Echange de mails à propos du texte sur gest

A propos du texte sur gest, qui est une critique d’un livre sur les sectes

Parmi les rares courriers que je reçois, j’en ai reçu un assez typique, j’ai même pris la peine d’y répondre.

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-  Voici le mail que j’ai reçu le 19-08-2002 :

Monsieur,

Je suis déçu. J’ai pris la peine de lire votre commentaire du livre d’Alain Gest et suis triste du temps que vous avez perdu (et que j’ai perdu à le lire) à déblatérer maladroitement des lieux communs et des méchancetés sur un ton lourd et arrogant.

Je pense que le profil que vous dressez d’Alain Gest pourrait être tout aussi bien le votre, tant votre texte regorgeant de méchanceté et de subjectivité. Vous etes partie prenante et votre attitude puérile, allant dans un sens identique à la démarche que vous critiquez, quinze longs (très longs) chapitres durant, crédibilise "in fine" la démarche d’Alain Gest.

Dommage, car je suis moi-même épris de liberté et un peu "anarchiste, libéral libertaire". Mais là, vous desservez la cause que vous dites défendre.

Cordialement. Mr XYZ (l’auteur préfère que je ne mette pas son nom)

-  Et ma réponse, le 22-08-2002 :

A Mr XYZ, s’il existe sous ce nom.

Vous avez tout à fait le droit de ne pas apprécier mon style et, même, de le juger "lourd et arrogant". C’est sans grande importance. Ce qui compte, c’est la réalité des choses et des gens. Vous me reprochez d’avoir proféré des "méchancetés" contre A. Gest. Certes, et je m’en glorifie. Il n’a fait qu’obtenir ce qu’il cherchait. Mes "lieux communs" ? Je serais bien curieux que vous en citiez quelques-uns et je vous défie de le faire. A moins que vous ne confondiez mon texte avec celui d’A. Gest qui, effectivement, abonde en platitudes réactionnaires inspirées par ce qu’il appelle le "sens commun". Mais le plus drôle consiste en votre affirmation selon laquelle j’en arriverais à "crédibiliser la démarche" de ce monsieur. L’immense talent que vous voulez bien me reconnaître ne saurait y suffire. Dieu lui-même ne pourrait s’acquitter de cette mission impossible !

Je n’insiste pas. Vous lancez en l’air des accusations vagues et gratuites qui ne sont étayées par aucun argument ni par aucune preuve. Je les prends donc pour ce qu’elles sont, pour du vent, un "vent mauvais", et je déplore votre attitude... "puérile". Moi au contraire, Monsieur, je m’appuie sur des faits, des comportements et des textes. Et je profite de l’occasion pour réitérer mon principal grief. A. Gest a présidé une Commission parlementaire qui, en annexe de son rapport, a osé publier une liste nominative de moutons noirs, de groupes maudits qu’elle a ainsi livrés à la vindicte publique sur la seule foi d’allégations policières dont les "honorables" députés n’ont pris ni le temps ni la peine de vérifier le bien-fondé. Ce qui eût été pourtant la moindre des choses dès lors qu’ils leur accordaient une caution officielle. C’était là faire preuve d’une irresponsabilité, d’un manque d’honnêteté et d’un mépris des gens impardonnables...que l’on assumait d’ailleurs sans risques, puisqu’ils étaient couverts par l’immunité-impunité parlementaire ! Cet attentat inouï contre la Vérité et contre la Justice, contre les droits et les libertés élémentaires de l’homme, ne peut trouver d’équivalents ou de comparaisons que dans les proscriptions édictées sous la Terreur, en décembre 1851 ou sous le régime de Vichy.

Six ans se sont écoulés depuis et l’on peut ainsi mesurer l’ampleur des dégâts (évidemment ignorés par les pouvoirs et par les médias) qui sont directement ou indirectement liés à ce forfait qui a résonné comme le coup d’envoi de la persécution et dont on retrouve l’écho dans l’incroyable loi antisectes qui a été votée l’année dernière... à la quasi-unanimité ! .Des particuliers ou des groupes qui n’avaient rien à se reprocher ont été inquiétés, pourchassés, déshonorés ou détruits. Certaines personnes ont perdu leur emploi ou leur logement, ont dû renoncer à leurs activités et même, dans plusieurs cas, ont été contraintes de s’expatrier. Le docteur Jullien s’est suicidé. On en est arrivé au point que soupçons, menaces et brutalités atteignent maintenant des gens dont le seul tort est de nourrir des vues plus ou moins originales en matière d’éducation ou de santé. Tout ce qui refuse de se situer dans les lignes officielles définies et imposées par les pouvoirs est désormais exposé au pire, c’est-à-dire à l’arbitraire et à la violence pratiqués en grand par les organes répressifs de l’Etat. Et il y a tout lieu de penser que les choses vont s’aggraver avec l’arrivée récente au gouvernement de certaines branches de l’extrême droite. Gest, ses complices et sa descendance (qui compte, entre bien d’autres, le sinistre personnage Vivien) ont leur part de culpabilité dans ces infamies et, à l’adresse de ceux d’entre eux qui prétendent "croire" en Dieu, je les assigne devant son Tribunal pour y répondre de leurs fautes. L’ennui (et l’avantage) avec Dieu, c’est qu’Il est terriblement indulgent et il y a tout à parier que Gest et sa clique passeront une fois de plus entre les mailles du filet !

Pour en revenir à nous, Monsieur, vous constaterez que je viens d’évoquer de très graves réalités auprès desquelles vos insinuations à mon égard paraissent bien frivoles, bien creuses, bien légères et même insultantes pour les victimes auxquelles je viens de faire allusion. D’autant plus que je peux fournir des exemples illustrant mes dires. A la différence de certains, moi, je ne "déblatère" pas dans le vide. Finalement, que conclure de votre intervention ? Je risque diverses hypothèses. Peut-être ignorez-vous tout de l’affaire des "sectes" et du rôle qu’y a joué Gest...ce qui me paraît peu vraisemblable. A moins que derrière vos airs doucereux ne se dissimule un farouche antisectique, haineux et borné, qui essaie de donner le change. Vous pourriez même figurer parmi les proches ou les suppôts du grand Justicier chargés de défendre sa... mémoire ! Peut-être me trompé-je sur toute la ligne. A vous de m’indiquer la bonne solution.

N’empêche ! Je suis bien aise d’apprendre que vous êtes "épris de liberté". Vous faites bien de le préciser, care je ne m’en serais pas douté ! Quant à votre côté "anarchiste, libéral libertaire", encore plus inattendu, dont vous admettez ingénument qu’il ne vous caractérise "qu’un peu", je crains qu’il ne se manifeste en fait qu’à dose homéopathique, dilué à l’infini dans le plus pur conformisme. Pour terminer, un bon conseil que l’âge m’autorise : soyez désormais plus sérieux dans vos procédés. N’imitez pas Gest. Et remerciez-moi pour vous avoir consacré tant de lignes imméritées. Mais il est vrai que ce n’est pas seulement à vous que je m’adressais, et mon inclination pédagogique reprend toujours le dessus ! Voilà : j’espère que vous me pardonnerez ces nouveaux "lieux communs et méchancetés" rédigés "maladroitement... en un style lourd et arrogant".

Cordialement

-  Mr XYZ m’a écris à nouveau, le 22-08-2002 :

Monsieur,
Je vous remercie d’avoir pris la peine et le temps de me répondre.
Sachez que je comprends votre position et l’approuve sur certains points.

Cependant, lorsque les pouvoirs publics se sont "emparés" du dossier sur les sectes il faut se rappeler que nous sortions de plusieurs affaires délicates pour ne pas dire brûlantes... Sans approuver la précipitation et le manque de concertation du pouvoir politique de l’époque, ces évènements ont démontré la nécessité de surveiller d’un peu plus près les agissements de certaines associations.
Cette préoccupation m’a parue légitime bien que surmédiatisée. Certes il y eu de la démagogie comme lors de toute réaction face un problème sous le feu des médias, mais ces excès ne sont pas plus imputables aux hommes politiques d’alors qu’à la pression quotidienne de journalistes ravis d’avoir un sujet porteur.

Je pense qu’il est nécessaire que les pouvoirs publics luttent contre une marchandisation du domaine spirituel. La liberté de conscience fait partie intégrante de nos libertés fondamentales et elle est protégée en France. Sans qu’elle soit encadrée, il faut veiller à ce que personne n’abuse de cette liberté à des fins lucratives. On pourrait admettre que des gens opèrent des libéralités importantes à des "gourous", du fait de leur croyance aux idéaux et prophéties d’un illuminé mercantile.

Le problème n’est pas tant d’empêcher les citoyens de croire en ce qu’il veulent, que de limiter les abus que pourraient commettre des personnes utilisant le déficit de spiritualité qui caractérise ce changement de siècle à des fins autres que désintéressées. La quête d’argent ou la soif de pouvoir est malheureusement un trait de caractère commun à de trop nombreux dirigeant d’ "associations loi de 1901".

Qu’il existe des confréries, des lieux d’entraides entre personnes partageant des idéaux communs est une excellente chose. De même pour les groupes de réflexion en quête de spiritualité. Mais accepter que des structures endoctrinent des personnes passagèrement psychologiquement affaiblies pour en retirer un bénéfice quelconque dans le future est inadmissible dans une société de droit.
La démarche n’est pas répressive, elle se veut pédagogique : il faut éclairer le consentement de chaque adhérant potentiel, qu’il sache ou il met les pieds et que s’il peut les y mettre, c’est qu’un contrôle a été effectué lui garantissant la probité et le sérieux de la structure à la quelle il souhaite adhérer. Cette démarche se rapproche beaucoup de l’information préalable donnée au consommateur... Il faut une lisibilité, une sorte de certification. Cela vous parait certainement liberticide et je vous l’accorde, mais il ne s’agit pas de protéger des gens tels que vous qui possédez une culture et une ouverture d’esprit vous permettant, j’espère, de détecter et d’éviter les charlatans. Il s’agit de protegter les plus faibles, ceux-la mêmes qui sont les victimes récurrentes de groupes quasi-mafieux.

Reste le problème majeur de la qualification de telle ou telle association en tant que secte. Contrairement à ce que vous affirmez les RG ne sont pas des analphabètes ahuris. Mais leur perception du phénomène sectaire est partial.
La création d’une structure indépendante du gouvernement, réunissant des sociologues, psychologues, juristes, des représentants des services de renseignements, des hommes politiques (etc..), qui aurait vocation à aborder le problème des sectes dans la durée afin de bénéficier de la sagesse du recul serait une initiative intelligente.
Dialogue, ouverture et compréhension mutuelle mais aussi sévérité en cas d’infractions seraient un pas important. Il ne s’agit pas d’une croisade liberticide, mais d’une action ferme pour éradiquer toute association dont l’activité sort du cadre de loi afin de protéger nos concitoyens. Et pour avoir rencontrer Alain Gest, ce sont des objectifs qu’il partage. On peut refuser toute immixtion de l’État dans le domaine spirituel. C’est une position comprehensible mais qui est égoïste et peu soucieuse du bien être de ses concitoyens les moins protégés.

Certes la démarche parlementaire a eu des effets négatifs, comme le suicide que vous évoquez. Mais autant il est facile de comptabiliser ces effets néfastes qu’il est impossible d’évaluer le nombre de vie sauvées, de mariages conservés et d’économies épargnées grâce à la sensibilisation de la population quand à la dangerosité de certains groupuscules.

Voila en quelques lignes ce que m’a inspiré votre message.

Je maintiens que votre texte est peu tolérant et je désapprouve la méthode aggresive que vous avez employé. Je peux vous dire qu’Alain Gest a lu "au moins une partie" de votre texte "que vous lui avez envoyé". Il m’a toujours paru que le dialogue et le respect mutuel étaient le meilleurs moyens d’avancer en cas de divergence. C’est pourquoi j’ai pris la peine de vous répondre,

Cordialement.

-  Ma réponse du 01-09-2002 (qui est devenue un texte à part entière)

 
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Christian Singer
1ère publication : août 2002
Mise en ligne: septembre 2002
Mise à jour : 23 septembre 2004
 
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