Dans « Le Monde » du 27 avril 2010, dans les pages du supplément économique, on lit des choses stupéfiantes. De grands économistes « réformateurs » viennent de comprendre et que des milliards d’êtres humains comprenaient intuitivement parce qu’ils en souffrent toute l’année : le marché ne réduit pas les inégalités sociales, le marché ne repose pas sur des comportements rationnels, les marchés ne s’autorégulent pas, les prix ne s’équilibrent pas, et enfin il n’est pas certain que l’économie soit une science exacte, ni même une science tout court !!
Le top du top c’est d’en arriver à penser (il fallait oser quand même) que l’économie de marché ne permet pas d’accroître la richesse de tous et de chacun. Peut-être un jour arriveront-ils aussi à comprendre que le but de la vie n’est pas forcément de s’enrichir (sauf à entendre sous ce mot le fait de pouvoir satisfaire ses besoins !).
Occasion de dire que je suis toujours surpris de l’aveuglement intellectuel et de la mauvaise foi insigne qui consiste à croire que les « valeurs » d’aujourd’hui, l’idéologie commune d’aujourd’hui ou la « vision du monde » majoritairement partagée aujourd’hui sont « justes », « valables », « objectives », « rationnelles »… alors que celles d’hier (l’idéologie du Marché, par exemple, ou la vision du monde de la Chrétienté du moyen âge et sa conception des trois ordres parfaitement harmonieux -Clergé, noblesse et tiers état-) sont maintenant considérées comme des idéologies dont le but était d’illusionner les foules et de justifier le désordre établi (qualificatif pudique pour désigner la barbarie et le primitivisme).
Certes, on pourra toujours dire qu’hier la religion faussait tout et qu’aujourd’hui la raison a vaincu… grâce à ses Lumières… C’est oublier un peu vite que l’économie de marché se voulait rationnelle et scientifique, et que tout pouvoir (fusse-t-il laïc) a besoin de la croyance de ses fidèles…
En ce moment, les fidèles doutent, mais cela leur passera…
Les élites du moment qui sont aussi les profiteurs et les exploiteurs du reste de l’humanité arriveront bien à trouver les moyens de le persuader (le reste de l’humanité) qu’il n’y a rien d’autre à mettre à la place, et que tout le reste n’est que chienlit. Pour cela, les socialistes de tous les pays (qu’ils s’unissent en paix) les aideront à emboquer et à duper les gens en continuant à défendre une économie de marché mâtinée de régulation, « socialisée » (la fameuse troisième voie), en faisant croire à tout le monde que l’économie de marché est indépendante du libéralisme qui n’en serait (selon eux) que la déviation idéologique.
C’est oublier que l’économie de marché, comme le disait magnifiquement Karl POLANYI, repose sur le principe essentiel selon lequel « on s’attend que les humains se comportent de façon à gagner le plus d’argent possible : telle est l’origine d’une économie de ce type ». Or, pour gagner le plus d’argent possible, il faut dévorer l’adversaire, soumettre le monde à ses appétits, faire preuve d’une volonté de puissance à toute épreuve. L’économie de marché n’est rien d’autre que la traduction dans l’ordre économique de la sélection naturelle du plus fort, du plus apte, du plus habile. La loi de la jungle, au sens littéral de l’expression. C’est-à-dire la loi de la préhumanité passée, présente, et sans doute, de l’avenir.

