Je reconnais avoir été surpris par la promptitude de votre réponse, ainsi que par son contenu et par sa forme. Je vais donc, moi aussi, du moins à votre égard, changer de ton... sinon de fond ! Ce qui me frappe dans votre nouveau texte, c’est la confiance aveugle que vous semblez accorder à l’Etat et, plus généralement, aux institutions politiques, sociales, juridiques, judiciaires...On a l’impression que “vous ne vous doutez de rien”. Comment vous croire naïf à ce point ?
Vous parlez des “affaires délicates” qui auraient suscité la réaction des pouvoirs publics et vous faites évidemment allusion à l’O.T.S. Je vous ferai remarquer que l’unique prévenu a été acquitté par le T.G.I de Grenoble. Rassurez-vous : il sera certainement condamné en appel, si ce n’est déjà fait. L’Etat y veillera ! Il est également bon de se rappeler qu’on ignore finalement tout de ce qui s’est réellement passé et que la version officielle des événements à laquelle tout le monde doit, bien sûr, adhérer, doit être prise avec des pincettes. Ceux qui prétendent que le massacre du Vercors a été organisé par l’Etat pour ameuter l’opinion publique ne manquent pas d’arguments. Je les ai examinés dans le détail et ils méritent d’être pris en considération. Chacun sait que tous les Etats du monde se livrent constamment à des provocations criminelles, à des attentats, à des meurtres, à des opérations “homo”. On a également trouvé bien étrange que la publication du rapport Gest ait, comme par hasard, coïncidé avec l’éclatement du scandale. Cela dit, je suis personnellement incapable de trancher.
Comment pouvez-vous affirmer que les “excès” de la campagne antisectique “ne sont pas plus imputables aux hommes politiques d’alors qu’à la pression des journalistes...”. Evidemment, ces derniers ne songent qu’à faire caisse de résonance, à mettre de l’huile sur le feu, à ruiner la réputation des gens etc... sans se préoccuper le moins du monde de la vérité et de la justice et je peux dire que, par rapport à la question des sectes, je n’en ai trouvé, parmi ceux qui nous ont approchés, qu’un seul qui ait manifesté un minimum de correction. Les autres nous ont descendus en flammes sans mener aucune enquête sérieuse et ne nous ont contactés que pour chercher à nourrir leurs préjugés, leurs partis pris et leur animosité. Mais encore faut-il, pour exciter cette meute d’enragés, leur lancer des appâts, de bons quartiers de bidoche (la chair des victimes désignées), comme à des hyènes. C’est ce qu’a fait Picard avec sa loi et ses complices. Mais les Trente de Gest lui avaient ouvert la voie en flanquant dans la gueule des plumitifs un morceau de choix, la liste des proscriptions, qui n’a plus ensuite cessé de nourrir leur haine et leurs attaques. Actuellement encore, lorsqu’un journaleux est poursuivi par un groupe sur lequel il a vomi sans vergogne, il ne manque jamais, pour se dédouaner et trouver grâce auprès du tribunal, de mentionner que ses cibles sont officiellement étiquetées comme “sectes” dans le fameux rapport. Certes, les gens de presse sont disposés à se gaver de n’importe quelle pourriture, mais encore faut-il qu’on la leur fournisse et c’est le boulot des politiciens, qui, eux, prennent l’initiative et dont l’action funeste se révèle ainsi bien plus déterminante que celle des journalistes, aussi méprisable que soit leur attitude.
Nous en arrivons maintenant à des questions bien plus graves. Lorsque vous m’assurez que “la liberté de conscience fait partie de nos libertés fondamentales et qu’elle est protégée en France”, je me demande si vous ne vous payez pas ma figure. L’Etat français, tout comme ses multiples congénères, n’en a rien à foutre de nos libertés. Il ne fait semblant de les respecter que lorsqu’il y trouve son intérêt et, en particulier, pour se donner des apparences “convenables”. Nos “prétendues” libertés ne sont, en fait, que des non-interdictions purement formelles et elles ne peuvent être effectivement exercées que par les gens qui en ont les moyens financiers, relationnels ou autres, et dans la stricte mesure où l’Etat y consent. Je l’ai démontré longuement à propos de la liberté d’expression. En vertu des belles déclarations hypocrites, n’importe quelle personne devrait pouvoir communiquer le résultat de ses réflexions à tous ses concitoyens. Or vous savez aussi bien que moi que certains individus, en dépit ou plutôt à cause de leur talent et de l’originalité de leurs idées, ne trouveront jamais une publication, un éditeur, un animateur d’émissions etc.. qui leur permettent de se faire entendre. Ils seront condamnés au silence et à l’impuissance parce qu’ils ont le tort de critiquer ou de rejeter les catéchismes officiels en vigueur. Il faut aller plus loin. Même les gens qui professent des opinions estimées généralement banales, stupides, insensées, scandaleuses, monstrueuses ont le droit absolu de se faire imprimer, justement parce qu’il s’agit pour eux d’un droit constitutionnel fondamental que l’Etat, s’il était sincère et dans son rôle, s’obligerait à faire respecter en créant une structure publique permettant à n’importe quelle personne de se faire publier et diffuser dans des conditions accessibles à tous et quel que soit le contenu de ses textes, sauf de très rares exceptions (appel au crime, par exemple). Dès lors que l’Etat tolère et même décide que l’exercice effectif de la liberté d’expression sera soumis au bon vouloir de fonctionnaires ou de personnes privées, naturellement soucieuses de leur profit (les éditeurs), soit il la foule aux pieds carrément et officiellement, soit il admet et favorise (je reprends votre terme) son insupportable marchandisation et, ce faisant, il trahit sa mission , révèle sa véritable nature et se prive de tout droit à lutter contre la réelle ou prétendue “marchandisation du domaine spirituel” auxquelles se livreraient les “sectes”. Que l’Etat, cette fripouille innommable, commence donc par balayer devant sa porte ! Je reviendrai sur ce thème capital ainsi que sur celui de la liberté de conscience , de plus en plus menacée, comme toutes les autres, et non “protégée”, comme vous dites, par Big Brother. Le pire est que “la société civile”, infectée par ses soins, lui emboîte le pas et, même, le précède. Un Lamazou affirme sans ciller que “certaines opinions ne devraient pas avoir le droit de s’exprimer”, ce qui est la marque même du totalitarisme, mais personne ne relève ces propos stupéfiants parce que tout le monde y adhère plus ou moins. La délation, qui a toujours constitué l’un des sports chéris des Français, se développe actuellement dans des proportions terrifiantes, j’en ai fait l’expérience. Vous publiez sur Internet un texte hétérodoxe, mais irréprochable, sur un sujet délicat et le cabinet de Jospin vous fait interroger par les gendarmes. Manoeuvre classique d’intimidation destinée à vous faire taire. Dans un groupe privé où l’on vous a invité, vous faites, à titre purement personnel, des réflexions incongrues... et des mouchards vous dénoncent à la direction qui menace de vous chasser sans égard pour ses propres engagements
Je suis non moins consterné lorsque vous évoquez “la société de droit” où selon vous, j’imagine, nous nous ébattrions comme des poissons dans l’eau. Je crains plutôt que nous ne nagions en pleine fiction. D’abord, il faudrait qu’une société digne de ce nom existât et qu’on puisse donc ainsi qualifier (mais c’est évidemment hors de question) les collectivités primitives, arriérées et barbares que je désigne depuis bien longtemps sous le nom de “préhumanité” et qui n’ont cessé de régresser sur un plan existentiel, moral et spirituel depuis le Mésolithique. Quant au droit, permettez-moi de m’esclaffer autant que de m’indigner. J’ai gardé plus ou moins en tête les textes que, pour m’en tenir à la littérature française depuis Marot, j’avais relevés chez quantité d’auteurs qui fustigeaient avec un humour féroce les aberrations du droit et les “dysfonctionnements” des tribunaux, qui ne sont pas de malheureux et involontaires accidents imputables à la faiblesse humaine, mais des tares consciemment mises en place et qui leur sont donc consubstantielles. Plus encore que dans d’autres domaines, on se trouve ici piégé par les faux-semblants et les simulacres derrière lesquels se cache l’imposture. On exhibe une façade de respectabilité, de rigueur et d’objectivité, alors qu’on dérive en pleine fantaisie et en plein arbitraire. L’Etat se contrefout cyniquement des lois autant que de nos prétendues libertés. Ou plutôt, il les utilise à titre de caution, d’alibi et de justification apparente pour mieux exercer sa tyrannie. Par l’intermédiaire de ses représentants, y compris des plus humbles, il viole quotidiennement sa propre légalité. Il traite les lois comme des catins accommodantes et compréhensives susceptibles de lui fournir toutes les interprétations désirables et habituées à subir de sa part les derniers outrages. Il nous a fallu traîner devant la justice le préfet de l’Isère qui refusait d’obéir à la loi et qui, après un jugement rendu en notre faveur, refusait encore de l’exécuter. Nous avons dû menacer ce délinquant d’une autre procédure pour l’y contraindre. Quand on sait ce qu’est réellement “la-société” et quand on sait ce qu’est réellement le droit, la conjonction sinistre de ces deux termes ne peut que vous faire froid dans le dos.
Afin de nous payer une bonne pinte de rigolade, qui n’est pas superflue au milieu de ces considérations austères, j’évoquerai les R.G. Si, à vous en croire, ce ne sont pas tous des “analphabètes ahuris”, du moins certains d’entre eux semblent-ils se comporter en débiles passablement abrutis. Nous avons publié sur Internet leur rapport nous concernant : c’est un morceau d’anthologie, un ramassis de mensonges, d’âneries burlesques, d’erreurs de fait, d’insinuations gratuites et malveillantes, de ragots, d’interprétations délirantes... sans compter les fautes de français et d’orthographe. Dans un premier temps, on reste stupéfait devant ce torche-cul, puis on éclate de rire. Vous n’ignorez pas que certains gouvernements ont songé à supprimer cette police politique héritée de Vichy, non, bien sûr, pour des raisons morales, mais parce qu’elle les induisait en erreur et se révélait ainsi non seulement inutile, mais nuisible. Je pense aussi à la commissaire Henry (ou Henri, je ne sais plus très bien) qui, jusqu’à une date récente et peut-être encore aujourd’hui, dirigeait le service des R.G. de notre département. Quel honneur pour nous ! Je me souviens avoir lu un ouvrage où on l’accusait de faire obstruction à l’action de la Justice en refusant de lui faire partager ses petits secrets. C’est encore elle qui, paraît-il, serait le génial auteur des dix fameux commandements, pardon, des dix critères permettant de démasquer infailliblement les sectes dangereuses ! Il y a plusieurs années déjà, j’ai montré, en les analysant de près, qu’ils étaient soit absurdes, soit grotesques, soit directement attentatoires aux libertés. Ce dernier point est déjà moins drôle, mais il y a pire : je veux parler de l’implication probable de certains membres des R.G. dans des affaires louches ou criminelles, ce qu’un écrivain qui les connaît bien appelle des “coups tordus” dont ils seraient des spécialistes. Allez ! je m’arrête. Voilà que déteignent sur moi les fâcheuses habitudes des minables qu’ils comptent dans leurs rangs : je me mets à colporter des commérages !
En conclusion de ce passage sur les institutions juridiques et judiciaires, je rappellerai un truisme dont tout le monde est plus ou moins conscient, tellement il est énorme : les citoyens sont profondément inégaux devant la loi, et cela de plusieurs manières que je ne détaillerai pas ici. De sorte que, contrairement à ce qu’on nous raconte toujours, la loi constitue une arme très précieuse entre les mains des puissants pour imposer leur loi aux gens démunis. L’Etat étant ce qu’il est ne peut évidemment se concilier avec la démocratie. C’est bien ce qui se passe et aucun observateur un peu sérieux n’affirmera sans rire que la France est réellement gouvernée par le peuple et pour le peuple, et la comédie électorale n’y change évidemment rien. Idem pour la République, elle aussi incompatible avec l’Etat. La Chose publique, au sens noble et romain du terme, est remplacée par des choses bien grasses et bien juteuses (fric, fonctions lucratives ou sinécures, médailles, pouvoir, médiatisation..) que s’arrachent les privilégiés. Cette dernière remarque permet de découvrir la réalité concrète qui se tapit derrière un terme trop abstrait. En fait, l’Etat s’incarne dans une caste dirigeante composée de quelques centaines de personnes ‘(politiciens, hauts fonctionnaires, affairistes, “communicateurs”, écrivains, artistes et “penseurs” officiels, membres de professions libérales...) qui détiennent tous les leviers de commande importants, qui privatisent la République, se l’approprient à la façon des Mérovingiens ; l’occupent et la pillent, au sens où l’on employait ces termes à l’adresse des Allemands dans les années quarante. Certes, il existe des magistrats intègres, des conseillers généraux et des maires dévoués, des fonctionnaires consciencieux etc.., mais leur influence est nulle. Ce n’est pas eux qui donnent le ton et qui mènent le bal. Ils sont pris dans un maelström qui les dépasse ou emprisonnés dans des carcans dont ils ne sauraient se libérer sans perdre leurs emplois ou leurs fonctions. Face à cette situation, le moindre des remèdes que nous préconisons est l’abstention électorale qui , si elle atteignait des chiffres très élevés, aurait au moins le mérite de délégitimer et, peut-être, de faire s’écrouler un régime fondé sur les inégalités et les injustices. Mais, naturellement, les problèmes demeureraient entiers et trouveraient sans doute leurs solutions dans l’instauration d’un système pire que le précédent !
Comment en suis-je arrivé à ces constatations ? Ma conscience politique s’est brusquement éveillée en 1956-1957 lorsqu’un ami m’a fait lire un numéro de Témoignage chrétien qui dénonçait courageusement la pratique des tortures en Algérie, acceptée ou encouragée par les pseudo-socialistes Mollet, Lacoste, Mitterrand et autres hideux personnages. Je suis tombé des nues. Jamais je n’aurais pu imaginer des choses pareilles. Comme tous les jeunes gens de mon âge, j’avais été intoxiqué par l’école (c’est plus que jamais vrai : il suffit de consulter les actuels manuels d’instruction civique !) et s’était imprimée en moi une image tout à fait honorable de l’Etat. Après ce choc bouleversant, je me promis de “surveiller” de près, avec assiduité et sans complaisance, les agissements de l’Etat dans tous les principaux domaines (idéologique, juridique, politique, économique, social, culturel, religieux, scientifique et technique). Après un quasi-demi-siècle d’investigations, d’observations et de réflexions, le bilan qui s’impose à moi est accablant, écoeurant, révoltant. Et chaque année, je découvre de nouvelles horreurs. J’ai compris que l’Etat, tout Etat (c’était déjà vrai dans l’Antiquité) est intrinsèquement pervers, qu’il ne peut être réformé et qu’il faut donc en haïr et en combattre de toutes ses forces les comportements, pour des raisons d’humanité et de morale élémentaires ou ne serait-ce que pour ne pas déchoir à ses propres yeux, mais sans se faire aucune illusion sur l’issue de ce combat entre un misérable petit pot de terre ébréché et le Tout-Puissant et Impitoyable Pot de fer.
Vous comprendrez donc mes sentiments lorsque je vous vois traiter avec égards et avec respect cette vieille salope, ce monstre sans entrailles et sans scrupules. Vous nous le présentez comme un Bon Papa débonnaire qui peut, certes, commettre des erreurs, comme tout le monde, mais qui aurait des intentions honnêtes, serait de bonne foi et sincèrement désireux d’oeuvrer au bonheur de ses esclaves consentants. Une fois de plus, je me demande si vous ne vous moquez pas de moi. Vous allez jusqu’à évoquer sa “démarche pédagogique”. C’est à mourir de rire. Il est “pédagogue” à peu près comme Landru avec les dames qu’il recevait pour leur dernier voyage ou comme le Méchant Loup déguisé en charmante grand-mère. Pour en revenir plus précisément à notre sujet, après une digression qui avait pour but de le replacer dans un contexte élargi et d’éclairer ainsi en profondeur ma position à son égard, je définirai celle-ci en 4 points.
1° Un Etat qui se veut laïque et séparé de toutes institutions religieuses ou apparentées, s’interdit, en fonction de ses propres principes, d’intervenir dans leur fonctionnement et dans leur doctrine et, à plus forte raison, d’édicter contre elles une législation d’exception. S’il pratiquait la droiture et la probité (mais c’est évidemment inconcevable), il se bornerait à leur appliquer , en cas d’infraction, le droit commun, sans se mêler aucunement de leurs activités et de leurs credos. Mais, je le répète, il est dans la nature de l’Etat, foncièrement despotique et corrompu, de transgresser sa propre légalité qu’il considère comme un simple paravent destiné à camoufler ses crimes ou à leur donner des airs décents.
2° Si l’Etat s’est théoriquement (mais, dans la pratique, il n’en est rien !) privé du droit de porter des jugements dans des domaines qui ne le concernent pas, il ne dispose pas non plus des moyens et des compétences pour le faire. Ce qui, bien sûr, ne l’empêche pas de se les attribuer indûment pour opérer, avec la délicatesse et le tact qu’on lui connaît, les mêmes ravages que l’éléphant dans le magasin de porcelaine. J’ouvre une parenthèse pour stigmatiser au passage l’hypocrisie et le mensonge qui figurent au premier rang des vices cultivés par l’Etat et par ses affidés. J’en donnerai trois illustrations. Pendant des années, on nous a juré, la main sur le coeur, (exception faite de quelques forcenés comme Brard) que la France bénéficiait d’un arsenal législatif suffisant pour réprimer les actes délictuels ou criminels éventuellement commis par les “sectes” et qu’il n’était pas nécessaire d’en rajouter. Moyennant quoi, chacun s’est rallié avec enthousiasme à la loi Picard ! Pour justifier ces mesures exorbitantes, on nous a sorti un argument qui se veut massue, aussi habile que spécieux, que l’on invoque désormais à tout bout de champ, comme vous le faites vous-même, dès qu’il s’agit de renforcer la répression : la protection des individus, y compris adultes, et contre eux-mêmes, s’il le faut. Si l’on creuse cette notion, ainsi que je l’ai fait, on s’aperçoit vite qu’au-delà de ses apparences infiniment louables, elle se révèle abusive ou inutile dans la plupart des cas (je ne peux entrer ici dans le détail) et qu’elle n’est finalement invoquée que pour mettre tout le monde au pas. Troisième entubage insidieux : les “spécialistes” nous ont assuré qu’ils étaient trop attachés à la liberté de conscience pour se permettre de juger les croyances des groupes qu’ils suspectaient . Ils ne s’en prendraient qu’à leurs comportements illégaux. Pur mensonge : il suffit, pour le constater, de se référer aux fiches d’espionnage établies par les associations antiseptiques ou aux rapports annuels publiés par la MILS. Les doctrines et les pratiques qui en découlent sont analysées, décortiquées, condamnées pour leur “irrationalité” ou leur “dangerosité”. Cette remarque me permet de renouer avec le fil de mon discours. Ces gens-là, imbus de préjugés et pétris d’ignorance prétentieuse, n’ont aucune qualification pour apprécier la valeur de convictions très éloignées des leurs. Même “la structure indépendante” que vous préconisez, certainement préférable à la MILS, serait composée de pseudo-experts (juristes, sociologues etc.., dites-vous) dont les compétences ne les prépareraient en aucune manière à s’aventurer dans des domaines subtils et sensibles qui leur seraient étrangers. Vous me répondrez qu’ils s’abstiendraient de se prononcer sur le fond. Je n’en crois rien, à supposer même qu’ils fussent réellement de bonne volonté. Les distinctions sont ici trop ténues pour que ne se produisent pas des débordements du genre : “Eglise évangélique de Pampérigouste : 6/20. Prêche des doctrines absurdes, fait du prosélytisme, recueille de l’argent, critique le gouvernement etc..”. La Scientologie qui, spontanément, me déplaît beaucoup, mais sur laquelle je n’ai pas d’opinion définitive, serait évidemment abonnée au zéro permanent. On créerait une situation à peu près aussi ridicule que celle des gouvernants français, pratiquement tous athées et (ou)francs-maçons à partir de 1880, mais qui, en vertu du régime concordataire, choisissaient les évêques ! Il est vrai que le pape pouvait leur refuser l’investiture canonique et que, malgré leur mode de désignation, ils ne se montrèrent pas toujours très obéissants. Le moule lustigérien ne leur était pas encore imposé !
3° Nous en arrivons maintenant à deux points essentiels qui disqualifient complètement l’Etat dans sa lutte “vertueuse” contre les “sectes” et qui font éclater son imposture et son toupet monstre. Ce Bandit s’attaque aux “sectes” alors qu’il en est le principal agent recruteur . Le schéma classique, que vous reprenez à votre compte et selon lequel les méchants gourous, toujours à l’affût, profitent du passage à vide momentané de personnes candides et désarmées pour les harponner, relève de la mythologie. Bien sûr qu’il s’applique parfois et ne peut que susciter la plus vive réprobation lorsqu’il comporte l’emploi délibéré de techniques plus ou moins grossières d’asservissement et d’aliénation (manque de sommeil et de nourriture, travaux excessifs, utilisation de drogue, rupture totale et systématique avec l’ancien environnement, lessivage de cerveau programmé etc..) Mais, dans la grande majorité des cas, les candidats à la “sectarisation”, réelle ou prétendue, souffrent d’un malaise profond et permanent, nullement occasionnel et tout à fait justifié. Ils ne supportent plus de vivre dans le monde abject et atroce qu’entretient et que développe l’Etat comme un vivier où il élève ses proies pour les dévorer. Ils en ont ras le bol de cette “société” irrespirable et ils essaient de la fuir, quitte à se fourvoyer dans des impasses. Mais quelle alternative leur est offerte ? Aucune. Alors, ils sont bien obligés de se contenter de ce qu’ils trouvent. Et, je le répète. D’abord, la plupart de ces mouvements ou communautés, quelles que soient leurs “bizarreries”, sont inoffensifs ou peuvent même faire preuve d’une bienfaisante utilité lorsqu’ils développent de réelles valeurs humaines et spirituelles, même dans un sens vague et approximatif. Ensuite, l’expérience m’a enseigné que les gens sont bien moins suggestibles qu’on ne le dit . Ils ne “succombent” à une influence que dans la mesure où ils le veulent bien et s’ils se sont laissés aller dans un moment de faiblesse ou d’inattention, ils se reprennent un jour ou l’autre et parfois très vite, en tout cas au moment où ils décident de le faire. Sauf, encore une fois, le recours organisé à des pratiques criminelles ayant pour objectif la suppression de la conscience et de la liberté. Oui, parce qu’il fait office de Repoussoir en tant que gestionnaire des collectivités affreuses où nous périssons à petit feu ou par embrasement, l’Etat est devenu le Grand pourvoyeur des sectes vraies ou fausses. Si elles existent, c’est d’abord à Sa Majesté assassine qu’on le doit.
4° Mais il faut encore aller plus loin et dénoncer la plus haute et la plus grave de Ses supercheries. Il atteint le comble du culot et de l’impudence lorsqu”il ose reprocher aux autres ce que Lui-même pratique en grand et de manière infiniment plus grave , en particulier toutes les formes de manipulations, d’endoctrinement et d’escroqueries. Et comme il ne souffre pas de concurrents, surtout lorsqu’ils sont plus efficaces que lui, il les poursuit de sa haine destructrice. J’affectionne une image que j’ai naguère employée et qui me paraît très bien décrire cet état de choses. Le Grand Chiffonnier (l’Etat) trône sur des sommets d’immondices (“la-société”) qu’il exploite à sa convenance et en situation de monopole. Et voici que surgissent des petits malins bien plus performants qui lui chipent ses saletés et qui en tirent un bien meilleur profit. Il ne peut, bien sûr, que vouloir les éliminer en s’abritant derrière l’invocation fallacieuse de l’Ordre et de la Vertu. J’ai eu la surprise et le plaisir de découvrir qu’un journaliste du “Monde diplomatique”, Denis Duclos, avait repris ce thème dans un article qu’il vient de reproduire, ajouté à d’autres, dans un livre tout récent dont je vous recommande vivement la lecture, même si, comme beaucoup d’intellectuels, il se croit obligé de jargonner quelque peu. C’est ainsi que dans cet ouvrage intitulé “Société-Monde. Le temps des ruptures” et paru aux Editions de la Découverte on peut lire : “Etrangement, tout en s’opposant aux moindres mouvements qui la contestent, la société mondiale s’érige en secte universelle,...qui n’appelle pas réellement à la vie...(mais plutôt) à la fusion terminale à laquelle toute secte pousse ses membres ...”(p.169). Ou encore “Que dénoncer quand la société-bulle proposée par les cultes sectaires n’est qu’une copie microscopique de la secte planétaire sommant chacun de consentir à devenir “un gentil membre de l’humanité”.(p.196). Ou enfin : “(Les sectes) ne se séparent pas de la société, mais exagèrent plutôt ses tendances profondes”(p. 198). Il faudrait tout citer. De sorte qu’en définitive ; l’Etat s’acharne contre deux catégories de “sectes”. Primo, les vraies, qui le concurrencent sur son propre terrain, ce qu’il ne supporte pas, secundo, les fausses, qu’il désigne ainsi pour les discréditer et pour les ruiner tout en sachant pertinemment qu’elles n’en sont pas, qui le combattent en mettant en cause le terrain lui-même et les activités qu’il y poursuit, ce qu’il ne peut non plus tolérer. Il lui faut faire la peau aussi bien de ses concurrents que de ses adversaires. Vous avez deviné dans quel camp je me situe.
Je vais en revenir maintenant à des considérations plus terre à terre et plus personnelles. J’ai piqué une grosse colère en lisant vos dernières lignes qui ont atténué l’effet (très relativement) favorable qu’avait provoqué en moi les précédentes. Je trouve inadmissibles vos propos sur mon “agressivité” et sur mon “intolérance”, que vous feriez mieux de retourner à Gest et à ses semblables. C’est vraiment le monde à l’envers . Qui a été, sans la moindre raison, calomnié, vilipendé, traîné dans la boue , avec toutes les conséquences pratiques qui en ont découlé et dont vous n’avez pas l’air de vous faire la moindre idée ? C’est Gest, c’est vous ou c’est moi ? Qui est encore moqué et insulté par des gamins de 15 ans qui croient s’en prendre au gourou pervers d’une secte dangereuse ? C’est Gest, c’est vous ou c’est moi ? Qui est victime d’une rumeur indéracinable qui s’attache comme de la glu ? C’est Gest, c’est vous ou c’est moi ? On dirait que vous êtes inconscient, complètement en dehors de la réalité, que vous ne sentez pas la gravité des choses, que vous voulez les ignorer, les sous-estimer, les minimiser. Ca vous va bien de disserter dans l’abstrait, apparemment du côté du manche et protégé contre les avanies que je viens d’évoquer. Si, un jour, elles vous éclaboussaient et vous dégoulinaient sur la figure, vous afficheriez peut-être des airs moins détachés et moins iréniques. Comme on dirait sur les cours de récré, ce n’est pas moi qui ai commencé, qui ai tiré le premier. Ma seule réplique devait-elle être : “Merci bien. Continuez donc et veuillez avoir la bonté de m’achever en douceur” ? Je n’ai fait que me défendre. Mais peut-être raisonnez-vous comme les sectivores qui se plaignent de ce que certaines “sectes”ne se laissent pas faire. Elles devraient tout encaisser sans mot dire. Si elles réagissent, on lesaccuseavecdégoûtd’être “procédurières”. Comme si ne l’étaient pas les kyrielles de politiciens et de patrons qui ont maille à partir avec les tribunaux et qui, pendant des années, s’ingénient, souvent avec succès, à ralentir et à paralyser le cours de la “Justice” ! Mais dès qu’il s’agit de “sectes” ou prétendues telles, les critères d’appréciation ne sont plus les mêmes !
Mêmes remarques générales à propos de vos admonestations sur “le dialogue et le respect mutuel”, que vous feriez bien de prodiguer au nouveau député de la Somme, qui en a bien besoin. A travers votre texte, vous le feriez passer pour un être plein de douceur, de bonté, de modération, enclin à l’ouverture et à l’écoute. Vous me prenez pour un idiot ? Si c’était vrai, ça se saurait, ça se verrait et j’aurais eu moi-même l’occasion de le constater, ne serait-ce qu’en analysant son livre. A moins que, visité par une grâce nécessitante, il ait changé du tout au tout. Dans ce cas, il ne manquera pas de m’adresser (et à beaucoup d’autres qu’à moi) une lettre d’excuses et de regrets où il déplorera l’incroyable légèreté (pour employer un euphémisme poli) dont il a fait preuve en clouant au pilori des gens sur lesquels il n’avait aucun renseignement de première main. Votre couplet sur “le dialogue et le respect mutuel” fait partie du discours correct, passe-partout et consensuel que chacun (y compris et surtout ceux qui n’en tiennent aucun compte) se croient obligés de proclamer pour se faire bien voir et rester “tendance”. Qui n’y souscrirait, à moins de se désigner lui-même comme le dernier des saligauds ? Moi-même je n’y suis évidemment pas opposé par principe, même si la vie m’a rendu très sceptique sur la réelle bonne volonté de ceux qui le préconisent et donc sur ses chances de réalisation. Mais si vous insinuez qu’ils font partie des vertus favorites de Monsieur Gest et de ses pareils, je vous ferai la charité de croire que vous êtes un fervent adepte de l’humour noir.
Je suis désolé de terminer sur cette note désagréable, mais vous l’avez cherché et je n’ai fait que suivre l’ordre de votre exposé. Un dernier point qui me gêne beaucoup. C’est votre obstination dans l’anonymat, conforme à l’une des caractéristiques les plus déplaisantes du Net, parce qu’elle autorise tous les coups bas, ce dont je ne vous accuse d’ailleurs pas. N’empêche... Vous m’indiquez bien votre nom. Mais, à supposer que ce ne soit pas un pseudonyme, il me laisse dans l’ignorance de votre véritable identité, des raisons pour lesquelles vous vous intéressez aux “sectes” et fréquentez A.Gest, du rôle que vous pouvez jouer etc.. Ces inconnues vous rendent forcément un peu suspect à mes yeux, même si, et je tiens à vous rendre cet ultime hommage, j’ai trouvé en vous un... interlocuteur, c’est-à-dire une personne qui, enfreignant l’une des lois sacrées de l’antisectisme militant : “ON NE DISCUTE PAS AVEC LES GOUROUS”, condescende à adresser la parole à l’un de ces excréments.
Avec mes compliments et mes encouragements
Christian Singer - Août 2002


