions et leurs mobiles. Ces fantaisies monstrueuses n’ont d’égales que celles auxquelles se livrent les magistrats du parquet qui, sans disposer d’aucune preuve formelle, enfoncent un éventuel innocent à coups de reconstitutions et de reconstructions totalement imaginaires qui, sait-on jamais, peuvent accidentellement correspondre à la vérité une fois ou l’autre, mais sans qu’on puisse jamais savoir dans quel cas précis ! Autre absurdité judiciaire : l’injonction de soins. Comment peut-on en même temps condamner une personne comme si elle n’était pas “malade” et la contraindre à se faire soigner comme si elle l’était ? Comment un praticien qui se veut fidèle à une certaine déontologie peut-il accepter de travailler avec une personne qui est obligée de le rencontrer ? Quelle efficacité peut-on attendre de ces “traitements” forcés ? Et pourquoi les réserve-t-on aux délinquants sexuels, réels ou prétendus, et pas aux voleurs ou aux assassins, comme si les “crimes” commis par les premiers étaient forcément plus graves que les autres et toujours considérés comme les effets d’une pathologie ? Ces aberrations relèvent de lubies et de fantasmagories constamment réactivées par les institutions (pouvoirs publics, médias, associations bien-pensantes etc..) qui sont chargées de fabriquer en permanence la doxa (opinion dominante que l’on essaie de rendre unanime).

-  3° La détermination et l’imposition de normes présentées comme le reflet de constatations “scientifiques”, alors qu’elles sont inventées pour servir de couverture et de justifications au désordre établi (moral, sexuel, éducatif, familial...). L’embrouille la plus efficace et quasi imparable consiste à invoquer des processus “naturels” auxquels nous devrions tout “naturellement” nous soumettre parce qu’ils seraient indubitables et donc indépendants de nos appréciations plus ou moins tendancieuses. Qui oserait les contester ? En fait, il s’agit de fictions composées et arrangées pour légitimer des règles collectives que les pouvoirs ont fixées avec la complicité de leurs valets, qui sont destinées à perpétuer leur emprise ainsi que les structures et les modes de fonctionnement sociaux qui la favorise, mais qui n’ont rien à voir avec nos anatomies et nos physiologies mentales et physiques, ni avec leur façon de s’exprimer et de s’épanouir. On bâtit artificiellement des modèles de développement, par exemple ceux qui concernent les diverses facultés (y compris la sensualité) de l’enfant et de l’adolescent, pour affirmer ensuite que ces schémas sont de portée générale, qu’ils doivent être respectés par tous, donner lieu à des interdits systématiques dont la transgression sera considérée, dans tous les cas, comme monstrueuse et punie comme une infamie. On passe d’une fausse généralisation à une vraie coercition. Ca fait penser à la fameuse réflexion du vieux matérialiste réactionnaire Freud déclarant qu’il n’y avait de “bonne sexualité” que celle qui était “utile à la société” !

-  4° Le mépris de l’homme, la négation de sa liberté, soi-disant étouffée et réduite à néant par des pulsions incontrôlables qui le mèneraient par le bout du nez à son insu. Je rappelle à ce sujet que l’étude du thème de naissance astrologique permet (quelle économie de temps et d’argent !) d’identifier et d’utiliser à bon escient, non pas les déterminismes qui nous contraindraient, mais les riches déterminations (dons, capacités, inclinations, problèmes, contradictions, tensions etc.) que nous portons en nous et que nous sommes libres, soit de subir sous la forme de névroses, soit “d’activer négativement sous la forme de perversions destructrices ou auto-destructrices, soit de transfigurer positivement sous la forme de sublimations plus ou moins héroïques, toujours créatrices et (ou) altruistes, qui sont réalisables par tout individu, à condition qu’il le veuille vraiment. Nous sommes libres de convertir les destins aveugles et “obligés” qui nous habitent implicitement en destinées conscientes et volontaires qui réalisent explicitement le Projet unique, singulier et irremplaçable dont chacun de nous est porteur en tant qu’être lui-même unique, singulier et irremplaçable. Si les gens comprenaient et mettaient en pratique ce que je viens d’évoquer très rapidement (que j’ai déjà expliqué maintes fois en détail et que je réexpliquerai sur ce site), il n’est pas exagéré de dire que la face du monde en serait changée.

Mais non ! On préfère continuer à fréquenter, éventuellement pendant des années et quelquefois au prix de véritables fortunes, les repaires de psys qui, dans la meilleure hypothèse (lorsqu’ils sont honnêtes et de bonne volonté) se révèlent inefficaces ou vous laissent exsangue et déboussolé, parce qu’ils n’ont ni les moyens concrets (le thème de naissance) de vous aider, ni le savoir, l‘expérience et la sagesse permettant de l’interpréter, et qui, dans la pire, ne songent qu’à vous réinsérer dans les droits chemins sociaux, professionnels, affectifs etc.., qu’à vous rendre à nouveau docile et performant, et se comportent ainsi comme des flics zélés faisant circuler ou recirculer tout le monde sur les autostrades de la pensée unique et des comportements obligatoires, avec interdiction de s’en écarter.

Et l’on préfère aussi continuer à défigurer, à avilir et à bannir l’astrologie, compromise et ridiculisée par les pratiques charlatanesques et superstitieuses, vouée à l’insignifiance par de faux “amis” qui la réduisent à des jeux de salon et à des amusettes, calomniée par des scientistes qui, au mépris de toute rigueur intellectuelle et de toute honnêteté morale, se permettent de la condamner a priori tout en se flattant de n’en rien connaître. Pensez donc ! Leur temps est trop précieux pour qu’ils en consacrent, ne serait-ce qu’une once, à des études aussi extravagantes et aussi indignes.

-  5° Le rejet de Dieu, sur lequel je n’insisterai pas, mais qui est avoué et même proclamé par beaucoup d’entre eux qui le considèrent comme la suite inéluctable de leurs recherches, comme inhérent à la nature même de l’homme, telle qu’ils la perçoivent, et comme imposé par sa constitution et par son fonctionnement “machinal” où ne subsiste plus aucune place pour une Transcendance, une Liberté et une Action providentielle. C’est le cloaque sans issue de ce désespoir et de cette absurdité où ils veulent nous enfermer.

Nous devrions réagir très vivement contre la prolifération cancéreuse d’un psychologisme qui est sorti de ses limites pour se faire l’auxiliaire empressé des totalitarismes étatiques.

Même les fameuses “cellules de soutien” que j’ai mentionnées au début sont sujettes à caution et d’autant plus suspectes que leurs interventions semblent obéir aux motifs les plus nobles et à des nécessités évidentes. Et pourtant on se défend mal de l’impression d’être pris dans une toile d’araignée, dont les prédateurs ne s’occupent de vous (avec les meilleures intentions du monde !) que pour vous reprendre en main, vous “régulariser”, empêcher qu’à la suite d’un choc exceptionnel ne surgissent en vous (sait-on jamais !) de mauvaises pensées, hétérodoxes et subversives. Or il faut rappeler avec force qu’il existe un bon usage des épreuves, qui n’ont pas à être évacuées, et des problèmes, qui n’ont pas à être “résolus” (au sens “d’éliminés”), mais qui, les unes et les autres, doivent être utilisés, comme je l’ai dit plus haut, à travers des transmutations supérieures exigeant beaucoup d’efforts et de courage. Dont tout homme est parfaitement capable, parce que cette alchimie correspond à ses dispositions et à ses aspirations fondamentales... à un point tel qu’il n’a même besoin de personne pour y procéder.

La souffrance, la maladie, l’approche de la mort sont appelées à se transformer en atouts maîtres dans le jeu de notre existence, si nous décidons (comme chacun en a le devoir et la possibilité) de les convertir et de les métamorphoser en ces réalités éminentes propres à chaque thème de naissance et qu’il contient en filigrane, à l’état de virtualités et d’invites. Il s’agit tout simplement de devenir soi-même, mais au plus haut degré, et il n’y a rien de tel que les grands “malheurs” pour vous aider à y parvenir. Certes, il peut exister des personnes particulièrement fragiles qui ont besoin, immédiatement après une catastrophe, d’un secours “psychologique” et affectif. Mais ce sont là des situations personnelles tout à fait “anormales” que provoque et que multiplie une “société” qui a tout intérêt à nous affaiblir et à nous rendre dépendants en accentuant (et ceci est capital) une certaine propension à nous déprécier nous-mêmes.

Les pouvoirs et leurs représentants tentent de nous niveler par le bas, de nous persuader que des aventures “spirituelles” comme celles que j’ai évoquées ne peuvent être vécues et réussies que par des êtres d’élite et d’exception, alors qu’elles sont à la portée de chacun, pourvu qu’il s’auto-éduque dès ses jeunes années, bénéficiant des encouragements, de l’aide et de l’exemple fournis par l’entourage. Ainsi peut-il développer la force intérieure nécessaire qui se trouve en lui, comme en chacun de ses semblables. Mais l’on verrait apparaître, si ces formes “d’éducation” et “d’élévation” se généralisaient, une humanité enfin digne de ce nom, que les castes dirigeantes n’arriveraient plus à domestiquer, et qui échapperait à leur contrôle et à leur domination. Il est donc essentiel pour elles d’inculquer à chaque homme ce que j’ai appelé plus haut le “mépris” de soi-même et la méconnaissance de ses extraordinaires capacités évolutives. Il faut le maintenir au plus bas niveau, la tête enfoncée dans le marécage formé par des instincts sur lesquels il n’a pas vraiment prise et par les tropismes que génère une “société” qui intoxique et qui abrutit. C’est le règne des ténèbres, du ça , d’un inconscient individuel et collectif qui vous noie, vous décervelle, vous paralyse, vous asservit et vous dépossède de vous-même.

Voici, à titre de conclusion, quelques extraits du remarquable ouvrage “Une morale de minoritaire” que Didier Eribon a fait paraître récemment chez Fayard.. “La psychanalyse.. ne s’est-elle pas transformée, à de rares exceptions près, en un discours de la norme ? Un discours toujours prêt à voler au secours de l’ordre quand celui-ci semble menacé, comme on l’a vu dans les récents débats en France autour du Pacs, du mariage homosexuel, de l’homoparentalité, mais également autour des biotechnologies ou même de la transmission du nom par la mère. Brandissant comme une table de loi son arsenal conceptuel figé, avec le “complexe d’Oedipe”, la “fonction paternelle”, la “différence des sexes”, la “double référence identificatoire”, sans oublier, bien sûr, le phallus, la castration etc.. S’installant dans le rôle d’ experts de la vie des autres, s’empressant de répondre à la demande sociale qui sollicite leur avis sur tous les sujets, décidant de ce qui est possible et de ce qui ne l’est pas (même quand cela existe déjà dans la réalité, de manière tout à fait viable), prétendant même faire la loi et dire le droit (le droit chemin d’une société straight), comme si la vocation de la psychanalyse était d’être une instance politique et législative de contrôle des moeurs, des modes de vie, des arrangements que les individus construisent pour mener leurs existences affectives, amoureuses, sexuelles, familiales, comme ils le veulent ou comme ils le peuvent... A l’évidence, et malgré les cris qu’un tel constat ne manquera pas de provoquer, la psychanalyse n’est rien d’autre aujourd’hui, dans une très large mesure, qu’un dispositif de conservation sociale, d’entrave à l’arrivée de l’inédit. Une pensée d’interdiction”. pp. 216 et 217.
On ne saurait mieux dire !

 
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Christian Singer
avril 2002
Mise à jour : 20 août 2004
 
 
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