Démocratie directe, participative et à taille humaine

Que pourrait être une véritable démocratie ?

Comment sortir des systèmes anti-démocratiques (démocratures capitalistes) en place actuellement ? A quoi pourrait ressembler une vraie démocratie directe, comment la mettre en place ?

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Il n’existe malheureusement pas de vraie démocratie dans les pays qui se prétendent démocratiques, comme la France. Ce sont les pouvoirs non élus et les divers lobbies qui gouvernent, le tout englobé dans des Etats à visée totalitaire alliés à la dictature capitaliste mondialisée. Je ne vais pas développer les éléments prouvant ce simulacre de démocratie, d’autres textes l’ont déjà fait.

Je voudrais ici tenter d’examiner à quoi pourrait ressembler une vraie démocratie. La démocratie ne peut être que directe et participative. Et pour que les gens puissent réellement s’exprimer sur tous les sujets importants, plusieurs conditions devraient être remplies :

Ce qui implique déjà plusieurs transformations importantes. Tout d’abord, la disparition de la France en tant qu’Etat, et la création de multitudes de « nations » autonomes et démocratiques, reliées entre elles par des fédérations successives qui valoriseraient et développeraient les cultures (dans tous les sens du mot) locales. Ces nations ne seraient pas nationalistes, et seraient déterminées par diverses caractéristiques (sols, langue, culture, histoire, climat, architecture...). Il est possible ainsi de délimiter des petits territoires, des « pays », avec une forte unité. La France est bien trop vaste et disparate pour qu’une quelconque démocratie soit possible.

D’autre part, il faudrait remanier considérablement l’éducation et les systèmes d’expression publique, de manière à ce que les gens apprennent réellement à penser par eux-mêmes et qu’ils aient une connaissance approfondie de tous les systèmes de pensée.

Pour qu’une telle démocratie soit possible, il faudrait aussi que les peuples se reconnaissent dans un projet commun, une vision commune de l’humanité, sans pour autant renoncer à leur culture ni instaurer un totalitarisme niveleur. Si des tas de visions s’affrontent, il est impossible de construire quoi que ce soit et d’envisager une gestion commune des « biens » publics. C’est la guéguerre permanente des intérêts contradictoires et des clans, qui stérilise et tourne en rond. Pour l’instant, des multitudes de groupes, de lobbies, de partis, de minorités... luttent pour leurs propres intérêts et une unité est impossible. Les seuls accords se font parfois pour lutter temporairement CONTRE (par exemple contre Le Pen, contre la mondialisation libérale), mais une vision commune POUR quelque chose semble bien lointaine.

Le totalitarisme actuel règne grâce à la division et aux affrontements permanents entre catégories sociales, et parce qu’il correspond aux mentalités générales, répressives et rétrécies. Les luttes sectorielles ne peuvent contrebalancer un tel mouvement de fond et le totalitarisme a toute latitude pour imposer son idéologie à tout le monde. Je veux dire que si les peuples sont incapables de créer des démocraties directes fondées sur la liberté, le respect, le partage, un projet commun, il est logique que des structures totalitaires instaurent un autre type d’unité à la place. Il n’y a que trois voies possibles :

  1. Une unité fondée sur un projet commun libre, humain, respectueux de toutes les différences, avec des fédérations de démocraties directes et une économie au service du bien commun
  2. Une unité de nature totalitaire (qu’elle soit violente ou plus soft) qui impose une pensée unique et une économie dictatoriale, qui correspond aux multiples conflits, renoncements et servitudes consenties
  3. Un chaos fait de guerres civiles, d’une succession de despotes, de rébellions et de contre-rébellions

Pour sortir des cercles vicieux actuels, des changements profonds de mentalité s’imposent. La capacité à vivre ensemble sans violences sur la base d’un projet commun reconnu par tous ne se décrète pas.

D’autres éléments concrets peuvent être déduits de l’idée d’une société démocratique. Les responsables élus parmi les volontaires capables d’assumer ces tâches seraient révocables. Il faudrait instaurer la rotation des responsabilités. Mais il y aurait nettement moins de problèmes vu que les idées générales seraient admises par tous, il s’agirait « seulement » de gérer les choses au mieux pour une juste répartition des fruits du travail, pour coordonner les efforts... La politique ne serait plus des luttes de partis pour le pouvoir ou pour une idéologie particulière. La politique consisterait simplement à trouver les meilleures solutions (économiques, sociales, culturelles, inter-nations...) dans un cadre participatif où les habitants sont préalablement d’accord sur un projet de société commun. Je n’entrerai pas dans les détails, seule la pratique pourrait apporter des précisions concrètes, et d’ailleurs, les modes de fonctionnement ne sont que des détails finalement assez faciles à résoudre quand les humains sont capables de s’entendre.

L’instauration d’une vraie démocratie entraîne une rédéfinition de l’économie et du travail. Un capitalisme, même "modéré", est incompatible avec l’idée d’égalité, de partage et d’entraide mutuelle, de non-censure... Il faudrait en finir avec les classes sociales et les entreprises, sans pour autant en revenir à un dirigisme collectif de type URSS. Mais pour ça, il faudrait des gens motivés, de bonne volonté, qui ont renoncé à la compétition, à l’installation et à la domination de leur prochain.
Dans une vraie démocratie, il ne saurait exister de salariat, de patrons, de bureaucratie tentaculaire, de systèmes de surveillance, d’exclusion, de ghettos, de persécution... Evidemment, on va me dire que c’est complètement chimérique, que les êtres humains ne sont pas capables d’une telle perfection, d’un tel altruisme, d’une telle liberté et d’une telle responsabilisation... Effectivement, c’est utopique, très difficile, et aux antipodes des mentalités dominantes. Seulement, si on veut sortir de la barbarie et du totalitarisme, si on veut construire de vraies démocraties, il n’y a pas d’autres solutions. Tout le reste ne fait que rafistoler ce qui existe, ou l’aggraver encore.

Tant que les peuples ne seront pas capables de se passer de tyrans, de violences, de divisions artificielles, d’Etat, de patrons, de partis, de désinformation, de démagogie..., rien ne changera et on aura toujours des Le Pen ou des Chirac en guise de responsables, et des systèmes plus ou moins totalitaires en guise de gouvernement. La peste ou le choléra, quel choix intéressant !

Les appareils de domination actuels, la dictature capitaliste, l’extrême droite, les délires sécuritaires et le totalitarisme étatique n’existent que parce que les peuples sont totalement incapables de vivre ensemble autrement. Il faut bien s’enfoncer ça dans le crâne. Si vous êtes incapables de vivre différemment (ou si vous considérez que c’est impossible), il est complètement idiot de vous plaindre, vous devriez vous contenter de vagues réformes de surface et réclamer un totalitarisme encore plus parfait, sans failles ni échappatoires, un totalitarisme semblable à celui décrit par Orwell dans « 1984 », car seul un tel système totalitaire est alors réalisable. Seul ce genre de système peut contenir les multiples violences émanant des individus ou de la collectivité, en instaurant une violence plus grande encore. Assez d’hypocrisie, de cautères sur jambes de bois, d’illusions confortables, de bonne conscience satisfaite, de « mesurettes » ridicules, de bons sentiments et de discours grandiloquents sur l’humanisme, la république, les droits de l’homme, la liberté et la fraternité. A quoi bon se référer à ce que l’on est incapable de mettre en pratique, à quoi bon faire semblant de croire que les choses vont s’améliorer avec des réformes ridicules ?

Soyez logique, soit vous reconnaissez ne pas être en mesure de faire mieux et vous marchez à fond avec le totalitarisme ambiant, en vous contentant de l’adoucir un peu, soit vous voulez réellement tout changer, et vous vous employez concrètement à le faire, en allant beaucoup plus loin que les sempiternelles revendications « crotte-de-biquales » non suivies de passage à l’acte. Je ne parle pas de guerre civile, de révolution violente ou de terrorisme, mais d’un mouvement révolutionnaire non-violent, global et radical, d’engagements concrets réalisables dès maintenant...

Comme vous le voyez, l’instauration de vraies démocraties suppose des changements radicaux dans les mentalités individuelles et collectives. Seuls ces changements pourraient donner enfin naissance à de véritables société humaines, structurées par des démocraties participatives à taille humaine et une économie de partage respectueuse de tous et de la Terre.

De fait, la réflexion sur la démocratie impose de reconsidérer complètement les notions de nation, d’éducation, d’expression libre, d’économie, de travail, de culture, de politique... Il est évidemment plus facile de se contenter de manifester quand des faits plus flagrants que d’habitude menacent le peu de libertés qui resterait. Il est plus simple de dire « NON A ... » plutôt que de réfléchir à autre chose et s’engager à se transformer, à s’auto-libérer, et à vivre autrement avec d’autres personnes.

Il ne suffit pas de manier la grosse propagande anti-Le Pen et de s’auto proclamer défenseur de la démocratie pour être véritablement capable de pratiquer la démocratie. Le Pen n’est pas plus, ni moins, démocrate que Chirac puisqu’ils sont tous deux hors de la démocratie, puisque la France n’est pas démocratique. La démocratie ne peut pas être menacée puisqu’elle n’existe toujours pas, et il ne suffit pas de manifester contre Le Pen pour qu’elle se crée comme par miracle. Comme si la démocratie allait sortir des urnes ! Le vote Chirac (ou Le Pen) créerait une démocratie, comme par miracle !. Le bulletin de vote se transformerait en institution démocratique ! C’est risible. Ce n’est pas parce que le système et son bourrage de crâne (Le Monde y compris) ne nous laissent que le bulletin de vote et des manifestations consensuelles pour nous exprimer qu’on est obligé de tout gober, de nous en contenter, et de marcher au pas. La démocratie ne se fera pas toute seule, et elle ne peut pas se faire dans le cadre du système totalitaire existant. .
La police, la justice, le droit, les despotes, la haine, le racisme, le totalitarisme, l’exploitation, l’inégalité, la misère... n’existent que parce que vous avez, pour la plupart, renoncé à devenir de véritables êtres humains, parce que vous ne voulez pas vous rendre capables de vivre ensemble sur d’autres bases.

La démocratie ne peut naître de la haine, de la lutte CONTRE, de la séparation et du conflit. Seuls l’Amour, l’Unité, la capacité à agir concrètement POUR un projet commun, les transformations personnelles profondes... peuvent amener un jour une véritable démocratie, ce qui ferait tout changer en même temps.

 
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Zora
1ère publication : 2002
Mise en ligne: mai 2002
Mise à jour : 10 septembre 2004
 
 
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