Le deuxième volet, symétrique du précédent et bien plus important que lui, recense les propositions constructives qui se sont élaborées en moi au fil du temps et qui se rapportent à tous les secteurs et aspects de la réalité. Vous connaissez la critique habituelle que d’aucuns jugent décisive : « C’est très joli et un peu facile de vouloir tout démolir : mais qu’allez-vous mettre à la place ? ». Et votre contradicteur, très satisfait de vous avoir cloué le bec, prend des airs supérieurs...qui commencent à se liquéfier lorsque vous lui annoncez que vous êtes en mesure d’indiquer des solutions révolutionnaires en lieu et place de tout ce que vous rejetez. Mais il ne se tiendra pas pour battu et les repoussera avec dédain ou indignation, les considérant comme chimériques (utopiques dans son langage) ou indécentes. Si vous attaquez avec virulence, vous êtes très sévèrement jugé. Mais si vous aggravez votre cas en prônant des innovations subversives, vous passez pour un malade ou un fou dangereux. Il ne vous reste que le droit de vous taire ou de bêler les ritournelles enseignées par les pouvoirs, que tout le monde reprend en chœur sous leur direction. Ayant très peu de goût pour ce genre de discipline, je préfère substituer au droit de me taire le devoir de parler... et j‘en userai sans modération.
Pourquoi me fourrer dans ce guêpier ? Surtout lorsque la pratique me montre que de telles initiatives sont vouées à l’échec et n’intéressent guère que les institutions répressives qui, elles au moins, lisent vos textes avec soin ! L’époque n’est pas à la rébellion, encore moins à la dissidence, et les rares insoumis qui subsistent encore sont incapables de faire taire leurs différences pour se réunir et livrer ensemble une pacifique bataille commune qui, de toute façon, ne revêtirait à leurs yeux aucun caractère global et radical, et se limiterait à des actions dépareillées et ponctuelles guidées par cet « idéal » purement réformateur qui consiste à « changer tout ce qu’il est nécessaire de changer pour ne rien changer » ! Et pourtant je ne me laisse pas abattre. Je vais tout vous expliquer. J’ai 72 ans et j’estime devoir mettre à profit le temps réduit qui me reste à vivre tout autant qu’une riche expérience passée pour vous indiquer à quelles conclusions je suis arrivé. Soyez tranquilles : je sais très bien qu’il est impossible de transmettre une expérience intime et je prétends encore moins essayer de forcer cette impasse en vous imposant des convictions grâce aux ruses d’un prosélytisme indiscret ou retors. Mon seul but est de décrire un itinéraire, de vous inciter à le suivre et de faire état des extraordinaires découvertes que vous ne manquerez pas de faire en chemin si vous ne vous en laissez pas détourner. Mon rôle se borne à émettre un appel, une invitation et à vous donner une idée de ce que vous allez trouver au cours de ce périple... conformément à cette parole de Schopenhauer que j’aime à citer : « Les pensées déposées sur le papier ne sont rien de plus que la trace d’un piéton sur le sable. On voit bien la route qu’il a prise ; mais pour savoir ce qu’il a vu sur la route, il doit se servir de ses propres yeux ». Donc à vous de jouer, si vous le voulez bien, et je vous souhaiterais volontiers « bon vent ! » si j’ignorais les tempêtes que vous allez déclencher en vous-mêmes et autour de vous.
Voilà donc comment les choses se sont déroulées. Elevé dans des milieux conservateurs et même franchement réactionnaires, j’ai, comme tant d’autres et jusque vers l’âge de 25 ans, absorbé tout ce qui m’était inoculé. Et puis survint un cataclysme. J’appris que l’armée française torturait en Algérie, avec l’accord des gouvernants et la complaisante lâcheté de cette hiérarchie catholique pour laquelle j’avais tant d’admiration. Mon univers s’effondra. Les institutions qu’on m’avait appris à respecter se comportaient de façon criminelle. Dès lors s’enclencha en moi un processus inexorable de remise en question tous azimuts. J’exagérerais si je prétendais que ce fut l’objet d’une décision solennelle prise en pleine conscience un jour précis. Cette débâcle spontanée s’opéra lentement, mais gagna tous les domaines et se transforma peu à peu en une opération intentionnelle et systématique. Je ne rejetai pas a priori et en bloc tout ce qui m’avait été inculqué, attitude infantile et stupide, mais je le soumis à un inventaire complet et approfondi. Je mis tout de côté, entre parenthèses, et je commençais à scruter les réalités de toutes sortes qui nous entourent avec un regard souverainement critique, et indépendant non seulement du bagage que j’avais reçu, mais aussi de la « doxa », c’est-à-dire de toutes ces opinions, ces modes, ces phobies, ces psychoses éphémères qui traînent dans les caniveaux de toutes les époques, qui imprègnent à fond les mentalités et les attitudes collectives, mais qui ne présentent en elles-mêmes strictement aucun intérêt ni aucune importance puisqu’elles sont forgées de toutes pièces par des « pouvoirs » politiques, économiques etc.. qui trouvent leur profit à en intoxiquer des masses d’individus toutes disposées à les adopter sans y avoir réfléchi le moins du monde . C’est tellement plus facile et tellement plus rassurant. Et c’est dire aussi ce que valent les consensus !
Mon examen dura une vingtaine d’années au cours desquelles j’explorai tous les secteurs du réel en me donnant les compétences nécessaires pour les aborder et les traiter en connaissance de cause. D’une certaine façon, je reprenais à mon compte le fameux « doute méthodique » de Descartes. Mais j’avais l’impression que le laser qui surgissait du fond de ma conscience et qui faisait voler en éclats les plus dures et les plus épaisses carapaces de conditionnement provenait d’un au-delà de moi-même, et pas uniquement d’une saine manière de conduire mon esprit et ma raison selon les « Regulae ad directionem ingenii » du célèbre philosophe enfermé dans son « poêle » ! Seule une authentique vision mystique (et non pas frelatée et confondue avec toutes sortes de niaiseries et de supercheries) peut nous renseigner sur l’épaisseur des choses et des gens, et sur leur véritable nature. Autrement, on n’en a qu’un aperçu tout à fait superficiel. Bien sûr, nous aurons l’occasion de revenir sur ces questions essentielles. Pour l’instant, je fais le bilan de ce long périple qui s’acheva donc aux alentours de ma quarante-cinquième année. Il est effroyable. J’étais allé de stupéfaction en stupéfaction, de consternation en consternation, obligé de me livrer à des constatations épouvantables, de me rendre à des évidences que j’aurais voulu esquiver, tellement elles étaient pénibles. Je découvrais que j’avais été floué sur toute la ligne et victime d’une gigantesque mystification. Moi comme tout le monde : je n’avais pas bénéficié d’un privilège spécial ! Mais la grande différence, c’est que désormais, je ne me laisserais plus abuser et que je proclamerais l’universelle tromperie, les sources d’inspiration qui lui confèrent une impressionnante homogénéité, les procédés utilisés par leurs principaux auteurs pour déguiser à leur convenance la réalité, endormir et façonner les consciences, leurs motivations et leurs objectifs etc..
Vous êtes naturellement tout à fait libres de ne voir dans mes affirmations que les élucubrations délirantes d’un esprit faux et fêlé, où se mêlent, entre autres, tendances schizo et parano, orgueil démesuré etc. Et il ne manquera pas, dans votre entourage, de personnes avisées pour vous en persuader. Mais je puis vous assurer que si vous prenez le même itinéraire que moi et si vous le parcourez avec la même rigueur et la même obstination, vous parviendrez aux mêmes conclusions. En attendant, et je m’adresse ici en particulier aux plus jeunes sans me faire la moindre allusion sur mes chances d’être entendu, n’accordez aucun crédit à tout ce qu’on vous raconte, sans l’avoir préalablement disséqué. Méfiez-vous de toutes les formes d’enseignement et d’éducation qui vous sont dispensées, des prétendues informations qui vous sont communiquées par les médias, de tout le bourrage de crâne effectué par les institutions officielles ou privées, et surtout repoussez énergiquement l’œuvre d’endoctrinement et d’asservissement perpétrée en permanence par cette bande des quatre (parents, enseignants, éducateurs et psys) qui représente pour vous le cercle le plus rapproché, qui vous cerne de toutes parts, à laquelle vous avez à faire continuellement, dont les membres constituent donc un péril majeur, soit en tant qu’acteurs directs, soit en tant que transmetteurs zélés de l’ensemble des tares de la prétendue « société ».
Revenant à mes investigations personnelles, je suppose que certains d’entre vous se demandent peut-être à quelles tâches je me suis consacré depuis qu’elles ont abouti, il y a donc une trentaine d’années. J’en désignerai trois sortes. D’abord la confirmation de la justesse des vues qui se sont imposées à moi, acquise au jour le jour grâce aux effrayantes et innombrables illustrations que l’actualité s’est chargée de me fournir au cours de ces dernières décennies. Ensuite, leur analyse plus approfondie, qui m’a permis de mieux dégager les fondements de ce monde horrible, les principes et les mécanismes de son fonctionnement, la perversité de ses buts, la probabilité de son auto-destruction (cent fois méritée) à moyen terme etc. Enfin -et j’insiste beaucoup sur ce point parce qu’il est évidemment beaucoup plus « positif »- l’élaboration d’un Projet révolutionnaire global et non-violent qui s’applique fraternellement à tous les Vivants de cette Terre, qu’ils appartiennent à l’espèce humaine ou aux espèces animales ou végétales, qui concerne tous les aspects de leur existence sur cette planète ou ailleurs, et qui devrait, pour ses débuts, s’édifier peu à peu sur les ruines de la préhumanité contemporaine terrestre. Mais, bien sûr, aucun indice ne permet de compter sur son avènement. C’est à ce moment, quand tout espoir est perdu, que l’Espérance prend le relais et qu’on s’opiniâtre en son nom. Je vous invite à nous rejoindre dans ces tentatives tout à la fois enthousiastes et désespérées, mais, là encore, mon expérience m’interdit toute illusion quant au succès de cet appel. A propos, je viens d’employer un mot (« préhumanité ») qui a pu vous surprendre. Il fait partie depuis si longtemps de mon vocabulaire courant que j’oublie souvent d’en expliquer la signification. Il désigne à mes yeux soit l’état d’arriération, de primitivisme et de barbarie dans lequel stagnent depuis le Mésolithique les collectivités formées de spécimens d’Homo sapiens, soit l’ensemble de ces masses informes et sauvages qui consentent à leur perdition et qui n’ont cessé de la perpétuer depuis dix mille ans environ.
Pour terminer, deux précisions concrètes touchant les « Chroniques corrosives ». D’abord, leur « calibrage ». Le philosophe Alain, se rappelant l’époque où il était jeune journaliste, disait que l’obligation où il s’était trouvé de mesurer au mot près la longueur de ses articles avait constitué pour lui une formidable école de concision, de rigueur et de clarté appliquées à leur composition. Je tâcherai de suivre son exemple (mais je ne promets rien !) : quel que soit le sujet traité, et quitte à ce que je le reprenne dans une ou plusieurs chroniques ultérieures, il le sera dans des limites uniformes, pour épargner votre effort de lecture et mon travail de rédaction. Ensuite, leur périodicité. J’essaierai d’observer un rythme bimensuel (si je puis faire mieux, je ne m’abstiendrai pas !) et j’espère que de l’apparent fouillis des sujets traités surgira un « beau désordre », un corpus de textes finalement très structuré où vous pourrez reconnaître des lignes de force constantes assurant à l’ensemble une vigoureuse homogénéité.
P.S. Cette nouvelle initiative de ma part me conduit à présenter des excuses à l’Etat français, dont certains représentants, au mépris des grands principes qu’ils sont d’autant plus censés respecter qu’ils prétendent les faire observer par autrui, m’ont inquiété à deux reprises uniquement parce que je m’étais permis d’exprimer des opinions non conformes sur deux « sujets »... dont l’un, né en Poitou-Charentes et qui continue aujourd’hui à occuper des responsabilités politiques importantes, me semblait tout à fait dépourvu des qualités nécessaires pour les assumer, ce que j’expliquais dans une « Lettre ouverte » destinée à l’intéressé, dont le ton moqueur, ironique et insolent n’eut sans doute pas l’heur de plaire à ses conseillers, qui me le firent savoir par l’intermédiaire de la gendarmerie locale. Evidemment, ce texte ne comprenait aucune insulte et je ne faisais qu’exercer un droit élémentaire. Mais c’était déjà de trop ! J’ai la fâcheuse habitude de n’accorder ma considération qu’à ceux qui me paraissent la mériter par leurs comportements. On me répliquera sans doute que si Monsieur Raffarin, comme je l’affirme peut-être à tort, a largement fait la preuve de son incapacité, ce n’est pas de sa faute et que je ne saurais donc l’en incriminer. Certes ! Mais à supposer que ma façon de voir recouvre une réalité (ce qui n’est pas prouvé), monsieur le Premier ministre aurait pu en prendre conscience avant d’accéder à un poste aussi éminent et s’interdire d’user de ses talents restreints au-delà des rives du Clain ou, tout au plus, des limites de ces quatre départements qu’il doit chérir tout particulièrement et qui me paraissent constituer un champ d’action tout à fait adapté à ses possibilités ! Alors pourquoi des excuses à l’Etat français ? Non pas, bien sûr, pour mon franc-parler, mais pour les nouveaux soucis que je vais donner à ses serviteurs. Depuis plus d’un an, je me suis abstenu de faire entendre ma voix discordante et impertinente. Ils pouvaient espérer que j’avais sombré dans une irréversible sénilité. A moins qu’ils n’aient cru que je m’étais laissé impressionner par leurs manœuvres d’intimidation destinées à me faire peur pour me faire taire. Eh bien non, c’est raté ! La vérité, c’est que je me suis retiré momentanément de la circulation des idées pour mettre le point final à deux livres que je me ferai un plaisir de leur envoyer, lorsqu’ils seront imprimés et s’ils veulent bien me les acheter. Maintenant que j’ai de nouveau l’esprit libre, je repars au combat (non-violent !) avec une ardeur renouvelée. Plus je vieillis, plus je me sens en forme et porté à l’insoumission ! Donc vous, mes plus fidèles lecteurs, gendarmes, fonctionnaires des R.G. etc. et vous aussi, membres de ces associations spécialisées dans la chasse aux nuisibles, et vous encore, énergumènes divers qui promettez de nous faire la peau et de « venir tout casser », à vos écrans ! Et, je le répète, je dois de plates excuses à toutes ces personnes qui se disent les gardiennes de je ne sais quel ordre, non seulement parce que je m’obstine à exister physiquement ainsi que sur Internet et ailleurs, non seulement parce que je n’ai pas tenu compte de leurs charitables avertissements tendant à me faire adopter une discrétion absolue, mais aussi et surtout parce que je vais leur infliger des tâches supplémentaires bien ingrates... Décidément...I’m a fucking old chap !
Encore une précision : lorsque, dans le texte des Chroniques vous trouverez ce signe (§) accolé à un mot, vous saurez qu’il s’agit d’un sujet important que je me réserve de traiter plus longuement dans une intervention ultérieure.

