Voici d’abord un extrait de l’article du biologiste Henri Atlan dans le Monde du 18 juin 2002.
« A aucun moment n’est envisagée l’implantation dans un utérus, ce qui exclut toute possibilité de grossesse et donc de naissance d’un enfant. Autrement dit, cette technique n’est pas une technique de procréation mais un moyen de fabriquer des lignées de cellules ou des tissus génétiquement identiques à l’individu chez qui a été prélevée la cellule adulte d’où provient le noyau utilisé.
C’est pourquoi, afin de ne pas confondre cette technique avec celle qui consiste à faire naître des enfants, à la manière de la brebis Dolly et d’autres mammifères « clonés », il est préférable de ne pas parler ici de clonage mais plutôt de noyau somatique. Cette technique doit être évaluée en comparaison avec d’autres techniques susceptibles d’être utilisées dans le même but de cultiver des cellules souches embryonnaires. Deux autres techniques sont théoriquement concevables et ont commencé à être testées chez l’animal, comme le transfert de noyau somatique. »
Toujours cette habitude de masquer et déformer la réalité en utilisant des expressions politiquement correctes :
- Avortement = interruption de grossesse
- Clonage avec destruction de l’ébauche d’embryon = transfert de noyau somatique pour fabriquer des lignées de cellules
- Balayeuse = technicienne de surface
- Eboueur = préposé au recyclage
Il ne s’agit pas seulement d’éviter le mot clonage, qui fait peur et suscite les fantasmes, mais plus encore de nier le fait que le processus qui mènerait à la naissance d’un être humain est enclenché. On ne fabrique pas des potentialités d’êtres humains, mais des cellules souches, au cours d’un processus purement mécanique et anodin, semblable à la fabrication à la chaîne des coquetiers. Atlan compare par ailleurs le début de la vie humaine avec les graines végétales, en oubliant de dire qu’il s’agit de deux règnes très différents.
Pourtant, un peu plus loin, il emploie l’expression « embryons humains », reconnaissant qu’on est bien en présence d’un être en devenir quand on utilise ses cellules et qu’on le détruit.
Ensuite, il rejette avec dégoût l’expérimentation sur la femme qu’impliquerait le clonage reproductif, en mettant en avant les grossesses anormales et les anomalies potentielles des êtres nés par ces techniques. C’est sûr que le clonage avec destructions des embryons pour des buts thérapeutiques, c’est beaucoup plus propre !
Il nous explique alors que, du fait que le clonage (transfert d’un noyau d’une cellule adulte dans un ovule énucléé) donne un artefact cellulaire, quelque chose qui n’existe pas dans la nature, on ne peut pas parler d’embryon, mais de lignées cellulaires. L’absence de fécondation signerait, selon lui, l’absence d’embryon et donc de toutes potentialités d’être humain. Il ajoute que les probabilités que les clones, placés dans un utérus, se développent sans encombre jusqu’à la naissance et au-delà est très faible, et très mal connue. La destruction de ces « non-embryons », de toute façon voués à la mort dans la quasi-totalité des cas, ne changerait alors pas grand chose.
Quand bien même il n’y aurait que 0,0001 % de chance pour que les clones puissent se développer normalement s’ils étaient implantés, il serait toujours scandaleux de les considérer comme un vulgaire morceau de peau ou de cheveux.
Est-ce que les handicapés graves et les enfants condamnés à mourir prématurément du fait de maladies incurables sont considérés comme de vulgaires tas de gélatine ? Non, ils sont toujours des êtres humains, même si certains veulent les culpabiliser de vivre et tentent de les éliminer par tous les moyens avant la naissance (DPI, avortement dit thérapeutique), et les relèguent le plus souvent dans des mouroirs quand ils passent au travers des mailles du filet éradicateur.
Les clones ne sont pas créés par fécondation, et alors ?! On n’a rien à faire du nombre de cellules du clone, de comment il a été créé et de savoir s’il est artificiel ou naturel. Du moment qu’il y a un risque, même infime, de recréer les processus biologiques servant de support à l’apparition d’un être humain, on n’a aucun droit de détruire cette potentialité d’humain qui a été mise en route, qu’elle ait deux heures d’existence, trois jours, huit mois ou dix ans.
En conséquence, toutes les formes d’avortement, de pilules du lendemain, de stérilet, de destructions d’embryons (surnuméraires ou créés tout exprès) sont criminelles et attentatoires à la dignité des hommes.
On se moque bien de savoir si l’embryon (ou potentialité d’embryon) est implanté ou pas, s’il a été fécondé ou s’il est issu d’un clonage. Ce qui compte, c’est qu’il existe, qu’il est là, et qu’on ne peut pas le considérer comme une chose, un tas de cellule comme une autre, puisqu’il est susceptible de donner naissance à un être humain s’il est implanté.
En étendant le genre de raisonnement tordu de Mr H. Atlan aux êtres humains nés, on pourrait très bien considérer que certaines personnes sont des artefacts d’êtres humains, des tas d’os qu’on peut mettre à mort pour fumer le jardin ou servir d’organes de rechange. Il suffit de modifier un peu la définition de l’être humain, tout comme Atlan déforme celle de l’embryon en jouant sur sa fabrication artificielle et son peu de chance de développement.
La science n’est qu’un outil limité
Dans ce domaine du début de la vie humaine, comme dans tout ce qui touche à des questions fondamentales, la science n’est d’aucun secours. Les observations scientifiques ne font qu’effleurer la surface du réel et ne prouvent rien, ni dans un sens ni dans l’autre. Atlan tente donc de faire passer pour des déductions scientifiques des idées qui sont des convictions personnelles, des convictions qui viennent d’ailleurs et qui existaient bien avant les observations supposées les étayer.
Mr Atlan est certainement un incroyant qui considère que la foi et la recherche de vérités essentielles sont des fantasmes, il en a le droit, mais il ne faut pas tout mélanger. Il dit : « Nous devons tirer de cela une leçon très générale : accepter de renoncer à des définitions essentialistes et plutôt rechercher et accepter des définitions évolutives. ». Chacun ses convictions, mais qu’on ne fasse pas dire à la science ce qu’on veut qu’elle dise sur des sujets qui ne sont pas de son domaine. Il est de bon ton, de nos jours, de rejeter toute idée de transcendance et donc toute définition essentialiste. Pas d’absolu universel, que du relatif fluctuant au gré des besoins et des découvertes, c’est la science qui vous le démontre !
Mais alors, les fameux droits de l’homme, eux aussi, devraient avoir une définition évolutive et relative au contexte et à l’époque ! Les Atlan and co cherchent un équilibre impossible en rejetant Dieu, la seule « source » possible d’une morale, et en gardant des principes fondamentaux quand ça les arrange. Et après ils se veulent rigoureux et logiques ! Leur logique devrait être celle d’un individualisme sauvage, où chacun vit selon ses règles et ses envies, sans se soucier des autres, sans contrôles ni lois possibles. Seulement, les hypocrites ne veulent pas aller jusqu’au bout de leur logique, car ils savent qu’elle mènerait à une jungle encore pire que celle qui existe actuellement. Alors ils sécrètent des éthiques et des lois mouvantes, pour accompagner et canaliser le bordel général. Ils font passer pour sages et indépassables des éthiques opportunistes et conjoncturelles !
Désolé Mr Atlan, la foi n’est pas un fantasme néfaste et inutile, c’est le fait de croire qu’on peut rejeter Dieu et arriver quand même à construire un monde humain qui est un fantasme destructeur. Le rejet absolu de toute transcendance est un fantasme complètement fou menant à l’autodestruction de l’humanité. Pour autant, il ne faut pas accepter les religions existantes et leurs exactions, il faut redécouvrir Dieu, indépendamment de ce qu’en ont fait certains préhommes et des conneries qu’ils Lui font dire.
Ce qui est grave, c’est qu’on se permette de détruire des clones (de surcroît fabriqués volontairement) sans savoir ce qu’ils sont réellement. Si on a le moindre doute sur l’humanité naissante des clones, on doit les traiter avec le respect dû à un humain né. En tant que scientifique, on ne peut avoir aucune certitude dans ce domaine ; en tant que croyant, on est certain d’avoir déjà affaire à la « naissance » d’un être. Au total, ça fait plus qu’un doute, donc les clones et toutes les catégories d’embryons sont « sacrés » et ceux qui les détruisent volontairement sont des criminels, quels que soient les motifs humanitaires ou de recherches fondamentales invoqués.
Intervenir sur la nature et ses lois sans violences
Pour autant, je ne défends pas du tout une position obscurantiste qui prétendrait que la nature est parfaite et qu’on ne doit pas y toucher. Au contraire, la nature est un vaste chantier laissé en plan, elle est pleine de « déviances » et « d’imperfections », elle est en devenir. L’humanité devrait donc intervenir beaucoup plus sur la nature et ses lois, en s’aidant de la science (génétique, écologie...) et d’autres moyens de connaissance (astrologie, énergies...). Mais ces multiples interventions ne doivent pas être motivées par le profit et des intérêts égoïstes, et doivent à tout prix éviter de porter atteinte à l’intégrité, à la liberté et à la dignité des êtres vivants, qu’ils soient humains ou animaux. Les expérimentations causant des souffrances, et a fortiori, celles menant à la mort du cobaye, doivent toutes être prohibées. Il existe forcément des tas de moyens d’étude et d’actions qui ne nécessitent pas l’emploi de la violence, il suffit de les chercher et de vouloir les trouver, sans avoir peur des nombreuses remises en cause nécessaires dans la médecine, l’économie, la vie collective et individuelle...
L’action transformatrice sur la nature, et avec la nature, doit donc se faire sans crimes, dans le respect et l’amour. L’objectif est de créer une harmonie générale, une entraide et une symbiose, qui vont beaucoup plus loin que la compréhension de surface, la réduction des maladies, une maîtrise des processus de production..., et qui excluent toute forme de domination, d’exploitation, de destruction et d’inégalité.
Ce n’est donc pas l’action de la science sur le vivant qui est néfaste en elle-même, mais la plupart des objectifs fixés et les moyens destructeurs trop souvent utilisés. La transformation du monde, son accomplissement évolutif, ne peuvent se faire à coup de souffrances et de crimes.
La science, dans cette tâche gigantesque, n’est qu’un instrument parmi d’autres, un instrument incapable d’expliquer le fond des choses, de définir une morale, des lois ni même une éthique, qui fournit aux projets des moyens d’actions. Est-ce que l’ouvrier demande au marteau de dessiner les plans de la maison ?
Trop de préhommes se servent de la science (et d’autres choses d’ailleurs) pour conforter leurs convictions arriérées, justifier leur orgueil et des pratiques violentes.
Après avoir évacué Dieu, respectueux de notre liberté et garant de son exercice, on laisse la porte ouverte à toutes sortes de despotes qui règnent en maîtres tyranniques. En s’imaginant conquérir la liberté, on ne fait que s’enchaîner à des passions aveugles.


