Le monde que les hommes ont fabriqué est un véritable enfer, au sens fort de ce mot.
Le monde matériel n’est évidemment pas mauvais en lui-même, bien au contraire : les matériaux de la création sont issus de Dieu, et le corps, la vie, la matière, la nature sont saints. Ce qu’en ont fait les hommes a tout perverti, sali, profané, saccagé.
Dieu a créé notre univers en lui impulsant un mouvement évolutif qui a abouti, sur la Terre, à l’Homme.
L’Homme a tout bloqué.
Au lieu de poursuivre le mouvement en reconnaisant son Initiateur et en Le rejoignant à travers un processus de perfection collective et individuelle, l’homme s’est contemplé lui-même. Il s’est trouvé beau -il l’était en effet- et s’est pris pour la mesure et la fin de toutes choses. Il a refusé tout lien réel avec une Transcendance qui le dépasse, lui donne son sens et fait de lui ce qu’il est. Il s’est installé et a commencé à ravager la Terre et a inventé les institutions qui allaient former les barreaux du Goulag planétaire.
Ce monde est absurde car il ne mène nulle part. Partout la violence, la guerre, la misère, l’exploitation des uns par les autres, le massacre des autres êtres vivants, et pour finir la destruction probable de la Terre elle-même sont les conséquences de l’orientation prise depuis le Néolithique.
Les révolutions classiques ne font que revenir au point de départ.
Les bonnes volontés et la générosité réelle de certains individus ou groupes contribuent à perpétuer indéfiniment les choses en leur état en donnant l’illusion d’une évolution possible. Le 20 ° siècle a été le plus meurtrier de l’histoire. Le 21 ° siècle sera encore pire. La guerre économique fait rage partout et fait toujours plus de victimes qui sont responsables de leur propre martyre en ne voulant pas reconnaître les origines de leurs souffrances. Les conflits militaires sont encore innombrables.
Dans ce résumé, nous ne souhaitons pas nous appesantir sur la critique de ce monde.
Néanmoins, il est nécessaire de présenter rapidement certains points.
L’Etat, quel qu’il soit, est totalitaire et criminel par nature et par finalité, il permet aux véritables pouvoirs, non élus, d’exercer leur domination sur les populations qui l’acceptent. La régulation autoritaire que réalise le Droit a pour but de maintenir un équilibre de la terreur destiné à éviter le déchaînement d’une violence incontrôlée qui détruirait ceux-là mêmes qui profitent le plus d’un système fondé sur la volonté de puissance. Le Droit permet aussi, en toute légalité, d’empêcher l’émergence d’une véritable société et la contestation radicale, mais pacifique, des collectivités actuelles.
Le conditionnement se pratique à grande échelle dans les écoles, les familles, les médias.
Les Eglises, pouvoir parmi les pouvoirs, ont annexé Dieu pour lui faire cautionner ce qui est en totale contradiction avec lui. Elles ont enfermé les aspirations spirituelles authentiques dans un cadre institutionnel qui a totalement et volontairement refusé de traduire dans la réalité les intuitions fondamentales qu’elles prétendent défendre.
La Famille est le lieu par excellence de l’assassinat de l’individu et de l’amour. Tronçonnant, mutilant la personne, elle fabrique des individus dépendants, diminués, dépossédés d’eux-mêmes et incomplets qui reproduisent par la suite les mêmes conditions relationnelles et affectives de dépendance mutuelle et d’appropriation de l’autre. Perpétuant la différenciation "sexuelle" par l’identification au père ou à la mère, elle empêche la découverte d’une personnalité "bisexuelle" sur le plan psychologique qui, par la suite, pourrait s’épanouir dans des relations affectives et sexuelles aussi bien avec des hommes ou des femmes, entendus cette fois au sens physiologique. L’amour se réduit à n’être plus qu’un rapprochement sclérosé de deux individus définitivement incapables d’aimer vraiment parce que la relation est avant tout vécue comme un dérivatif à un sentiment de détresse affective et de vide intérieur.
Tout est fait pour permettre aux gens de ne pas voir cette réalité.
Face à cette situation d’ensemble, que faire ?
Dès lors que, au fond, tout dérive de choix individuels, chaque personne peut s’évoluer, prendre d’autres directions. La liberté reste entière. Dieu nous cherche et nous supplie de lui ouvrir la porte. Il ne s’agit donc pas de dompter l’Absolu à l’aide de techniques, de gourous, de jeûnes ou de LSD !
Nous n’avons pas à faire, mais à nous laisser faire, lucidement, activement, en collaborant à cette action. Dieu nous cherche et nous sollicite par le biais des événements de notre vie quotidienne, des rencontres que nous faisons. Si nous le voulons bien, une distance critique s’établit entre nous et ce que la "société" attend de nous. Nous percevons de mieux en mieux ce que nous ne voulons pas. Mais comme nous n’avons pas encore atteint "l’autre rive", l’angoisse et l’isolement augmentent en même temps que la réprobation, les sarcasmes ou pire les tentatives de "guérison" de notre entourage. Peu à peu, une évidence se fait jour. Cette démarche n’est pas vaine, elle tend vers quelque chose, ou plutôt vers quelqu’un.
Et la rencontre se fait. On ne peut se tromper sur la nature de cet "événement" qui peut être soudain et parfaitement repérable ou plus souterrain et moins "spectaculaire".
A partir de là, une relation s’établit, au plus profond de nous-mêmes, avec Dieu. Il ne s’agit pas de phénomènes extraordinaires que l’on confond habituellement avec la mystique. Cette relation est très simple et se traduit par une communion continuelle avec une Présence évidente.
Naturellement, de l’extérieur, et tant que l’on ne vit pas cette relation (à plus forte raison lorsqu’on s’y refuse), il est très facile de considérer ce "discours" comme des foutaises ou des délires d’esprits détraqués, et nous comprenons parfaitement ceux qui réagissent ainsi : cette "expérience" ne peut se prouver, ni se démontrer. Mais il en résulte des transformations personnelles et surtout elle se traduit par des actes et des comportements qui témoignent de son authenticité. Bien plus, elle permet de déboucher sur un véritable Projet d’ensemble, un programme d’action concernant tous les secteurs du réel.
Ce Projet est totalement révolutionnaire dès lors que le monde que les hommes se sont fabriqué est bâti, au fond, sur le rejet de Dieu.
Répétons-le, en dehors de cette démarche ascétique et libératrice qui conduit à la découverte de notre véritable nature, rien n’est possible.
A partir du bouleversement évoqué plus haut, nous savons désormais où aller, mais tout reste à faire.
Les grandes directions du Projet apparaissent, mais il faut les expliciter, les répertorier et les approfondir.
Ce Projet implique et réclame une remise en cause et une disparition progressive et totale, au fur et à mesure des transformations individuelles, de toutes les institutions et mentalités qui forment les bases mêmes des collectivités actuelles : l’Etat, la Famille, la propriété privée, le couple exclusif, l’appropriation des enfants, le capitalisme, le martyre animal, le rationalisme, les Eglises, etc.
Ne jouons pas sur les mots, une véritable révolution est nécessairement globale ; tout se tient dans le monde que les hommes ont fabriqué. Ainsi, on ne peut condamner l’Etat ou le capitalisme sans rejeter la Famille et la propriété privée qui en sont les bases.
Ce qu’il faut construire à la place est tout aussi évident, au moins dans les grandes lignes. En ce qui concerne certains domaines, où l’effort de tous serait indispensable pour dégager les solutions pratiques, on ne peut que s’en tenir à des généralités.
Dans le cadre de ce texte de présentation, nous nous en tiendrons à une évocation rapide des différents domaines. Nous avons par ailleurs rédigé des textes plus complets, développant tous ces points.
Il faut préciser que, dans le passé, certains de ces aspects ont été mis en évidence par des personnes ou des groupes qui en ont vu toute l’importance. Malheureusement, très souvent ils n’ont pas fait le lien entre tous ces domaines et surtout, ils ne les ont pas raccrochés, pour la plupart, à la source qui pouvait en rendre possible la concrétisation.
1° La Communauté nouvelle cellule de base, dans laquelle chacun vit une relation, sur tous les plans, avec tous les autres, et dans laquelle les enfants ont autant de pères mères qu’il y a d’adultes. L’unification féminité-virilité, chacun étant à la fois homme et femme, rend possible ces transformations. La communauté est à la fois un lieu d’épanouissement, de communion, de perfectionnement personnel et un socle sur lequel peut s’édifier une nouvelle société.
2° Le partage total des biens, du travail et des fruits du travail
la suppression de la propriété privée remplacée par l’usage et l’échange. La satisfaction des besoins de tous et une économie d’abondance grâce à la participation de chacun aux tâches économiques, selon ses capacités et sa personnalité, et grâce à la suppression des gaspillages énormes liés à l’existence des Etats, de l’accumulation, de la concurrence effrénée... L’échange se fait à la base, par cette participation de tous aux tâches économiques et il n’est plus nécessaire de recourir à la monnaie, chacun "recevant" tout ce dont il a besoin tout en consacrant un temps réduit aux activités de subsistance.
3° L’instauration d’une véritable démocratie directe
sans Etat, dans le cadre d’entités nationales joignant une ethnie -un groupe culturel- et un sol (un "pays") de tailles réduites -au plus quelques dizaines de milliers de personnes.
L’emploi des termes "ethnie" et "national" peut prêter à confusion, surtout en ce moment ! C’est pourquoi, il faut préciser ce que nous entendons par ces termes.
La préhumanité a défiguré et perverti également le lien entre les peuples et la Terre. Le sentiment de faire partie d’un ensemble structuré, personnalisé, ayant une relation particulière avec un sol (un coin de Terre), ce sentiment est très valable en lui-même et repose sur une réalité fondamentale : il y a une mosaïque de "peuples" à la surface de la Terre qui doivent se découvrir, s’identifier et vivre (et non pas s’entretuer !). Ces peuples constituent précisément des "ethnies", c’est-à-dire un groupe humain ayant une culture commune, une langue, etc, qui vit et doit se développer dans un cadre géographique. L’ethnie et le sol forment une "nation". Le problème des peuples nomades reste ouvert et nous ne pouvons rien en dire, pour le moment du moins. Ce lien entre l’Homme et la Terre est très riche, complexe et précieux. La préhumanité a perverti ces réalités et, par la mise en place des Etats, les a transformées en nationalisme, guerres, volonté de puissance...
L’une des caractéristiques de ces "nations", au sens où nous l’entendons, est d’être de petite taille. C’est un fait tiré de l’observation géographique et ethnologique, puisque la définition même de l’ethnie suppose que les individus qui la composent puissent entretenir des relations les uns avec les autres. C’est également la condition de la réalisation de la démocratie directe. Ce n’est qu’au sein de groupes de taille "humaine" qu’elle est possible.
Il est très difficile d’aller plus loin dans ce domaine sans tomber dans la science-fiction. Dans le domaine de l’économique et du politique, les solutions dégagées par l’ensemble des communautés, sur un territoire donné, seront très variables et refléteront elles aussi la diversité des peuples. Il ne saurait sans doute y avoir un seul modèle, même si les grands principes seront identiques.
4° Un fédéralisme régional, continental, puis planétaire
instaurant des relations de solidarité, de collaboration et d’échange entre les "nations", dans le respect de leurs spécificités et de leurs personnalités aura pour but de coordonner les efforts et les recherches de tous dans l’approfondissement et l’explicitation des questions collectives, et des domaines concernant les 5°, 6° et 7°.
5° Une véritable "écologie"
fondée sur la prise en compte et la découverte du rôle, de la nature et de la vocation de chaque être vivant et de la Terre elle-même, appelée à évoluer sans doute vers une personnalisation. La toute première des applications de cette prise en compte de la dignité et de la vocation des vivants autres que l’Homme est le rejet du massacre des animaux, sous toutes ses formes (chasse, abattoirs, vivisection, sports imbéciles ou cruels...) Le végétarisme s’impose donc comme une première évidence.
Il faudra, en respectant la liberté des vivants, corriger des mécanismes aberrants et aveugles, tels que l’entredévoration, le pullulement ou la rigidité des instincts. Dans ce domaine, plus encore que dans les autres, il est impossible d’aller bien plus loin sans dire des bêtises. Il y aurait là tout un "chantier" nécessitant le concours de tous les hommes.
6° Une redéfinition de la connaissance
qui consiste à connaître le sens des choses, du réel et des êtres. Cette redéfinition amène à une nécessaire remise à leurs places des sciences et de la raison. Les sciences sont incapables de connaître, elles ne font que fournir des outils à des fins logiques et technologiques. Néanmoins, les sciences sont appelées à jouer un rôle considérable dans la construction du monde, en s’intégrant à une vision structurale du réel. On ne peut développer ici cette vision, qui fait l’objet de divers articles que vous pourrez lire dans les autres rubriques de ce site.
7° Une interrogation sur les fins ultimes.
Que deviendraient la matière, la Terre, et les Hommes eux-mêmes si ces derniers vivaient tout ce qui vient d’être évoqué ? Quelle peut être l’issue de cette gigantesque évolution ? Il nous semble certain qu’il n’y aura pas de terme, ni d’arrêt. Il n’y aura pas accession à un état statique, définitif, mais au contraire la poursuite indéfinie d’une évolution allant vers toujours plus de vie, de liberté, de conscience et de communion avec Dieu et avec les autres êtres. Nous reprenons à notre compte les mots d’un Grégoire de Nysse : « Nous irons de commencement en commencement qui n’auront pas de fin ».
Une dernière précision. Nous ne nous faisons guère d’illusions sur l’issue de "l’évolution" de l’Homme. Selon toute vraisemblance, si l’on s’en tient à une analyse rationnelle, la préhumanité va se détruire, par un moyen quelconque. Et toutes nos belles idées, que certains jugeront délirantes, resteront lettres mortes, au moins pour la Terre.