Elles s’en méfient parce qu’elles savent très bien que ce coup de foudre met fin à leur emprise. Elles ont vite fait de rejoindre le camps des rationalistes les plus obtus (qui ne voient là qu’hallucinations, états d’âmes ou troubles divers...)... dès qu’elles ont l’impression que cette expérience indicible échappe à leur contrôle, qu’elles ne peuvent la récupérer, la maîtriser, en casser l’élan et les prolongements afin de la rendre « édifiante » et anodine, et de la couler dans les moules standards d’une pseudo-spiritualité conformiste, docile et assujettissante.
Il faut aller plus loin. Les clergés ou les « autorités spirituelles », de toutes les religions, qui ne se sont jamais fait trop d’illusions sur la solidité de leur crédit et de leur prestige, ont mis en avant des Médiations « sacrées » derrières lesquelles ils se sont abrités pour mieux manipuler les gens. Quel que soit l’intérêt légitime, et même très fort, que peuvent susciter ces médiations, ces Personnes, ces Livres et ces Evénements, elles demeurent toujours secondaires. D’abord, elles sont superflues, parce que le lien personnel avec l’Absolu n’a nul besoin d’elles pour s’établir. Ensuite, elles ne sont pas vraiment fiables, parce que subordonnées à des contextes historiques éloignés, tellement incertains et controversés (sans parler des altérations, falsifications et autres « trafics » volontaires) qu’il serait absurde pour l’Absolu de se fonder (et pour nous de le fonder) sur des bases aussi floues, suspectes et contestables.
Bien plus, on fait dire et on fait faire à Dieu n’importe quoi. Il s’agit là d’une véritable démarche blasphématoire : Dieu est chargé de garantir et de cautionner les pires ignominies. C’est le Dieu Créateur de l’ordre naturel, sexuel, familial, social... C’est le Dieu donnant aux hommes la Terre et les autres êtres vivants pour les exploiter et les massacrer ; c’est le Dieu des armées et des crimes politiques (ou du terrorisme...)... De cette idole sacrilège, les théologiens de la mort de Dieu ont essayé d’avoir la peau (et on les comprend !), mais la folie et la haine des hommes le font perpétuellement renaître.
Pauvre Dieu, indéfiniment crucifié par les clercs et leurs fidèles.