Discréditer, criminaliser et étouffer toute contestation radicale

Un totalitarisme en marche

De la répression des « sectes » à celle de « l’extrême gauche » …et de tout militant actif.
Comment résister et construire une alternative, une autre société, alors que les utopies d’une autre société sont la cible d’un processus totalitaire de criminalisation et d’étouffement ?

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Depuis les années 90, l’Etat français et ses alliés médiatiques, ainsi que leurs divers relais, ont déclenché un nouveau processus visant à détruire dans l’œuf et à déconsidérer auprès des foules captives tout mouvement ou groupe pratiquant une remise en cause radicale, soit de l’ensemble de la « société » [Note], soit de l’un de ses piliers fondamentaux, voire même tout militantisme hors contrôle.
Seuls demeurent tolérés les braves militant-e-s prêt-e-s à travailler main dans la main avec les pouvoirs, ceux qui votent gentiment aux élections qu’on leur propose, qui croient à la justice de leur pays, qui s’imaginent vivre dans une véritable démocratie et qui ne demandent finalement que des ajustements de surface, en somme ceux qui veulent embellir le goulag sans volonté affirmée de le remplacer par autre chose ou d’abolir certains de ses traits les plus ignobles. Les autres doivent s’attendre à subir une main de fer, la geôle et la salissure médiatique…
S’il n’est pas nouveau que les pouvoirs en place veulent étouffer et discréditer les contestataires radicaux par divers moyens, de nos jours cette tendance semble se durcir et s’étendre, et pas seulement en France, en prenant une tournure systématique et acharnée liée aux mentalités générales de notre époque conformiste et totalitaire.

  • Sur la possibilité de contrecarrer ce mouvement d’éradication de toute contestation
  • En fait, tout a commencé fin des années 80, début 90, avec la chasse aux « sectes » [Note]. Sous le prétexte de quelques faits divers sensationnels, et en mettant en avant des pratiques supposées « folkloriques » ou inhabituelles, une campagne d’amalgames, de discrédit et de répression s’est déployée tous azimuts : articles de presse diffamatoires, émissions télé tendancieuses, livres à charge, lois totalitaires, listes noires et arbitraires, associations pleines de partis pris, descentes de police, procès… (voir liens sur la question des « sectes » en fin d’article)
    Tout groupe indépendant s’apparentant aux domaines religieux, spirituels, ésotériques, et/ou exerçant des médecines dites alternatives, ou ayant des pratiques économiques alternatives ont été traités de criminels et/ou de fous potentiellement dangereux. Toute personne, groupe, communauté ou association ayant des idées et pratiques en marge des courants dominants s’est vu affublé de force et sans possibilité de se défendre de l’étiquette « secte », un peu comme à d’autres sombres époques l’étoile jaune, rose ou autre.

    Evidemment, l’opinion publique, dont même la quasi-totalité des gens de gauche, pourtant censés être épris de liberté et de justice même envers les personnes ayant des idées différentes des leurs, ont mordu au gros hameçon. Ils y sont restés accrochés et ont tout avalé.
    Et vas-y qu’on montait en épingle, à grands renforts d’infos grossies, truquées et déformées des histoires de gourous, de viols, de manipulations mentales, de pauvres adeptes toujours victimes… Toute cette mythologie de la « secte dangereuse » a imprégné les cerveaux pour les faire rejeter avec effroi jusqu’à l’idée de vivre autrement, de chercher d’autres voies que celle de l’abattoir du marché du travail, de la soumission aux pouvoirs et de la répétition de modes de vie épouvantables pour eux et le reste de la planète.

    Il existe certes des criminels et des fous dans tous les milieux, la question n’est pas là, ce qui est grave, c’est la généralisation de l’opprobre sur toute pensée et/ou tentative pour vivre autrement. Les alternatives deviennent d’avance et automatiquement suspectes.
    On s’appuie sur quelques faits délictueux, réels ou imaginaires, peu importe, pour monter toute une campagne, exciter les chiens de garde, réveiller les réflexes de beaufitude et d’anti-religion primaire, de peur du différent.
    Les brebis n’ont plus le droit de s’égarer ailleurs ou de montrer les dents, il faut qu’elles restent serrées dans les rangs en attendant le couteau reconnu d’utilité publique qui les tondra jusqu’au sang.

    Je ne dis pas qu’il y a eu un complot fomenté par quelques fonctionnaires alliés à certains journalistes, non, la réalité est pire que cela, il s’agit en fait d’un grand mouvement porté par l’ensemble d’un système. Un système où toutes les parties, du pion de base aux grands dirigeants, sont mues par les mêmes « valeurs ». Un complot peut toujours être contrecarré, dénoncé, identifié, mais quand une répression est portée par tout le monde ou presque (chacun suit sans broncher car il participe de la même mentalité), rien ne semble pouvoir arrêter un tel raz de marée.

    La campagne « anti-sectes » a donc été la première « phase » de ce processus où notre « société » se met activement à pourchasser les sujets qui auraient encore des velléités de sortir des rangs.

    Collectivement, on assiste à l’incrustation d’une espèce de mentalité totalitaire qui se voit comme la seule société possible, la meilleure possible, avec soi-disant la démocratie, la liberté, les droits de l’Homme et tout le toutim, ils y croient, ils veulent y croire, on fait tout pour les persuader, et cette supposée « pureté » ne supporte plus que des gens la contredisent en montrant les grosses taches immondes qui maculent les draps plus blancs que blancs. Alors on élimine les emmerdeurs, les empêcheuses de tourner en rond dans ce meilleur des mondes. A défaut de pouvoir enlever les taches de moisissures, on lessive ceux qui les montrent et on remet une couche de brillant, de distractions télés, on fait des diversions, entre autres justement en excitant les gens sur les « sectes » et autres déviants à la norme officielle. C’est le deux en un : l’élimination de ceux qui pourraient gâcher les distractions fait partie des distractions.
    On préfère s’enterrer dans des linceuls bien noirs de sang séché au lieu de jeter les draps foutus.


    Cette première phase était la plus facile, à présent on passe aux militants « classiques » et aux divers groupes dits d’extrême gauche, ultra-gauche, anarchistes ou autres.
    Cette nouvelle tendance répressive rampait depuis quelque temps (Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense avait demandé des études aux RG en 2007 et 2008, et un certain durcissement se faisait sentir depuis 2000), mais elle est véritablement venue au jour à l’occasion de l’affaire des personnes de Tarnac arrêtées le 11 novembre 2008, supposées avoir saboté des lignes sncf, et accusées de terrorisme à grand renfort de déclarations tonitruantes des responsables de l’Etat appuyées par les médias à sa solde.
    (voir liens sur cette affaire en fin d’article)

    Comme pour le coup des « sectes », on grossit et on déforme, et surtout, on jette l’opprobre sur tout un ensemble d’idées et de pratiques en marge de notre « société ». On fait peur au brave public en parlant de complot national, voire européen. Comme pour les « sectes », on évoque des organisations secrètes, des jeunes marginaux en rupture, et d’ailleurs certains ont même employé les mots de secte et de gourou ! On discrédite donc les « gauchistes » en s’appuyant sur la catégorie « secte » criminalisée auparavant !
    Bref, là aussi on « veut » (pas de complot, c’est l’ensemble des rouages d’une « société » mue par ses fidèles qui agit) démolir des pratiques autres et des idées critiques.

    Après les divers attentats dits « islamistes » (11 septembre 2001 à New York, Madrid le 11 mars 2004, Londres le 7 juillet 2005, etc.), la figure du terroriste est ancrée en bonne place dans la détestation populaire. Comme auparavant, pour d’autres catégories de groupes (moins politiques pour la plupart) avec l’étiquette infamante de secte, il est devenu très facile de discréditer un mouvement en lui collant la marque « terroriste  », en évoquant simplement des soupçons de terrorisme, ou même en disant que des idées ou des pratiques sont le terreau d’un futur terrorisme.
    L’opinion suit alors comme un seul pantin, met en branle ses réflexes de peur, son désir d’ordre et de sécurité, et brade ses libertés (à supposer qu’il lui en restait !) pour se soumettre à l’Etat tutélaire et bienveillant qui a bien sûr comme ardent objectif de sauver le monde des griffes du mal ! On retrouve, mise aux couleurs de l’époque, la fameuse « Minute de la haine » contre Goldstein si bien décrite dans le livre « 1984 » de George Orwell.

    Avec tout l’arsenal répressif des lois anti-terroristes nées de la peur de Ben Laden and co, les Etats peuvent à présent surveiller étroitement et arrêter quasiment n’importe qui sous n’importe quel prétexte, de vagues soupçons suffisent. Si vous lisez des textes subversifs, si vous manifestez et vivez plus ou moins en communautés, vous devenez une cible policière. Un matin, des encagoulés d’Etat débarquent et c’est la garde à vue, la saisie du matériel militant, des ordinateurs, etc.
    Pour l’affaire de Tarnac, l’important n’est pas de savoir s’ils sont ou non des saboteurs de train (ils sont d’ailleurs innocents jusqu’à preuve du contraire, mais la machine n’en a cure, elles les condamne d’avance pour leurs idées), si les sabotages qu’on leur impute sont du terrorisme ou pas (cette notion étant assez élastique), mais bien de voir ce que ça révèle de l’esprit de l’Etat et de la « société » qui l’anime. Comme pour les « sectes », le battage médiatico-policier révèle les mentalités collectives et aussi le processus qui les façonne.
    Cet événement est le signe de l’entrée dans une nouvelle phase ainsi qu’un des vecteurs de son accomplissement complet. Je veux dire que si de tels événements peuvent se produire (lois anti-terroristes liberticides, arrestations arbitraires médiatisées avec dénigrement et amalgames…), c’est qu’une grande partie de la population est déjà acquise. Ce qui va se passer à partir de maintenant ne sera que la poursuite de ce processus, son actualisation dans les faits, sa généralisation, avec l’objectif de convaincre les indécis et de réduire au silence et à l’impuissance totale les voix discordantes.

    Bien sûr, la tache sera plus ardue avec les mouvements d’extrême gauche, libertaires et dissidents qu’avec les « sectes », mais la peur du terroriste est telle que malgré les traditions de gauche et de contestation, rien ne semble pouvoir arrêter un tel rouleau compresseur si les choses restent en l’état ; il suffira petit à petit de faire associer dans les têtes terrorisme, violence, nihilisme, à tout ce qui remet en cause l’Etat, le capitalisme, etc.
    Pour les « sectes », moins de dix ans ont suffi pour créer un conditionnement durable et efficace, pour les personnes davantage classés dans les contestations radicales de gauche, il faudra peut-être quinze ans, mais si rien ne change, le processus ira à son terme.
    Même des partis inscrits dans le processus électoral comme le NPA seront peut-être aussi visés par des dénigrements insidieux pour freiner leur essor.
    Avec tout l’arsenal répressif en place, n’importe quel militant, même non-violent, peut très vite être considéré comme criminel. En effet, des actions à la frontière de la légalité seront facilement étiquetées illégales, et des actions de désobéissance civile feront l’objet de poursuites dures. Quand les lois (et leur interprétation tendancieuse) liberticides laissent très peu de marge de manœuvre aux militants, quand on restreint les possibilités d’expression et de manifestation, on oblige les personnes voulant agir à s’exposer, …et on leur reproche ensuite des actions illégales !
    La peur des procès (délit d’outrage, droit des marques…) et des frais importants qui vont souvent avec, des contrôles fiscaux, des gardes à vues, du fichage et de la violation de la vie privée, des amendes, etc. est un puissant moyen pour faire taire.

    Les mentalités actuelles ne montrent aucun signe positif d’évolution. La résistance pourrait venir d’une solidarité, entraide, beaucoup plus forte et constructive de tous les dissidents et résistants, mais ça n’a pas été le cas jusqu’à nos jours, une évolution est-elle possible ?
    Le choix décisif et inévitable est là, soit une solidarité active, massive et efficace, ensemble, avec alors la possibilité de « survivre » et même de créer une autre dynamique, soit l’étouffement rapide, chacun isolé dans son coin, et pour longtemps.

    Pour bien enfoncer le clou, j’ajouterai que cette deuxième phase aura sûrement une portée encore plus large et dévastatrice.
    En effet, à Lyon en novembre 2008, des arrestations pour soupçon de terrorisme ont eu lieu contre de simples militants des droits des animaux (soupçonnés sans preuves là aussi d’actes terroristes), qui ne sont pas a priori dans l’optique de remettre en cause l’ensemble de la « société » ni de chercher à vivre en communauté.
    En Autriche, des faits similaires, en plus dur, se sont déroulés aussi en 2008 (Liens sur ces deux affaires en fin d’article).

    Vous aurez sans doute d’autres exemples (en découvrir certains en fin d’article) de tentatives de discrédit et d’étouffements portées à l’encontre de militants « cantonnés » (ce n’est pas pour dénigrer l’importance de tel ou tel problème) à des revendications dans un secteur donné.
    Plus besoin d’être anarchiste, de remettre en cause l’Etat, les entreprises, la propriété et tous les pouvoirs pour être inclus dans les déviants à réduire, il suffit d’être un militant actif, de critiquer un des piliers de la « société », ici l’exploitation des animaux dans son ensemble, il pourrait s’agir de personnes réclamant l’abolition du travail ou la démocratie directe partout, et demain ce seront peut-être les gens militant pour les sans-papiers, les prostituées, etc. qui seront pareillement inquiétés ?

    Bientôt, seuls les stars faisant leur show à la télé pour telle ou telle cause humanitaire consensuelle, ou des associations réclamant quelques cacahuètes seront tolérées.
    Le système veut bien, à reculons, défendre des homos, les minorités de couleur, « moraliser » (sic !) le capitalisme, mais c’est pour mieux s’autoriser à démolir les sales affreux aigris qui ne veulent pas s’accommoder de ce monde si merveilleux que les autorités, aidées par les citoyens sérieux et responsables, s’emploient à améliorer chaque jour du mieux qu’elles peuvent pour le bien commun !!
    Bref, tout ce qui s’emploie à allonger les chaînes ou à les décorer restera visible et bon, tout ce qui cherchera à les briser sera effacé du paysage. L’ORDRE règnera, et comme l’a écrit George Orwell : « Si vous désirez une image de l’avenir, imaginez une botte piétinant un visage humain ... éternellement. »


    A notre époque de mondialisation capitaliste effrénée, il est donc devenu très mal vu de continuer à vouloir une toute autre société. Nos pseudo-démocraties libérales (démocratures) sont considérées comme des horizons indépassables et toute personne ayant l’odieuse prétention de les remettre en cause est un nuisible, un fou, un terroriste.
    Les Etats et leurs sujets obéissants veulent à présent et avec force, et c’est ce qui est nouveau par rapport aux répressions antérieures, que tout le monde fasse corps pour construire un monde meilleur dans le cadre existant, tous ceux qui veulent échapper au cadre ou en construire un autre sont alors vus comme des suspects, des ingrats, des traîtres qui s’abîment dans des illusions dangereuses et stériles au lieu de travailler efficacement à l’amélioration du système existant, le seul jugé possible, par les moyens d’expressions et d’actions contrôlés, supposés produire des réformes douces et progressives qui sont notamment : vote pour les partis dits de gouvernements, syndicats non-radicaux, associations agréées, actions et dons humanitaires…
    Cet unanimisme autoritaire est un nouveau totalitarisme en marche.
    Par ailleurs, avec l’instauration désormais de l’état permanent de guerre économique mondiale et de guerre aux terroristes transnationaux (parallèle là aussi avec « 1984 » de George Orwell), il faudra bientôt ajouter la lutte contre les problèmes climatiques et écologiques, les citoyens ou plutôt les soldats, exactement comme en temps de guerre militaire mondiale, ont pour obligation de faire corps avec les Etats et les entreprises, ils doivent consommer et travailler efficacement et utilement, pas question qu’ils se dispersent dans des dérives contestataires, qu’ils critiquent vraiment le sein qui les nourrit (ou les affame !). Contester et militer contre cette « société », désirer une utopie est à présent considéré comme une grave trahison, un crime impardonnable susceptible de « fusillage » médiatique, en attendant la garde à vue et la geôle, voire un jour l’exil forcé ?, le parcage dans des camps ?

    Sur la possibilité de contrecarrer ce mouvement d’éradication de toute contestation

    Face à cette campagne de répression, inédite par son ampleur, ses objectifs et ses moyens, que peut-on faire ?
    On a vu qu’une large proportion des populations soutenait ce mouvement, et que les choses étaient déjà à un stade avancé. On voit aussi que cette répression se développe dans de nombreuses démocratures (France, Belgique, Italie, Autriche, et les mêmes signes sont sans doute observables ailleurs). Au-delà des particularités locales, le phénomène est mondial, toutes les pseudo-démocraties développeront les mêmes tendances.
    Il faut alors des réponses à la hauteur des enjeux et des menaces ; des discours, des exhortations vertueuses ne peuvent suffire, ni non plus des appels ponctuels à la solidarité, des manifestations de soutien, des collectes ou autres pétitions.

    La seule manière de s’en sortir est de créer un vaste mouvement international de solidarité active et constructive.
    Vu les nombreuses divergences d’idées et l’habitude de l’atomisation, une unité n’est pas possible, mais en revanche une mutualisation structurée des résistances, une mise en commun d’outils efficaces d’expressions et d’actions de solidarité est envisageable.
    Ensuite, on peut même espérer que des convergences se créent, construisant des utopies au quotidien. Peut-être que le goût de résister ensemble déboucherait sur de sérieux travaux de rapprochements pour trouver et construire des alternatives ?

    Il ne s’agirait pas seulement de faire en sorte que tous les militants se manifestent solidairement quand un groupe ou des personnes sont attaqués, mais de construire des outils plus offensifs (chacun sait que la meilleure défense est souvent l’attaque, et puis ce serait assez désespérant de se contenter de répondre aux agressions du système). Par exemple, on pourrait imaginer un réseau international relié à des médias ouverts (édition de livres, radio, télévision, avec comme base précieuse internet), avec aussi des espaces de libre expression, des salles et librairies (soutenues par ce réseau) accueillant documents et débats, etc. Un réseau qui ne servirait pas seulement à alerter et mobiliser, mais aussi à l’expression large de tout le monde.
    Il faut que ce soit international : il faut sortir des frontières que nous imposent les Etats, le problème est mondial, et puis il faut que les personnes et les outils d’expression puissent changer de pays si nécessaire.
    Il faudrait un très large regroupement des groupes militants divers, pour avoir de la force et des moyens de vraiment résister, et aussi pour montrer par l’action que, contrairement à l’idéologie dominante, un autre monde est possible, en l’occurrence que des militants d’obédiences diverses sont capables de collaborer à un même réseau de solidarité forte et de soutien actif à des outils d’expression communs.
    Ainsi, le système, les polices, ne pourront pas réduire une telle organisation, et la force médiatique acquise pourra plus efficacement contrecarrer les médias des pouvoirs, atteindre tous les publics et populariser les idées utopiques.

    Dans cette optique, il est urgent de créer des débats, réunions et autres rencontres pour se lancer dans cette vaste entreprise. La spontanéité et les initiatives locales ne suffiront pas, il faut quelque chose de nouveau, de grande ampleur.

    Une des conditions, au-delà des divergences d’idées pour réaliser nos utopies pour un monde libre et fraternel, est de pouvoir vivre et penser comme on l’entend. A nous d’être solidaires et fédérés pour ensemble créer les conditions permettant plus que la survie en « milieu hostile », le début de la réalisation d’un autre monde.
    Créer des structures communes d’expression et de soutien, voire même de réflexion et d’action, au lieu de s’épuiser chacun dans son coin à tenter de résister aux coups de l’Etat et à l’emprise du capitalisme mondial.

    Tout réinventer au lieu d’émeutes qui ne peuvent rien changer au fond

    La crise capitaliste et financière actuelle sera forcément accompagnée (2009 sera sans doute agitée) d’une recrudescence des protestations, des rebellions portées par le ras le bol des précarisations, on en voit déjà les débuts (ça a déjà commencé en Grèce en 2008)
    Mais, sans mouvement et vision d’ensemble, sans solidarité globale, sans véritable construction d’une société utopique, cette recrudescence ne sera qu’un soubresaut passager, et en plus le système s’en servira pour l’enterrer durablement. Les têtes qui dépasseront des rangs pourront être fauchées une bonne fois.
    Des manifestations, des émeutes, des gestes de désespoir, des sabotages… (toutes choses qui sont compréhensibles, quand tout est verrouillé et semble sans espoir, on lutte pour la survie avec colère) ne font pas une autre société, au mieux ils peuvent préparer le terrain grâce à d’éventuelles prises de conscience salutaires.
    Et l’Etat, ses polices, les médias conformistes monteront au créneau pour rassurer et dénoncer les « dérives » contestataires, et une grande partie de la population prendra peur, approuvera plus que jamais les lois d’exceptions, les répressions et autres mesures anti-terroristes abusives pour ramener « l’ordre et la sécurité » (c’est-à-dire la peur et l’esclavage). Ainsi, après quelques échauffourées, les contestations radicales seront discréditées et diabolisées pour un moment cette fois-ci.

    Les pouvoirs se serviront donc des actes de violence, de la dispersion, et surtout de l’incapacité à construire autre chose pour renforcer partout l’idéologie qui dit que les utopies d’un monde plus libre, égalitaire, évolué sont terminées et que seules sont valables les actions pour améliorer toujours nos (soi-disant) démocraties et le cadre marchand capitaliste qui va avec.
    Cette manipulation n’est pas nouvelle, seulement elle prendra une profondeur inédite.
    Si on ne construit rien d’autre, si on invente pas au moins l’ébauche d’une véritable société, durable et juste, alors l’ancien « monstre » reprend toujours le dessus de plus belle, avec l’aide de quelques « cadeaux » (de petites avancées sociales pour calmer le jeu), et après un lifting pour se relooker et mieux accrocher les jeunes générations ainsi que les faux rebelles épris de « changements » de surface (c’est-à-dire surtout avoir une meilleure part du gâteau, une place au soleil suffisamment bronzante).
    Il n’y a qu’à voir ce qu’a donné mai 68…

    La dissidence radicale n’est pas dans l’émeute, l’attaque des banques et des polices, elle naît véritablement dans le début de construction, ici et maintenant, comme on peut, d’autres rapports sociaux, économiques, relationnels entre insugé-e-s, dans l’invention et le vécu d’une utopie fraternelle.
    Imaginez qu’un pays s’écroule après des émeutes importantes, on se retrouverait alors au même point qu’actuellement (et sans modèle de remplacement, sans suffisamment de gens réellement capables de vivre autrement, le système actuel renaîtrait de ses cendres), c’est-à-dire avec la nécessité d’être capable de construire une véritable société, alors autant commencer tout de suite au lieu de s’égarer et s’épuiser dans des émeutes le plus souvent stériles, et pouvant favoriser des répressions encore plus dures, voire une nouvelle dictature.
    Hélas, beaucoup d’émeutiers ne sont pas du tout capables de construire une autre société, ils n’y pensent d’ailleurs même pas, tout ce qu’ils veulent, c’est un peu plus de liberté, moins de police, de quoi travailler et consommer correctement, bref, des chaînes un peu plus longues. Ils ne remettent pas fondamentalement en cause le système, mais ont la rage parce que maltraités et trop exclus par CERTAINS aspects de CE système. La plupart hélas ne sont pas des révolutionnaires, mais de purs « produits » de ce système, des consommateurs fâchés qui veulent une place plus enviable dans la chaîne. Une fois que les pouvoirs auront lâché quelques sucres, ils rentreront à la niche.
    Il faut en finir avec ce mythe des jeunes excédés et émeutiers qui vont ébranler le système en entraînant les autres avec eux dans un bazar général permettant soi-disant l’émergence d’une autre société. Malheureusement, la détresse, la misère, la répression, les émeutes... ne "fabriquent" pas des dissidents radicaux, rien n’est automatique, tout dépend des choix libres de chacun, des prises de conscience plus larges que l’on fait, ou pas.

    Le problème, plus que jamais, n’est pas de brûler des succursales de multinationales ou des gendarmeries, ni de se contenter de lutter sans fin contre les innombrables conséquences criminelles de nos « sociétés » (chômage, misère, répression, inégalités, exploitations, sexismes…etc.), mais bien de commencer à construire l’utopie tout de suite. Qui en est-capable ? Comment le faire ? Vers quoi ? Comment s’organiser et se fédérer ? Comment réfléchir et agir ensemble en ce sens ? Voilà les questions qui devraient être au centre de la réflexion et de l’action d’insurgé-e-s radicaux qui se donneraient pour objectif de vraiment changer les choses.
    On ne peut pas changer ou abattre un tel système global, dont on fait parti de gré ou de force, par des émeutes et manifestations, la seule solution est d’en faire un autre, « parallèle », incrusté, dans les interstices, pour que l’ancien se désagrège et disparaisse un jour.

    Peut-être existe t’il malgré tout une chance en ce moment, un souffle possible, un contexte favorable pour faire bouger les lignes ? Si oui, aux insurgé-e-s de tout bords de s’en saisir, d’avancer vraiment ensemble, de voir plus loin au lieu de s’embourber à nouveau dans les mêmes rengaines et ornières, et qu’alors les bottes nous replongent la tête dans leurs boues brunâtres pour nous étouffer tous durablement.

    ANNEXE : La « société » est une grande secte terroriste

    Si on regarde les choses de plus près, on peut très bien retourner les « arguments ».
    En effet, si une secte se caractérise par l’exploitation d’adeptes captifs (entreprises, marché mondial), par des conditionnements forts dès le plus jeune âge (écoles, médias), par des figures autoritaires (présidents, chefs dits religieux), par le goût de l’auto-destruction collective (bouleversements climatiques, guerres), nos « sociétés » répondent aux critères, et on peut parler, comme Denis Duclos (Monde Diplomatique, août 2000), de « grande secte sociétale ».
    Quelles libertés et quels choix réels peuvent subsister dans un système de plus en plus verrouillé par le règne de la consommation, la propriété privée sacro-sainte, les lois répressives, la compétition de tous contre toutes, l’instauration de la peur de tous les déviants ?
    De surcroît, quand de nombreuses personnes sont sous la menace permanente du chômage et de l’exclusion, de la misère et de la lutte pour la survie, de l’expulsion (du logement ou d’un pays), quand des militants sont menacés et harcelés par des lois iniques et des polices répressives, ne peut-on parler de terrorisme généralisé ?
    Si le terrorisme c’est instaurer un état de peur permanent , quand les populations sont sommées de rester dans les rangs sans possibilités de se révolter, et même d’imaginer autre chose, alors nos « sociétés » sont fondamentalement terroristes et les Etats, leurs polices, les fortes contraintes économiques capitalistes sont leurs puissants bras armés.
    Un terrorisme mondial et permanent, générant des millions de morts et de blessés, des souffrances innombrables pour tous ceux qui souffrent de la faim, sont sans logement, travaillent dans la précarité, sont exclus et discriminés. Et il faut aussi ajouter le terrorisme colossal s’exerçant envers les animaux et la planète !
    En comparaison, Ben Laden n’est qu’un apprenti enfant de chœur !

    LIENS DIVERS :

    Sur la campagne anti-sectes :
    - Liste de textes sur Mutations-Radicales.org, voir notamment :

    - Ailleurs sur le web :

    Perquisitions-arrestations à Tarnac :

    - Pour mémoire, liste d’attentats terroristes « islamistes » commis ces dernières années

    Répression de militants des animaux à Lyon :

    Répression de militants des animaux en Autriche :

    Criminalisation de militants :

    - Logement alternatif :

    NOTES

    [Note] Je mets des guillemets au mot société, pour dire qu’on ne vit pas dans des sociétés dignes de ce nom, il faudrait plutôt parler de collectivités arriérées. Une société suppose quelque chose d’humain, une organisation vraiment au service de ses membres, ce qui n’est pas du tout le cas.
    Pour le mot de secte, les guillemets veulent dire que ce mot est employé n’importe comment, après avoir détourné son sens en le rendant systématiquement péjoratif (synonyme de groupe totalitaire pratiquant diverses exactions), on l’applique à n’importe qui pour jeter l’opprobre.

     
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    Zora
    6 décembre 2008
    Màj : 13 décembre 2008
    Articles suiv./prec.

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