Appel en faveur de l’abstentionnisme

Pour l’abstention aux élections présidentielles et législatives

Ni république ni démocratie, la France est une démocrature, un pays totalitaire dirigé par des pouvoirs non-élus au suffrage universel. L’abstentionnisme est un premier moyen de résistance. Elections, pièges à cons.

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A l’approche des élections législatives (mais cela vaut aussi pour la présidentielle), nous vous conseillons vivement de bouder les urnes. En dépit de tout le bourrage de crâne officiel, il n’est pas difficile de se rendre compte que la France (pas plus que n’importe quel autre pays) ne saurait se faire passer pour une ‘république" et une « démocratie ».

La République, c’est-à-dire "la chose de tous" qu’on peut assimiler au bien commun est, en fait, privatisée et convertie en "choses" bien grasses et bien juteuses (fric, places, honneurs, pouvoir, influence, notoriété, médiatisation, titres, médailles...) que se répartissent les quelques centaines ou quelques milliers de nantis qui détiennent tous les leviers de commande essentiels. Quant à la Démocratie, elle ne brille pas moins par son absence, sauf dans les beaux discours, les grandes Déclarations et les manuels d’instruction civique ! La France n’est évidemment pas gouvernée par le peuple, mais par toute une série de pouvoirs dont les trois les plus importants, à la fois complices et rivaux selon les circonstances, les intérêts et les rapports de force, se concurrencent âprement et s’étagent à peu près dans l’ordre hiérarchique suivant : l’économique, le médiatique et l’administratif auxquels on peut en ajouter un quatrième qui ne cesse de monter en puissance : le judiciaire. Naturellement, il existe aussi une infinité de groupes de pression, parfois redoutables et très influents comme le "complexe militaro-industriel" ou les commandos de chasseurs-pêcheurs, et un nombre également très important de pouvoirs secondaires (Eglises, organismes éducatifs et culturels, associations etc..) subordonnés aux principaux et parmi lesquels figure le sous- pouvoir politique qui, au mieux, ne vient qu’au quatrième ou au cinquième rang ! On en arrive à cette constatation ahurissante à laquelle nous vous demandons de prêter la plus grande attention : les vrais gouvernants (affairistes, hauts fonctionnaires, journalistes, membres des cabinets ministériels, services secrets, militaires, juges etc..) ne sont pas élus au suffrage universel et dominent entièrement ceux qui le sont... et dont le rôle effectif est donc tout à fait négligeable. Voyons les choses de plus près.

Les parlementaires représentent des lobbies, des intérêts, des partis, des factions ( auxquels ils doivent les moyens de leur élection) beaucoup plus que le "peuple" qui en est réduit à arbitrer entre les clans comme autrefois la plèbe romaine entre les Verts et les Bleus qui s’alignaient au Cirque. Les critères qui président à ces choix sont dérisoires. Abruti, anesthésié, conditionné par une savante et constante propagande qui le harcèle toute la journée, que ce soit en se laissant pisser dessus par la radio ou en faisant ses courses au supermarché, le "citoyen" n’est ni formé, ni informé. Les organes de presse, qui déforment, désinforment ou surinforment intentionnellement, ne lui donnent de la réalité qu’un reflet tendancieux et perverti. Lui-même se laisse faire sans aucun esprit critique et il ne faut pas s’étonner de ses comportements aberrants. Des enquêtes stupéfiantes ont montré les "raisons" (il vaudrait mieux dire les instincts, les réflexes et les tropismes) qui le poussent à émettre tel ou tel vote. Tantôt c’est la gueule du candidat, sa façon de parler ou de s’habiller, ses capacités d’intervention en haut lieu, tantôt ce sont de sordides intérêts personnels, catégoriels ou locaux d’où sont totalement absentes les notions de bien public et d’intérêt général. On est en plein infantilisme. Comment pourrait-il en être autrement, dès lors que les gens sont maintenus soigneusement dans l’ignorance des vraies réalités, qui s’élaborent et fonctionnent dans le secret, dont la complexité, entretenue avec complaisance, échappe au commun des mortels, et qui constituent,en fait, la chasse gardée de la techno-bureaucratie, des "experts" et des spécialistes également chargés de couper court à toute démocratie directe et participative (surtout pas de référendums d’initiative populaire ou de recours au Conseil constitutionnel pour le simple "citoyen" !)....

Si l’on ajoute les inégalités flagrantes entre candidats, liées à leur sexe, à leur origine sociale, à leur degré de culture ou d’instruction, à leur profession, à leurs possibilités financières ou à leurs facilités d’accès aux médias, si l’on tient compte des diverses magouilles et des tripatouillages souterrains, des trafics d’influence, des bourrages d’urnes, des faux électeurs ou de l’achat des vrais ( !), si l’on observe le charcutage des circonscriptions fabriquées sur mesure et à son avantage par le parti au pouvoir, si l’on étudie les systèmes électoraux eux aussi artificiellement et artificieusement concoctés, on parvient à la conclusion évidente que le suffrage universel est complètement et délibérément faussé dans son expression. Contrairement aux propos convenus, hypocrites et rassurants, il ne s’agit pas là de tares inévitables dues à la faiblesse humaine, mais de tout un ensemble en trompe-l’oeil méthodiquement mis en place pour égarer et pour manier les millions de pantins et de robots que fabriquent et utilisent à leur service les plus ou moins puissants de ce monde.

Une fois désignés de façon aussi rocambolesque, que deviennent et que font nos députés ? Nous avons déjà dit que l’exécutif était livré pieds et poings liés, qu’il le veuille ou non, à des instances supérieures qui ne sont pas d’essence politique. Mais il prend sa revanche, en quelque sorte, sur le législatif qui n’exerce sur lui aucun véritable contrôle. Il n’est pas visé directement par les commissions d’enquête, il joue habilement des pressions, des intimidations...et des faveurs, il peut recourir au vote bloqué, il est maître de l’ordre du jour de l’Assemblée, c’est-à-dire du déroulement et même du contenu de ses travaux. Il la tient donc parfaitement en lisière. Mais si les députés ne contrôlent rien, eux-mêmes, à titre de compensation, ne sont pas contrôlés et peuvent, pendant cinq ans d’affilée, s’en donner à coeur joie dans les coulisses du pouvoir, en bénéficiant alternativement du système des dépouilles. Evidemment, les faits de corruption sont innombrables. Beaucoup sont étouffés ou sous-estimés. Quelques-uns, parmi les plus énormes, stigmatisés ou non par les Cours spécialisées, passent la rampe, mais ils sont généralement vite absous et oubliés, y compris par les électeurs...à moins qu’il n’y ait du règlement de comptes en l’air entre pouvoirs adverses ! En prenant quelques risques, on peut donc améliorer considérablement son ordinaire. Même si l’on s’en abstient, le métier de député n’est pas à dédaigner. Il ne faut pas négliger les petits profits. Certes, il existe des places meilleures, en particulier celles qui sont occupées par les "parrains" du monde politique, mais justement, on peut toujours espérer de leur part avantages et avancement.

Bref, les "représentants du peuple" jouent les utilités et font une figuration honnêtement rétribuée. De sorte que la "représentation démocratique", dont on nous fait tout un plat, équivaut dans la pratique à une représentation théâtrale au scénario monotone et indigent, aux ressorts dramatiques archiusés, dont l’intrigue ou plutôt les intrigues sont pitoyables et les acteurs mauvais. Mais ce n’est pas toujours le cas, reconnaissons-le. Certains d’entre eux, aussi talentueux que pourris et qui hantent en permanence les petits écrans, jouent fort bien la comédie et transforment les soirées électorales en "dramatiques" tout à fait réussies. C’est la société de spectacle fustigée par Guy Debord.

Vous avez le droit de vous en amuser ou de vous en indigner. Mais de grâce, ne soyez pas dupes. N’apportez pas votre contribution à cette honteuse mascarade. N’acceptez pas qu’on vous prenne pour des imbéciles. Il y va de votre dignité personnelle. L’abstentionnisme volontaire, réfléchi, militant que nous vous recommandons n’a rien à voir avec l’indifférence et le "j’m’en foutisme" des fameux "pêcheurs à la ligne". C’est un acte éminemment politique et c’est la marque d’un authentique esprit civique. 30 à 35 % des électeurs se dérobent à leur prétendu "devoir", et pas forcément pour de bonnes raisons. Mais c’est déjà un pas important dans la bonne direction. Encore un effort, chers amis, et vous "délégitimerez" un système irréformable d’imposture et d’oppression en le frappant au point qui devrait être le plus sensible, si l’on en croit tous ceux qui nous répètent à satiété que le "coeur" de leur pseudo-démocratie fonctionne dans les isoloirs !

Elections, pièges à cons : oui certainement et plus que jamais, lorsqu’il s’agit d’aussi grossières contrefaçons. Et rappelons, pour terminer, ce que disait je ne sais plus quel groupe révolutionnaire : "Si les élections servaient à quelque chose, il y a longtemps qu’elles seraient supprimées !".


-  Evidemment, en 2007, rien à changer et l’abstention militante est la voie la plus raisonnable
 
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Christian Singer
avril 2001
Mise à jour : 8 décembre 2006
 
 
Appel en faveur de l’abstentionnisme
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Tract du Réseau Informel de Résistance Civique
Un appel à l’absention pour les élections de 2007, lancé par un réseau informel
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