Comment peut-on supporter ?

APPEL à renouer, sous une forme pacifique, approfondie et constructive, avec l’inspiration divinement subversive de MAI 68 en vue de former un vaste et puissant mouvement révolutionnaire

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Toute révolution qui n’est pas accomplie dans les mœurs et dans les idées échoue... CHATEAUBRIAND

Il n’y a de vraie révolution que morale... G. DUHAMEL

Il ne peut y avoir révolution que là où il y a conscience JEAN JAURES

Toute révolution qui ne s’accompagnera pas d’une transfiguration mourra de sa mort E. MOUNIER

Il est très possible que les années 60 aient vu l’ultime manifestation de l’homme avant l’extinction finale L. MALLE dans son film « My dinner with André »

COMMENT PEUT-ON SUPPORTER que, chaque année, des millions d’êtres humains trouvent une mort « injuste », violente et prématurée, ou subissent des atteintes ou des carences graves et irréparables, corporelles, mentales, intellectuelles, spirituelles, consécutives, soit aux guerres de toutes sortes (économiques, ethniques, néo-colonialistes, génocidaires...) qui ravagent la planète, soit à la misère sous toutes ses formes , physiques (famines, absence de toit et d’hygiène, maladies tropicales, tuberculose, sida qui ne sont pas soignés à cause du coût des traitements imposé par les firmes pharmaceutiques et avalisé par les gouvernements), culturelles (l’analphabétisme qui est à la base de toutes les autres), affectives (l’isolement qui frappe tant de disgraciés de l’âge ou de la nature), morales (du fait de la faillite des religions officielles, des athéismes de pacotille et des « philosophies » débiles), soit aux diverses pollutions, soit au terrorisme, soit à l’oppression (toutes les catégories d’esclavages et de prostitutions forcés, dont font partie, bien souvent, les relations familiales et salariales « ordinaires »), soit à la répression ou aux défaillances étatiques (meurtres et violences, y compris psychologiques, accomplis directement ou indirectement dans les commissariats, les prisons, les prétoires ou dans la rue par les polices, les justices, les fiscs et, en fait, par toutes les administrations, mêmes les plus pacifiques ( !), par exemple scolaires (amiante), hospitalières (maladies nosocomiales, interventions chirurgicales), soit aux exécutions légales dans les pays barbares comme l’Iran, les Etats-Unis, la Chine..., soit aux avortements dans les pays arriérés comme la France et tant d’autres, soit à l’euthanasie active et non consentie, soit aux brutalités et homicides liés aux mœurs (excisions, mariages obligés, élimination des belles-filles indésirables etc.), soit aux crimes privés, soit aux suicides, soit aux accidents, soit aux catastrophes dites « naturelles » qui auraient pu être évitées ou contre lesquelles on pouvait se prémunir... et j’en oublie certainement beaucoup ! Nul n’a le droit d’ôter la vie, directement ou indirectement, à qui que ce soit et pour quelque motif ou prétexte que ce soit.

COMMENT PEUT-ON SUPPORTER que règnent partout (y compris dans les « sociétés » prétendument évoluées) des injustices et des inégalités socio-économiques criantes, que des Etats, des multinationales et des ploutocrates accaparent des biens gigantesques au détriment de masses qui ne vivent, ne travaillent et ne meurent dans la précarité et le désespoir que pour continuer à engraisser les privilégiés à qui profitent essentiellement les fruits d’une croissance « sans bornes... dévastatrice de la nature et des hommes » (L’antipub, p. 199, de Sébastien Darsy).

COMMENT PEUT-ON SUPPORTER que, chaque année, soient sacrifiés (parfois dans des conditions affreuses) ou maltraités, des millions d’animaux qui ne demandent qu’à vivre et sur lesquels nous n’avons aucun droit (sinon celui du plus fort), uniquement pour répondre, soit à des besoins réels (se nourrir, se vêtir, se soigner), mais qui pourraient être assouvis autrement, soit à des pulsions abominables (le plaisir de dominer, de faire souffrir et de tuer) ainsi qu’on le remarque même chez des particuliers qui battent leurs animaux domestiques, les exposent à la faim et au froid, les font vivre en permanence au bout d’une corde, ne les adoptent qu’à des fins utilitaires jusqu’à ce qu’ils les abandonnent ou les fassent piquer dès qu’ils gênent ou ne servent plus à rien, soit à des désirs légitimes (se distraire, s’instruire, avoir des activités sportives et fréquenter la nature), mais qui, eux aussi, pourraient trouver satisfaction autrement qu’en se livrant à la chasse et à la pêche, autrement qu’en organisant des courses de chevaux et de lévriers ou des combats de chiens et de coqs, autrement, même, qu’en créant des zoos, des ménageries ou certains numéros de cirque, soit à des « traditions » ou à de pseudo-nécessités d’autant plus méprisables et monstrueuses qu’elles génèrent de grandes souffrances et qu’elles osent se parer de justifications apparemment honorables en rapport avec le raffinement (par exemple gastronomique), avec l’humanitarisme médical, avec de nobles rites anciens ou, même, (et c’est un comble !) avec des prescriptions « religieuses ». Je fais naturellement allusion à des pratiques telles que le gavage des oies ou la « cardinalisation » des homards et, plus encore, aux horreurs de la vivisection que rien n’autorise, n’en déplaise aux scientistes, je stigmatise avec indignation l’imposture de la chasse à courre et des corridas qui dissimulent la lâcheté et la cruauté derrière la fausse bravoure, les habits de lumière et les cérémoniaux grotesques, et j’en arrive au pire, lorsque, sous le prétexte d’injonctions religieuses et comme c’est encore le cas chez les musulmans et les juifs, on s’adonne à des carnages sacrilèges et blasphématoires qui constituent, à la fois, une insulte à Dieu et une atteinte gravissime à sa Création. Comment peut-on imaginer un Dieu d’Amour assez pervers et assez sadique pour avoir suscité « par amour » des créatures dites inférieures uniquement destinées par Lui à être massacrées par d’autres, réputées supérieures ?

COMMENT PEUT-ON SUPPORTER que la préhumanité, non contente de se massacrer elle-même ainsi que le reste de la Création, s’en prenne aussi au Créateur. Premier type de crime contre la Divinité : sa défiguration qui s’opère lorsqu’elle Le réduit à un principe théorique, à un symbole abstrait indifférent au sort des hommes qu’il laisserait s’entredéchirer sans en souffrir, à un tourbillon d’énergie, à un nœud de vibrations, lorsqu’elle Le considère comme une vue de l’esprit ou une façon de parler, lorsqu’elle le présente, au contraire, comme un potentat plus ou moins cruel, impitoyable et « inhumain » qui abuse de sa Toute-Puissance pour faire régner la terreur, lorsqu’elle Le confond avec une pseudo -« transcendance » de substitution qu’elle attribue indûment à la Nature, à la Science, à l’Art, à l’Amour ou même à... l’Etat ( !) ; lorsqu’elle juge impossible ou illusoire toute relation avec Lui autre que l’approche froide, impersonnelle, élitiste et purement cérébrale proposée par les enseignements et les initiations secrètes de l’ésotérisme et de la gnose, lorsqu’elle prend pour de la « spiritualité » de simples techniques corporelles et mentales de bien-être, de respiration, de manducation, de nutrition, de méditation etc., lorsqu’elle s’égare complètement dans un fouillis innommable et hétéroclite de croyances et de pratiques dites « religieuses » plus aberrantes et fantaisistes les unes que les autres.

Alors que nous pouvons et devons entretenir avec Dieu une relation intime, confiante et filiale de Personne à personne, vécue sans interruption dans le quotidien sous la forme d’une « oraison » continue et d’un dialogue silencieux qui ne sont pas obligés de s’exprimer par des formules explicites, mais qui imprègnent et conditionnent toute notre existence. Dieu n’est pas un Etre lointain et inaccessible. Certes, il est l’Absolu, nous ne pouvons le connaître « de l’intérieur », la nature de Sa Nature nous échappe « infiniment » et nous nous bornons à constater les effets des diverses formes (au moins sept, qui sont évidentes) de sa Présence dans le monde et en nous. Il est également vrai que le tête-à-tête avec Lui ne se réalise que si nous nous livrons préalablement à une ascèse purificatrice et libératrice, induite tout bonnement par les aléas et les épreuves ordinaires ou extraordinaires de l’existence, qui nous débarrasse de scories et de fardeaux inutiles et encombrants, à une gymnastique spirituelle, à un entraînement qui nous rendent attentifs et disponibles, mais qui ne s’accomplissent pas sans douleur, car nous restons attachés aux habitudes plus ou moins « vicieuses » du « vieil homme » qui s’incruste en nous. Dieu ne peut prendre place en nous que si nous lui faisons de la place. Mais il ne faut pas non plus exagérer la difficulté de nous rapprocher de Lui et de le fréquenter assidûment. L’abîme ontologique qui nous sépare peut être franchi grâce à la passerelle de l’Amour qui permet de communiquer et de se comprendre, à la façon des liens très forts qui peuvent s’établir entre un homme et un chien, en dépit de leurs différences. Et puis après tout, nous ne sommes pas condamnés à ne dire que des bêtises anthropomorphiques, lorsque nous Lui parlons ou lorsque nous En parlons (n’en déplaise à une certaine théologie à la mode, dite « négative »), puisque nous sommes créés à son image et qu’Il nous fait participer à ses principaux attributs, la Liberté et l’Immortalité, et même à sa Substance, qui est Amour.

De ce fait, il n’agit pas avec nous comme une brute ou comme un personnage autoritaire qui (pour notre bien, s’entend !) nous traiterait comme des pantins dont il tirerait les ficelles, ne nous laissant « libres » que de faire le bien et nous empêchant de faire le mal, conception primitive aussi insultante pour Dieu que pour l’homme et qui est pourtant largement répandue, y compris chez quantité de « grands esprits » qui en arrivent même à proférer des âneries blasphématoires du genre : « Après Auschwitz, on ne peut plus croire en Dieu ». Comme s’Il était responsable des abominations commises en ce lieu et en beaucoup d’autres par une préhumanité qui est la seule coupable, ou comme s’Il se devait de réparer ou de prévenir dans tous les cas ses « bêtises » et ses crimes. Non, il limite volontairement et humblement son Action, qui consiste plutôt en de multiples incitations discrètes, et, parce qu’Il respecte infiniment la liberté de sa créature, Il se refuse à intervenir artificiellement comme un deus ex machina, même lorsqu’elle en fait un usage épouvantable. Il observe la même délicatesse dans ses rapports avec la personne qui L’a accueilli, même très imparfaitement. Il ne s’impose pas. Sa compagnie est douce, mais exigeante sans être contraignante. L’idéal qu’Il suggère à son hôte de réaliser en commun consiste à former avec Lui un attelage harmonieux où les deux partenaires avancent ensemble comme dans une auto-école à double commande où chacun ne peut rien faire sans l’assentiment de l’autre, mais où cette possibilité de mettre des bâtons dans les roues est définitivement abandonnée au profit d’un pilotage exercé de conserve dans les mêmes directions. Telle est, dans sa simplicité, sa profondeur et sa fécondité, la véritable vie mystique, la « religion » pure (lien direct et personnel avec Dieu) qui n’a rien à voir, ni avec les « religions » officielles, ni avec des formes d’exaltation et d’illuminisme qui font craindre l’existence de quelque dérangement psychique, ni avec des « états exceptionnels » d’union à Dieu réservés à des « âmes d’élite », ni à plus forte raison avec la « quincaillerie » des phénomènes « extraordinaires » (lévitation, don de double vue, pouvoirs thaumaturgiques etc..) qui peuvent l’accompagner, en certaines occasions, sans jamais constituer un brevet d’authenticité.

Deuxième sorte d’attentat dirigé contre Dieu : son instrumentalisation sacrilège, perpétrée par les « monothéismes » et leurs Eglises qui s’En servent au lieu de Le servir, qui Lui font dire et Lui font faire ce qui les arrange par l’intermédiaire de textes « sacrés » dûment interprétés à cet effet par les hiérarchies, qui Le mettent en avant pour justifier aussi bien leurs penchants pour l’intolérance, la persécution, la violence ou le terrorisme organisé, liés à des fondamentalismes simplistes et à des intégrismes bornés et ultra-conservateurs, que pour légitimer leur cléricalisme, leur dogmatisme, leur autoritarisme, leurs connivences éventuellement scandaleuses avec des régimes politiques dévoyés en vue d’établir avec eux de fructueux condominiums, et, de manière moins spectaculaire mais encore beaucoup plus nocive parce qu’institutionnelles et permanentes, des conceptions fondatrices, des règles et des préceptes de base obligatoires, en matières politiques, économiques, sociales, familiales, morales, sexuelles... qui prétendent s’appuyer non seulement sur les « Saintes Ecritures », mais aussi sur la Nature exprimée par la Raison. De grâce, ne confondons pas la « religion », qui est compagnonnage immédiat et intime avec Dieu, avec les « religions » officielles qui s’en méfient et veulent le tenir sous leur contrôle, et ne compromettons pas Dieu avec ces gigantesques « machines » qui n’ont de relation avec Lui que par le biais de l’usurpation.

Elles sont d’autant plus redoutables qu’elles ont su, au cours des âges, utiliser l’autorité qu’elles s’étaient arrogée « au nom de Dieu » pour établir leur emprise, par étapes ascendantes, d’abord sur les « âmes », par le biais de la confession, de la « direction spirituelle », des instructions morales obligatoires assorties de sanctions, ensuite sur les institutions sociales, « conjugales », familiales, charitables, hospitalières, éducatives, enseignantes, culturelles etc., enfin sur le pouvoir politique (la tentation théocratique). Expulsées du troisième étage, elles se replient sur le deuxième, éventuellement sur le premier en cas de crise grave, puis repartent à l’assaut si possible ou dès que possible pour récupérer le terrain perdu. Leur influence exceptionnelle provient aussi de ce qu’elles sont devenues expertes dans l’art de s’adresser aux « tripes » de leurs fidèles en répondant efficacement à leurs demandes esthétiques, émotionnelles et affectives par l’organisation de cérémonies, de rassemblements, de pèlerinages, par la création d’ambiances favorables aux effusions « charismatiques », par la constructions d‘édifices cultuels magnifiques, par l’utilisation de rituels impressionnants, de vêtements liturgiques, d’encens et d’objets « sacrés ». On pourrait descendre encore beaucoup plus bas dans l’escroquerie et le charlatanisme en rappelant les activités de certains pseudo-gourous ou celles de télévangélistes qui poussent l’impudence jusqu’à prôner ou à célébrer, au nom de l’Evangile, l’ultra-conservatisme social, la volonté de puissance, la guerre, l’accumulation des richesses considérée, ultime aberration, comme un signe de la bénédiction divine !

Troisième espèce de forfait (absolu celui-ci !) commis contre Dieu : son exécution sommaire. Mais il faut bien reconnaître que si le déicide correspond en principe au pire, dans la pratique, ceux qui s’adonnent à ce pitoyable jeu de massacre manquent régulièrement leur cible et me font penser aux malchanceux et aux maladroits qui tirent à la carabine dans les foires sans décrocher aucun lot de consolation. L’athéisme constitue une maladie infantile et récurrente de la préhumanité, qui tourne actuellement à l’épidémie grâce à un puissant effet de mode. Cela ne signifie pas qu’il faille lui accorder une trop grande importance, pas plus qu’il ne convient de prendre très au sérieux ses adeptes. Il s’agit d’une forme de provocation identique à celle que pratiquerait un gamin qui croirait s’affirmer en trépidant sur le trône d’un palais royal dévasté. Sur un plan philosophique, ça ne tient pas. Un univers sans Dieu (à supposer qu’il ait la moindre chance d’exister comme un effet sans cause, sans signification, sans raison d’être et sans finalité)serait figé dans une éternité immobile, stérile et incompréhensible. Or celui où nous vivons ne cesse de « bouger », il évolue dans l’espace-temps sous la forme d’une Matière qui s’y déploie selon un processus orienté, progressif, très exactement ajusté à des paramètres extrêmement précis conditionnant étroitement son existence, qui conduit à l’apparition d’êtres de plus en complexes et diversifiés. Ce Mouvement grandiose qui, en tant que tel, implique nécessairement une Création et un Créateur, un début et un Initiateur mais pas forcément une fin car il peut être « perpétuel », s’est poursuivi en fonction d’une logique « implacablement » sensée, significative et signifiante qui a franchi d’innombrables obstacles pour aboutir à la formation de Homo sapiens. Il n’a pu se révéler avec les caractéristiques que nous lui connaissons que s’Il a été « ordonné » par une Intelligence et par une Bienveillance capables de se jouer des innombrables lourdeurs et des échecs qui ont jalonné son parcours. La véritable interrogation ne porte pas sur l’existence de Dieu, qui est une évidence, mais sur les difficultés qu’Il a rencontrées pour accomplir son dessein, bien avant de se heurter à celles que lui crée la préhumanité depuis dix mille ans, et qui semblent donc trouver leur origine dans une sourde résistance contenue dans la matière, qui s’est développée en elle au fur et à mesure qu’elle se perfectionnait et qu’elle se différenciait jusqu’à ce que cette « opposition » culmine avec le refus total et obstiné manifesté depuis le Mésolithique par la plus belle et la plus avancée de ses réalisations.

Que, dès le point de départ, existent (comme le pensait Teilhard), enfouies au cœur de la matière (et même dans ses formes rudimentaires et encore inorganisées) les lueurs d’une véritable Conscience et d’une véritable Liberté représentant comme la trace de Dieu et appelées à croître en même temps que leurs supports organiques, c’est plus que probable et c’est une idée magnifique, mais pourquoi la matière a-t-elle utilisé ces cadeaux inestimables pour les retourner contre le Donateur et à son propre détriment, en maintenant et en renforçant cette position jusqu’à parvenir au blocage complet effectué par la préhumanité au seuil de la Préhistoire ? Pourquoi ce penchant, apparemment invincible et invétéré, pour le Mal, même si celui-ci se personnifie et s’exprime à travers des tentations auxquelles on n’est tout de même pas obligé de succomber quelles que soient les formes particulièrement séduisantes sous lesquelles elles se présentent ? Le mystère s’épaissirait davantage si l’on cherchait à comprendre pourquoi, de nos jours encore, la matière brute, celle que nous manions tous les jours, paraît bien décidée à ne pas nous faciliter la tâche, soit qu’elle nous assujettisse aux lois physico-chimiques qui la régissent et qui paraissent trop souvent aveugles, rigides, simplistes, « excessives » et malfaisantes, soit qu’elle semble témoigner à notre égard une sorte de malveillance, de mauvaises intentions, de la malignité qui ne se traduisent pas toujours, dans la vie quotidienne, par des drames (heureusement !), mais fréquemment par des « gestes » de mauvaise volonté, par des tours pendables, de trop nombreuses coïncidences néfastes et même par des séries de gags où notre éventuelle maladresse n’est pas seule en jeu, mais aussi l’intention évidente de nous contrarier et de nous nuire. A ma connaissance, seul le grand écrivain suédois Lagerkvist a été sensible à cet aspect des « choses » (leur opacité sourdement hostile) tout à fait méconnu et qui vous fait passer pour un fou lorsque vous l’évoquez.

Si même la matière dite « inanimée » est dotée d’une sorte « d’âme » obscure, mais bien réelle, à bien plus forte raison ses formes les plus « évoluées » sont-elles pénétrées par un souffle divin appelé à les transfigurer ...dans la mesure où elles y consentent. Tout le problème est là. Mais, de toutes manières, quels que soient les échecs ou les succès enregistrés par Dieu au long de ses entreprises, il est partout présent au sein de son Oeuvre, au moins sous sept formes que j’énumère très vite : présence ontologique qui nous soutient dans l’existence, présence cosmique à travers une Substance qui participe de sa Nature et qui est appelée à La révéler de façon de plus en plus intense et resplendissante, au cours d’une « interminable » trajectoire évolutive marquée par les surgissements successifs de structures personnelles de plus en plus évoluées ratifiant librement le choix d’Amour dont elles ont été les bénéficiaires, présence esthétique mettant en valeur, par l’intermédiaire de la Création divine aussi bien que par celui des créations humaines, les trois Transcendantaux (le Beau, le Bon et le Vrai) qui émanent de Lui comme un rayonnement diamantin, présence symbolique attestée par cet extraordinaire ordonnancement de l’Univers qui, grâce à un réseau de correrspondances inouï, fait des structures matérielles (système solaire, cerveau etc..) les socles représentatifs et signifiants des réalités « spirituelles » avec lesquelles elles sont couplées, présence prophétique qui, sur un plan collectif, délivre des avertissements spectaculaires par le biais d’événements (mai 68), de situations (certaines formes d’autisme ou de « schiozophrénie »), de dons exceptionnels (le génie) qui ont en commun de demeurer largement inexplicables et de frapper l’attention, ce qui devrait conduire à une longue réflexion sur leur portée et les « leçons » dont ils sont chargés, présence « chronique », également incitatrice et cachée, mais qui, elle, accompagne discrètement nos vies individuelles en se nichant dans les multiples hiatus et interstices qu’elles renferment, non pour les diriger en sous-main, mais pour tendre à notre liberté des perches lui permettant de se guider et de s’accomplir, présence mystique, enfin, de toutes la plus précieuse, celle qui devrait lier, dans une communion étroite, intense, permanente et féconde, chacune de nos personnes à la Personne absolue. Bref, dans le domaine théorique, l’athéisme est « inconcevable » et tout à fait déraisonnable.

Mais il est aussi, dans le domaine social, impraticable et même, éventuellement, dangereux. Sans même parler des régimes officiellement athées, dont B. Fauconnier disait récemment dans T.C qu’ils sont encore pires que les régimes officiellement religieux, on peut mentionner, à ce sujet, la faillite des régimes, comme celui de la France, qui se disent laïques et prétendent s’inspirer de la fameuse philososophie qui s’est épanouie au XVIIIème siècle et qui prétend mettre l’Homme à la place de Dieu, définitivement entreposé au grenier des vieilles lunes. Je ne dirai pas de mal des Lumières dans la mesure où elles favorisent l’individualisme critique. J’aurais même, a priori, de la sympathie pour les « valeurs » qu’elles feraient resplendir et dont on nous rebat les oreilles, puisque, après tout, elles ne font que reprendre les principes évangéliques, tout en les délavant à l’extrême et en les « coupant » bien trop largement, comme on le dit du vin noyé dans l’eau. Mais deux constatations capitales s’imposent. D’abord, toutes les belles notions « humanistes » véhiculées depuis deux siècles dans d’innombrables discours et déclarations solennelles ne sont nullement entrées dans les faits et dans les moeurs, comme j’aurai bientôt l’occasion de le redire, elles ont fait faillite, et je ne m’en réjouis pas. La « république », la démocratie, le respect des droits, de la dignité et de la liberté de l’homme n’existent pas vraiment. L’égalité et la fraternité, encore moins ! Les Lumières, au lieu de briller et de tout éclairer, se sont transformées en quinquets fumeux et fuligineux. Ma deuxième remarque, bien plus importante, explique ce désastre. Lorsque les valeurs ne sont pas ancrées sur une Valeur transcendante qui leur donne de la consistance et de la réalité, elles perdent toute valeur. Ce n’est que du vent dont on se gargarise dans les discours électoraux, mais dont tout le monde se fout éperdument, ainsi qu’on l’observe dans la pratique. Et comment pourrait-il en être autrement ! Pourquoi devrais-je ployer le genou devant de pseudo-valeurs aussi factices qu’arbitraires qui n’ont pas d’existence propre et que j’invente de toutes pièces pour les besoins de ma cause ? Pourquoi devrais-je croire sans preuves que je suis « bourré » de toutes sortes de qualités naturelles, uniquement parce qu’on m’en assure pour me flatter ? Pourquoi accepterais-je de me ridiculiser en faisant semblant d’être dupe de ce misérable tour de passe-passe ! ?

Ce qui montre bien le caractère artificiel des « valeurs », c’est la façon éhontée dont on les accommode et dont on les trahit dans le domaine de la bioéthique. Ce sont de bonnes filles très « faciles » à qui l’on fait subir les pires outrages sans qu’elles se plaignent...et pour cause. Tantôt, elles sont accrochées dans le ciel des Idées platoniciennes ou sur l’empyrée kantien, aussi nobles qu’inefficaces, tantôt elles traînent dans le caniveau d’intérêts ou de motivations plus ou moins sordides (« scientifiques » ou pharmaceutiques, par exemple) et elles sont totalement défigurées à force d’être violées. C’est comme l’histoire du « sens » ! Nous vivons, paraît-il, dans un monde qui en est dépourvu. A nous de lui donner celui qui nous convient ! On nous prend vraiment pour des imbéciles. Ou l’univers renferme un sens objectif et intrinsèque qui lui vient de son Créateur, ou il en est dénué et, dans ce cas, ce n’est vraiment pas la peine de nous essouffler pour lui en insuffler un, préfabriqué par nos bons soins ! D’ou la vanité complète des éthiques et autres systèmes dits « auto-fondés ». Le préhomme est vraiment nul : il imite le baron de Münchhausen qui voulait se soulever en se prenant par les cheveux ! Belle image pour dépeindre l’athéisme.

Dans le domaine individuel, maintenant, il n’est pas moins invivable. Les personnes qui soutiennent le contraire nous trompent et, surtout, elles se trompent. Comme le faisait remarquer un expert en la matière, Jules Renard, si un athée mesurait, pas seulement de façon intellectuelle et abstraite, mais sur un mode pratique et concret, les implications de sa position, s’il les ressentait dans ses tripes, s’il en était véritablement imprégné jusqu’à la moelle, il serait envahi par un « a-quoi- bonisme » universel et paralysant. Il n’aurait même plus la force de suicider : il sécherait littéralement sur place. Ce ne serait même pas un effroi mortel qui s’emparerait de lui, puisque, selon lui, il n’y a personne dans le Cosmos. Ce serait bien pire : plutôt le sentiment d’être totalement étranger à lui-même puisque composé momentanément de forces obscures et indéchiffrables ne présentant aucun sens, aucun intérêt, aucune importance, aucune raison d’être. Il serait possédé par une terreur à la fois métaphysique et viscérale dont l’épouvantable intensité se situerait bien au-delà de nos plus terribles émotions « ordinaires » et achèverait de le dissoudre dans un néant dont il ne pourrait plus supporter les hideuses grimaces et les dérisoires gesticulations fantomatiques, celles mêmes qui le narguent comme d’atroces substituts d’existence dans un monde sensible qui lui ferait désormais horreur et ne lui inspirerait plus qu’un seul désir, celui de le quitter. Les êtres humains qui iraient jusqu’au bout et jusqu’au fond de leur athéisme n’en « reviendraient » pas, c’est le cas de le dire, et seraient saisis d’une panique indescriptible. La « sérénité » imperturbable et toute spinozienne qu’affichent certains d’entre eux tient surtout à leur inconscience et à leur illogisme. S’ils savaient vraiment ce qu’ils disent et ce qui les attend, ils ne se lèveraient pas le matin pour aller vaquer, plus ou moins joyeusement, à leurs affaires et distractions,...comme si de rien n’était ! Ils n’en auraient plus la moindre envie ! C’est pourquoi je ne crois pas plus à l’athéisme de la plupart des athées qu’au christianisme de la plupart des chrétiens.

COMMENT PEUT-ON SUPPORTER la tyrannie des Etats, ces créations factices, monstrueuses et criminelles, forgées au long des âges, dans le fer, le feu, le sang et les larmes par des ambitieux sans scrupules qui ne songeaient qu’à étendre leurs territoires et leur domination en soumettant les populations conquises au rouleau compresseur d’une uniformisation destructrice des traditions et des parlers locaux. De nos jours, derrière une noble et abstraite dénomination à majuscule, se cachent en réalité des cliques de grands privilégiés (quelques centaines de personnes en France) qui, directement (politiciens et hauts fonctionnaires) ou indirectement (banquiers, affairistes, publicistes, journalistes, vedettes et stars en tous genres du spectacle, du « sport », de la culture et, même, de la religion) « occupent » l’Etat comme une armée étrangère, se l’approprient, éventuellement le pillent et s’évertuent à maintenir indéfiniment leur emprise

1° en n’accueillant dans leur club très fermé que des héritiers dûment testés et formatés dans les institutions élitistes, comme les « grandes » Ecoles

2° en faisant mine de travailler pour le bien commun et l’intérêt général, alors que leurs gouvernements et leurs administrations se signalent par l’imprévoyance, par des négligences, des carences et des défaillances impardonnables, par l’incurie, le culte du secret qui permet bien des dissimulations, toutes les formes de gabegie et de gaspillages, un formalisme tatillon et inhumain, des complications et des tracasseries incessantes, des pratiques courtelinesques et kafkaiennes aussi absurdes que ridicules, sans parler de tous les abus frauduleux, de tous les faits de corruption et de prévarication

3° en instituant un réseau de plus en plus serré de contrôles et de surveillance qui porte gravement atteinte à la vie privée et aux libertés, qui ne cesse de gagner en efficacité grâce à l’utilisation des techniques modernes et qu’on impose facilement en invoquant le prétexte-miracle de la Sécurité (maître-mot de l’époque)

4° en intensifiant constamment l’intimidation et la répression grâce à la création continuelle de nouveaux délits et crimes, à la multiplication des procédures, à l’alourdissement des peines, au remplissage à craquer des prisons lié aux détentions provisoires abusives, aux agissements de polices, de personnels pénitentiaires et de services d’espionnage qui se rendent coupables d’irrégularités parfois très graves et qui manient beaucoup trop souvent le tutoiement, la menace, l’insulte éventuellement raciste, le chantage, les vexations, les humiliations, les brimades, quand il ne s’agit pas de coups, de tortures et de meurtres

5° en semant la peur, la haine et les discordes (il faut diviser pour régner) par le recours à la création de boucs émissaires (individus et groupes...ou même de simples produits comme le tabac !) que l’on désigne à la vindicte et à la malédiction publiques, qui deviennent l’objet de véritables phobies (hantises antisectique, antipédophile, antirécidiviste, antiterroriste, sécuritaire, hygiéniste..., exécration des « grands criminels », de Ben Laden, de Saddam Hussein etc.) et donc éventuellement, quand il s’agit de personnes, les victimes innocentes de persécutions et d’injustices gravissimes entraînant les pires dommages et, même, des suicides, mais qui présentent l’immense avantage de focaliser et de détourner vers eux les mécontentements qui pourraient menacer les gens en place. Sans compter l’autosatisfaction des masses, « lavées plus blanc », qui se croient innocentes par comparaison avec l’épouvantable noirceur des « méchants » qu’on leur jette en pâture et qui attirent à eux toute la crasse. En leur fournissant toute une gamme d’exutoires et de « défouloirs », les pouvoirs se mettent à l’abri des déchaînements populaires et ils sont aidés, dans leur sinistre besogne, par les médias, qui font caisse de résonance, et par certaines associations « spécialisées » et fanatisées, justicières et vengeresses, stipendiées et reconnues d’utilité publique, qui ne cessent de pousser à la roue, de jeter de l’huile sur le feu et d’exhorter à la délation, qui voient partout des suspects, hurlent au châtiment, créent un climat empoisonné de chasse aux sorcières, excitent l’opinion publique avec pour résultat de provoquer de terribles dérapages et de contribuer largement aux erreurs judiciaires.

6° en offrant aux foules de multiples autres formes de diversion et de divertissement qui ont aussi pour but de les crétiniser, de les abrutir et de les démobiliser, mais cette fois-ci sur des modes qui se veulent très agréables et très séduisants. Ces « distractions » sont innombrables. Je me bornerai à en citer quelques-unes : le consumérisme, l’idolâtrie du travail, de l’argent et de l’ambition, le technicisme (fascination pour des machines, admirables et bien pratiques certes, mais qui ne sont que des instruments et non des fins), le « virtualisme » (attrait pour des mondes imaginaires et dématérialisés où l’on se réfugie et où l’on se dissout), un patriotisme plus ou moins chauvin et entretenu par des symboles vains, primaires et quelquefois répugnants (drapeaux, hymnes nationaux, défilés, incessantes commémorations...) qui sont censés vous « prendre aux tripes », le grégarisme chaleureusement infantile de certains grands rassemblements « musicaux », ou celui, plus ou moins imbécile et agressif, des manifestations « sportives », l’aventurisme exotique de grands « héros » qui affrontent (parfois dans d’excellentes conditions malgré les apparences !) les régions polaires, la forêt équatoriale ; les océans, les déserts, la haute montagne etc., les vacances paradisiaques, le culte du corps, de la sexualité, de la jeunesse, de la beauté, du plaisir, bref un hédonisme vulgaire et grossier, les jeux de hasard, les-« grandes-énigmes-de-l’histoire » indéfiniment ressassées, la science fiction, l’ésotérisme et l’occultisme de bas étage et tout ce qui se revêt des atours envoûtants du « Mystère », un « spiritualisme » de bazar plus ou moins teinté de gnose et d’orientalisme qui confond la religion avec des techniques d’hygiène et de développement personnel destinées à vous procurer le confort, le bonheur et le bien-être et à mieux vous intégrer dans la « société » pour y sévir plus efficacement ( !!), le décervelage télévisé opéré par les « variétés », les séries débiles, les bavardages futiles, mais aussi et plus gravement par beaucoup d’émissions présentées comme sérieuses, mais qui sont toujours « animées » par les mêmes invités défilant périodiquement comme les chevaux de bois d’un manège soucieux de faire la promotion de leurs oeuvres et d’entretenir leur notoriété, et qui participent à un même bourrage de crâne (bulletins d’information habilement orientés, débats artificiels et biaisés, insidieusement troqués et truqués, talk shows creux et pontifiants, reportages prétendument objectifs...) etc. etc. Toutes les formes d’évasion et d’aliénation qui peuvent concourir à la dégénérescence morale et à l’avilissement des foules sont maniées cyniquement par les pouvoirs, qui y voient la garantie de leur pérennité. Pendant qu’un vain peuple s’active, s’enrichit, s’amuse, se donne du bon temps et se consacre à des occupations frivoles ou dégradantes, ils peuvent consolider leur règne, accroître leurs avantages et se faire tout de même accepter...

7° en redistribuant aux catégories superposées de leurs sous-fifres (petits chefs, fonctionnaires, élus ou possédants, qui se jalousent mutuellement, mais dont ils ont su acheter la complicité en feignant d’être solidaires) une partie infime de leurs profits et privilèges présentée comme un ensemble de grandes faveurs (surtout lorsqu’elles sont accompagnées de médailles !), mais qui, il est vrai, représentent d’énormes avantages à côté des miettes, des os à ronger jetés à la couche immédiatement inférieure de leurs sujets ne serait-ce que pour entretenir leur force de travail ( !), tandis qu’une autre, encore plus défavorisée et considérée comme la lie, est maintenue volontairement dans le chômage et dans la misère pour la neutraliser et la contraindre à lécher les mains du « bienfaiteur » qui vient de les ouvrir pour lâcher dédaigneusement quelques allocations dérisoires.

COMMENT PEUT-ON SUPPORTER l’outrecuidance ravageuse d’une « Justice » qui ose usurper le nom d’une grande vertu morale, alors qu’elle cause journellement d’innombrables dégâts souvent irréparables et, parfois mortels, qui portent gravement atteinte à la dignité et à la liberté de personnes dont l’existence extérieure et intérieure est bouleversée et détruite, dans tous ses aspects et dans tous les domaines, au point qu’elles préfèrent quelquefois y mettre fin. Ces épouvantables désastres, parce que, trop souvent, les magistrats sont surchargés, pressés, épuisés, blasés, imbus de préjugés et de partis pris, beaucoup trop sûrs d’eux-mêmes, soumis à diverses pressions, attachés, même inconsciemment, au principe de la présomption de culpabilité, bénéficiaires d’une immunité, d’une irresponsabilité et d’une impunité qui facilitent tous les débordements...et parfois affligés de véritables pathologies mentales qui en font la risée de leurs collègues et les fléaux de leurs victimes. Parce que, trop souvent, les présidents de tribunaux se comportent en procureurs bis, au lieu de diriger les débats en toute impartialité et en veillant spécialement à ce que les droits de la défense soient scrupuleusement respectés. Parce que, trop souvent, des juges d’instruction, véritables gamins frais émoulus de l’Ecole de la magistrature et tout juste sortis des jupons de leur famille bourgeoise, dépourvus de toute expérience, de toute épaisseur humaine et de toute maturité, grisés par l’étendue de leurs pouvoirs et par la perspective d’affaires « sensationnelles » leur permettant de se faire mousser, bouffis de suffisance et de prétention, instruisent à charge beaucoup plus qu’à décharge, recourent abusivement à la détention provisoire, en particulier, pour extorquer des aveux, et agissent sans frein et sans contrôle puisque les Chambres de l’instruction(appelées parfois « Chambres des évêques »( !) à cause de leur fâcheuse tendance à la « confirmation » !) et les juges de la détention et des libertés ne font généralement que ratifier leurs décisions. Parce que, trop souvent, des « experts », qui se croient autorisés à porter des jugements décisifs après des examens hâtifs menés sur la base de « sciences » bien incertaines, sont crus sur parole, bien qu’ils se contredisent. Parce que, trop souvent, les accusations douteuses ou fausses portées, de bonne ou de mauvaise foi, par des témoins peu fiables, sont accueillies avec empressement et sans esprit critique parce qu’elles arrangent tout le monde... sauf leurs destinataires. Parce que, trop souvent, des avocats incompétents, négligents, cupides ou opportunistes trahissent leurs clients...et même leur vocation, lorsqu’ils se portent parties civiles et se mettent ainsi dans l’obligation d’attaquer des tiers. Parce que les procureurs généraux sont nommés en conseil des ministres et se trouvent donc à la botte des gouvernements et en position d’imposer leurs vues à leurs subordonnés. Parce que, trop souvent, ces procureurs confondent, dans leurs réquisitoires, le plausible et le vraisemblable avec les faits, alors qu’il existe un abîme entre les uns et les autres, et ils le font avec tellement d’habileté, ils savent si bien se livrer à des reconstitutions et à des reconstructions arbitraires, fantaisistes et imaginaires, mais qui ont toutes les apparences de la vérité, qu’ils ouvrent la porte à de multiples erreurs judiciaires. Ce n’est pas parce que, de toute « évidence », les choses et les événements ont pu ou ont dû advenir de telle ou telle manière qu’ils se sont effectivement déroulés ainsi. Subtilement et insidieusement, on fait passer pour des certitudes un amas d’hypothèses ingénieuses et de conjectures bien ficelées, qui sont présentées de façon très convaincante tout en étant éventuellement affectées d’un léger petit défaut : c’est qu’elles pourraient bien ne correspondre nullement à la réalité ! Dans ce cas, bonjour les dégâts ! Parce que, trop souvent, les jurés de Cours d’assise, dépassés par les difficultés de leur tâche, influencés par les magistrats qui délibèrent avec eux, distraits par des problèmes personnels, sont invités à juger selon leur « intime conviction », expression absurde et fort inquiétante qui incite, maintes fois, à s’en remettre à de simples impressions dépourvues de tout fondement solide et incontestable. Parce que les gens, de plus en plus procéduriers et remontés les uns contre les autres (pour une large part grâce aux bons soins de l’Etat !) recourent pour un oui ou pour un non (ou pour des motifs grotesques) aux tribunaux qui en arrivent même à sortir de leurs compétences au point de définir la vérité historique ou scientifique ! Ne croyez pas que ces réflexions soient exclusivement inspirées par l’affaire d’Outreau. Cela fait quarante ans que je dénonce, sans relâche...et sans écho, les atrocités (le mot n’est pas excessif) perpétrées par la « Justice ». Et que l’arbre, aussi colossal soit-il, ne vous cache pas la forêt. Des « petits » Outreau, il s’en produit tous les jours, à cette différence près que leurs victimes, elles, ne sont ni innocentées, ni libérées, ni réhabilitées, ni financièrement dédommagées.

COMMENT PEUT-ON SUPPORTER l’arrogance technoscientiste qui se livre et qui nous livre :

1° Au mensonge, lorsqu’elle tente de nous faire croire qu’elle parvient à la Connaissance, alors qu’elle La confond avec un amas de notions pratiques, de savoir-faire, certes fort utiles et efficaces, mais qui ne constituent que des recettes pour se servir des objets, alors qu’elle se contente de patiner à la surface des apparences (les « phénomènes), qu’elle nous offre seulement une description et une représentation des choses et non leur explication, qu’elle nous régale de « grandes hypothèses » largement arbitraires et fantaisistes qui relèvent plus de l’imagination, du conte de fées et du verbiage que d’un Réel qu’elle est inapte à appréhender en profondeur, puisqu’elle est incapable de répondre aux questions « essentielles » concernant les origines, la substance, la raison d’être et les finalités du monde. L’accumulation d’innombrables connaissances empiriques ne donne pas une once de Connaissance, qui appartient à un ordre supérieur de réalité que la rationalité scientifique n’est pas en mesure d’atteindre.

2° Au totalitarisme intellectuel, lorsqu’elle ridiculise, condamne et proscrit toute autre approche de l’Univers que la sienne, la logico-expérimentale, et qu’elle traite de pré-logique, de magique et de superstitieuse la démarche qui, utilisant la fonction symbolique de la raison, nous permet d’accéder à la véritable Connaissance, qui consiste, d’abord, à saisir la structuration signifiante de la Création (l’une des 3 ou 4 découvertes capitales les plus stupéfiantes et les plus lourdes de conséquences que l’on puisse et que l’on doive accomplir au cours de son existence, mais qu’on n’évoquera jamais ni à l’école, ni à l’université, sinon pour s’en moquer), ensuite, à déchiffrer le SENS global de l’Univers et le sens particulier de ses composantes (au premier rang desquelles les personnes humaines et animales) que l’on déduit de l’extraordinaire parallélisme (tellement exact, précis et minutieux qu’il ne peut être le fruit du hasard et de la nécessité) qui existe entre configurations astrales particulières et configurations existentielles individuelles, enfin, à « aller » dans ce Sens global et dans nos sens personnels afin de nous réaliser en tant qu’être uniques, singuliers et irremplaçables à travers une mission de transformation du monde elle-même unique, singulière et irremplaçable.

3° A l’usurpation impérialiste,lorsque, au lieu de se borner à fournir des informations aux gens réellement qualifiés, elle prétend « imposer » ou « dicter » (c’est le vocabulaire employé) les grands choix de société par l’intermédiaire de ses illustres représentants qui devraient jouer ès qualités le rôle improvisé de « décideurs » sans qu’on ait pris le soin de vérifier leurs compétences politiques, économiques etc. pas plus que leurs vertus morales.

4° A l’illusion, lorsqu’elle confond la progression (d’ailleurs indéniable et en soi positive) de ses recherches et de leurs résultats avec le progrès, qui est de nature morale, existentielle et religieuse, lorsqu’elle nous assigne comme buts de la vie le bien-être, le confort, les plaisirs et les jouissances qu’elle nous procure, lorsqu’elle joue sur la fascination qu’exercent les instruments de sa fabrication pour faire oublier qu’ils ne sont justement que de simples outils, pour effacer chez tant de personnes la préoccupation essentielle des fins qu’ils doivent servir, pour les détourner de toute contestation, les affaiblir, les rendre inoffensives, les démobiliser en facilitant leur dissolution dans les mirages et la griserie de l’hédonisme, de la vitesse, de la volonté de puissance, de la violence, du clinquant, de l’évasion dans les mondes virtuels et dans ceux d’une « communication » effrénée, creuse et factice comme celle qui sévit sur le Net ou entre portables.

5° Au matérialisme le plus plat et le plus simpliste, lorsqu’elle réduit l’homme à sa biologie et à sa physiologie, estimant que les mots « esprit » et « liberté », ainsi que les notions qu’ils impliquent, sont déjà complètement périmés et dépassés puisque nous sommes les jouets impuissants de multiples déterminismes, lorsqu’elle écarte a priori l’hypothèse d’un « dessein intelligent » présidant à l’évolution, alors que l’un et l’autre sont non seulement compatibles, mais forment un ensemble exaltant dans lequel le perfectionnement progressif des espèces et leurs apparitions successives prennent tout leur sens, lorsqu’elle prétend que le psychisme n’a aucune réalité indépendante et spécifique, que ses manifestations (et, en particulier, la pensée) ne sont que des épiphénomènes, des efflorescences dépourvues de réalité propre, des produits du cerveau au même titre, comme disait Taine, que « le sucre et le vitriol », lorsqu’elle évalue quantitativement les gens avec des batteries de tests et se borne à étudier leurs comportements extérieurs (puisque nous sommes dénués de toute vie intime authentique), lorsqu’elle nous enseigne que les collectivités, étant elles aussi privées « d’âme », ne peuvent être appréhendées que par le biais grossier de statistiques ou d’autres méthodes qui se veulent uniquement « objectives », lorsqu’elle assure, à la façon des « sociobiologistes », que les « sociétés » sont régies par des lois « naturelles » implacables qui s’imposent donc aussi à leurs membres, sous peine pour eux, en cas d’infractions liées à leurs penchants défectueux, de se voir corrigés, redressés, « soignés » grâce à des traitements quasi mécaniques, psychiatriques, médicamenteux, chirurgicaux qui ignorent l’humanité singulière de leurs bénéficiaires, qui ont été inaugurés par certains « médecins » soviétiques, nazis, japonais etc. et repris sous des formes atténuées et hypocrites par nombre de psys contemporains et occidentaux qui figurent maintenant parmi les chiens de garde les plus réactionnaires, les plus acharnés et les plus efficaces du désordre établi, et qui veillent (en attendant que les eugénistes suppriment dès le point de départ les anomalies individuelles ou que les neuroscientistes les « corrigent dès le berceau) à ce que tout le monde pense, ressente (par exemple, en cas d’accidents collectifs !) et se conduise conformément aux normes en vigueur.

Alors que le rôle du cerveau (« organe d’attention à la vie », comme disait Bergson) et, plus généralement celui du corps tout entier, consiste à servir de support et d’intermédiaire à l’esprit, qui veut, qui doit et qui peut agir sur le monde matériel grâce à une extraordinaire correspondance synchronique, établie par la Providence, entre les réactions physico-chimiques et l’influx nerveux, d’une part et, d’autre part, les faits psychiques (sensations, perceptions, souvenirs, émotions, pensées etc..) qui n’en sont évidemment pas les effets directs (tant il est vrai qu’il existe entre les uns et les autres une radicale hétérogénéité), mais les figures et les expressions transposées, selon des codes précis, dans le monde immatériel du psychisme. Cette correspondance est tout à fait comparable, dans son double principe de fonctionnement acausal et de représentation symbolique, au parallélisme évoqué plus haut qui lie configurations astrales et configurations psychiques. Dans le premier cas (les rapports entre les organes physiques et les instruments psychiques), il s’agit de la loi générale qui les régit, dans le second, (les rapports entre le cosmos et les personnes) d’une application particulière de cette loi permettant de déterminer les qualités propres à chaque individu, celles qu’il devra exercer au long de son existence pour remplir la mission spécifique dont il est investi. Cette loi « générale » et cette loi « particulière » relèvent elles-mêmes de cette Loi universelle et magnifique instituée par Dieu, que de grands esprits comme Berkeley, Leibniz ou Malebranche avaient déjà découvertes au 17ème et au 18ème siècles, selon laquelle le plus important des rôles de la Matière consiste, dans ses multiples configurations, à servir de SIGNE à l’Esprit. Les formes revêtues par elle constituent autant de messages qui nous sont adressés dans un langage symbolique qu’il nous appartient de déchiffrer, et l’Univers se présente à nous comme un Livre que Dieu rédige à notre intention et à travers lequel Il tente de communiquer avec une préhumanité qui demeure sourde à ses appels.

COMMENT PEUT-ON SUPPORTER la codification rigide, artificielle et destructrice des rapports humains, affectifs et sexuels, qui nous est imposée en dépit de notre constitution intime et de nos aspirations profondes, et qui se traduit par des troubles et par des frustrations épouvantables, conscientes ou non, en grande partie responsables des brutalités et des atrocités interpersonnelles et collectives qui ravagent en permanence notre planète. Du fait de notre condition incarnée, toute relation humaine devrait comporter une dimension physique sensuelle, sexuelle, génitale adaptée aux âges et aux personnalités. Faute de quoi, elle demeure insatisfaisante et inachevée, et risque de sombrer dans une morbidité malsaine, même inaperçue et inavouée. Les multiples interdits qui nous frappent, ainsi que la sacralisation prééminente et excluante de la famille traditionnelle, ne sont liés ni aux exigences ou aux limites de notre nature, ni à d’authentiques prescriptions morales ou religieuses, mais uniquement à des raisons de convenance et de contrôle sociaux, à la nécessité, pour les puissants et leurs institutions, de nous maintenir sous leur tutelle en bridant nos désirs et nos plaisirs et, plus encore, en nous empêchant de trouver dans la compagnie d’autrui les satisfactions intégrales et les accomplissements pléniers qui constitueraient de dangereux ferments de libération et de rébellion. Une misère affective et sexuelle largement répandue, des refoulements soigneusement entretenus sont nécessaires à la perpétuation de leur règne et à la culture d’une agressivité qu’il faut absolument conserver pour alimenter les conflits et les guerres à venir. Voilà pourquoi les tabous immémoriaux les mieux ancrés, les plus « sacrés », ceux dont la transgression provoque quasiment partout et presque en tout temps l’horreur et l’opprobre n’ont aucune justification réelle, même si on tente de les légitimer en recourant à une masse de faux bons prétextes tels que, justement, l’ancienneté et l’universalité. Répéter indéfiniment de générations en générations et en tous lieux les mêmes discours et les mêmes comportements imbéciles ne modifie en rien leur caractère idiot et ne peut servir d’argument en leur faveur, puisque l’immense majorité des gens, dans ce domaine comme en tous les autres, se contentent d’adopter les normes et les jugements qu’on leur impose sans y avoir consacré le moindre examen personnel, pas même cinq minutes de réflexion indépendante.

Ces Règles sacrosaintes ne servent qu’à renforcer notre servitude et, je le répète parce que c’est capital, elles figurent, en donnant naissance à de terribles défoulements, parmi les racines essentielles des désordres homicides innombrables qui dévastent la Terre. Ceci dit, je ne vous conseille pas d’enfreindre la loi, même si vous l’estimez à bon droit stupide et meurtrière, et de vous mettre ainsi dans une position facilitant votre écrasement et votre réduction à une impuissance et à un silence complets. Ne faites pas ce plaisir à nos maîtres. Le « respect » extérieur n’implique nullement une adhésion intime. Et le refus de la transgression vous permet, même si c’est dans une mesure de plus en plus restreinte et à des risques et périls certains, mais qui peuvent être raisonnablement et utilement courus, 1° de critiquer de la façon la plus acerbe la coercition et l’oppression inqualifiables que vous subissez, pour en montrer le ridicule, l’absurdité, le caractère primitif et les effets pervers 2° de proposer d’autres manières de vivre et d’aimer singulièrement plus épanouissantes parce que conformes à la puissance et à l’extrême diversité des capacités humaines en la matière. Seules devraient être proscrites les relations imposées par la violence et par la contrainte, physiques, psychologiques ou morales. En dehors de ces cas, aucune forme de « contact » ne devrait être interdite par principe et sans exception, dès lors qu’il s’effectuerait dans la tendresse, le respect du partenaire et la recherche de buts communs. Car, bien loin de signifier et de prêcher la frivolité et la débauche, les remarques précédentes s’inspirent d’un idéal très élevé et conduisent à des pratiques empreintes de discipline, de rigueur, de vertu et d’amour authentique. En ce sens, elles contribueraient grandement, si elles étaient appliquées, à créer une pacification générale des individus et des sociétés et, par là même, à réaliser « l’hominisation » teilhardienne ou « l’individuation » jungienne de la préhumanité actuelle.

COMMENT PEUT-ON SUPPORTER d’être manipulé à fond par « la grande secte sociétale », dont les membres se crétinisent et s’abrutissent mutuellement, sous la conduite active et intéressée de cliques de privilégiés qui maintiennent indéfiniment leurs pouvoirs et leurs avantages en répandant partout et en permanence illusions, mensonges et faux espoirs, en créant phobies et hystéries collectives, en multipliant les conflits, en allumant les convoitises, en flattant les intérêts, en faisant miroiter de fallacieux attraits, bref en occupant et en amusant les foules, en leur jetant des brassées de provende empoisonnée dont l’ingestion les drogue, les détourne des vraies réalités, abolit leur lucidité et leur volonté de résistance. L’omniprésence obsédante de la pub ne constitue peut-être pas la pire des agressions dont nous sommes les victimes consentantes, mais elle comporte déjà bien des effets pervers. Outre les pollutions visuelles et sonores qu’elle engendre en ville, dans les milieux péri-urbains ou dans les supermarchés, elle a pour but et pour résultat l’enfermement dans le cercle vicieux de la production-consommation indéfinie, l’accélération ruineuse d’une « croissance » qui profite essentiellement aux nantis, les énormes gaspillages de ressources et les atteintes irréparables au patrimoine naturel provoqués par la fabrication des objets et des marchandises qu’elle vante tout autant que par celle des autres objets qui lui servent à les vanter ! Des sommes gigantesques sont englouties, inutilement, pour garnir les panneaux, les ondes, les boîtes aux lettres, les stades, les voiles et les tee shirts sponsorisés... et, malignement, pour susciter des besoins excessifs et artificiels, une frénésie d’achats (la course démente aux soldes !), la hantise de la mode, des marques et du dernier cri. A travers ce matraquage et cette folie transparaissent toute une conception et une pratique lamentables de la vie, dominée par les appétits, la consommation, le désir et le plaisir, la frime, le paraître, la volonté d’épater et de surclasser les malheureux qui seraient à la traîne et ne pourraient se payer les gadgets les plus en vogue et les plus perfectionnés. De cette immense entreprise de décervellement se dégage aussi un souverain mépris pour les gens, considérés et traités comme du matériel biologique sous-humain en qui l’on imprime des réflexes conditionnés et sur lequel on expérimente des techniques d’aliénation adaptées aux masses. Mais il y a encore plus grave : je fais allusion, d’abord au bourrage de crâne « structurel » qui est lié aux fondements et aux modes de fonctionnement de « la-société », ensuite au lessivage de cerveau « conjoncturel » lié à l’actualité.

Dans le premier cas, nous avons affaire à une oeuvre gigantesque et lancinante de justification et de célébration du cloaque où nous marinons. Les « élites », qui trouvent leur avantage à maintenir l’état de choses dont elles profitent, nous délivrent en permanence des « messages d’espoir et d’optimisme » destinés à donner le change et à nous tromper sur la véritable nature de leurs entreprises et sur leur aboutissement catastrophique à plus ou moins long terme.. « Certes, nous bassinent-elles, ce monde n’est point parfait, mais il s’est déjà beaucoup amélioré depuis les origines et nous travaillons d’arrache-pied à le perfectionner dans votre intérêt et grâce à votre soutien ». Et elles invoquent les prodigieuses avancées scientifiques et techniques ainsi que les merveilleuses créations musicales, littéraires, monumentales, philosophiques etc.. qui jalonnent le parcours de « l’humanité », confondant de la sorte le culturel avec le spirituel qui n’ont pourtant rien à voir ensemble, pas plus que la progression des connaissances et des savoir-faire avec le véritable progrès. Car on peut être un génie de la peinture ou de la physique tout en restant complètement arriéré sur un plan existentiel, moral et humain, comme cela se vérifie chez tant de « grands » préhommes. Suit l’éloge de toutes les sortes de réformismes, politiques, sociaux, économiques à quoi l’on va ajouter en proportions variées (ça fait très bien dans le tableau !) une pointe d’humanitarisme et divers ingrédients « écologiques ».Les plus subversifs iront même jusqu’à militer dans l’altermondialisme ! Nos bons apôtres ne manqueront pas de souligner les résultats obtenus, en oubliant qu’en préhumanité les problèmes excellent à se déplacer et à se métamorphoser, faisant ainsi croire à leur disparition, tandis qu’ils ne cessent de s’aggraver sous d’autres formes. Comme le disait un spécialiste, l’esclavage ne s’est jamais mieux porté dans le monde moderne que depuis son abolition !

Selon une formule fameuse, « le réformisme », qui est devenu le cheval de bataille de tous les grands partis politiques, consiste à changer tout ce qu’il est nécessaire de changer pour ne rien changer ! La mystification se poursuit indéfiniment : on nous fait croire que nous sommes en « démocratie » et en « république », alors que, de toute évidence, il n’en est rien (j’ai beaucoup creusé ces questions, entre autres l’escroquerie électorale, mais je ne puis ici entrer dans les détails)), que les autorités de ce pays, et celles de beaucoup d’autres, respectent les droits de l’homme alors qu’elles ne cessent de les bafouer pour maintenir leur domination, que les « citoyens » jouissent de toute la panoplie des libertés comme si, par exemple, les gens qui professent des opinions radicales, considérées comme dangereuses ou extrémistes, avaient vraiment la possibilité pratique de les exprimer dans les grands médias ou par le biais de l’édition ! L’exercice réel de libertés qui sont en fait purement formelles coûte cher en argent et en relations et tout le monde n’a pas les moyens de se le payer. Quel que soit le secteur auquel vous vous attaquiez, vous décèlerez partout l’imposture. Une putasserie très habile et très efficace commise par les gouvernements consiste à entretenir et à multiplier les peurs, les phobies, les hantises, les haines pour amener les gens à se diviser, à se méfier les uns des autres, voire à se détester, ce qui est tout profit pour leurs maîtres qui, second avantage, voient se tourner vers eux des masses plus ou moins affolées qui leur réclament défense et protection, acceptant d’être infantilisées et domestiquées sous prétexte de sécurité. D’où le spectaculaire développement d’une propagande étatique particulièrement vicieuse en faveur de tout un « hygiénisme » hypocrite, physique, mental et moral, parfaitement réactionnaire et répressif qui somme chacun de se soumettre ou de se démettre en se déclarant victime ou coupable, à moins qu’il ne soit l’un et l’autre simultanément ou successivement. Ainsi les cliques dirigeantes se donnent-elles le beau rôle en venant au secours des angoisses qu’elles ont provoquées ou démesurément amplifiées pour s’assujettir toujours davantage d’innombrables personnes prêtes à tout accepter pourvu qu’on les prenne en charge, qu’on les console et qu’on les cajole et, surtout, qu’on les garantisse contre les horribles méfaits que pourraient leur infliger tant d’ennemis de toutes sortes, pédophiles, virus, tabac, récidivistes, Ben Laden, drogues, immigrés, sectes etc.

Voyez comme les hideux personnages qui nous gouvernent (et qui ne sont pas tous des politiciens, mais aussi des affairistes, des intellos et des « penseurs » à la mode, des membres de divers clergés etc..)font les jolis cœurs et s’empressent à l’ouvrage. Ils ne veulent que notre bien et notre salut. Leur propos devient plus général, plus définitif et encore plus coercitif lorsqu’ils nous assurent d’une façon péremptoire et quasi comminatoire qu’il existe des « horizons indépassables », tels celui de la démocratie (comme si elle existait ailleurs que dans les nobles Déclarations, les beaux discours ou les manuels d’éducation civique !), du capitalisme (qui, lui, n’existe que trop, avec son immense cortège de misère, d’exploitation, d’inégalités et d’injustices !), de la sacrosainte famille, de la divine propriété individuelle, des nombreux interdits sexuels...Tous ceux qui chercheraient à aller au-delà, à les contourner, à franchir le miroir des apparences, à refuser le jeu de dupes sont désormais considérés comme des nuisibles à supprimer. J’ai lu récemment un texte stupéfiant rédigé par un professeur de haut niveau qui s’en prenait avec virulence aux rêveurs résiduels, au cas où il en subsisterait encore. Selon ce distingué personnage, l’utopie est forcément chimérique et totalitaire et elle constitue un déni de la réalité des choses et des êtres humains. Autrement dit, contentez-vous de ce qui existe et n’essayez surtout pas de le modifier en profondeur. Vous n’y parviendriez pas et vous risqueriez gros... A bon entendeur, salut !

Ajoutons, pour terminer, que toutes les institutions, officielles et privées, concourent avec zèle à nous dorer la pilule pour mieux nous la faire avaler. Mais la palme de la malfaisance revient incontestablement à ces deux grandes courroies de transmission étatiques, la famille et à l’école, qui prêchent constamment l’insertion professionnelle et l’intégration sociale, comme si aucune autre voie ne s’ouvrait aux jeunes et qu’il leur fallait absolument en passer par ces allées moutonnières, tracées par leurs devanciers, qui mènent à leur perdition. Au-delà de la mission d’endoctrinement général qu’elles partagent avec l’école, les familles constituent plus spécialement d’épouvantables corsets, des carcans qui briment et qui étouffent nos penchants légitimes sous prétexte de les discipliner, qui nous enferment dans des interdits arbitraires et des cloisonnements inadmissibles destinés à nous convertir en zombies castrés et soumis. D’effroyables fermentations de haines et de frustrations plus ou moins secrètes se développent souvent, quelquefois pendant des vies entières qu’elles gâchent sans recours, dans ces milieux irrespirables et génèrent des brouilles définitives. Les familles sévissent tellement contre notre nature profonde pour la violer et contre nos richesses intérieures pour les écraser qu’en dépit de la sacralisation et de toutes les faveurs dont elles sont l’objet, beaucoup d’entre elles implosent, ce dont je me réjouirais vivement si les bénéficiaires de ces ruptures en tiraient les leçons et se livraient à un examen critique approfondi. Hélas, ils ne saisissent généralement pas la chance qui leur est donnée et qui en fait des privilégiés par rapport aux membres de familles « unies » (du moins en surface !), qui sont les pires puisque ne se manifeste chez elles aucune forme de résistance contre les forces de conditionnement qui s’y déploient librement.

L’école complète admirablement ce dispositif. On ne prend même pas la peine d’expliquer aux jeunes, tellement c’est « évident », qu’il n’existe pour eux aucune alternative. Ils sont parfaitement libres de leurs choix... pourvu que ce soit en faveur de la voie unique imposée par les adultes ! A qui ils devraient être reconnaissants (les ingrats !) de leur avoir confectionné un si joli monde où ils n’ont qu’à se donner le peine d’entrer pour trouver le « bonheur », à condition tout de même de montrer un peu de bonne volonté. Jamais les enseignants, sinon très brièvement et surtout pour en dépeindre le caractère irréalisable et les côtés dangereux, ne font allusion aux théories et aux pratiques finalement très nombreuses qui se sont échelonnées du XVIème au XXème siècle et qui, en vigueur au sein de groupes et de communautés, avaient pour but, en dépit de l’hostilité ambiante, d’inventer des modes de pensée et de vie entièrement différents et vraiment conformes à toutes les exigences et aspirations authentiques présentes au sein de la nature humaine. Leur échec ne signifie en aucune manière qu’ils ne s’agissait là que de rêveries débiles ou suspectes enfantées par des hurluberlus manquant totalement de « réalisme ». De façon plus générale, à l’école ou à l’université, on se méfie comme de la peste de tout ce qui pourrait donner de mauvaises idées. Il ne faut pas troubler, inquiéter, déranger... Sont éliminés des programmes quantité de personnages, de faits historiques, de mouvements d’idées plus ou moins subversifs. On va même jusqu’à cacher l’homosexualité de certains auteurs ! Quelle place réserve-t-on aux grandes spiritualités ou à des écrivains de tout premier plan comme Léon Bloy, Jules Renard, Octave Mirbeau ou Bernanos, mais qui avaient le tort de critiquer un peu trop vertement « la-société » ? L’enseignement dispensé ressemble à ces affreux bouts de barbaque sous cellophane qu’on exhibe dans les supermarchés. Tout est revu et corrigé, expurgé et censuré. En fait de culture et d’instruction, on offre un brouet insipide et aseptisé, sans goût ni grâce, dont l’ingestion provoque l’abrutissement recherché.

L’application stupide et perverse du principe « laïque » fonde et justifie cette catastrophe. Elle s’effectue à deux degrés. D’abord, une « neutralité » (« neuter » en latin signifie « ni l’un ni l’autre ») frileuse qui est, avant tout, faite d’éliminations et d’exclusions. Alors que l’école devrait fonctionner comme une ruche bourdonnante, un forum permanent où seraient invités sans distinction les représentants de toutes les religions, de toutes les philosophies, de toutes les doctrines politiques, de tous les courants de pensée qu’ils viendraient exposer et défendre avec toute la force de leurs convictions. Pour les élèves, ce ne serait pas seulement une formidable occasion de s’enrichir l’esprit et le cœur, mais ils trouveraient dans ces expériences et contacts multiples la possibilité de manifester en actes les vertus de tolérance et de respect d’autrui, sans compter la transformation complète de leurs rapports avec leurs aînés et, en particulier, avec leurs professeurs, qui cesseraient d’être convenus, superficiels et distants, c’est-à-dire tels que les aiment des administrations et des parents qui se méfient tellement de certains « dérapages »... Le deuxième degré de la « laïcité » équivaut au laïcisme de combat qui, de manière larvée et souterraine, imprègne toute l’Education nationale et qui consiste en un matérialisme agressif et en un athéisme militant qui savent fort bien se déguiser tout en alimentant en sous-main une source idéologique qui empoisonne toutes les activités intellectuelles. Finalement, c’est comme pour la famille : trop, c’est trop ! De même qu’une protestation inconsciente contre les effets dévastateurs de la famille s’élève dans le cœur de beaucoup de ses victimes et les conduit à s’en écarter ou à la détruire, de même un immense ras-le-bol s’empare de nombreux étudiants et lycéens qui constatent la faillite de l’enseignement dont ils pâtissent, et leur écoeurement se traduit par les innombrables maux qui le ravagent (ennui, absentéisme, incivilités, violences matérielles et physiques, drogues etc.). Malheureusement, ils ne vont pas jusqu’au bout de leur démarche et ne cherchent pas à décrypter les significations profondes qu’elle comporte. La nocivité exceptionnelle de la famille et de l’école provient de ce qu’elles ne se limitent pas à tenir des discours et à formuler des injonctions, mais qu’au contraire, elles passent aux actes. La famille nous apprend à « vivre », hélas, et, par malheur, l’école nous enseigne à « penser » !

Le lessivage de cerveau « conjoncturel » lié à l’actualité s’inspire des mêmes principes et tend vers les mêmes buts que le bourrage de crâne « structurel ». Il s’agit dans les deux cas de nous faire accepter l’inacceptable en le parant des couleurs de l’espoir. L’Histoire du monde déroule son tapis de calamités toujours renouvelées, mais, en fait et en dépit de tous les malheurs et horreurs qu’il véhicule, nos sociétés avancent peu à peu, elles se polissent et se civilisent, et vous pouvez compter sur notre diligence et notre dévouement pour accélérer le mouvement. C’est du moins ce que nous font gober les establishments et les nomenklaturas qui tirent parti, directement ou indirectement, des catastrophes planétaires. Mais elles ne peuvent le faire à loisir que si elles parviennent à nous imposer leur « interprétation » des événements. C’est ainsi que s’est mise en place une gigantesque machine d’intoxication des esprits aux multiples facettes, destinée à leur faire croire ce qui convient à ceux qui la font tourner. Parmi elles, la télévision joue un rôle décisif. Tout ce que nous sert le petit écran relève de la fiction, du spectacle et de la comédie, y compris les reportages « objectifs », les bulletins d’information « impartiaux » et ces pseudo-débats entre gens « sérieux et compétents » qui font semblant de s’opposer alors qu’ils sont tous d’accord sur l’essentiel (puisqu’on n’invite jamais les trublions et les dissidents qui exposeraient des points de vue radicalement contestataires) et qui, sitôt l’émission terminée, vont éventuellement aller boire un pot entre copains puisque la complicité payante qui les unit dépasse de beaucoup leurs différends, plus ou moins artificiels et gonflés pour la circonstance. Mais que voulez-vous ! La « pièce » comporte des rôles antagonistes qu’il faut bien assumer pour conférer quelque intérêt à des propos convenus, à des discussions de bon ton entre gens de bonne compagnie qui essaient de pimenter leurs prestations en y mêlant quelques brins de polémique, mais qui, bien sûr, se gardent bien d’aller au fond des questions évoquées, ce qui risquerait de devenir trop gênant. On a l’impression d’entendre un vain bourdonnement qui se dissipe bientôt comme un rideau de fumée. Je ne voudrais pourtant pas minimiser les exploits des « spécialistes » qui nous informent. On aurait tort de croire qu’ils nous mentent sans interruption. A la fin, ça commencerait à se savoir et ça ferait mauvais effet. Les gens en place procèdent de manière beaucoup plus subtile. Après avoir déterminé la version des faits qu’ils entendent nous faire ingérer, ils nous préparent un savant et inanalysable cocktail de vérités et de mensonges ou, plus exactement, des « adaptations » opportunistes de la réalité, des « arrangements », comme on le dit de certains téléfilms « inspirés » d’oeuvres littéraires ou de certains morceaux de musique simplifiés. Et c’est là que se découvre le véritable et légitime attrait pour la télévision. D’abord, elle exerce votre sagacité. Face au journaliste ou au politicien qui argumente avec une telle sincérité, vous vous demandez quels tripatouillages, quels trucages, quelles omissions calculées, quelles déformations, quelles entorses à la vérité il essaie de vous fourguer. Autres questions ; pourquoi le fait-il et en vue de quels buts ? Et comment s’y prend-il ? Ensuite, il y a le « jeu » des acteurs : le ton, la diction, l’élocution, le style, les mimiques et les gestes, les expressions choisies, la valeur formelle du texte. Finalement, vous avez de quoi vous amuser et vous passionner. Le plaisir que vous retirerez de vos constatations et de vos supputations vaut bien celui que vous feraient éprouver un bon polar ou un beau spectacle de cirque.

Il me serait facile de continuer ainsi indéfiniment. Je pourrais évoquer le fléau de la circulation automobile (accidents, pollutions diverses, encombrements, envahissement, muflerie et goujateries, frime et arrogance) et citer l’usage aberrant de la voiture comme un exemple typique du fait que la préhumanité a le génie de corrompre les merveilles qui sortent de son cerveau et de ses mains. Je pourrais me gausser et m’indigner de la manière dont les « adultes », projetant sur leurs progénitures leurs fantasmes et leurs frustrations, les traitent à la fois comme des pourceaux à l’engrais comblés de faveurs,de cadeaux, de leçons particulières, boostés (comme on dit maintenant en jargon) et entraînés précocement en vue de la « réussite » ‘(curieusement, on ne précise jamais de quel genre de réussite il s’agit !), et comme des anges de pureté et d’innocence(qu’ils ne sont certainement pas !), des êtres délicats qu’il faudrait surprotéger alors que beaucoup d’adultes, usés et blessés par la vie, sont plus fragiles que beaucoup d’enfants et que ceux-ci (à part une minorité d’êtres sensibles, comme on en trouve aussi chez les « grands »), avec leur solide réalisme et leur cynisme pervers, font vite le tour des questions, ne se laissent guère émouvoir ni ébranler pas plus par la pornographie (à vrai dire bien ennuyeuse) que par d’autres spectacles (guerres, violences..), se montrent rapidement blasés, mais savent très bien tirer parti de la naïveté, de l’aveuglement volontaire, des illusions de leurs géniteurs, des images idéalisées qu’ils reportent sur eux et des transferts opérés, pour exploiter à fond de si heureuses dispositions et pour mépriser leurs prestataires de services en tous genres et leurs vaches à lait toujours prêtes à se faire entuber. Je pourrais stigmatiser les activités qu’on ose appeler sportives et qui présentent « l’avantage » de rassembler tous les vices pratiqués par la préhumanité et toutes les tares qui en résultent pour elle, les uns et les autres célébrés a ec des trémolos olympiques : esprit de compétition, règne absolu du fric (salaires, transferts, produits dérivés, malversations variées etc..), vedettariat, chauvinisme, grégarisme stupide et brutal de beaucoup de supporters, entraînements dangereux et inhumains, dopage, exploitation du monde animal...) Soyons beaux joueurs et reconnaissons que, dans l’art d’abêtir des foules immenses, le « sport » aura battu tous les records et porté son rendement au plus haut point. Je terminerai, car il faut bien en arriver là, en dénonçant l’absurde paradoxe selon lequel, dans le monde capitaliste libéral, le soin de pourvoir aux besoins essentiels (et secondaires) des populations est confié à des particuliers, (les patrons) dont la logique forcément égoïste et profiteuse (réaliser le maximum de gains pour eux, leurs associés, leurs actionnaires et, à la rigueur, pour leurs cadres supérieurs) vient en contradiction totale avec les exigences de dévouement et de désintéressement absolus qui devraient présider à l’accomplissement d’une mission aussi importante, dont dépendent le sort et la vie de milliards d’individus. L’intérêt collectif est subordonné et sacrifié à des intérêts privés qui organisent la misère à leur bénéfice et n’essaient même pas de dissimuler leurs sinistres agissements de grands prédateurs lorsqu’ils « jettent » à leur convenance employés, ouvriers, cadres petits et moyens après les avoir pressurés, lorsqu’ils délocalisent sans aucune honte et sans aucun égard pour leurs victimes, lorsqu’ils effectuent des fusions d’entreprises gigantesques qui se traduisent par des milliers de suppressions de postes de travail, lorsqu’ils ont, en même temps, le culot d’afficher des profits énormes et de déclarer publiquement que la quasi-totalité d’entre eux viendront surengraisser les dirigeants et les possédants, comme si l’argent devait éternellement évoluer en circuit fermé, ne quittant ses détenteurs que pour leur revenir considérablement accru à chaque nouveau tour...de passe-passe. Qu’une mentalité profondément immorale et inhumaine anime les capitaines d’industrie, comment s’en étonner ? Mais je repose la question, comment peut-on attribuer la charge de satisfaire les besoins vitaux de l’humanité à des individus qui n’en ont rien à foutre ? COMMENT PEUT-ON SUPPORTER une telle monstruosité ?

J’ai voulu montrer, en prenant des exemples disparates, que, dans le monde actuel,, quels que soient les sujets et les domaines abordés, dès qu’on gratte le vernis des simagrées et des boniments fallacieux, on trouve la pourriture. Et c’est « normal », parce qu’en préhumanité tout se tient, tout communique et tout s’altère mutuellement. Il ne saurait y avoir des parties saines et d’autres malades, des secteurs épargnés et protégés miraculeusement. Et, je tiens à le souligner, la découverte de cette universelle corruption est à la portée de tout le monde ou presque. Si, dotés d’une intelligence et d’une information moyennes, vous examinez en toute rigueur, en toute indépendance (vous mettez entre parenthèses tout ce qui vous a été inculqué, à la manière du doute cartésien) et pendant une longue durée l’ensemble des caractéristiques (tout doit y passer : les aspects politiques, sociaux, économiques, culturels, religieux, esthétiques etc..) présentées par les diverses peuplades (pas seulement la française !) qui ravagent actuellement la planète et se déchirent entre elles, vous ne manquerez pas de rejoindre les conclusions radicales auxquelles je suis moi-même parvenu, à ma grande surprise d’ailleurs, car je ne m’attendais nullement à une telle issue en commençant mon examen vingt ans plus tôt. Certes, vous pouvez vous tromper dans l’interprétation de tel ou tel fait, mais votre erreur ne saurait être globale dès lors qu’après avoir étudié des milliers d’événements, de comportements individuels, d’institutions et de structures sociales, et d’évolutions historiques, vous débouchez sur des résultats similaires.

Les collectivités préhumaines ressemblent à un cadavre en décomposition que les croque-morts qui s’en repaissent tentent de dérober à nos regards et à notre odorat en l’enfermant dans un joli coffret de bois clair et parfumé sur lequel seraient peintes les scènes de la vie idyllique qu’il nous font mener et, d’autres, plus exaltantes encore, qui figureraient celles qu’ils nous promettent pour l’avenir et qui ne se concrétisent jamais. Mais le pus est tellement abondant qu’il jaillit de toutes parts et qu’il faut vraiment se boucher volontairement les yeux et le nez pour ne point en être incommodé. En définitive, les seules difficultés accompagnant les analyses au long cours que je vous conseille résident dans le temps que vous devrez leur consacrer, dans l’opiniâtreté dont vous aurez à faire preuve et dans la résistance qu’il vous faudra opposer aux injonctions de ceux qui voudront vous détourner de ces recherches qu’ils jugeront vaines ou néfastes... surtout si elles devaient aboutir aux constatations très négatives que j’ai décrites dans les grandes lignes et qui, selon eux, exprimeraient un nihilisme pathologique et simpliste.

C’est alors qu’ils vous feront le coup de la « complexité » qui, selon eux, affecterait une réalité bien plus nuancée que vos dires.. En fait, c’est un « argument » en trompe-l’œil : si les structures et les modes de fonctionnement des collectivités préhumaines sont effectivement « complexes », les sources d’inspiration qui les alimentent sont identiques et créent malheureusement une unité et une uniformité partout présentes, exactement comme les systèmes circulatoire et cérébral présentent une formidable complexité, mais sont parcourus par le même sang et par le même influx nerveux. Dans le même registre, vous aurez droit à l’objection des grands hommes ou des humbles serviteurs, celle des minorités et des exceptions, qui rassemble tous les êtres de bonne volonté dont le dévouement, parfois héroïque, par exemple dans le domaine humanitaire, ferait, comme ils disent, « avancer » le monde. Ici, les choses deviennent délicates. Vous n’allez tout de même pas reprocher aux Mères Thérésa et consorts de sauver des vies humaines, sous peine de passer pour le dernier des saligauds. Et pourtant, vous êtes bien obligé de constater que ces personnages « admirables » collaborent, qu’ils le veuillent ou non, qu’ils en aient conscience ou non, avec les puissances de mort dont ils prétendent limiter les ravages, et les incitent, de fait, à poursuivre leurs sinistres entreprises, dans la mesure où ils contribuent à effacer en partie les traces de leurs forfaits. Ils agissent comme des domestiques zélés qui épongeraient au fur et à mesure le sang répandu par leurs maîtres et faciliteraient ainsi la continuation de leur action criminelle en en faisant disparaître les scories trop voyantes et en dressant ainsi un rideau de relative discrétion protectrice. Bien sûr, il en irait autrement si les apôtres du Tiers-Monde accompagnaient leurs activités d’un discours révolutionnaire bien senti stigmatisant crûment et nommément les responsables (ploutocrates, Etats, multinationales...) de tant d’horreurs, mais alors la Mère Thérésa (à supposer qu’elle tienne un pareil langage si peu conforme à la doctrine chrétienne !) passerait à la trappe et pourrait regagner son couvent. Plus d’éloges dithyrambiques, plus de distinctions internationales, surtout plus d’aumônes, et je parle ici plus particulièrement de celles qu’avec une hypocrisie et un cynisme consommés les grands prédateurs assassins lui distribuent, en estimant que les services rendus valent bien quelques « pièces » en guise de remerciement et d’encouragement pour la suite. De façon plus générale ; l’Histoire montre bien que les minorités et les exceptions, quelles que soient leur sincérité et leur diligence, n’ont jamais rien changé à son cours. Ils versent une cruche ou un baril d’eau pure dans un océan de merde dont ils ne font qu’augmenter le volume ! En d’autres termes, ils consolident et pérennisent malgré eux les situations insupportables qu’ils voulaient corriger ou supprimer, allant exactement à l’encontre de leurs souhaits les plus ardents Toujours dans le même esprit, vos contradicteurs qui, remarquez-le, joueront toujours la subtilité et la sagesse par contraste avec vos positions jugées sommaires, excessives ou fanatiques, invoqueront la « grisaille ». Mais non, voyons, les choses ne sont ni blanches, ni noires, mais grises. Le Bien et le Mal s’interpénètrent en permanence au sein d’une sorte de concurrence dont on peut espérer que le premier principe l’emportera. C’est vrai en apparence, mais plus vous creusez, plus la tonalité sombre s’accentue jusqu’à ce que vous débouchiez en pleines ténèbres.

Cette dernière remarque me permet d’aborder un point capital. A maintes reprises, j’ai parlé de « préhumanité » pour décrire à la fois, l’état d’arriération, de primitivisme et de barbarie dans lequel se complaît depuis environ dix mille ans l’espèce humaine... et cette espèce elle-même, composée ou, plutôt, décomposée en de multiples hordes plus ou moins sauvages qui ont écumé la surface de la Terre à travers les âges et continuent de le faire, semant la mort et la destruction. Mais en quoi, précisément, consiste cet état et quand a-t-il pris naissance ? On peut le dater du Mésolithique, c’est-à-dire de la période décisive au cours de laquelle Homo sapiens sapiens commence à se sédentariser dans le Croissant fertile, y bâtit les premières cités, pratique des formes de plus en plus avancées d’art et d’artisanat, invente l’agriculture et l’élevage, constitue des réserves etc. Il se donne ainsi la chance inouïe de constituer à son avantage une société d’abondance, de solidarité, de paix et de créativité, harmonieusement autogérée. Or il a tout gâché et tout corrompu, et le désastre commis au Proche Orient s’est ensuite propagé vers l’Europe par la voie continentale du Danube et par la voie méditerranéenne. En quoi consiste la catastrophe ? Une comparaison le fera comprendre. Imaginez un lac aux eaux bleues, pures et prometteuses. Mais voilà que, de son fond, se dégagent trois colonnes de gaz délétère qui vont tout empoisonner. La première, c’est la volonté de puissance, avec ses trois composantes, l’esprit de domination, de l’homme sur lui-même et sur la nature, l’esprit de compétition, qui en est arrivé à sévir partout (dans les domaines politiques, économiques, sportifs, scolaires, professionnels, scientifiques...) et à tout compromettre, l’esprit d’appropriation, qui s’applique aussi bien aux personnes (Etats et sujets, époux entre eux, parents et enfants, patrons et salariés, diverses formes d’esclavage ...) qu’aux territoires annexés indûment par les Etats ou aux biens inutilement et injustement accumulés par les puissances d’argent ou même par des particuliers abusivement et immensément riches, au détriment de foules miséreuses. La deuxième colonne correspond à la soif de jouissance, à une culture hédoniste qui recherche comme un absolu le plaisir, l’agrément, le confort, le bien-être, en un mot le « bonheur » égoïste. Attention ! Il ne s’agit pas ici de prêcher le malheur ou le dénuement, bien au contraire, mais de faire remarquer que l’eudémonisme, comme on dit, même si, à la manière d’Epicure ou d’Horace, il est vécu avec modération et comprend des « voluptés » raffinées et supérieures (esthétisme sublimé, art de vivre, conversations de haut niveau etc..) ne saurait, en aucune manière, constituer une fin en soi, mais uniquement le complément par surcroît qui vient récompenser l’accomplissement par l’homme de sa mission qur Terre, qui ne consiste pas à s’installer lui-même, au profit de ses aises, comme un tyran destructeur de la Création, mais à installer sur notre planète la Cité que Dieu estime indispensable à notre réalisation intégrale, qui conduit à la béatitude et non au médiocre et ennuyeux petit « bonheur » préhumain. Troisième colonne : la dégradation de la Connaissance qui, d’abord, comme il a été dit plus haut, est ignorée et rejetée en tant que telle (le déchiffrement du Sens inscrit dans l’Univers), puis qui est réduite par les scientistes et les « penseurs » opportunistes en miettes de connaissances, c’est-à-dire en notions purement utilitaires, en pseudo-philosophies pragmatiques, en savoir-faire et en techniques pratico-pratiques destinées à justifier théoriquement la volonté de puissance et la soif de jouissance, et ensuite à leur donner des instruments de réalisation et de « satisfaction » toujours plus efficaces et plus démesurés qui les renforcent et les attisent constamment en même temps qu’ils multiplient et aggravent sans fin les dégâts qui résultent de leur exercice. Les calamités effroyables qui, depuis mille ans, ont résulté du dévoiement initial et qui n’ont cessé de frapper la préhumanité à titre d’auto-sanctions auraient pu l’amener à réfléchir et à reconsidérer ses positions et ses comportements. Il n’en a rien été, et c’est là un grand mystère : pourquoi cette obstination masochiste dans le Mal , cette « pertinacité » ? Quelles que soient les interprétations qu’on peut donner à cette attitude aberrante, on est bien obligé, si l’on fait preuve d’un peu de clairvoyance (mais c’est déjà beaucoup trop demander dans la plupart des cas !), de constater que la préhumanité ne s’est jamais écartée des trois grandes « sources d’inspiration » qui font son malheur et où elle continue de s’abreuver avec délices, comme si elle tentait, sans y parvenir, d’étancher une soif inextinguible d’auto-destruction.

A partir de cette situation épouvantable, trois étapes capitales devraient être franchies par toute personne qui ne s’y résignerait pas, sans pour autant renoncer à sa lucidité. 1° Elle devrait se mettre dans la tête, une bonne fois pour toutes, que, tant que la préhumanité continuera à s’égarer volontairement, toute tentative d’amélioration (politique, sociale, économique, humanitaire, philanthropique, écologique...) est absolument vaine (comme le confirme l’observation quotidienne) et ne peut même comporter que des effets pervers, à savoir la consolidation et la pérennisation de ses vices grâce à des replâtrages qui en stimulent la nocivité. Dans son roman autobiographique intitulé « Une jeunesse américaine », Rich Cohen met en scène un adolescent dont tout le monde admire le brio et qui répond en ces termes à un adulte qui reproche à sa génération de ne plus militer en faveur des grandes causes collectives, ainsi que lui-même l’avait fait à l’époque de la guerre du Vietnam : « Ce n’est pas que les jeunes d’aujourd’hui s’intéressent moins au monde que les jeunes d’hier. C’est seulement que nous sommes moins stupides...A votre époque, vous aviez confiance dans le gouvernement. Vous pensiez qu’il était généreux et au service du peuple. Mais en devenant adultes, vous avez découvert que le monde était corrompu et vous avez pris ça comme une insulte personnelle. Vous vous êtes dit : « Mon Dieu, le monde est corrompu ! Je dois guérir le monde ! ». A présent, avec le recul, quand vous voyez des jeunes comme moi que plus rien ne choque et qui n’ont pas envie de guérir le monde (lequel, comme vous avez fini par le comprendre, est incurable), vous les prenez pour des fainéants. Mais nous ne sommes pas fainéants. Nous sommes intelligents. Nous savons que le monde est corrompu, qu’il l’a toujours été et le sera toujours ». Précisons, pour l’anecdote, qu’on est consterné, en poursuivant la lecture de l’ouvrage, de constater que la réflexion de ce jeune, qui était partie en si bon chemin, s’arrête là. Car non seulement il ne trouve rien de mieux à faire, pour meubler ses journées, que de s’adonner, en compagnie de ses copains, à la drague, à la drogue, à l’alcool etc., mais il affirme que le monde « sera toujours corrompu », ce qui n’est pas absolument certain, en particulier s’il essayait de se remplacer par un autre ! Il n’en reste pas moins que le mot essentiel a été lâché : incurable. En effet, le premier pas vers la sagesse est de comprendre qu’il n’y aura rien à espérer, rien à tirer, rien à sauver de la préhumanité tant qu’elle méritera son nom, tant qu’elle restera accrochée aux trois grands principes mortifères évoqués plus haut et qu’elle continuera de les chérir et de les cultiver. Il n’en sera peut-être pas toujours ainsi, mais pour l’instant aucun signe ne permet de croire qu’elle les remette en cause le moins du monde. Bien au contraire, un examen attentif nous montre qu’elle s’y enfonce davantage et à un rythme qui s’est accéléré depuis une trentaine d’années. Mais, va-t-on objecter, il s’agit là d’une vision désespérante propre à entraîner une totale démobilisation. En fait, pas du tout. C’est plutôt une expérience libératrice, qui vous soulage et vous délivre d’un tas de préoccupations et d’occupations illusoires, décevantes et stériles auxquelles vous vous contraigniez par scrupules et pour éviter de vous sentir coupables. Mais quand on a enfin saisi qu’il est impossible de « corriger » les collectivités préhumaines aussi longtemps qu’elles reposeront sur les bases suicidaires qu’elles se sont librement donné, on recouvre une entière disponibilité, une liberté d’esprit et d’action qui vont vous permettre d’avancer en vous tournant vers les étapes suivantes.

La deuxième est très délicate à franchir, puisqu’elle consiste à prendre ses distances ou, plus exactement, à trouver la bonne distance par rapport à un monde ignoble pour lequel on ne peut rien, mais qui peut beaucoup contre vous ! Et l’on risque de se trouver dans une position instable et difficile à tenir parce que sujette à un terrible tiraillement, à des contradictions et à des tensions qu’il faudra concilier non sans peine. Au premier examen, les choses peuvent paraître simples. Le triple caractère insupportable, préjudiciable et inguérissable de « la-société » incite à une rupture complète, qui pourrait s’opérer en douceur et ressembler à une séparation à l’amiable. On la quitterait sur la pointe des pieds, sans tambours ni trompettes, à la façon de l’Obermann de Sénancour qui s’écrie : « Si la société ne fait rien pour moi, ou si elle fait beaucoup contre moi, j’ai le droit de refuser de la servir. Notre pacte ne lui convient plus : elle le rompt. Il ne me convient plus : je le romps aussi. Je ne me révolte pas, je sors ». Il existe une telle « incompatibilité d’humeur » qu’on se retire, qu’on se désiste, tout en évitant un conflit ouvert. Mais cette attitude trop nette et trop pacifique ne doit ni ne peut être observée et c’est là où commencent les complications. D’abord, à moins de se rendre coupable d’une sorte de désertion, on ne peut renoncer à exprimer la rage, la fureur, l’indignation et le chagrin que vous inspire l’actuel merdier terrestre, et on ne peut se désintéresser totalement d’un monde qu’il faut aider à périr. D’où la nécessité de le harceler, dans la toute petite mesure des moyens qui nous sont laissés, de dénonciations, de moqueries et de sarcasmes, car le ridicule tue au moins aussi bien que certaines critiques acerbes. La dissidence (et non la marginalité, qui est insignifiante) fait de vous des corps étrangers dans des collectivités où vous vivez sans leur appartenir, un peu comme des vers dans le fruit. Sans recourir à des méthodes violentes, vous pouvez peut-être (en tout cas, vous avez le devoir d’essayer) hâter sa fin en le poussant gentiment dans le précipice, ou, au moins, en contribuant à le débarrasser des ordures qui empêchent toute évolution. Emmanuel Mounier disait déjà « La moisissure du monde moderne est si avancée, si essentielle qu’un écroulement de toute sa masse vermoulue est nécessaire à la venue des nouvelles pousses ». Pourquoi, dans ces conditions, ne pas donner un petit coup de pouce ou un petit coup de rein pour faciliter l’effondrement ? Et pourtant, dans l’accomplissement de ces œuvres pies, il ne faut pas aller trop loin et dépenser toutes ses énergies en des combats dont nous savons à quel point leur efficacité est limitée. Moloch se repaît de tout, tout fait ventre pour lui, y compris les brassées de cactus, qu’il dévore comme un excellent dessert dont le goût un peu relevé le change de l’insipidité des mets dont le comblent ses serviteurs zélés. Ca l’amuse beaucoup de voir se démener contre lui des avortons dont il ne pourrait ne faire qu’une bouchée et qu’il continue à enserrer dans ses tentacules. Car il ne faut pas se faire trop d’illusions. Le « système » qui s’est mis en place au cours des millénaires est suffisamment puissant et contraignant pour qu’on ne puisse entièrement se passer de lui, sauf à compromettre sa survie physique. C’est d’ailleurs ce à quoi il pousserait ses opposants les plus résolus en se faisant, par une sublime hypocrisie, le gardien de leur vertu et de leur pureté, je veux dire en leur suggérant d’aller jusqu’au bout de leurs principes et de leur si noble cause, quitte à en crever. Nous n’allons tout de même pas lui faire ce plaisir ! Et c’est pourquoi nous sommes bien obligés de composer, mais c’est à chacun de nous de déterminer la limite extrême de ses concessions. Dans toute la mesure du possible, quittez le monde des domestiques : ne servez plus ! Ne participez que contraint et forcé. Tenez-vous à l’écart. La plus grande faveur que vous puissiez accorder à cette « société » est de réduire au maximum votre contribution à son fonctionnement, de manière à limiter en même temps sa vitalité et son pouvoir de nuisance Quand je vous disais que la deuxième étape nous conduisait à des équilibres acrobatiques dont l’accès à la troisième ne nous dispensera pas et qu’il nous faudra indéfiniment assumer, tant bien que mal !

Nous arrivons maintenant au bout et au but de notre démarche, dont les deux phases précédentes ne constituaient que des préparations et des introductions, et qui, en fait, apparaît comme le point de départ d’une formidable aventure qui ne consiste en rien de moins que de bâtir un monde nouveau sur les décombres de l’ancien, en repartant à zéro et sur des bases entièrement différentes. A toutes les époques, une telle entreprise, préconisée par quelques « illuminés », a semblé folle et parfaitement irréalisable. Mais c’est encore beaucoup plus vrai à la nôtre où se poursuit et s’accentue un vaste mouvement de réaction-régression-restauration-répression inauguré il y a près de quarante ans. Akhénaton, le rappeur, dit que nous vivons « une révolution de droite ». Un sociologue parlait récemment dans « Le Monde » d’une « révolte conservatrice ». L’un des résultats les plus désespérants de ce tsunami est l’état désespéré dans lequel se trouve la « jeunesse ». Et c’est là pour moi, je le reconnais, le sujet d’affliction majeur et comme absolu, parce que, si les générations montantes sont elles-mêmes profondément gangrenées, on n’entrevoit plus la moindre chance de sortir de l’impasse ou d’échapper à une catastrophe finale relativement proche dont l’astrophysicien anglais Martin Rees, dans un livre récent au titre significatif :« Notre dernier siècle ? », estime qu’elle constitue une hypothèse tout à fait plausible. « Je pense, dit-il, que les chances de survie des humains sur la Terre d’ici la fin du siècle ne dépassent pas 50% ». Le spectacle offert par les « jeunes » ne peut que nous confirmer dans cette idée. Il est effarant de constater leur « réalisme » conformiste et matérialiste, prudent et petit-bourgeois, leur manque d’ouverture, d’idéalisme et de générosité, leur méfiance à l’égard du risque et de l’inconnu, leur refus des remises en cause fondamentales et des aspirations révolutionnaires qu’ils prennent pour l’expression caractéristique d’esprits faux, dérangés, égarés et, finalement dangereux. Certes, quelques-uns accepteront de s’engager momentanément dans des actions ponctuelles sortant de l’ordinaire, pourvu qu’elle ne soient ni trop subversives, ni trop exigeantes et qu’elles s’inscrivent dans un vaste consensus, humanitaire, altermondialiste ou écologique, par exemple.

A propos de ce dernier point que je n’ai pas traité dans ce petit texte comme il l’aurait mérité, quelques précisions tout de même sous forme d’incise. La démarche écologique dont les gens évolués et bien intentionnés nous rebattent les oreilles s’apparente à une véritable imposture, car elle est purement anthropocentrique et s’effectue presque uniquement en fonction du plaisir, de l’intérêt et du confort de l’homme, qui continue à se considérer comme le Seigneur, le Maître et le Despote d’une Création avec laquelle il aurait dû se comporter en grand Frère aîné chargé de l’aménager, de la protéger et de la préserver. L’emploi du terme « environnement » est caractéristique. La « nature » est traitée avec une sorte de dédain comme une espèce de garniture ( un peu comme des feuilles de salade autour d’une assiette) toute à la dévotion et au service du préhomme qui ne l’estime pas, ne l’apprécie pas et ne la respecte pas pour elle-même et en elle-même, mais avant tout pour le profit qu’il en espère et qu’il en retire, avec une exception (toute relative, car il craint pour lui, toujours pour lui, les conséquences à long terme d’une destruction de la faune et de la flore) en faveur de certaines espèces sauvages, en particulier de celles qui, généralement par sa faute, sont menacées de disparition. Il se donne ainsi beau rôle, bonne conscience... et absolution pour le meurtre, qu’il commet sans vergogne et sans le moindre pitié, de millions de poulets, cochons, sardines, thons, veaux, chevaux etc. etc. qui, eux, n’ont pas droit à tant de sollicitude hypocrite, et il continue à penser que le cycle de l’entre-dévoration universelle (le fameux cycle alimentaire !) est normal, inéluctable et même bienfaisant, à titre de facteur de régulation (nous sommes tous des prédateurs et c’est une excellente chose !), alors qu’il demeure inadmissible et qu’on aurait pu depuis longtemps commencé à le corriger et à le briser, si l’on avait consacré aux recherches et à la mise en œuvre nécessaires le temps, l’énergie et l’argent que l’on a consacrés, entre de multiples exemples, à la fabrication et à l’utilisation de la bombe atomique.

Je reviens à mes moutons (les pauvres, surtout à certaines dates du calendrier islamique !), c’est-à-dire à « mes » jeunes qui méritent d’autant mieux un tel qualificatif que ces animaux se signalent, dit-on, par leur esprit d’imitation et de suivisme ! En dehors des B.A. que je viens d’évoquer (philanthropiques, écologiques...), de durée et de portée généralement très limitées, ils ne se passionnent vraiment que pour la recherche d’un médiocre petit « bonheur » fait de bagnoles, d’apparts, de petit(e)s ami(e)s, de loisirs, de voyages etc., où le culte de la consommation, la hantise du confort et du bien-être, et le repli égoïste, familial et tribal, l’emportent de beaucoup (c’est le moins qu’on puisse dire !) sur le souci des grands problèmes collectifs (sauf lorsque leur intérêt personnel est en jeu) et, à plus forte raison, des questions métaphysiques et religieuses, pourtant essentielles, qui leur paraissent complètement vaines et désuètes Ils ne songent qu’à défendre leurs bouts de gras. Ils ressemblent à des cancrelats nichés dans la chaleur de leurs déjections, ou à des lombrics aveugles lovés dans une boue épaisse et délectable. Quelle honte ! Quel dégoût ! Quelle tristesse ! Ces petits cons ne méritent pas leur âge. Ils devraient se réveiller un beau matin avec cinquante années de plus... et un billet d’entrée pour une maison de retraite luxueuse où ils pourraient satisfaire leurs appétits de sécurité. En 1986, V.G.E rassurait en ces termes des copains politiciens qui s’effrayaient des mouvements de rue lycéens et estudiantins : « Mais de quoi vous plaignez-vous ? En 68, ils voulaient briser la société, maintenant ils ne demandent qu’à s’y insérer ! ». Vingt ans après, cette apostrophe est plus valable que jamais. Ces jours-ci, un de ces notables bavards que « Le Monde » invite souvent à participer à ses distingués palabres, à ses faux débats où chacun se gargarise de sa propre écume, faisait remarquer avec soulagement que, par bonheur, la jeunesse actuelle « ne jouait pas la rupture avec la société ! ». Pour ça, il peut dormir sur ses deux oreilles.

Bref, jamais peut-être, les conditions « sociétales » n’auront été aussi défavorables au lancement de l’appel que je vais maintenant formuler et qui semblera terriblement anachronique et dérisoire. Dans une perspective on ne peut plus éloignée de celle de M. Giscard, je vais moi aussi me référer à mai 68 comme à un point de repère historique et métaphysique de la plus haute importance, dont Madame Voynet disait il y a quelques temps qu’il était l’objet d’une hostilité tenace et récurrente qui se serait encore accrue depuis trois ou quatre ans. Tant mieux : c’est peut-être l’indice qu’il n’est pas tout à fait mort. Ceci dit, c’est un événement aux facettes multiples et contradictoires, qu’il ne faudrait pas réduire à ses aspects les plus superficiels ou les plus contestables. Il est vrai que, pour certains, ce fut surtout l’occasion de faire l’école buissonnière, de se dégourdir les jambes dans l’air printanier, de se mesurer avec les C.R.S. en des affrontements ludiques ou véritablement haineux, de faire valoir des revendications estudiantines et ouvrières assez classiques, d’obtenir le desserrement de carcans scolaires et familiaux insupportables, autoritaires et moralisants, de propager des idéologies gauchistes etc.. Tout cela est vrai, mais passe à côté de l’essentiel, qui réside d’abord dans le caractère soudain et inexplicable d’une explosion que personne n’avait prévue, même ceux qui avaient noté quelques mois plus tôt que « la France s’ennuyait ». C’est une lame de fond qui s’est déchaînée, qui a fait naître de grands espoirs, transformé et comme transfiguré les esprits et les ambiances. Beaucoup, qui ne veulent pas l’avouer aujourd’hui, sont restés marqués par la nostalgie de ces effondrements libérateurs qui provoquaient une exceptionnelle impression d’allégement et le sentiment que tout ou presque devenait possible. Partout s’instaurèrent, grâce à l’abolition de barrières en tous genres, des formes de dialogues et de fraternisation inimaginables aussi bien par leur contenu que par une simplicité et une spontanéité qui permettaient de réunir des gens que tout séparait et qui, jusque là, n’avaient jamais eu l’occasion ni l’envie de se rencontrer. A travers la confusion et les déchets, c’est l’Absolu qui émergeait. A l’époque, le regretté Maurice Clavel fut l’un des seuls à s’en apercevoir et à le déclarer au milieu des quolibets. C’est ce que, dans mon langage, j’appelle « une manifestation extraordinaire » de Dieu que l’on reconnaît à son côté spectaculaire, imprévisible, subit et, finalement, inanalysable et incompréhensible aussi bien dans sa genèse que dans les circonstances de son apparition. Deux autres marques sont typiques. D’abord, le contraste entre « l’indignité » des « supports » ou supporters et la « sublimité » de l’événement. C’est ainsi que les leaders et l’immense majorité des participants n’ont rien compris à ce qui se passait en profondeur. Leur immaturité et leur inconscience furent telles que, sitôt passée la griserie de semaines exaltantes et sitôt advenu le retour de bâton pompidolien, ils n’eurent rien de plus pressé que de trahir leurs prétendus engagements et leurs nobles idées en s’immergeant dans « la-société » et, pour les plus talentueux d’entre eux, en faisant une carrière « enviable » dans la publicité, le journalisme, la politique etc. Il était quasi inévitable que de tels reniements se produisent chez des gens qui n’avaient saisi ni la nature transcendante des événements, ni leur dimension métahistorique, ni leur signification « utile », qui constitue le deuxième point très caractéristique des « manifestations extrordinaires » de Dieu ; je veux dire leur « charge avertisseuse ». Dieu ne surgit pas comme un deus ex machina, pour le plaisir de faire de l’esbrouffe. A travers mai 68, c’est tout un message d’émancipation qu’Il a essayé, une fois de plus en vain, de faire passer. Cette invite, sa valeur et sa nécessité demeurent intactes, en dépit d’une interruption de quarante ans au cours de laquelle les choses se sont tellement aggravées que cette évolution a montré à quel point l’esprit de mai 68 était plus que jamais d’actualité et combien ceux qui l’ont abandonné, et en particulier les « vedettes », se sont rendus coupables envers eux-mêmes et autrui. A nous de le faire fructifier en relevant le flambeau et en nous débarrassant des chaînes qui nous oppriment.

L’Oeuvre générale d’affranchissement à laquelle Dieu vous convie, par ma très humble entremise, doit, me semble-t-il, obéir à trois conditions très simples, mais dont chacune est sine qua non. D’abord, renoncez à la violence. N’oubliez pas qu’elle constitue, sous toutes ses formes, l’essence même de l’Etat, sa raison d’être et qu’elle doit rester son monopole. Ne vous déshonorez pas en l’utilisant. Non seulement il faut s’en abstenir pour des raisons de principe et d’efficacité à long terme, mais tout bonnement par usage de votre bon sens. L’immoralité foncière de l’Etat, son manque absolu de scrupules et la puissance des moyens dont il dispose font que jamais vous ne pourrez lutter à armes égales contre lui. Ne lui donnez pas la satisfaction de vous offrir bêtement à ses coups. Ensuite, il convient de mettre fin à un certain spontanéisme soixante-huitard qui puise uniquement dans la fantaisie, l’anarchie et le bon plaisir. La révolution des consciences et des esprits, celle des comportements individuels, des rapports interpersonnels et des structures collectives ne peut s’accomplir que grâce à une réflexion méthodique, à des discussions approfondies, à des initiatives bien organisées, à une discipline de vie. Vous irez d’autant plus loin dans la subversion qu’elle cheminera sur des bases solides jalonnées d’innovations bien pensées et bien préparées. Ce qui, naturellement, ne signifie pas une abolition du « naturel » et des prises de risque calculées. Ma troisième recommandation porte sur la nécessité de constituer un front uni, en dépit de toutes les divergences légitimes et inévitables. D’innombrables groupuscules plus ou moins contestataires dépensent leur temps et leur énergie beaucoup plus à se débiner, à se tirer dans les pattes et à se diviser qu’à chercher des formules de rassemblement. Ainsi se réduisent-ils à l’impuissance et font-ils le jeu et la joie de leurs adversaires. Il faudrait, me semble-t-il, créer une plate-forme minimale sur laquelle un maximum de gens indignés pourraient se rejoindre, notamment en matière sociale, politique et économique. Ensuite, pourraient se dérouler calmement et respectueusement des conversations et des échanges d’idées prolongés qui tenteraient, par delà les ignorances, les préjugés et les partis pris, d’aller en toute rigueur au fond des questions controversées pour les éclaircir.

Je prends trois exemples. Les milieux de « gauche » sont généralement très hostiles au concept et, à plus forte raison, à la possibilité d’existence d’un Dieu personnel. Pour eux, la cause est entendue depuis longtemps. Il s’agit de vieilleries insensées qui n’ont sévi que trop longtemps et qui ont été à l’origine de quantité d’injustices, de persécutions et de guerres. Or, bien souvent, cette extrême détestation tient, au moins en partie, à des clichés et à des a priori, aux images caricaturales ou révoltantes que la plupart des croyants et les Eglises officielles donnent d’un Dieu qu’ils défigurent et compromettent. Certes, je ne crois pas que des « mises au point », même très pertinentes et atteignant l’essentiel, vont amener tous les sincères héritiers de mai 68 à se « convertir », mais, au moins, ceux qui resteront sur leurs positions comprendront sans doute -et ce serait déjà un magnifique aboutissement générateur de tolérance- qu’il n’est peut-être-pas complètement absurde de prétendre découvrir la présence de Dieu au sein de l’Univers et au cœur de l’homme. De la même manière, certaines propositions, jugées très audacieuses et même scandaleuses dans les domaines relationnels et sexuels, peuvent recevoir de longues justifications qui, bien sûr, n’amèneront pas tout le monde à changer d’avis, mais témoigneront que ceux qui les soutiennent ne sont pas forcément -et loin de là !- des tarés et des vicieux. Dans le domaine de la Connaissance, les rationalistes et matérialistes un peu enfermés dans des conceptions trop étroites, gagneront à s’ouvrir à des perspectives complémentaires qui, sans aucunement remettre en cause la légitimité et l’efficacité d’une certaine forme de la raison lorsqu’elle s’applique aux sciences de la matière, indiquent d’autres voies de déchiffrement et « d’utilisation » du Monde qui peuvent singulièrement en accroître la « compréhension », dans les deux sens, intellectuel et créatif, de ce terme. De sorte que pourrait peu à peu se former un puissant Mouvement qui parviendrait à joindre et à renfermer des personnes qu’uniraient des aspirations et des buts communs appelés à se manifester par des interventions publiques, mais qui accepteraient que subsistent entre elles des questions pendantes et des désaccords peut-être provisoires qui, certes, introduiraient une relative hétérogénéité, mais qui bien loin de provoquer des ruptures, seraient, au contraire, destinés à se réduire progressivement et à se résorber grâce à de fructueux et obstinés dialogues, d’ailleurs aptes par eux-mêmes et indépendamment de leurs résultats, à renforcer les liens entre participants.

J’en arrive maintenant à la partie la plus importante...et la plus délicate de mon « exposé » : la « description « du monde idéal suggéré par une Providence qui ne nous a créés que pour le créer à notre avantage, pourvu, bien sûr, que nous en décidions ainsi, notre liberté demeurant entière.. et entièrement libre de se fourvoyer indéfiniment et sans limites, ainsi qu’elle en fait la démonstration depuis dix mille ans. Il est nécessaire de s’armer de la plus grande prudence lorsqu’on s’adonne à un exercice aussi périlleux. Divers « utopistes » s’y sont livrés dans le passé de manière peu convaincante et, même parfois, de façon tout à fait dissuasive et répulsive. Tantôt il s’agissait de vaines bergeries idylliques illustrant des rêveries fantaisistes, tantôt on avait affaire à des tableaux beaucoup plus précis et « réalistes », mais qui exprimaient la volonté coercitive et systématique de faire le bien et le bonheur des gens malgré eux en les incarcérant dans une « société » de contrainte et d’oppression où tout était réglé, contrôlé et imposé dans le moindre détail. Plus innocemment et en toute bonne foi, on peut verser dans une naïveté parfaitement chimérique. La difficulté s’accroît, ainsi que j&#