Ce sont semble-t-il les cas de filles musulmanes portant divers types de voiles islamiques à l’école qui ont déclenché l’hystérie médiatique (une de plus). Il faut dire qu’en France il ne faut pas grand chose pour qu’une armée de bien pensants se lèvent pour défendre les « grandes valeurs ». Ils occupent les médias et réclament de nouvelles lois répressives en guise de panacée universelle. On adore la liberté en France, surtout si elle reste sagement dans les rangs qui lui ont été assignés.
Du voile islamique à l’interdiction de tout signe religieux, philosophique et politique
Commençons par parler rapidement du voile islamique, après on pourra évoquer des questions plus fondamentales.
Si on prend la peine d’observer le réel et de lire divers témoignages de filles, voilées ou non, on peut déjà se rendre compte que les motivations des filles musulmanes qui portent le voile sont assez diverses, voire opposées. Quelques exemples (liste non exhaustive) :
- Port du voile islamique par conviction religieuse forte et personnelle (souvent contre l’avis de leurs familles). Ce qui ne veut pas dire qu’elles sont forcément des rétrogrades arriérées qui ne pensent qu’à convertir à un Islam poussiéreux leurs petitEs camarades par tous les moyens. Apparemment, c’est même plus souvent l’inverse
- Port du voile comme moyen d’émancipation paradoxal et particulier. C’est une sorte d’affirmation de liberté, de mise en avant de sa foi et de son choix libre pour montrer que foi et modernisme ouvert ne sont pas incompatibles, pour se libérer de manière radicale et particulière des pressions publicitaires, de la mode, des regards machistes...
- Port du voile en étant plus ou moins forcée par des pressions familiales et/ou sociales. Ca arrive aussi, et c’est triste.
- Port du voile comme moyen pratique d’échapper à la violence et à la débilité de certains garçons. Certaines filles n’ont guère d’autres choix, à moins d’aller habiter ailleurs.
- Port du voile comme une sorte de « camouflage » pratique pour pouvoir approcher (voire draguer) plus facilement les garçons et circuler librement.
- Port du voile peut-être par effet de mode, d’affirmation d’un certain milieu social, comme avec les punks, le style peace and love, le new age...
A vous de compléter la liste.
En plus il existe toutes sortes de voiles, plus ou moins colorés, qui recouvrent plus ou moins le corps et le visage. Peu importe, je trouve dans tous les cas absurde cette idée d’interdiction, quelles que soient les motivations des filles et l’épaisseur de leurs voiles. Même chose pour tous les autres signes religieux, ou les signes politiques ou philosophiques.
Peu importe que les filles soient contraintes, libres, aliénées ou auto-aliénées, la question n’est pas là. Je déteste toujours les systèmes d’interdiction qui prétendent faire le bonheur (ce qu’on suppose être le bonheur...) des gens malgré eux, qui veulent libérer les gens de force, par l’interdiction, les pressions « amicales » et la répression. On retrouve l’attitude paternaliste et simpliste de tous les systèmes colonialistes, et la France est experte en la matière.
Si des personnes veulent aller à l’école à poil, en burka, avec des pagnes sur une peau toute tatouée, ou en costard-cravate, c’est leur problème. Il faut les laisser exprimer leurs convictions. Quand des jeunes sont complètement aliénés par la pub, les marques et les modes, on entend moins les médias et les maîtres à penser hurler au prosélytisme intolérable et réclamer des lois. Les gens en place semblent plutôt se réjouir du partenariat école-entreprises, du sponsoring, de l’infiltration de l’idéologie capitaliste dans les consciences...
Bon, vous voulez connaître mon opinion sur cette idée de voile islamique ? Dans le cadre de nos pseudo-sociétés actuelles, je ne trouve pas ça pire que les mini-jupes volontairement provocantes, les Tshirts avec logo de multinationale ou les pompes à 300 euros. Ce qui est sûr, c’est que Dieu ne réclame pas de tenues vestimentaires particulières, qu’il est pour la liberté et contre l’aliénation, ce n’est donc pas Lui qui va traiter les filles d’inférieures, d’impures, de tentatrices qui doivent sortir couvertes, de pécheresses congénitales, les prêcheurs sexistes n’ont plus qu’à aller se rhabiller ! Si je raisonne dans le cadre d’une vraie société humaine, avec des personnes qui essaient d’être évoluées, alors de toute façon ce genre de question ne se poseraient plus : tout le monde porterait ce qui lui plaît, les catégories hommes et femmes n’existeraient plus (et plus de problèmes de sexisme, plus besoin d’échapper à la violence machiste), il n’y aurait plus de contraintes sociales, et tout le monde vivrait harmonieusement sans nuire aux autres. Les personnes ne ressentiraient plus le besoin de porter des signes distinctifs particuliers pour vivre et exprimer leurs idées, le corps des filles ou des garçons ne serait plus tabou, et on ne tomberait plus dans l’un ou l’autre excès (voile permanent, tenues très sexy...) en réaction à une société barbare et à des conditionnements personnels.
Pour l’heure, si des filles ont envie de s’émanciper en mettant des voiles ou des strings ficelles, de s’auto-aliéner de cette manière ou d’une autre, ça les regarde avant tout. Elles sont capables de faire des choix très jeunes, il faut simplement veiller à ce qu’elles aient les moyens d’échapper à des contraintes s’il y en a (ce qui est souvent difficile à détecter) et qu’elles le veulent. Dans un monde complètement à l’envers, où on fabrique deux sexes opposés, où rôdent des tas de tabous et d’interdits incroyables autour du corps et de la sexualité, il n’est pas du tout étonnant que certainEs adoptent des comportements qui paraissent curieux. Ensuite, les fanatiques d’une laïcité étroite détachée de la réalité, du bon sens et de la liberté plaquent leurs grilles de lectures, veulent faire rentrer tout le monde dans des cases, et stérilisent le débat. Je n’ai même pas vraiment envie de donner mon avis sur des pratiques bizarres (y en a plein !) liées à un monde absurde et barbare, ce qui est plus intéressant c’est de remonter aux sources et de s’interroger sur l’école et la laïcité, par exemple.
Les seuls trucs qui peuvent poser problème, c’est les contraintes, « douces » ou violentes, qu’elles soient policières, familiales ou sociales. Et je ne crois pas que des lois d’exclusion, des restrictions supplémentaires à la liberté d’expression, puissent aider les filles qui sont sous le joug de leurs familles et de traditions aliénantes et sexistes. Ca ne fera qu’aggraver les problèmes et dégoûter celles qui sont libres de leurs vies. C’est peu être ce que certains veulent...
Les partisans de l’interdiction de tout signe religieux, philosophique ou politique à l’école sont de toute façon mal barrés. Comment vont-ils faire pour distinguer ce qui est un signe ou pas ? Tout peut devenir signe : une couleur, un cri, une marque, une boucle d’oreille de telle forme, un tatouage...
S’ils veulent être rigoureux avec leurs idées, ils devront en (re)venir à l’uniforme pour toustes (rose pour les filles, bleu pour les garçons ?), avec interdiction de parler hors des normes, interdiction de marcher d’une manière qui puisse constituer un signe d’appartenance. La même coupe de cheveux pour tout le monde, et un numéro en guise de nom, car les prénoms et les surnoms cachent des tas d’appartenances religieuses ou autres. Tout le monde au pas et en rang. Mais ça ne suffira pas : tout le monde la même teinture de cheveux, la même couleur de peau. Et ensuite on fera appel à la génétique et au clonage pour que tous les jeunes soient pareils. Et là on aura peut-être atteint le sommet de la pureté laïque totalitaire, mieux qu’en Chine maoïste. Génial !
Bien sûr, ce n’est pas ce que veulent nos braves champions de la liberté, ils n’arrêtent pas de parler de tolérance, de respect des différences, des convictions et des cultures. Là ils veulent juste corriger quelques excès, inviter les musulmanes à mieux comprendre et vivre ces grands principes selon le bon chemin. Ils se contentent juste de faire le tri de manière arbitraire entre ce qu’ils jugent convenables ou pas. Je trouve que l’existence de classes de riches et de pauvres, les ghettos urbains... troublent bien davantage le (dés)ordre public que quelques filles voilées ou porteuses d’une grosse croix en bois autour du cou.
Pour s’en sortir, ils vont sans doute interdire seulement les signes dits ostentatoires (trop visibles, agressifs), mais ça ne change par grand chose au fond du problème, et la distinction entre ostentatoire et discret (convenable) sera toujours arbitraire.
Il y a plus grave, leur attitude révèle une conception obscurantiste et liberticide de la laïcité à l’école, et ailleurs.
En effet, revenir à des systèmes totalitaires type « uniformes » ou opérer des tris sélectifs est absurde si on se place dans un objectif d’émancipation de toutes les personnes et si on veut respecter leurs libertés.
La véritable laïcité devrait être ouverte à toutes les opinions, à tous les signes, à tous les militantismes, que ce soit à l’école ou ailleurs.
Certains n’arrêtent pas de parler de prosélytisme pour les musulmanes voilées, sur le même principe que pour les supposées sectes, en donnant à ce mot de prosélytisme un sens péjoratif (contraintes, mensonges, endoctrinement forcé...). Il s’agit de protéger les pauvres chérubins contre les prosélytismes. Comme s’il était devenu criminel d’exposer ses idées et d’inciter celles et ceux qui sont d’accord avec de rejoindre une religion, un parti, un courant de pensée, une association... Mais là aussi ils font des tris : les musulmanes voilées font du prosélytisme (sous-entendu de la contrainte pour un truc plus ou moins néfaste, obscurantiste, totalitaire), les bons élèves font du militantisme (sous-entendu ouvert, émancipateur et tolérant, citoyen). Déjà, le choix du vocabulaire et sa déformation montrent la mauvaise foi à l’œuvre et les choix idéologiques sous-jacents. Les jeunes sont méprisés et traités en imbéciles susceptibles de se laisser entraîner par n’importe qui.
L’école est le cimetière de la pensée
L’école devrait permettre la confrontation non-violente de toutes les idées (religieuses, politiques, philosophiques...) dans le but que les jeunes soient informés de tout et avec tous les points de vue, apprennent l’esprit critique et à penser par eux-mêmes, et ainsi puissent librement et lucidement faire leurs choix dans la vie, et ce le plus tôt possible.
L’enseignement devrait intégrer en priorité la présentation approfondie, objective (autant que faire ce peut) et subjective, de TOUS les courants et mouvements : anarchisme, communisme, Islam, Judaïsme, Christianisme, libéralisme, satanisme, homosexuel, féminisme, minorités religieuses ou politiques, punk, hippie, fascisme...
De multiples débats, sur tous les sujets, devraient inciter les jeunes à s’interroger sur toutes les questions : travail, famille, relations, Etat, politique, sexualité, foi, prostitution...
Et ceci pas de manière abstraite, encadrée et aseptisée, simpliste et limitée, mais en organisant très souvent des rencontres avec des représentantEs de tous les courants de pensée, en allant visiter ces personnes dans leurs activités quotidiennes (usines, communautés, AG syndicales, manifestations, rues, réunions de partis et de militants divers, hôpitaux, squats, églises...), en facilitant l’accès à toutes les informations sur tous les sujets (ce qui devrait être le minimum pour un pays se réclamant de la liberté d’expression).
Bien sûr, ça va à l’opposé des mentalités et pratiques actuelles : de grands discours tonitruants, mais dans la pratique, à part quelques exceptions, ce n’est pas brillant. On en reste à de l’élevage et à la fourgue de piles de trucs à apprendre et à régurgiter dans le bon sens, celui des manuels officiels. Comme à la télé, les « débats » sont rares, consensuels et ne portent jamais sur les questions de fond ou dérangeantes.
On veut aseptiser de plus en plus l’école, en faire un monde feutré et lisse, « neutre », un sanctuaire inviolable où les jeunes seraient à l’abri du monde et pousseraient en vase clos, comme des champignons diaphanes dans une cave obscure. Etant donnée la violence et le « je m’en foutisme » qui habitent les jeunes (pourquoi ?), on pourrait parler aussi de dressage de fauves pour leur apprendre à passer d’une cage à une autre.
L’école ne doit pas être un sanctuaire, une chambre mortuaire pour jeunes momies décérébrées soumises au seul « bon » endoctrinement, soft et correct, celui décidé et fabriqué par l’Etat et ses serviteurs. Pas de monopole de « l’endoctrinement », tout le monde doit pouvoir « endoctriner » tous les élèves !! Comme ça, ils-elles ne se laisseront plus endoctriner par personne !
L’école devrait être un lieu de brassage, de débats permanents, d’ouverture réelle sur le monde, sur toutes ses facettes, en passant par les plus contestataires, par celles qui paraissent absurdes, scandaleuses et dangereuses.
Le rôle des adultes (enseignants, éducateurs, parents...) serait de présenter les choses, d’organiser les débats contradictoires, de veiller à ce qu’ils soient équitables, respectueux et ouverts, d’ouvrir des perspectives, de désamorcer violences et dominations, de faire des parallèles et de resituer les idées dans l’histoire. Ils seraient juste des accompagnateurs, des garde-fous, des transmetteurs, pas des moulins à paroles qui déversent mécaniquement un savoir unilatéral et censurent ce qui dérange, au nom du Programme ou de leur conformisme.
C’est seulement à ces conditions que les jeunes ont des chances d’arriver à penser par eux-mêmes, à échapper aux obscurantistes et autres terrorismes, sans répéter béatement les conditionnements étatiques et capitalistes (entre autres).
Mais l’école préfère des ectoplasmes inconsistants à des individuEs libres capables d’esprit critique aiguisé. Elle veut garder le monopole des idées, elle veut absolument conditionner selon ses vues, et s’imagine le faire dans l’intérêt des jeunes.
On veut interdire les signes, comme on occulte et étouffe quotidiennement les idées jugées non-convenables, pour éviter que les jeunes puissent se poser des questions, comprendre le monde et découvrir éventuellement l’urgence de la résistance et de la révolution.
Dans la réalité, l’école refuse le pluralisme et le brassage des idées pour garder le monopole et éviter que ne se développe une pensée réellement autonome chez ses élèves.
Peu lui importe qu’elle fabrique à la chaîne des ignorantEs vides de conscience et pleins de formules, des êtres sans recul ni perspectives qui risquent, de ce fait, de facilement tomber dans les filets d’extrémistes violents, de fous dangereux, de véritables sectes, ou de douces chimères.
Peu lui importe la minorité qui sombre complètement tout de suite, du moment que la majorité suit le mouvement du naufrage à long terme, s’intègre, cherche sagement du boulot sur le marché aux esclaves, milite en rond dans les leurres citoyennistes, et tente de fonder une famille aussi étouffoir que les autres.
L’école est donc le cimetière de la pensée, une grosse machine à fabriquer des cadavres mentaux, des esclaves dociles, quelles que soient les bonnes volontés et le dévouement de certainEs enseignantEs.
Loin de fournir des armes défensives contre les dictatures (petites ou grandes), l’école fabrique des robots prêts à suivre n’importe qui et n’importe quoi. Elle est donc complice des obscurantismes, elle est le premier d’entre eux. L’école et la « société » écartent pratiquement toujours les idées et les groupes jugés non-conformes pour que les robots suivent sans broncher l’idéologie dominante. Elles savent que les êtres qu’elles ont « fabriqués » sont malléables, il faut donc les canaliser de manière étroite pour éviter qu’ils partent n’importe où. Les jeunes qui veulent s’informer réellement sur le monde, sur les auteurEs subersivf-ves..., doivent le faire hors de l’école.
Bien sûr, il existe certains profs et chefs d’établissement qui essaient réellement d’ouvrir l’esprit des élèves, mais ils sont ultra-minoritaires, et leur action ne peut pas avoir beaucoup d’effet dans le cadre existant, surtout que les jeunes sont matraqués dès leur naissance et sont souvent ravis de leur situation d’enfants rois matérialistes.
Les Juppé, le PS (Fabius, Lang...), les Stasi, tous les partisans de l’interdiction de tous les signes (ou de certains) au nom de la liberté et de la protection des élèves sont en fait des fossoyeurs de la liberté qui veulent enterrer davantage l’esprit critique des jeunes et leurs moyens d’expression. Ce sont avant tout eux les obscurantistes, les intégristes, les prosélytes intolérants, violents et manipulateurs.
Bien sûr, les choses sont plus complexes et plus inextricables si on fouille un peu.
D’abord, les élèves sont souvent très réactionnaires et fermés, avides de décervelage, de stupidités médiatiques et scolaires... Et l’école leur apporte tout ça sur un plateau, ils n’ont plus qu’à se goinfrer en consommant les « savoirs » minimum, utiles à leur intégration dans la jungle sociale, en complétant ça par de grosses louches de TV et de pub. Ces jeunes là seraient réfractaires à des débats pluralistes et aux efforts nécessaires au développement de leur esprit critique, ils n’en veulent pas, ils veulent juste fonctionner, avoir les bonnes places pour consommer sur le dos des autres.
D’autre part, il existe des jeunes qui refusent d’assister à certains débats ou cours, qui refusent d’ôter des tenues incompatibles avec certaines activités (sport, TP chimie...). C’est ennuyeux, mais est-ce que les sanctionner changera le problème ? Il faudrait les soustraire à l’éventuelle influence néfaste de leurs familles et milieu social, comment ?, au nom de quoi ? On ne peut que tabler sur leur propre évolution au contact des autres, les inciter à voir d’autres choses et leur fournir des outils d’émancipation intellectuels et concrets. Il y aura toujours des réfractaires qui préféreront rester « ignorants » et robotisés, ça les regarde. Tout ça ne pourrait évoluer que dans la mesure où la société évoluerait dans son ensemble. Dans l’immédiat, il n’y a pas de solutions simples, et en tout cas ce n’est pas les interdictions stupides et les bourrages de crâne qui risquent d’arranger la situation.
Il faudrait sans doute pour commencer que les jeunes aient plus de possibilités d’autonomie (financière par exemple), qu’ils ne dépendent plus de leurs parents pour tout, qu’ils puissent les quitter (temporairement ou définitivement) s’ils le souhaitent, que des lieux autonomes pour les jeunes existent (pour se retrouver librement et construire leurs propres actions), que des systèmes d’hébergements soient à leur disposition.
Autant de solutions et de portes de sortie à chercher pour laisser intacte la liberté individuelle (de s’aliéner ou de se libérer) tout en limitant l’impact des conditionnements et enfermements sociaux et familiaux.
Il faudrait évidemment que les jeunes soient partie prenante de leur libération, et réclament eux-mêmes leur émancipation au lieu de suivre passivement le troupeau, on en est très loin.
Il est aberrant de vouloir apprendre la tolérance et le respect en mettant les jeunes dans des cocons fermés, où tout ce qu’ils respirent est filtré et contrôlé. Ils ne sont pas en porcelaine ni privés de défense immunitaire comme ces malades qui vivent en isolement sous tente à oxygène. Ce serait à l’école de stimuler leurs défenses naturelles au lieu de leur fournir des injections stériles sous serre. Et, comme pour les maladies, ce n’est pas en les confinant ou en leur imposant des vaccins formatés qu’on va le faire, mais en les mettant en contact avec la vie, la vraie, pas celle d’Auchan ou celle décrétée par l’éducation nationale, les associations de parents ou les lobbies.
Dans une « société » fermée, avec la plupart des familles complètement sclérosées, il est encore plus important que les jeunes soient en contact d’un vent de liberté si on veut espérer leur émancipation et libération réelle.
Mais l’école ne veut pas de ça, ce serait inculquer aux élèves les germes qui risqueraient de mener au rejet de l’école et de nos « sociétés » carcérales. Elle préfère donc garder la main sur les cerveaux. C’est normal, elle est un des bras armés du moloch. Il faut donc complètement remettre en cause l’école, nous y reviendrons.
Foi publique ou privée ? Unité totalitaire ou liberté du morcellement conflictuel ? L’autre voie
A entendre de plus en plus de personnes, la foi serait un truc très spécial, tellement dangereux qu’il devrait rester confiné dans la sphère privée, alors que les orientations sexuelles, les idéaux politiques... auraient le droit de s’étaler au soleil sur la place publique.
Curieux raisonnement, dicté sans doute par la peur du retour des autoritarismes dits religieux. Je comprends qu’on n’ait pas envie de revivre l’inquisition ou les conversions forcées, mais ce n’est pas une raison pour discriminer et se venger sur les croyants actuels. Ou alors, il faudrait aussi confiner au privé l’extrême droite, l’extrême gauche, et même la droite et la gauche, pour se préserver de tout retour au fascisme ou autre dictature. Tous les croyants ne sont pas des amis de Franco ou des tyrans à la mode iranienne ou saoudienne. Tous les communistes ne sont pas staliniens.
Je suis désolée, mais la foi authentique dépasse très largement le cadre privé, elle touche au social, au politique, à l’économique..., que ce soit à l’échelle locale ou mondiale. Bien sûr, il ne faut pas que les personnes ayant la foi en Dieu installent des régimes de contrainte et des dictatures, même chose pour les façons de penser athées ou laïques, rien de plus. Je ne vois pas de raisons pour priver la foi d’expression publique et de positions et actions politiques en instaurant un régime d’exception.
Il s’agit bien là d’une dévalorisation et d’une domestication de la foi, à la niche ! On veut lui ôter tout potentiel libérateur collectif, seules la raison et les sciences seraient sérieuses et dignes des êtres humains « modernes » ! Cette volonté d’éradication des signes à l’école veut isoler les individuEs et relativiser leurs idées. Chacun chez-soi avec ses croyances (qui sont souvent ravalées au rang de croyances superstitieuses et « bouche-trous », comme la croyance au Père Noël), ses idées personnelles et non généralisables sur la foi, et la Grandeur de la France pour toustes ! Evidemment, les croyantEs superficiel-le-s et superstitieux-ses sont nombreux-ses, mais est-ce une raison pour généraliser et exclure. Est-ce qu’on moque les croyants au progrès, à l’objectivité de la science, à l’Etat, à la famille, au couple exclusif, à l’évolution de l’humanité actuelle, à la lutte des classes, à l’existence de réelles démocraties... ?
On pratique l’atomisation et l’invisibilisation des idées pour mieux les neutraliser et les empêcher d’émerger en mouvements de contestation de l’ordre établi, le tout au profit de Big Brother, d’une unité fictive et fabriquée au sein de l’Etat français. Ce n’est pas parce qu’on l’enrobe dans des principes non appliqués (et non applicables avec les humains tels qu’ils ont choisi d’être pour l’instant) que le totalitarisme à la française est meilleur que les autres.
C’est là qu’intervient l’épouvantail dit du communautarisme, autre concept à la mode. Il s’agit de faire peur et de ramener tout le monde dans le rang en agitant le spectre de l’éclatement de la France, du retour en arrière, de groupes forcément arriérés qui se feraient la guerre et opprimeraient leurs membres en se repliant sur eux-mêmes.
Les médias et les penseurs attitrés ont peur que des tas de groupes, religieux ou autres, réclament des tas de droits contradictoires, des bouts de territoires, des zones avec juridictions spéciales. Les filles voilées ne voudront pas côtoyer les naturistes, qui eux ne voudront pas voir de militaires, qui eux voudront mettre les gauchistes à part... Les juifs avec les juifs, les musulmans de telle branche avec ceux de telle branche, les homos avec les homos, les noirs chrétiens libertaires issus de l’immigration avec...
Dans un sens, ils ont raison d’avoir peur, car en effet les humains oscillent perpétuellement entre éclatements violents et unité forcée. Et si la main de fer de l’Etat desserrait l’étau, on peut parier que naîtront des tas d’entités : Pays Basque, Corse, Bretagne, Occitanie, Savoie..., plus des groupes politiques ou religieux... Est-ce forcément un mal, est-ce forcément pire que ce qui existe à présent ? Chacun réclamera l’autonomie et ses propres lois, et on peut craindre, vu la violence stupide qui habite la plupart des humains, des guerres civiles sans fin.
L’humanité (la préhumanité plutôt) se retrouve toujours confrontée à deux culs-de-sac : soit une unité superficielle, obtenue et maintenue par la force et l’uniformisation, qui tolère quelques zones plus ou moins folkloriques, soit de multiples entités très différentes, qui se font souvent la guerre pour conquérir les territoires, les ressources et les êtres.
La pseudo-unité est obtenue par la dictature (URSS, Chine, Irak...) ou par la démocrature (France et pays similaires), avec le support d’idéaux divers : patrie, communisme, fascisme, laïcité... Le problème, c’est que les individuEs et les groupes qui ne se reconnaissent pas dans l’idéologie dominante ont toujours été opprimés. De plus, l’unité des Etats n’empêche pas du tout les guerres entre Etats. L’unité capitaliste est une guerre générale. A force d’étouffer les aspirations minoritaires, on aboutit à des guerres civiles, du terrorisme... La marmite finit toujours par exploser, surtout que les humains aiment se passionner pour des stupidités et s’envoyer en l’air lors d’une bonne guerre, ça les change de leur quotidien grisâtre.
A l’inverse, la multiplication de micro-Etats (ou structures similaires) libres et différents rendrait ingérables les échanges (économiques et autres) entre les peuples, et l’exacerbation d’identités particulières, éventuellement belliqueuses, conduirait à des tas de conflits (étant donné la non-évolution volontaire des humains). Et puis on peut craindre que les individuEs soient tout autant opprimés dans les petites structures que dans les grandes (il n’y a qu’à voir ce qui se passe dans les tribus dites primitives et dans les familles).
Il n’existe hélas aucune solution satisfaisante possible tant que les humains ne changent pas : choisissez entre des étouffements à grande échelle préparant des explosions et des tas de micro-entités en conflit et tout aussi oppressives envers les personnes !
Les rêveurs d’une République non-autoritaire réunis autour d’idéaux communs, tout comme ceux qui espèrent une utopie où chaque humain et groupe pourrait vivre selon ses idées spécifiques et en paix avec les autres, sont tous dans la fiction.
On ne peut pas imposer des idéaux communs, ça doit venir des individus, ou alors c’est le totalitarisme. Et l’existence d’un cadre utopique (très séduisant sur le papier) permettant la cohabitation pacifique de toutes sortes de modèles de société est impossible si les personnes n’évoluent pas vers la fraternité et l’amour (les humains actuels sont trop violents et conquérants pour supporter un tel cadre). Et si elles évoluent dans cette direction, elles débouchent forcément sur ce que nous appelons Le Projet, et alors un cadre avec des utopies très diverses devient incongru puisque que tout le monde partage la même utopie !
Donc, soit les humains refusent toujours d’évoluer en profondeur, et elles reproduisent l’un ou l’autre des deux modèles violents, avec toutes les nuances entre les deux, soit ilsévoluent et peuvent construire une utopie commune tout en respectant la liberté individuelle. Seule l’évolution, l’unité intérieure libre et universelle, la conversion à Dieu, permettent de dépasser et d’inclure les singularités personnelles et toutes les cultures.
Il faut en finir avec le rêve incohérent de construire un jour de vraies sociétés avec des humains qui restent inchangés. La diversité culturelle exacerbée, montée en absolu, et les opinions personnelles en circuit fermé ne sont pas inéluctables. Avec le concept de laïcité, la France essaie de construire une unité non dictatoriale tout en gardant une certaine liberté individuelle, c’est louable, mais c’est impossible. L’unité n’est que de façade et se paie au prix fort.
L’unité de l’humanité (et au delà) existe, elle n’est pas dans les lois, les dogmes, le nivellement ou le volontarisme, elle est intérieure et elle est très forte, bien plus que le vague humanisme ou la solidarité entre créatures souffrantes. Elle se manifeste dans le fond, dans l’action et l’insertion des projets individuels dans le Projet Commun. Elle est Amour et permet de dépasser et transformer, sans les détruire ni assujettir, les différences de forme (sexes, cultures, âges, habitudes, instructions, langues...), elle intègre et magnifie les singularités, elle s’appuie sur la diversité des formes pour renforcer le fond et construire une vraie société.
Tout le monde glose sur les différences, sur le respect de la diversité des cultures et des individuEs, seulement personne ne veut comprendre que ces diversités ne sont pas la réalité ultime, elles ne sont qu’une écorce, un outil modelable, un outil certes important et indispensable, mais un outil au service de l’unité, de la fraternité et de l’égalité. Il ne faut pas confondre l’instrument et ce à quoi il doit servir, l’outil ne doit pas devenir ce qui modèle nos identités et nos engagements fondamentaux, au point d’interdire toute fraternité planétaire.
Même les religions se sont enfermées de manière stérile et destructrice dans des particularismes étroits, des guerres de cultures, des monopoles et des chapelles forteresses. C’est logique, elles sont un pouvoir parmi les autres, allié aux autres, ce qui est monstrueux. S’il existe un Dieu, il ne peut qu’être unique, s’il est unique il ne peut y avoir qu’un seul projet de société identique pour tout le monde sur le fond, et l’humanité devrait être unie, solidaire. Au lieu de ça, les croyants, comme les autres, se font la guerre, dominent les peuples (déviants, animaux, filles...) et se disputent la mainmise sur les âmes. Si Dieu existe, il ne devrait pas y avoir LES religions, mais LA religion, la religion qui ne serait pas prise de pouvoir, dogmes à suivre comme des robots, hiérarchie, sucre d’orge pour endormir les peuples exploités..., elle serait l’expression collective des vies spirituelles individuelles, des relations directes avec Dieu entretenues librement par chaque personne. L’existence de plusieurs religions, de surcroît en conflit et contradiction (qui ont justifié et pratiqué de multiples violences), est une aberration absolue. Oui à une diversité dans les formes (rites, fêtes, couleurs, langues...), mais il faudrait voir et vivre l’unité sur le fond. Dans notre monde, LA religion serait forcément révolutionnaire, du côté de tous les dissidents, contre tous les pouvoirs, contre l’Etat, le capitalisme, la famille, la propriété privée des ressources communes..., pour la libération individuelle et collective de tous les êtres. LA religion, par la grâce des conversions individuelles, serait en quelque sorte anarchiste pour la libération individuelle, et communiste pour l’idée de fraternité collective. Un anarchisme non-violent et unitaire, un communisme spirituel qui abolit d’entrée les classes, l’Etat et les dictatures. LA religion ne peut pas prôner la violence ni être soporifique, elle n’est ni l’opium ni le terrorisme, elle est amour et liberté.
C’est aux dissidentEs intérieurEs de tous les pays de s’unir par delà les partis, les réseaux et les religions.
L’unité sans violence et la liberté individuelle absolue, c’est possible, c’est aux humains à s’ouvrir à cette réalité au lieu de tourner en rond et de rêver.
De ce fait, la République française est une fumisterie oppressive et vide. Il y a pire ailleurs, et les humains ne sont sans doute pas capables de faire moins pire, ok, mais alors qu’on le dise franchement au lieu de faire semblant de croire que le monde évolue et qu’on est des civilisés. A tout prendre, je préférerais qu’on laisse plus de libertés aux individuEs et aux groupes particuliers. Que chacun se responsabilise au lieu de se livrer dans les griffes de velours de l’Etat et du capitalisme ou d’en être prisonnier contre son gré. Si la Corse, la Bretagne, le Pays Basque... deviennent indépendants, tant mieux, de multiples petits Etats sont moins nocifs qu’un grand, et à petite échelle on a plus de chance de voir naître des embryons de démocratie. Si les musulmans, les juifs, les chrétiens, les bouddhistes, les scientologues, les joueurs de rugby, les homosexuel(le)s... veulent des territoires ou des lois à eux, ça les regarde, du moment qu’ils n’empêchent pas la liberté des autres de s’exercer. Que chacun assume ses choix et en expérimente les conséquences. Ce serait de toute façon moins hypocrite que la situation actuelle : une unité de façade où de multiples cercles bénéficient de passe-droits et jouent les lobbies. Ce qu’il faudrait, c’est que tout le monde soit à égalité dans ce domaine, que les petits groupes et les contestataires aient aussi le droit et la possibilité de vivre comme ils l’entendent.
Evidemment, rien ne changera, tout continuera à l’identique. On veut une Grande France, capable de rivaliser avec les autres Etats, de vendre des armes en grand et de peser dans le piétinement du monde.
Ce déséquilibre permanent qui profite toujours aux mêmes et piétine toujours les mêmes se maintiendra. La majorité ne veut pas le rompre et personne ne veut le décrire tel qu’il est réellement. Eventuellement, on lâchera quelques miettes aux plus remuants : les musulmans, les Corses, les Bretons..., pour éviter les explosions trop brutales qui pourraient menacer le système.
L’école et la famille continueront dans les mêmes formes, elles sont les structures de base qui assurent le nivellement des singularités au profit de la perpétuation d’une entité monstrueuse que personne n’ose regarder en face, forcément on y verrait notre propre visage.
Personne ne veut rompre les liens qui relient chacun à la grande matrice, personne ne veut prendre le risque de la dissidence et de la conversion intérieure. Matrix n’est pas de la science-fiction, on y est depuis longtemps, pas besoin de dictature mondiale, de robots malfaisants et de programmes manipulateurs, les humains ont décidé de baigner dans leur jus d’esclaves volontaires, et de s’auto-illusionner bien avant l’avènement du virtuel et du décervelage de masse. Les structures ne sont pas la source de l’esclavage planétaire, elles ne sont que les appendices collectifs qui enracinent l’auto-asservissement généralisé.
Alors, arrêtez de vous plaindre, et repeignez vos chaînes en silence, si vous êtes sages ou très remuants, vous aurez droit à un maillon de plus.
Mixité, genres femme/homme et sexualité
La mixité est un faux problème. On fabrique de manière forcée des Hommes et des Femmes, on divise l’humanité en deux catégories distinctes, et après on voudrait que ces deux catégories cohabitent pacifiquement et harmonieusement !! C’est stupide et hypocrite. Au moins, l’apartheid sud-africain était plus cohérent avec son idéologie raciste : les Blancs d’un côté, les Noirs de l’autre. Si nos « sociétés » étaient cohérentes, la non-mixité devrait être la règle : les Hommes d’un côté, les Femmes de l’autre. Femmes et Hommes ne se verraient que pour des temps limités de relations affectives et sexuelles (sauf pour celles et ceux qui préfèrent l’homosexualité), un peu comme dans « Le Meilleur des Mondes » d’Huxley. Le reste du temps, les deux groupes vivraient chacun leurs vies séparément. En fait dans la pratique, c’est bien ce qui est vécu, malgré les simulacres de bonne entente et de parité. Il n’y a pas séparation spatiale complète (comme pour les WC), mais sur le plan mental... Ce n’est pas parce qu’on se touche et qu’on discute qu’il existe de réels échanges.
L’école, si elle voulait remplir sa mission, devrait être la première à parler des idées d’abolition des genres, à lutter contre la fabrication « raciste » de catégories d’humains séparés (qu’il s’agisse de couleur de peau, d’âge, de sexe, de sexualité, de foi...), à débattre largement de l’homosexualité, de la bisexualité, des trans... et même des relations entre jeunes, des relations entre jeunes et plus vieux. En fait, elle en parle de manière très superficielle ou contribue directement aux apartheids. Ce n’est pas en uniformisant et gommant qu’elle y parviendra.
La sexualité est une question importante, qui intéresse beaucoup les jeunes. Or, elle est totalement occultée, on a de vagues cours d’éducation sexuelle (sur la mécanique de la reproduction) et la mise en garde contre les MST, c’est tout !!
Là aussi, s’il existait une info large et pluraliste (depuis les cathos coincés jusqu’à la pornographie, en passant par la prostitution, les backs rooms et les gens ordinaires), si ces questions étaient débattues librement avec l’appui de témoignages concrets, sans doute que les jeunes seraient beaucoup moins sexistes et homophobes, ils seraient plus ouverts et moins violents. On connaîtrait moins de viols, de frustrations explosives, de complexes mortifères et autres (qui peuvent mener aux meurtres, suicides...).
Mais on s’en fout, on préfère interdire et contrôler. Alors on va pondre des lois contre le sexisme, pour la parité, condamnant les propos homophobes. Et les jeunes n’auront que le recours à la masturbation, aux fantasmes, à la pornographie réductrice (sexiste, hétéronormée), et découvriront les réalités sur le tard, s’ils se révoltent.
Contre l’école, pour une instruction et une éducation libératrice
L’école a pour fonction de fabriquer des clones dociles et utiles à la reproduction des pseudo-sociétés. Par son organisation hiérarchique en classes d’âge et ses endoctrinements (explicites ou implicites), elle prépare à accepter sa place sous la coupe de la famille, du travail et de l’Etat. Il est bien évident qu’elle refusera toujours catégoriquement une laïcité ouverte et réellement émancipatrice telle que je la décris au début.
Il faut donc remettre en cause l’école, ses structures comme ses finalités.
Les jeunes ne devraient plus être séparés en classes d’âge, enfermés entre quatre murs la plupart du temps. Il ne s’agirait plus de leur apprendre quoi penser, mais comment penser librement. Les jeunes feraient l’apprentissage de la vie en vivant le plus souvent parmi des adultes (des vieux, des moins vieux, d’autres jeunes...), les cours « classiques » seraient beaucoup plus limités et seraient faits par des profs (ou des non-profs) réellement passionnés par leur sujet. Pour les collections de faits, de formules ou de dates à connaître, chacunE pourra consulter des bouquins, les adultes ne seraient plus là pour les gaver de formules et de trucs à apprendre par cœur, mais pour les faire débattre et pour leur communiquer des passions, des idées sur la vie. Les jeunes ne seraient plus des élèves en apprentissage passif au sein d’un système de type concentrationnaire, mais des êtres humains qui se découvrent et se construisent librement à travers de multiples activités, débats, expérimentations et engagements.
Plus de place pour l’ennui, l’impression de perdre son temps et la compétition. Finis les examens, fini le formatage en fonction des besoins du capitalisme, finies les débilités autour de l’égalité des chances.
L’égalité des chances ! Comme s’il pouvait exister une quelconque égalité dans un système fondé sur la violence, l’injustice structurelle, les classes sociales, la compétition à outrance et l’élimination des non-concurrentiels !! Que le plus pourri, la plus violente ou le plus rusée gagne ! Les individuEs sont dès leur naissance séparéEs en Femme/Homme, ils appartiennent à des classes sociales très différents, sont riches ou pauvres... Ce n’est pas l’école telle qu’elle existe, les bourses scolaires ou la discrimination positive qui risquent de changer ça. L’égalité consisterait en ce que chacunE puisse s’épanouir librement, se découvrir, ce n’est pas l’école ou le travail qui permettent ça, bien au contraire. On maintient une égalité fictive, pour la forme, et démerdez-vous, battez-vous pour avoir les meilleures places dans l’échelle, écrasez les autres et contentez-vous des strapontins ou des poubelles si vous n’avez pas les dents qui rayent le parquet.
C’est de la pure idéologie libérale vaguement corrigée par de l’assistanat, que les meilleurEs (c’est à dire les plus arrivistes) gagnent, à chacunE selon ses mérites au sein de la Grande Compétition des marchés mondiaux. Ce dogme « d’égalité des chances » est une immonde mystification qui invite en fait à la guerre permanente entre individuEs, car chacunE sait que les « chances » (les bonnes places) sont très limitées et vendues aux plus implacables. On pousse à l’individualisme forcené et insensible, comme s’il n’était pas possible de faire autrement.
De surcroît, les personnes sont toutes fondamentalement différentes, avec des capacités variées à épanouir, vouloir les formater et les orienter vers la guerre capitaliste permanente est un crime incommensurable contre la singularité et la liberté humaine. L’école piétine les individuEs et offre leur dépouille à la perpétuation du délire collectif que l’on appelle à tort société.
L’école est donc triplement criminelle :
- Elle n’apprend pas à penser librement, à avoir un esprit critique
- Elle oriente les personnes en vue d’un système barbare et absurde, sans aucun échappatoire
- Elle détruit la singularité et la richesse individuelle par la séparation, le conditionnement et l’aplanissement des réelles singularités au profit de touches « personnelles » faites pour agrémenter le produit sur les marchés de l’emploi et des relations.
L’éducation nationale devrait être poursuivie pour crime contre l’humanité. Même chose pour la quasi totalité des familles. Ces deux institutions ne doivent plus être sacralisées. Il faut tirer la chasse.
Il y aurait encore beaucoup à dire sur le sujet. Quand on remet en cause l’école et qu’on réfléchit à quoi mettre à la place, il faut aussi remettre en cause la famille, le capitalisme, le statut des jeunes, la séparation des humains en classes, s’interroger sur les façons de transmettre des savoirs et d’éduquer, la liberté d’expression, ce qu’est un être humain, le sens de la vie sur Terre, etc...
Conclusion
Cette idée d’interdiction du port de tout signe religieux, philosophiques ou politiques à l’école publique, cette nouvelle restriction des libertés, pourrait être une occasion de plus pour les jeunes de prendre conscience de la réalité de l’école et de la « société » dans laquelle on voudrait qu’ils s’intègrent sans réfléchir.
A eux d’entrer en dissidence, d’organiser la grève générale dans tous les établissements scolaires, de réclamer la liberté et une éducation à l’esprit critique dans une laïcité pluraliste et ouverte, qui se préoccupe de leur épanouissement sur tous les plans au lieu de leur modelage en vue de l’intégration au marché du travail et à la pensée unique.
Il ne faut pas compter sur les profs et les parents (sauf exceptions) pour ça, les adultes intégrés crèvent tous de peur, ils ne veulent que reproduire et accentuer les moules qui les ont formés et fermés. Les humains ne sont pas des gaufres, avec des petites cases prédéfinies à remplir avec de la confiture (vous pouvez choisir la couleur et le parfum) pour être plus appétissants. La pâte de base est la même, seulement elle pourrait prendre des tas de formes et développer ses talents dans une autre direction. Ce n’est pas en changeant la couleur du moule ou sa forme, en laissant quelques filets d’air aux jointures que nous pourrons, que vous pourrez respirer, il faut renvoyer tous les modèles de moule à la casse, et les étudier froidement comme on étudie le fonctionnement de la guillotine, sans se couper, sans passer la tête par le trou.
Je ne parle pas du refus de toute construction, d’une simple opposition sans perspectives pour s’affirmer et se faire mousser, j’invite à une réelle libération intérieure. La libération commence quand on détruit les moules, le plus dur est de ne pas s’en fabriquer d’autres ou de les recycler en changeant le dessin des gaufres, ce qui est encore plus dur, c’est de comprendre qu’on peut tout reconstruire sans carcans. Pour ça il faudrait réaliser que Dieu est le seul levain qui peut aider la pâte à se lever librement.
Quand les jeunes se mettront en grève générale illimitée, quand ielles refuseront les moules aliénants et destructeurs de la famille et de l’école, quand ielles refuseront les couloirs étroits et sans issues de l’intégration dans la « société » carcérale par le biais du travail ou de sa recherche, de la consommation et du seul militantisme réformateur, alors peut-être qu’un début de révolution libératrice et non-violente sera possible.
Pour l’instant, seules résonnent les sirènes de la police, des interdictions et du renoncement général.
A mort l’école, la famille, l’Etat et le capitalisme ! Toutes ces institutions sont intimement liées et concourent toutes à l’asservissement des personnes dans un système barbare et vide fabriqué par des individuEs barbares et vides qui ont accepté de se laisser asservir et qui ont refusé de se libérer.


